« L’exploitation pétrolière en Afrique entre réseaux et territoires »

Roland Pourtier

Professeur à l’université Paris 1-Panthéon-Sorbonne

Géraud Magrin

Chercheur au Cirad

Résumé Article complet

Introduction

Sur une thématique telle que « réseaux visibles, réseaux invisibles », on ne pouvait éviter de parler du pétrole. Non pas parce que l'actualité s'y prête avec des prix du baril qui s'affolent alimentant toutes sortes d'angoisses pour l'avenir, mais parce que s'il est un domaine de l'économie internationale aussi étroitement associé à des réseaux invisibles, c'est bien celui de l'or noir. Les hydrocarbures ouvrent les vannes de tous les phantasmes. Les compagnies multinationales et les Etats se livreraient une guerre sans merci, en recourrant à tous les moyens, licites ou illicites, pour l'octroi de concessions pétrolières. Naturellement l'illicite conduit au clandestin, la frontière n'étant d'ailleurs pas clairement tracée : entre lobbying et corruption la distinction est parfois subtile. La puissance publique n'hésite pas pour défendre ce qu'elle considère relever de ses intérêts vitaux (dont la sécurité des approvisionnements pétroliers) à enfreindre ses propres règles, à faire agir dans l'ombre les réseaux d'une diplomatie parallèle.

Le sujet est immense : on se limitera ici à quelques réflexions concernant l'Afrique subsaharienne. Comment ne pas évoquer les réseaux Foccard, longtemps au cœur de la politique africaine de la France, et très attentifs à protéger les intérêts pétroliers français, représentés par le groupe Elf Aquitaine, particulièrement actif dans le Golfe de Guinée. On sait à quelles dérives ont conduit les pratiques coupables de celui-ci : les remous de l'Affaire Elf sont dans toutes les mémoires. Mais qu'on ne s'attende pas ici à des révélations concernant un dossier que la justice n'a pas encore clos, tant il est complexe et politiquement sensible. Celui qui fut pendant longtemps le tout puissant « Monsieur Afrique » d'Elf, André Tarallo, a incarné cette politique des réseaux qui agissaient dans l'ombre pour contourner la légalité à l'abri de l'opacité des circuits financiers. Pétrole et corruption sont en effet inséparables. Le secteur pétrolier n'a certes pas le monopole de la corruption, mais les sommes qu'il met en jeu sont hors de proportion en comparaison d'autres segments de l'activité économique. Rien d'étonnant à ce que les pays producteurs de pétrole soient les plus gangrenés. Et ce depuis longtemps comme en atteste une abondante littérature sur ce sujet. Pierre Péan dénonçait dans Affaires africaines, paru il y a plus de vingt ans, les relations troubles entre la France et le Gabon, avant d'élargir dans l'Argent Noir ses investigations sur la corruption régnant dans l'univers pétrolier.

Pétrole et guerres africaines

Depuis les indépendances africaines, le pétrole a été au cœur de nombreux conflits. Les enjeux de la guerre du Biafra (1967-1970), loin de se réduire à des luttes de pouvoir entre nordistes musulmans et sudistes chrétiens visaient clairement le contrôle des zones pétrolières du delta du Niger. C'est pourquoi les belligérants purent compter sur la livraison de matériels militaires. Les autorités de Lagos reçurent le soutien de la Grande Bretagne et des Etats-Unis ; la France apporta son aide au Biafra : Libreville servit de base logistique pour la fourniture d'une aide alimentaire et médicale qui masquait difficilement les livraisons d'armes.

La longue guerre civile de l'Angola fut financée, pour le parti de Luanda (le MPLA, Mouvement populaire de libération de l'Angola) par les recettes pétrolières : bien que d'obédience marxiste et ayant sollicité l'appui de soldats cubains (qui furent jusqu'à 40 000), le gouvernement angolais reçut régulièrement les redevances des compagnies pétrolières, notamment américaines, dont le conflit n'a jamais interrompu les activités de production. De son côté, l'Unita de Jonas Savimbi, longtemps soutenu par les Etats-Unis, finançait la guerre avec le diamant…L'articulation entre le commerce des hydrocarbures et celui des armements est toujours d'une grande opacité, comme en témoigne l'« Angolagate » sur lequel toute la lumière est loin d'être faite.

La crise politique du Congo et ses phases de violence armée qui ont émaillé son histoire au cours de la décennie 1990 sont étroitement liées au pétrole. C'est le contre-choc pétrolier de 1986 qui précipita le Congo dans une crise financière, sociale et politique sans précédent. L'Etat, dans une fuite en avant, hypothéqua ses revenus pétroliers pour les années futures dans l'espoir de se tenir à flot. Pascal Lissouba, élu à la présidence de la République en 1992 imposa une modification des contrats entre Elf Congo et l'Etat, en des termes moins avantageux qu'auparavant pour la compagnie pétrolière. Pendant la guerre de 1997 Elf Congo continua à verser régulièrement sa redevance au gouvernement, permettant à celui-ci de se fournir en armement. Mais comment imaginer que l'adversaire de Lissouba, l'ancien Président Sassou Nguesso, pouvait ne pas avoir accès à un financement, occulte celui-là, du même groupe, avec lequel il avait autrefois entretenu les meilleures relations, et qui sans doute pensait judicieux de ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier.

