Le marché contre les territoires : quel avenir pour les services publics ?

organisée par Robert Marconis, géographe, Université de Toulouse, animée par Noël Copin,journaliste, Président de Reporters sans Frontières

Transports ferroviaires, aériens, services postaux, télécommunications, distribution du gaz et de l'électricité…, la plupart de nos services publics fonctionnant en réseaux, et relevant d'administrations ou d'entreprises publiques en situation de monopole, ont eu pour ambition de desservir l'ensemble du territoire national. Ils s'efforçaient d'offrir à chaque individu, à chaque entreprise, quelle que soit sa localisation, des prestations identiques pour un prix unique. Le coût facturé à l'usager assurait ici des excédents de recettes qui, par le jeu des péréquations, compensaient ailleurs des déficits d'exploitation liés à de faibles densités ou à des contraintes géographiques particulières.

Ouverture à la concurrence, déréglementation, diminution ou disparition des aides publiques, ces logiques s'imposent aujourd'hui en Europe. Elles mettent en cause cet « égalitarisme républicain » et les solidarités territoriales qui assuraient sa pérennité. Rivales, soumises aux lois du marché, les entreprises assurant les missions de service public repensent la répartition géographique de leurs offres, dont elles modulent la qualité, la diversité et le prix en fonction de la demande.

Les enjeux territoriaux de telles stratégies sont considérables et sources de disparités qui inquiètent des usagers devenus clients, leurs élus et les collectivités territoriales, dans des zones moins bien desservies ou pour un prix jugé excessif. Il est urgent d'analyser les conséquences sociales et spatiales à moyen et long terme de tels processus. Leurs coûts futurs, humains, sociaux, environnementaux, justifieront-ils les » économies » qui en sont attendues à très court terme ?