Table-ronde

SIG participatif, SIG et gouvernance

Françoise de Blomac

Rédactrice en chef de SIG La Lettre
deblomac@sig-la-lettre.com - www.sig-la-lettre.com

. Article complet

Recherche SIG participatif, désespérément

Pourquoi un tel sujet quand le thème de l'année porte sur les Amériques ? Parce que c'est de l'autre côté de l'Atlantique que sont nés les SIG participatifs, quand chercheurs et communautés défavorisées se sont donnés la main autour de SIG pour défendre tel ou tel projet local, contre une administration d'Etat trop manichéenne. Mais existe-il une réalité des SIG participatifs aujourd'hui ? Les participants à la table ronde n'en sont pas convaincus. Après avoir fait le tour de la littérature scientifique, Thierry Joliveau, du laboratoire CRENAM de l'Université de Saint-Etienne remarque que nombre de projets sont morts avec le départ du chercheur qui les a initiés. Marc Leobet, en charge de ... au ministère de l'Ecologie et du Développement Durable n'y croit pas non plus. "Si c'est l'ingénieur qui tient la souris, alors ce n'est pas participatif, le technocrate filtre forcément".

Accepter les contresens et éduquer

Si les SIG réellement participatifs semblent plus des cas d'école (et de recherche) qu'une réalité largement répandue, même outre atlantique, on ne peut manquer de remarquer la diffusion de plus en plus massive de cartes et de données, et la capacité de structures de plus en plus petites à accéder à des outils SIG. Dans ces structures où techniciens et élus sont moins éloignés les uns des autres, les cartes sont de plus en plus présentes en réunion, projetées sur de grands écrans, et servent de support de la communication. Mais qui conçoit ces scénarios ? Ce sont encore les techniciens qui tiennent les manettes. Une meilleure gouvernance réside peut-être dans un nouveau rapport d'expertise entre techniciens et élus, chacun acceptant qu'une partie de l'expertise lui échappe.

C'est toute l'interaction entre chercheur, technicien, élu, citoyen qui doit être analysée et c'est pourquoi les participants ont préféré s'interroger sur SIG et gouvernance.

Mais les pouvoirs publics hésitent encore dans notre pays à diffuser massivement les informations qu'ils produisent. Laisser le grand public mettre en cartes des données qu'il ne comprend pas ou si peu, c'est aussi accepter qu'il se trompe et construise des horreurs. Une étape sans doute nécessaire selon les intervenants, qui misent sur une meilleure éducation. Au Québec, Jean carrière assure un cours de géomatique dans les collèges et les lycées, mais pas en géographie ou en sciences de la vie et de la terre : "J'interviens en éducation civique". Décrypter une carte, comprendre comment elle est faite permettra aux jeunes québécois d'être des citoyens plus responsables quand leur gouvernement a décidé de mettre en ligne de nombreuses informations et dans un pays où 70 % des familles sont équipées d'un ordinateur relié à Internet. À l'heure où les données sont de plus en plus considérées comme des objets de base, il est urgent de rappeler aux jeunes générations que ce ne sont que des objets construits, critiquables rappelle Pascale Metzger, chercheur à l'IRD "cela pose le problème de la culture scientifique et technique aujourd'hui".

De nouveaux géomaticiens

À l'heure où la géomatique sort de son ancienne technicité, elle n'est plus seulement affaire de géomaticiens, et ces derniers doivent redéfinir leur rôle, insiste Jean Carrière.

Thierry Joliveau, qui dirige un Master en géomatique sent, quant à lui, que les compétences en informatique sur lesquelles il insiste pour que ses étudiants puissent bien se "vendre" ne sont plus suffisantes, de nouveaux métiers sont à inventer, plus centrés sur le web ou médiateurs d'une participation qui cherche encore ses outils et ses méthodes. "Qu'est ce qu'une bonne carte ?" ironise Jean Carrière, "ce n'est pas forcément celle qui respecte à la lettre les principes de la sémiologie graphique. C'est celle qui permet aux gens de trouver ce qu'ils cherchent, même sans légende !"

La participation publique, thème très à la mode bien au-delà des SIG bouscule le jeu des institutions et brouille les relations élus/techniciens/public. Comment faire en sorte que tous ceux qui se mettent autour de la carte y voient la même chose ? Chacun doit abandonner une petite partie de son pouvoir pour établir une véritable relation de collaboration. La participation est aussi devenue un enjeu économique à l'heure du Web 2, qui permet à tout un chacun de créer de la donnée qui sera valorisée par d'autres, qui auront moissonné les bons gisements d'information.

Nous sommes désormais en train d'entrer dans l'ère des "géoblogs" comme les appelle Marc Leobet. L'information est crée de toute part, elle circule dans tous les sens... pour que puisse se développer une bonne gouvernance, il faut à la fois éduquer les jeunes générations à la critique constructive des données dans lesquelles ils naviguent et mettre en oeuvre des procédures claires de validation.

Haut de la page

Retour au menu général

Actes 2006