Au Soudan, le pétrole est une des dimensions de conflits très complexes, qu'il s'agisse du Sud-Soudan ou du Darfour. La longue guerre du Sud-Soudan s'est achevée par des accords de paix conclus début 2005. Ces accords, outre les stipulations concernant l'exercice du pouvoir régional, incluent des clauses de partage des revenus pétroliers. Le contrôle de la rente pétrolière était en effet un enjeu fondamental dans la mesure où les zones de production se situent au sud. Le nouveau conflit qui a éclaté au Darfour n'est pas non plus étranger aux questions pétrolières. Aux violences entre pasteurs guerriers arabes (Janajwids) et paysans sédentaires noirs, se superposent les enjeux pétroliers. Le Soudan est devenu un espace de compétition entre majors anglo-saxonnes et nouveaux venus chinois. Le local, ici comme ailleurs, est soumis au jeu des réseaux mondiaux.

En Ituri, le conflit présenté comme ethnique car il oppose éleveurs Hema et cultivateurs Lendu, se déroule dans une région frontalière du Congo et de l'Ouganda, autour du lac Albert, dans ce que les géologues appellent l'Albert Graben, qui pourrait contenir du pétrole. Des prospections en cours et la venue de Khadafi à l'occasion d'une festivité coutumière dans l'ouest de l'Ouganda, accréditent l'idée de la présence de pétrole dans cette région.

Bref, tout cela, sans parler de la tentative de coup d'Etat en 2004 à Sao Tomé, probable futur producteur, apporte de l'eau au moulin de ceux qui déplorent « la malédiction du pétrole ».

Enjeux pétropolitiques en Afrique subsaharienne

L'Afrique n'est pas le Moyen Orient. Elle ne représente que 10% de la production mondiale, dont environ une moitié pour l'Afrique du Nord, l'autre pour l'Afrique subsaharienne. Les réserves sont à peine de cet ordre de grandeur. Et pourtant, dans le contexte géopolitique mondial et les stratégies fondées sur l'hypothèse de la pénurie, l'Afrique est devenue une pièce non négligeable des grandes manœuvres pétropolitiques.

En Afrique subsaharienne, les puissances traditionnelles, Grande Bretagne et France, secondairement Portugal et Espagne, défendent des positions héritées de l'histoire coloniale par le truchement des compagnies Shell et Total depuis que cette dernière a absorbé Elf, longtemps symbole de la présence pétrolière française en Afrique. Lors de la constitution du groupe Elf, les intérêts français en Afrique ont pesé d'un poids certain : la SPAFE, Société des Pétroles d'Afrique Equatoriale, à l'origine de l'aventure pétrolière gabonaise, a représenté un élément essentiel. Que des liens incestueux entre la France et le Gabon, par l'intermédiaire du groupe Elf, aient perduré longtemps après l'indépendance se comprend aisément. Au Nigeria, Shell a pareillement hérité des privilèges issus de la colonisation, tout comme elle a cristallisé les oppositions envers une exploitation considérée comme destructrice des équilibres environnementaux. La grande différence avec la situation gabonaise réside dans le fait que l'exploitation pétrolière on shore s'effectue en milieu densément peuplé, compromettant l'exploitation traditionnelle des ressources agricoles et halieutiques.

L'Afrique subsaharienne n'est cependant pas une chasse gardée des anciennes puissances coloniales. Les Etats-Unis y sont présents depuis plusieurs décennies, en particulier au Nigeria et en Angola avec ExxonMobil et ChevronTexaco. Depuis la Guerre du Golfe, la stratégie américaine porte un regain d'intérêt au Golfe de Guinée. La part de cette région dans les approvisionnements des Etats-Unis devrait passer de 15% à 25% en 2025. Maintes déclarations d'officiels américains mettent en exergue ce « nouveau Koweït », cet «autre Golfe » qui permettra de réduire la dépendance du Moyen-Orient.

De nouveaux venus ont récemment affirmé leur volonté de participer à l'exploitation des pétroles d'Afrique. La Malaisie est entrée dans le Consortium qui exploite le pétrole tchadien. La Chine se fait de plus en plus présente, au Soudan en particulier, mais elle regarde aussi vers d'autres pays comme le Congo et même le Gabon. La mondialisation ouvre les champs de la concurrence et par suite l'activisme des réseaux dont la mission est de conquérir des marchés. Dans cette compétition, les nouveaux acteurs sont particulièrement agressifs car leurs initiatives ne sont pas entravées par une application rigoureuse des règles du droit international auxquelles les compagnies européennes et nord-américaines ne peuvent plus se soustraire.

