LA FRANCOPHONIE AUX ÉTATS-UNIS : ENTRE MYTHES ET RÉALITÉS

Roland BRETON

Professeur émérite, Université Paris VIII

Résumé

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La langue française occupe, aux Etats-Unis, une place exceptionnelle. Il se trouve qu'avec l'assimilation rapide des autres communautés issues de l'immigration, italophone et germanophone par exemple, les francophones sont devenus la troisième communauté linguistique après les anglophones et les hispanophones, ces derniers étant aujourd'hui en croissance particulièrement soutenue du fait de l'immigration massive des « Latinos ». Alors que l'importance des francophones repose surtout sur deux groupes autochtones enracinés depuis longtemps : les Cajuns de Louisiane et les «Francos» de Nouvelle Angleterre. Maintenant, si l'on veut évaluer, à côté des francophones, l'importance des «francogènes», on voit, lorsque l'on demande aux Américains de donner leur origine, après les Anglo-Américains, les Germano-Américains, les Irlando-Américains et les Afro-Américains, surgir une douzaine de millions qui se revendiquent Franco-Américains, plus nombreux que les Italo-Américains, les Écosso-Américains, les Polono-Américains, etc. Cet apport français au peuplement des États-Unis est le produit de trois vagues successives. D'abord, les 3 000 Acadiens, arrivés en Louisiane en 1768, ont eu pour filiation plus d'un million de Cajuns ; puis un million de francophones, venus d'Europe au cours du XIX e siècle, en bien moindre nombre que les Allemands, Italiens, Irlandais, Anglais ou Scandinaves, qui ont eu une dizaine de millions de descendants répartis à travers l'ensemble du territoire des Etats-Unis. Et finalement, les fils du demi-million de Québecois et d'Acadiens descendus travailler au «Québec d'en bas», de la fin du XIX e au début du XX e, qui constituent les deux millions de «Francos» de Nouvelle-Angleterre. Parmi ces trois souches, près de deux millions avaient encore, à la fin du XX e siècle, conservé le français comme langue du foyer : 400 000 en Nouvelle Angleterre, 300 000 en Louisiane et 1 300 000 dans la diaspora. Mais, comme dans toutes les communautés allophones anciennes et non renouvelées par l'immigration, cette pratique tendait à régresser d'un recensement à l'autre, car la langue véhiculaire, d'enseignement et de la plupart des branches de travail hors l'agriculture était l'anglais. Et toutes les minorités avaient du mal à subsister comme à s'affirmer. Sauf peut-être celle des Cajuns de Louisiane constituant la masse originelle de peuplement de l'Acadiana, au centre du Delta du Mississipi, qui avaient, avec l'aide de la France et du Québec, réussi à réintroduire le français dans l'enseignement et à revaloriser son usage parmi les «Louisiana French» qui, néanmoins, ont de plus en plus de mal à transmettre leur langue aux générations montantes. Comme les Francos, qui, même rassemblés autour de leurs «paroisses nationales», perdent leurs écoles et autres institutions propres.

Iconographie associée

Bibliographie :

Géographie du français et de la francité en Louisiane Québec, Université Laval, Travaux du CIRB, Série B, n° 84, 1979 — Crépuscule ou survivance des Francos et de la franco-américanie ? (une communauté bien vivante, mais qui ne pouvait pas être un pays) in : D. de Robillard & H. Beniamino, : Le français dans l'espace francophone, T. 2, Paris, Champion-Zlatkine, 1996,

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