Tourisme et mondialisation
Vers une disneylandisation universelle ?
« Nous sommes tous les descendants de Parsifal et de Walt Disney. »
Marc Augé, L’impossible voyage Payot 1997

Sylvie Brunel1

 

Tourisme, touriste… Deux mots qui portent une charge symbolique forte, généralement perçue comme négative par une partie de l’opinion publique : le touriste, c’est celui qui dénature, pollue, avilit, réduit les lieux et les gens à une utilisation superficielle et forcément préjudiciable. Celui dont on ne veut pas faire partie. Pourtant, tous les pays du monde souhaitent attirer des touristes, car, en drainant 800 millions de personnes chaque année, l’industrie touristique, troisième industrie mondiale, permet d’employer 10 % de la population active et de fournir autant du PIB mondial2. C’est le premier paradoxe du touriste, à la fois honni et convoité.

L’évolution de la demande touristique vers des produits de plus en plus individualisés, en réaction contre le tourisme de masse des années 60, et le refus du touriste d’être considéré précisément comme un touriste3 ont induit de nouvelles formes d’usage touristique et créé de nouveaux lieux du tourisme. Il s’agit de procurer au touriste le dépaysement et l’exotisme qu’il recherche. Dans cette optique, rien de plus efficace que la disneylandisation des territoires et des cultures.


La re-création touristique d’un passé idéalisé


En réaction contre l’image négative du tourisme qui a accompagné sa démocratisation et sa généralisation – au point que, comme le souligne l’ensemble des travaux du sociologue Jean-Didier Urbain, le mot touriste est devenu une injure -, une partie croissante des 800 millions de touristes, la plus aisée, veut que son voyage lui procure un sentiment de découverte, du dépaysement et de l’exotisme, bref la conviction de, justement, ne pas faire partie des touristes. A l’image de ce que l’on observe concernant la vogue des prénoms donnés aux nouveaux-nés (chacun étant persuadé de faire preuve d’originalité alors que les prénoms se révèlent après coup de formidables marqueurs des générations et des classes sociales), ces voyageurs, dûment coachés par leurs tour-opérateurs, sont avides de « nouvelles » destinations, qu’ils seraient les premiers à ouvrir, bien avant la « piétaille » des touristes. Cuba avant-hier, Croatie hier, Mongolie ou Laos aujourd’hui, la mode met ainsi successivement au premier plan des territoires perçus initialement comme originaux, jusqu’à ce qu’ils soient absorbés par la bulle de l’industrie touristique et aménagés en conséquence. Car les touristes aisés ne font en réalité eux-mêmes que suivre avec quelques années de décalage les prescriptions d’une avant-garde toujours à la recherche de l’ultime destination cachée, et qui ne cesse d’ouvrir de nouveaux lieux à la découverte de masse.

Alors que la mondialisation et l’urbanisation aboutissent à une uniformisation des pratiques, renforcée par l’omniprésence de marques mondiales, la standardisation des chaînes hôtelières, des transports, et des procédures liées au voyage et à la sécurité, les touristes veulent avoir le sentiment de voyager « autrement ». Pour répondre à cette contradiction, le capitalisme a toujours su trouver des solutions. En un singulier paradoxe, l’industrie touristique fabrique donc des produits adaptés à la volonté de ces clients les plus aisés de voyager en oubliant leur condition de touristes. Et cette recherche d’originalité aboutit à transformer une partie croissante de la planète en une succession d’univers touristiques conçus pour offrir de l’« authenticité » sur mesure. Comme si la planète se transformait petit à petit en un immense parc d’attractions grandeur nature.