Pétrole et développement

Le pétrole occupe une position centrale dans les économies et dans la politique des Etats du Golfe de Guinée, rejoints aujourd'hui par le Soudan et le Tchad. Tous sont dépendants, totalement ou partiellement du secteur pétrolier qui fournit l'essentiel des exportations et constitue la principale ressource des Etats. En Angola, au Congo, en Guinée équatoriale, le pétrole représente plus de 90% des exportations. Les économies primaires fondées sur la rente pétrolière sont naturellement très fragiles car exposées aux aléas des cours mondiaux sur lesquels les Etats africains n'ont pratiquement aucune prise. La conjoncture actuelle, particulièrement favorable, ne doit pas faire oublier les périodes d'effondrement brutal des cours comme en 1986, ni celles de leur stagnation durable à des niveaux déprimés au cours de la décennie 1990.

L'interrogation sur l'impact économique et social du pétrole appelle une réponse nuancée évitant les anathèmes. La « malédiction du pétrole » ne doit pas faire oublier que celui-ci est le principal moteur des transformations des espaces et des sociétés des pays producteurs. La question est de savoir comment et dans quelle mesure les réseaux qui contrôlent l'économie pétrolière et ceux qui en tirent directement profit participent au développement.

Dans une optique macro-économique théorique, les recettes pétrolières ne peuvent être que bénéfiques aux Etats, nonobstant les effets pervers possibles du « syndrome hollandais ». Dans le cas du Gabon, l'abondance des recettes pétrolières à la suite du premier choc pétrolier de 1973, a servi à financer les travaux de génie civil du chemin de fer Transgabonais. En rendant possible cette infrastructure, le pétrole a fortement pesé sur les orientations de l'aménagement du territoire national. L'argent du pétrole, très inégalement mais largement distribué parmi une population peu nombreuse (ce qui lui vaut le PNB par tête le plus élévé de l'Afrique subsaharienne) a joué un rôle décisif dans l'accélération des processus d'urbanisation qui font du Gabon le pays le plus urbanisé d'Afrique, trois habitants sur quatre résidant en ville.

L'enrichissement pétrolier s'est partout traduit par un gonflement pléthorique de la fonction publique, facteur premier de l'urbanisation. La crise congolaise a précisément éclaté lorsque l'effondrement des recettes pétrolières n'a plus permis à l'Etat de faire face à ses obligations, notamment de payer ses fonctionnaires, la fiscalité pétrolière ne couvrant plus les dépenses de fonctionnement de l'Etat. Mais la répartition salariale des recettes pétrolières ne représente que la partie visible de la circulation de l'argent du pétrole. Qu'en est-il des circuits occultes de l'argent, ceux de la corruption pour prendre un terme commode bien que trop général pour qu'il rende compte de la diversité des pratiques qu'il recouvre ? Participent-ils au développement, via des investissements dans l'entreprise comme c'est souvent le cas dans le monde asiatique, ou sont-ils détournés vers la consommation ou des activités improductives - sans même parler des placements dans des banques étrangères ?

La partie visible de l'enrichissement s'observe dans les constructions urbaines. Dans tous les pays producteurs de pétrole, la Guinée équatoriale aujourd'hui ne faisant pas exception à la règle, l'urbanisation a été accélérée. La production urbaine – dans des villes pour la plupart sans industrie - ne peut se comprendre que par la circulation de l'argent dans les réseaux invisibles des processus redistributifs caractéristiques des systèmes politiques africains. Mais, l'accumulation démographique urbaine sans création d'emplois productifs n'amorce-t-elle pas la « bombe urbaine » dès lors que le niveau de la rente pétrolière n'est pas garanti à long terme ? Le précédent des guerres de Brazzaville devrait donner à réfléchir.

Réseaux occultes et revendication de transparence

Pendant des décennies, les compagnies pétrolières ont entretenu des relations très personnalisées avec les responsables africains. Antichambre de la corruption, elles ont été dénoncées par diverses organisations, notamment par le groupe Survie et son chef de file Xavier Verschaeve, récemment décédé. L'action d' ONG internationales militant contre la corruption comme Transparency International porte peu à peu ses fruits. La corruption de papa devient de plus en plus difficile, et les méthodes sophistiquées de déroutement des circuits financiers via des comptes secrets et des paradis fiscaux n'offrent plus une protection sans faille.

En 2002, à l'instigation de Tony Blair, est née l'Initiative pour la Transparence des Industries Extractives (ITIE). Plusieurs Etats africains producteurs de pétrole y ont adhéré. Dans le même temps, une plate-forme d'ONG, Publish what you pay exhorte les grandes sociétés à rendre public les sommes qu'elles versent aux Etats. Toutes ces initiatives vont dans le même sens : lutter contre les réseaux invisibles qui servent de support aux pratiques de corruption. Elles se heurtent, on s'en doute, à de nombreux obstacles, politiques ou simplement techniques. C'est ainsi que, vis-à-vis de ITIE, Total souhaite une publication agrégée des versements effectués par la totalité des compagnies pétrolières aux Etats, cela afin de préserver la confidentialité de la participation de chacune d'entre elles, considérée comme relevant de stratégies commerciales qui n'ont pas à être divulguées.

Il y a donc gros à parier que la culture du secret qui a jusqu'à présent présidé aux relations entre compagnies pétrolières et pouvoirs politiques se perpétue. Les réseaux invisibles ont de beaux jours devant eux. Toutefois, le constat des dégâts que peut provoquer un mauvais usage de la rente pétrolière, et la pression des ONG et de la société civile en faveur de plus de transparence conduisent à des prises de conscience. C'est ainsi que la Banque mondiale, sollicitée pour participer aux travaux préparatoires à l'exploitation pétrolière au Tchad, a procédé selon des méthodes qui renouvellent ses approches en mettant en exergue la double préoccupation de gestion environnementale et de bonne gouvernance. Son attitude préventive qui rompt avec les pratiques antérieures mérite qu'on s'y attarde et qu'on s'interroge sur les enseignements qu'il est possible, dès maintenant, de tirer du cas tchadien.



Le pétrole au service du développement durable en Afrique ? Quelques enseignements à partir du cas tchadien


Le Tchad pétrolier se veut modèle. Il entend tourner le dos à toutes les perturbations liées à l'extraction pétrolière en Afrique - conflits, dégradation de l'environnement, corruption, atteintes aux droits de l'homme, spoliation des populations riveraines, etc.. Le récent développement pétrolier y a été débattu, pensé puis exécuté en référence constante aux anti-modèles nigérians, angolais, congolais. Au-delà de l'expérience tchadienne, une question d'actualité est de savoir s'il est possible de concilier pétrole et développement durable dans des Etats pauvres et faibles, voire d'utiliser la ressource pétrolière pour stimuler le développement. Ou bien ce mariage de la carpe et du lapin ne constitue-t-il qu'un nouvel habillage pour justifier l'exploitation de la ressource au profit des pays riches ou de leurs multinationales, dans un contexte de compétition accrue pour la maîtrise de réserves énergétiques sous pression ? Il s'agit ici de présenter les principaux enjeux du projet tchadien – à travers son histoire, ses protagonistes, les jeux d'acteurs qui les lient ou les opposent - en essayant d'éclairer la toute nouvelle scène pétrolière tchadienne à travers ses lieux et territoires visibles, par référence à l'action, visible ou non, des réseaux.


Un pays pauvre, instable, enclavé


On ne pouvait rêver meilleur cobaye que le Tchad pour pareille expérience. Ce vaste Etat (1.228.000 km2, soit 2,5 fois la France) qui s'étend du Sahara à la zone soudanienne est peu peuplé – 8 millions d'habitants en 2005 - et parmi les plus pauvres du monde (173e sur 177 en terme d'indicateur de développement humain en 2005). Son économie reflète les grands ensembles agro-climatiques qui le composent : au-delà des vides immensités sahariennes, la bande sahélienne centrale vit de l'agriculture céréalière, de l'élevage pastoral et du commerce. Dépendante des aléas climatiques, elle a été très affectée par les sécheresses des années 1970-80. Dans la zone soudanienne méridionale, la filière cotonnière, qui fournissait à l'Etat et aux paysans l'essentiel de leurs revenus monétaires, est aujourd'hui au bord de la faillite.


Par ailleurs, une instabilité politique chronique caractérise le pays pratiquement depuis l'indépendance. Au-delà des remous de l'affaire Claustre, très médiatisée en France à la fin des années 1970, les cycles de rébellion contre le pouvoir central et de répression se succèdent depuis le milieu des années 1960. L'intensité de la guerre civile a culminé entre 1979 et 1984. Depuis 1980, le pouvoir central est détenu par des originaires du Nord musulman, ou plus précisément par des membres d'ethnies sahariennes à la culture étatique très mince : les règles de la « bonne gouvernance » chère aux institutions financières internationales y sont bafouées avec une imagination remarquable, laissant l'Etat exsangue. Des symptômes d'un processus de criminalisation de l'Etat tels qu'évoqués par Jean-François Bayart se multiplient à la fin des années 1990 : des affaires de fausse monnaie, faux passeports, trafic de drogue, etc., éclaboussent des proches de l'Etat tchadien. On assiste à une profonde crise de l'Etat, sur fond de conflit Nord / Sud. Or, les gisements principaux des champs de Doba sont situés dans le Sud cotonnier, majoritairement chrétien et animiste, au cœur de la zone la plus contestataire, agitée par de multiples cycles de rébellion depuis le début des années 1980. Dans ces conditions, pour des promoteurs institutionnels du projet comme la Banque mondiale, une réussite éventuelle serait appelée à faire école : si on parvient à concilier dans un pays comme le Tchad pétrole et développement, les mécanismes utilisés devraient pouvoir fonctionner ailleurs, dans des situations moins difficiles.