L’invention touristique la plus marquante de ces soixante dernières années est en effet la création en Amérique du Nord des parcs à thèmes. C’est à Anaheim près de Los Angeles que la société Disney crée en 1955 son premier « Magic Kingdom ». Ce n’est pas un hasard si cette invention d’un passé idéalisé naît précisément dans des pays neufs, là où la « défaite de l’archive », le « triomphe du kitsch » aboutissent à « révérer le faux comme si c’était du vrai, à préférer dans un musée des artefacts à des vestiges », comme l’écrit Bernard-Henri Lévy à propos du « musée de la ferme » qu’il visite à Cooperstown4. Aujourd’hui, l’Amérique du Nord (USA et Canada) possède 1200 parcs de loisirs. Tout comme Disneyland Paris est, avec 12 millions de visiteurs annuels, le premier site touristique de France, les parcs à thèmes font partie des lieux les plus visités au monde : en 2000, à Orlando en Floride, les quatre principaux parcs Disney, les parcs Universal et le Sea World ont reçu plus de 60 millions de clients5. Par ce que les géographes qualifient de « tourisme hors sol », l’exotisme est à portée de main, dans des lieux choisis non pas pour leur intérêt propre, mais uniquement pour leur accessibilité maximale, la proximité d’aéroports et de grandes villes, qui permettent l’existence de réseaux de transport et d’un marché de consommateurs.

Dans ces bulles touristiques, la fiction d’un univers merveilleux est soigneusement mise en scène pour des raisons purement mercantiles : nulle part ailleurs la fonction marchande du divertissement n’y est plus encadrée, plus exploitée, dans une froide logique de la rentabilité maximale. Mais les visiteurs non seulement y viennent mais y reviennent : la bulle touristique leur offre une part de merveilleux taillé sur mesure qui correspond précisément à leurs attentes. Pour Rachid Amirou6, qui transpose au tourisme la métaphore de l’objet transitionnel chère au pédiatre et psychanalyste anglais Winnicott, les bulles touristiques « attestent de la nécessité d’une insularité artificielle, d’une coupure spatio-temporelle comme condition préalable à un dépaysement fictif ou réel ». Center park ou Disneyland mettent à portée de tous l’illusion de l’insularité, « la possibilité d’une île » selon la formule de Michel Houellebecq, répondant à cette nostalgie du paradis perdu qu’éprouveraient les touristes, comme l’enfant éprouve la nostalgie de la symbiose avec sa mère.

Le succcès des parcs Disney est tel que la compagnie aux grandes oreilles a dupliqué le « Magic Kingdom » partout où la concentration de consommateurs potentiels permettait de rentabiliser leur création, au Japon et en Europe donc. Mais la demande s’accroît et le succès de la formule fait des émules. Comment donner à des millions de touristes l’illusion qu’ils retrouvent des paradis perdus ? Comment continuer à les inciter au déplacement, alors qu’un clic de souris et une multitude de reportages et de magazines leur permettent d’avoir accès aux lieux emblématiques du tourisme mondial, virtuellement certes, mais en ôtant néanmoins à ces lieux la magie de la découverte et de l’inconnu ? En sortant le parc à thèmes de son enclave pour le généraliser à l’ensemble des lieux touristiques, c'est-à-dire par une disneylandisation des sites, des civilisations et des paysages, mise au service de l’industrie touristique de masse.

Ainsi, en cinquante ans, la perspective s’inverse : alors que le parc à thèmes offrait au visiteur, sur une superficie réduite, une juxtaposition d’univers reconstruits pour donner l’illusion du réel, la force de l’industrie touristique est désormais, dans un prodigieux changement d’échelle, d’offrir au touriste une succession de lieux emblématiques où tout est conçu pour donner l’illusion de l’authenticité, une authenticité recréée en fonction de stéréotypes mondiaux.  Ce que montre donc l’évolution de l’industrie touristique, c’est la formidable capacité absorbante du capitalisme marchand, puisqu’en un demi-siècle, la disneylandisation a su sortir du parc d’attractions pour englober la vie « réelle », y compris – et surtout – dans les territoires en apparence les moins mondialisés.


Une nouvelle hiérarchisation des lieux


Ce qui est à l’œuvre dans la disneylandisation en effet, c’est la transformation de la planète en une succession de parcs à thèmes, grâce à la mise en œuvre de singularités locales destinées à justifier le déplacement. Les centres-villes se muent en décors de cinémas ou en musées à ciel ouvert, les forêts, les déserts et la campagne en paradis préservés et lieux de récréation (re-création) pour le touriste en mal de dépaysement, tandis que les îles tropicales organisent une solitude à grand confort, pour que des clients fortunés puissent y jouer les Robinsons en toute sécurité, dupliquant à l’infini le mythe du modèle polynésien. La disneylandisation n’est plus réservée à quelques lieux emblématiques et soigneusement clos. Alors que la fiction se voulait jusque là la reproduction la plus fidèle d’un réel imaginaire, fondement des parcs à thèmes, c’est le réel qui imite désormais la fiction7,  avec la muséification des villes (Prague, Paris, Venise) et les villages « authentiques » soigneusement reconstitués.

Dans ce processus, aucun lieu n’est à l’abri de la mise en tourisme, sinon les zones en guerre (le capitalisme ne peut prendre le risque d’exposer le consommateur à des situations dangereuses sous peine de perdre sa clientèle et de s’exposer à des indemnisations coûteuses). Plus marquant encore : le tourisme permet de donner de la valeur aux territoires les moins accessibles, renversant ainsi la hiérarchisation des pôles traditionnels de la mondialisation définis par leur accessibilité. La mise en tourisme des lieux les plus isolés, les plus enclavés les rend précisément attractifs en raison de leur isolat8. C’est l’isolement qui leur attribue l’exotisme nécessaire à leur mise en tourisme, l’isolement qui leur confère un intérêt économique négociable dans la société marchande. Le cœur délaissé de l’Australie est devenu un des premiers sites touristiques du pays grâce à la mise en valeur de l’Ayers Rock, rebaptisé Uluru depuis la mise en valeur des cultures aborigènes, longtemps niées et méprisées. Le sanctuaire des Galápagos, loin de tout, fait vivre des dizaines de sociétés équatoriennes, qui y mettent en scène la « nature sauvage » à l’intention de touristes fortunés. Tout comme la Grande Barrière de Corail a été sauvée de la destruction par sa mise en tourisme, qui a donné une valeur économique à sa sanctuarisation, la sauvant de la pêche intensive et du dynamitage (car elle gênait l’accès aux côtes australiennes). L’inscription en 1996 de Luang Prabang au répertoire du site mondial de l’Unesco et sa « réhabilitation » touristique attirent désormais 100 000 touristes chaque année au Laos…

Partout s’ouvrent au tourisme de masse des lieux jusque là fermés. Et c’est précisément parce qu’ils ont été longtemps fermés qu’ils attirent le touriste. Partant de l’exemple du haut Atlas central, longtemps resté à l’écart de la colonisation française et du pouvoir royal, et qui aujourd’hui, précisément en raison de cette mise à l’écart, attire 100 000 touristes chaque année (pour une population locale de 150 000 personnes), le géographe David Goeury qualifie ainsi ces nouveaux lieux touristiques encore enclavés d’ « espaces du mérite »9. A la fois laboratoires de recherche, où l’ethnologue s’imagine confronté à des mondes préservés de la modernité, terrains de sport extrêmes (escalade, canyoning, trekking, accrobranche…) dont les utilisateurs, jouant les modernes Tarzan, jouissent d’être confrontés à la nature sauvage et sans pitié, mais aussi lieux d’épanchement de la charité et de la solidarité mondiale, avec la prolifération de petites ONG nées initialement d’un séjour touristique, les « espaces du mérite » bénéficient d’une « sur-représentation » dans l’espace mondialisé, comparée à leur poids démographique et économique réel : ils sont investis d’une fonction mythique, celle de paradis perdu, que la disneylandisation permet de figer dans des stéréotypes aisément mémorisables et commercialisables.