Le projet pétrolier de Doba présente une autre originalité que celle des fées du développement durable penchées sur son berceau. Elle se manifeste par une donnée géographique : l'enclavement de la ressource. Il s'agit en effet d'exporter une huile lourde issue de gisements enclavés au moyen d'un oléoduc de plus de 1.000km à travers le Tchad et le Cameroun vers le terminal de Kribi, jalonné de stations de pompage et de chauffage du brut. On table sur une production moyenne de 225.000 barils par jour pendant 30 ans, soit environ 15 millions de tonnes par an, équivalent des exportations du Gabon à l'apogée de son ère pétrolière. A ce jour, un seul autre gisement est comparable en Afrique : celui de Talisman au Soudan, exploité depuis 1999. L'enclavement présente deux implications majeures : d'une part des risques spécifiques (sabotages, pollutions), d'autre part des coûts supplémentaires liés à la nécessité de transporter la ressource et de gérer les relations avec son environnement physique et humain. Dans le contexte actuel mondial de prix élevé des hydrocarbures, au Tchad comme ailleurs, des gisements jugés autrefois peu rentables parce que difficiles d'accès ou trop petits présentent aujourd'hui un intérêt nouveau pour les firmes transnationales.


Une histoire pétrolière mouvementée


A la différence des cas évoqués ci-dessus (Nigeria, Congo, Angola), la préoccupation pétrolière n'était pas au cœur des conflits tchadiens, même si elle a pu y être associée. Les épisodes successifs de la guerre civile expliquent l'attente de 30 ans qui sépare la mise au jour du potentiel pétrolier (1973) du début de l'exploitation (octobre 2003).


La découverte des principaux gisements du pays, situés à Doba, dans le Sud du Tchad, a lieu en 1973, alors que le pays est en proie à une rébellion depuis 1965-66. Devant le peu d'intérêt de la France, le Président Tombalbaye avait confié les permis de prospection à une société américaine, Conoco. Ceci illustre la dégradation des relations entre le régime de Tombalbaye et la France, et explique en partie que la France n'ait rien fait pour empêcher la chute du premier président tchadien en 1975. De même, on attribue à l'enjeu pétrolier une part de responsabilité dans le renversement d'Hissein Habré par son lieutenant Idriss Déby en 1990 : passée la guerre civile, Hissein Habré avait confié le projet d'exploitation pétrolière à un consortium anglo-saxon (Exxon, Shell, Chevron). L'entrée d'Elf à la place de Chevron dans le consortium semble avoir été une conséquence directe de l'appui de la France à la prise de pouvoir d'Idriss Déby.

Au milieu des années 1990, les négociations s'accélèrent entre gouvernements tchadien et camerounais, le consortium et la Banque mondiale pour lancer les travaux de construction de l'infrastructure permettant l'exportation du pétrole de Doba.


Mais en 1999 survient un coup de théâtre. Elf et Shell se retirent du consortium. Les raisons de leur revirement ne sont pas clairement établies. Une hypothèse crédible serait que ces sociétés au passé africain très critiqué ne veulent pas s'engager dans un projet qu'elles considèrent comme trop risqué en terme d'image. Rappelons que Shell est l'un des principaux acteurs pétroliers dans les bouches du Niger, et que la pendaison en 1995 par le régime de Sani Abacha de l'écrivain Ken Saro Wiva, défenseur de la cause Ogoni, est encore dans tous les esprits. En France, le temps est à l'absorption d'Elf au sein de Total, mais aussi aux remous de l'affaire Elf, à la dénonciation de son rôle dans les guerres civiles des années 1990 au Congo Brazzaville.


Quoi qu'il en soit, une recomposition du consortium a lieu quelques mois plus tard, toujours autour de l'opérateur Exxon (40%), avec cette fois le malaysien Petronas (35%) et le retour de l'américain Chevron (25%). Elle s'accompagne d'une modification du projet pétrolier : on découple l'exploitation des champs de Doba, voués entièrement à l'exportation, de celle de Sédigui, situé au Nord du lac Tchad : ce petit gisement d'une huile légère d'excellente qualité est destiné à alimenter une mini-raffinerie à N'Djaména. Contre toute attente, le gouvernement tchadien confie le marché à une entreprise soudanaise sans aucune expérience dans le domaine pétrolier. Celle-ci est dirigée par un homme d'affaires qui avait aidé Idriss Déby lors de sa prise de pouvoir. Il s'agit alors de récompenser les réseaux de solidarité (politiques, économiques) qui soutiennent le pouvoir. Qu'importe d'ailleurs si ce choix se révèle peu efficace : l'oléoduc construit de Sédigui à N'Djaména en 2001-2002 n'est pas fonctionnel. En 2005, ce volet du projet initial est au point mort, et le nouveau Tchad pétrolier toujours soumis à une pénurie structurelle d'électricité.


En juin 2000, la Banque approuve le projet d'exportation tchadien. Les travaux de construction de l'infrastructure débutent en octobre 2000, l'exportation en octobre 2003.