La « touristification », processus éminemment démocratique et anti-élitiste puisqu’il permet au plus grand nombre d’avoir accès au beau et à l’exceptionnel, passe par la réduction de la singularité des lieux à des images. Il s’agit de rendre la culture « authentique » du lieu touristifié accessible à tous en la résumant à quelques symboles, aisément commercialisables sous forme de produits dérivés. Ainsi, de l’artisanat des Indiens d’Amérique du nord ou des Aborigènes, proposé comme émanant de l’artisanat local à des touristes en quête d’authenticité, mais en réalité fabriqué en série en Chine, tels les fameux boomerangs et autre didgereedo (ces instruments de musique traditionnels en bois creux, censé avoir été évidé par les termites) venus tout droit des zones économiques spéciales de Shanghaï…

La disneylandisation touristique participe donc à l’entretien, si ce n’est à la production des singularités locales, comme le souligne la thèse de S. Le Menestrel (1999) montrant comment les Acadiens de Louisiane ont pu se reposer sur le tourisme comme ferment de leur affirmation identitaire. Les exemples ne manquent pas. En Mongolie, le renouveau du chamanisme, longtemps interdit par le système soviétique, a été stimulé par la mise en tourisme récente de ce pays. Avec un paradoxe : alors que le chamanisme tel qu’il a ré-émergé au début des années 90 était surtout urbain et moderne, les touristes eux veulent du chamanisme « authentique », à la campagne dans la yourte ou le tipi, incitant certains chamanes à se folkloriser volontairement pour percevoir la manne financière du tourisme10.

A l’image de la réhabilitation des Aborigènes australiens, dont la culture suscite aujourd’hui un engouement qui contraste de façon saisissante avec le génocide dont ils ont été victimes depuis l’arrivée des colons européens, la disneylandisation opère ainsi un processus de revalorisation des groupes culturels dénigrés par la société dominante, qui évalue d’un nouvel œil leur histoire, leur culture et leur identité11. Elle donne de la valeur à leurs objets quotidiens, qu’ils soient rituels ou usuels… même si l’artisanat qui est proposé aux touristes est en réalité re-fabriqué conformément aux stéréotypes que les touristes ont de la culture qu’ils viennent visiter, ou en tous cas de la perception que les visités ont des stéréotypes de leurs visiteurs.

Partout, cette inévitable disneylandisation des territoires est déplorée par leurs premiers découvreurs, qui regrettent le désenclavement au nom de la perpétuation de l’authenticité initiale. « Ils étaient plus heureux comme ça », « ils n’ont pas de besoin, ce sont nous qui les leur créons », de telles formules, répétées à l’envi par le voyageur nanti en visite chez les bons sauvages, font peu de cas des attentes locales, et résistent mal à une confrontation avec les réels souhaits des indigènes : une des premières conséquences du désenclavement est de provoquer un exode massif des populations locales, et notamment des femmes, avides de fuir une pauvreté récurrente, un labeur harassant et monotone, des traditions pesantes et asservissantes. Exode systématique donc, qui montre que le paradis perdu n’en était pas un pour ses résidents permanents…. Mais le tourisme change la donne : en créant des opportunités d’emploi et de revenus et en permettant l’irruption de la modernité et des moyens de communication rapides, il permet aux autochtones de rester sur place ou d’y revenir, forts des réseaux qu’ils ont pu se constituer. Dénoncées par l’avant-garde touristique fascinée par le mythe de l’isolat préservé, la création de la route goudronnée, la mise en place de services de santé et d’éducation, le rattachement du territoire jusque là enclavé à l’espace et à la société mondialisés, que permet l’arrivée du tourisme de masse, sont ce qui permet d’en finir avec la misère et la mortalité massive.


Le mythe de Tarzan


La disneylandisation opère ainsi un processus de préservation de territoires qui, sans l’intérêt touristique qu’ils présentent, auraient été engloutis, nivelés par la mondialisation. Mais la condition de leur perpétuation est qu’ils restent figés dans une vision passéiste : leurs occupants initiaux n’y sont tolérés qu’à condition qu’ils restent précisément « premiers ». Immobiles  dans les choses passées  comme l’écrivait déjà Pierre Loti à propos du Maghreb à la fin du siècle passé. Quitte à les cantonner, pour leur épargner la tentation d’une modernité qui ne peut que les « pervertir », dans des périmètres soigneusement délimités et contrôlés. C’est le mythe du bon sauvage forcément avili par la modernité, qui ne tient nullement compte de la demande – et des attentes – des autochtones uniquement perçus comme des figurants, rendus otages de leur propre histoire.