Les protagonistes et les termes du débat


Les lieux à présent visibles de l'exploitation pétrolière sont le produit d'un rapport de force entre 4 grands types d'acteurs de la mondialisation : l'Etat (Etat pauvre et faible du Sud, l'Etat tchadien, associé à l'Etat camerounais, également actionnaire de l'oléoduc), une institution internationale (la Banque mondiale), de grandes firmes transnationales (consortium dirigé par Exxon), enfin un ensemble d'ONG internationales et nationales. Les logiques d'action des deux derniers reposent essentiellement sur les réseaux. L'Etat en revanche prétend contrôler et aménager le territoire. Mais sa faiblesse le rend particulièrement vulnérable au jeu d'influence des réseaux des grandes entreprises. La Banque mondiale est dans une position ambiguë : habituellement courtier du libéralisme et chantre de l'effacement de l'Etat, notamment dans le cadre de la mise en œuvre des Plans d'ajustement structurel, elle intervient ici dans une posture nouvelle visant à requalifier un Etat tchadien déliquescent.


Lors du débat qui s'installe au Tchad et sur la scène mondiale entre 1995 et 2000, les principaux intérêts et arguments des partisans du projet pétrolier peuvent être ainsi résumés :


Pour l'Etat tchadien, le pétrole fera plus que doubler un budget national très modeste, équivalent d'une ville moyenne française ou du budget du film Titanic. L'ère pétrolière pourrait permettre de ressusciter des politiques publiques, jusqu'ici inexistantes ou sous perfusion des bailleurs. Elle constitue la seule chance de développement rapide pour un Etat très pauvre du Sahel en grande difficulté. En effet, les devises venaient jusqu'ici largement de la culture cotonnière. Mais celle-ci est en crise, sans avoir réussi à engager un véritable développement dans la zone de production - en année normale, le revenu moyen qu'un paysan retire de sa récolte de coton s'élève à 100.000 Fcfa, soit 150 euros, qui représentent la moitié de ses revenus monétaires de l'année.


Pour le consortium, le projet de Doba constitue une opportunité rentable, qui s'intègre en outre dans une stratégie globale de diversification des approvisionnements. En 1997, on estime le seuil de rentabilité de l'exploitation à un niveau de 15-16$ le baril. Les cours mondiaux actuels sont plus de quatre fois supérieurs. Même si la rentabilité du baril tchadien est affectée par la qualité du brut (une huile lourde, visqueuse, au raffinage coûteux), l'ampleur de l'investissement et l'intensité des prospections actuelles témoignent de la très probable rentabilité de l'entreprise.


La participation de la Banque mondiale a été souhaitée par le consortium comme une condition sine qua non. Son apport financier est pourtant minime dans cet investissement de près de 4 milliards de dollars. Mais l'essentiel est ailleurs. Comme instance de médiation entre le consortium, l'Etat, les populations de la zone pétrolière et la société civile internationale, la Banque mondiale offre une caution morale en même temps qu'une garantie partielle du risque politique.

C'est sans doute pour la Banque mondiale que l'exploitation du pétrole tchadien doit le plus prendre force de modèle. Après les résultats décevants de l'ajustement structurel, elle s'engage dans un pari risqué : utiliser un projet pétrolier au service des objectifs de la lutte contre la pauvreté et du développement durable, ce qui revient à concilier développement économique, équité sociale et durabilité environnementale. Ces trois piliers du développement durable sont en arrière-plan de l'ensemble du dispositif mis en place. Un enjeu majeur de l'intervention de la Banque consiste à renforcer l'Etat malgré lui – c'est-à-dire en le protégeant des tendances prédatrices et destructrices qui sont en lui, contenues dans la notion de « politique du ventre » chère à J.F. Bayart.


Les adversaires du projet pétrolier rassemblent un ensemble hétéroclite d'ONG ou d'organisations internationales de la société civile, relayées par des ONG ou associations tchadiennes. Elles mènent une campagne mondiale, sur internet ou à travers diverses manifestations spectaculaires, comme l'escalade de l'immeuble de la Banque mondiale à Washington, pour empêcher l'accord de crédit de la Banque. Leurs arguments sont que, comme dans les bouches du Niger, l'exploitation pétrolière détruira l'environnement, confortera un régime brutal détenu par une minorité originaire du Nord au détriment des populations locales, tout en alimentant la corruption.


Ces réseaux d'opposition au projet pétrolier revêtent parfois une dimension très politique. Au sud du Tchad, le vocable de société civile (ONG, associations diverses, Eglises, etc.) sert souvent de refuge à une sensibilité méridionale d'opposition au pouvoir en place. Leur argument principal est qu'il vaut mieux attendre l'instauration d'un minimum de démocratie pour exploiter le pétrole, sans quoi on ne fera que renforcer un régime dictatorial très peu soucieux de bonne gouvernance.




Un projet modèle


L'implication de la Banque mondiale, mais aussi les débats soulevés par la société civile ont eu des effets sur les conditions de l'exploitation. Sous la pression de la Banque mondiale, le Parlement tchadien a voté une loi très originale en Afrique. La loi n°1 de 1999 règlemente l'utilisation des revenus pétroliers : 10% sont épargnés pour les générations futures et bloqués sur un compte de la Citybank de Londres. Sur les 90% restants, 80% seront versés au budget de l'Etat pour bénéficier à 5 secteurs prioritaires (éducation, santé, infrastructures, développement rural, eau et environnement). 15% iront aux dépenses ordinaires de l'Etat et 5% à la région de production.


Pour la réalisation du projet tchadien, Esso soigne les apparences. Il y va de son image, certes, mais aussi de l'influence des réseaux des ONG environnementalistes ou des ADH (association de défense des droits de l'Homme) sur certains fonds de pension, qui sont des actionnaires non négligeables des grands groupes pétroliers. Esso n'avait jusqu'ici aucune expérience on shore hors des Etats-Unis. Au sein de l'organisation, certains voient l'intérêt de mettre en avant le côté modèle de l'expérience : on applique la législation états-unienne en matière de sécurité du travail. Un ensemble de mesures de protection de l'environnement est mis en place. Elles sont exécutées à 3 niveaux par Esso, le gouvernement tchadien (à travers le Comité technique national de suivi et de contrôle des aspects environnementaux des projets pétroliers (CTNSC)) et une structure d'audit externe mandaté par la Banque mondiale. Des efforts de communication du groupe pétrolier avec les populations locales sont entrepris. Des équipes d'anthropologues ou de socio-économistes gèrent ces relations. Elles s'occupent notamment de l'indemnisation des villageois « impactés », c'est-à-dire dont des maisons  d'habitation, des terrains de culture ou des arbres ont été détruits par le projet.


Enfin, un suivi du projet pétrolier est assuré à différents niveaux. Le Collège de contrôle et de surveillance des revenus pétroliers (CCSRP) est sensé veiller au bon usage de la rente. Il est composé de membres de la société civile, de représentants de l'Etat et d'élus. Son fonctionnement témoigne de la fragilité des processus en cours. La montée en puissance de la société civile en accompagnement du projet pétrolier est certes intéressante. Mais le contexte politique national en limite la portée. Ses acteurs sont soumis à de fortes pressions, et souvent récupérés par le pouvoir ou éliminés politiquement. En externe, le Groupe international consultatif (GIC) mandaté par la Banque mondiale fait des recommandations par rapport à l'ensemble du projet. Ses observations sont souvent pertinentes, mais elles ont peu de prise sur le consortium ou le gouvernement tchadien.


Négociations : entre réseaux et territoires


La société civile nationale, appuyées par le réseau des ONG internationales, s'est organisée en réseau à la faveur du chantier pétrolier. Elle a joué un rôle important dans les négociations sur les indemnisations des populations impactées. L'exemple le plus emblématique a sans doute été l'indemnisation des manguiers. La compensation par pied de manguier adulte est ainsi passée de 3.000Fcfa à 550.000Fcfa après l'intervention des ONG en réponse aux premières propositions d'Esso. Mais ces indemnisations ne représentent qu'une somme très faible par rapport à l'ampleur du projet : 5,5M de dollars sur 4Mds, soit moins de 0,1% de l'investissement !


Par ailleurs, la société civile tchadienne se révèle, comme souvent, très hétérogène. Elle s'est organisée en différents réseaux plus ou moins bien articulés entre eux, selon un double clivage géographique et thématique : associations de défense des droits de l'homme / ONG de développement. Organisations de N'Djaména (CILONG) / du Sud (COLONG). Ce dernier a mis en place un réseau de plaidoyer spécifique pour la question pétrolière, la CPPL (commission permanente pétrole locale). Les ADH se révèlent plus politisées, moins soucieuses de compromis. Les ONG, au contraire, passée la forte opposition initiale au projet pétrolier, développent parfois des stratégies opportunistes : elles cherchent alors à monnayer leur opposition passée contre des contrats de sous-traitance passés avec Esso ou la Banque mondiale, pour gérer les relations avec l'environnement humain du projet (paiement des compensations, petits projets agricoles). Une entente des populations de la zone pétrolière (EPOZOP) a tenté de se structurer. D'abord interdite par le ministère de l'intérieur, qui craignait une politisation des revendications locales sur une base territoriale, elle a été à nouveau autorisée en 2004. Mais elle peine à fonctionner, alors que la matière à négociation s'est raréfiée depuis la fin du chantier.


Un autre élément décisif est à prendre en compte dans l'évolution des relations entre réseaux des compagnies pétrolières et réseaux de la société civile : le temps. Le début du cycle minier correspond à une période assez favorable. Les règles environnementales sont respectées, le matériel est neuf, les indemnisations du consortium semblent généreuses. L'engagement des ONG internationales devient plus timide que dans la phase de contestation initiale : les alliés locaux sont aussi moins demandeurs car ils sont à présent parfois liés au système pétrolier. Avec le temps, on assiste souvent à une rotation des opérateurs, à la multiplication de sous-traitants, moins soucieux de leur image que les grandes entreprises. Les installations vieillissent. La disposition à indemniser des compagnies pétrolières diminue avec l'approche de la fin de l'exploitation, alors que parallèlement se renforcent les capacités de négociation des populations locales. Le potentiel conflictuel augmente alors, suivant l'exemple récent du Nigeria.

Perspectives : impacts territoriaux de l'exploitation pétrolière


Passé le chantier de construction de l'infrastructure, les effets directs de l'activité pétrolière sont limités à quelques centaines d'emploi (moins de 2.000 emplois directs, soit moins qu'une usine sucrière comme celle de Sarh, au Sud-est du Tchad) et à quelques commandes pour les entreprises locales. Car le système pétrolier reproduit peu ou prou les conditions d'une exploitation off shore : les installations sont grillagées, hermétiques, les intrants presque tous importés. Des conditions de vie états-uniennes sont reproduites sur la base pour les employés expatriés et les autres (CNN, vidéo, crème glacée, etc.).


En terme d'organisation de l'espace, on assiste à la mise en place d'un système territorial pétrolier organisé en archipel. On voit ainsi fonctionner un ensemble de pôles formant système, liés entre eux et avec le système Esso mondial, avec ses pôles de production (champs de Doba), ses réseaux de communication (internet et satellite) et de transport (oléoduc), une plate forme de déchargement et de stockage (Kribi), des lieux de commandement (N'Djaména, Douala, Houston), en situation de quasi extraterritorialité par rapport à l'espace national tchadien. Désenclavement et connexion à l'espace mondialisé ne concernent alors que la ressource convoitée.


Les retombées de l'exploitation pétrolière passent presque entièrement par le prisme de l'Etat. Quoi qu'il en soit de sa gouvernance, la rente pétrolière devrait stimuler la croissance des villes, à commencer par la capitale. Une hypothèse souvent retenue jusqu'ici est que l'économie pétrolière ne fera qu'accentuer des dynamiques déjà identifiées (urbanisation, essor du vivrier marchand), sans remettre en cause fondamentalement les structures économiques et spatiales du pays. Sa validité dépendra de l'ampleur des nouvelles découvertes éventuelles et de celle de l'envolée des prix sur le marché mondial.


Conclusion : peut-on encore espérer en un « modèle tchadien » ?


Au Tchad comme ailleurs, la question de l'efficacité des dispositifs visant à une meilleure gouvernance du système et des revenus pétroliers se pose avec d'autant plus d'acuité que le contexte international risque d'aviver les compétitions entre firmes transnationales pour le contrôle des ressources. Une gouvernance pétrolière efficace au service du développement durable est-elle concevable dans des Etats aussi faibles, à aussi basse gouvernance ?


Deux ans après être entré dans le club des pays producteurs de pétrole, le cas tchadien incite à la prudence, sinon au pessimisme. Avant même la fin des travaux, les premiers revenus pétroliers – un « bonus » de 25 millions de dollars accordé par le consortium – avaient été utilisés en grande partie par le gouvernement pour acheter des armes. Depuis le début de l'ère pétrolière, les arriérés de paiement des fonctionnaires, qui s'étaient raréfiés depuis quelques années, s'accumulent. En 2004, 80% des revenus pétroliers ont été dépensés dans le secteur des transports. Au-delà de l'évidente nécessité de parfaire des réseaux nationaux de communication indigents, le secteur autorise une transparence de gestion relative, qui n'est peut-être pas étrangère à l'engouement qu'il suscite. Ce choix signale aussi la faible capacité de dépense et de réalisation de l'Etat tchadien dans les autres domaines.


Mais une lecture plus optimiste est aussi concevable. Tout en révélant le sous-développement du Tchad – au niveau du fonctionnement de l'Etat comme des capacités des acteurs économiques urbains ou ruraux – le projet pétrolier a provoqué des changements d'une ampleur qui aurait été inconcevable sans lui. La dynamique d'organisation en réseaux de la société civile stimulée par l'effervescence pétrolière pourrait constituer un terreau favorable à l'émergence de contre-pouvoirs, condition de la démocratie. De même, des faces à faces entre acteurs autour du jeu pétrolier (consortium, Etat, Banque mondiale, société civile, collectivités locales) pourraient naître des dynamiques d'apprentissage susceptibles de renforcer les capacités de négociation et de gestion des différents partenaires. La Banque mondiale aurait alors pour partie gagné son pari.



Bibliographie :


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Sites internet


Banque mondiale : www.worldbank.org/afr/ccproj/

Esso : www.essochad.com

Groupe international consultatif (Projet d'exploitation pétrolière et d'oléoduc Tchad Cameroun) : www.gic-iag.org

Pipelinewatch, réseau de surveillance (O.n.g.) de l'oléoduc Tchad-Cameroun : www.pipelinewatch.org



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