L’idéologie du développement durable et ses avatars (tourisme durable, agriculture durable, etc.) donne aujourd’hui un essor particulier à la disneylandisation. La multiplication des parcs naturels, comme des réserves intégrales (le fameux « monument » anglo-saxon) et des aires protégées, partis du Nouveau monde à la fin du XIX° siècle, tend, au nom de la préservation de milieux considérés comme « menacés », à ériger comme dogme un conservationnisme pur et dur qui fait peu de cas des attentes de développement des populations autochtones12. Ainsi, le mythe de la « wilderness », la nature sauvage, né aux Etats-Unis au XIX° siècle, se généralise aujourd’hui au nom du développement durable, comme si les prétendues « forêts vierges », et autres espaces à préserver coûte que coûte n’avaient pas été depuis longtemps façonnés par la main de l’homme. Plus que jamais, l’homme occidental se gargarise du mythe de Tarzan, protecteur des bêtes sauvages et de la nature menacée, gardien sourcilleux de la forêt face à des autochtones forcément prédateurs et ignorants. Sa mainmise sur les paradis tropicaux passe désormais par le truchement de puissantes ONG de conservation de la vie sauvage, financées par les crédits de la coopération internationale13. Organisées en oligopoles, travaillant de concert avec les élites nationales et internationales, et notamment la nomenklatura des fonctionnaires onusiens, elles s’arrogent le droit et le pouvoir de soustraire d’immenses territoires aux autochtones, au nom de la préservation d’une vie sauvage sanctifiée. Pour le plus grand bonheur du scientifique appointé ou du riche touriste, qui peut, en toute sécurité, y faire usage de son appareil photo ou de son fusil, voire comme Tarzan, s’y livrer à l’accrobranche.


Une Afrique disneylandisée

Si cette évolution touche le monde entier, elle est particulièrement prégnante dans un continent, l’Afrique, que sa pauvreté et son sous-développement rendent plus vulnérable que les autres. C’est précisément son faible degré de développement et d’intégration dans la mondialisation qui rend l’Afrique attractive pour ces touristes en quête d’authenticité. L’Afrique incarne le paradis perdu, l’immense zoo à ciel ouvert, autant animal qu’humain, dont le reste du monde vient visiter avec avidité l’arriération supposée, tellement pittoresque. Animaux sauvages, populations misérables (mais tellement heureuses) en costumes « traditionnels », qui dansent spontanément à l’arrivée des touristes – et sont prêts à leur vendre tous les vêtements, bijoux et outils qu’ils portent sur eux à l’issue du spectacle tant le tourisme représente pour eux une manne providentielle -, la disneylandisation de l’Afrique est aujourd’hui d’autant plus en marche que la majorité des pays africains entendent faire de la recette touristique une de leurs premières sources de devises. Actuellement, avec 20 millions de visiteurs seulement, le continent africain attire moins de 3 % du total mondial des touristes et perçoit moins de 2 % des revenus mondiaux de ce secteur d’activité. Premiers responsables : l’insécurité politique et sanitaire (réelle ou perçue), mais aussi le manque d’infrastructures adéquates et l’absence de culture touristique - le touriste étant encore perçu dans bien des pays africains comme un coffre fort sur pattes, et de nombreuses populations africaines, confrontées brutalement au contraste saisissant entre leur pauvreté et l’opulence supposée des visiteurs, éprouvent quelque difficulté à mimer l’échange touristique pour habiller leur légitime convoitise d’un vernis commercial…

Les touristes se concentrent donc dans les rares pays pour lesquels le tourisme fait partie intégrante du développement économique : Egypte, Tunisie, Maroc et Afrique du sud. Mais les choses changent : le dernier Salon mondial du tourisme, qui s’est tenu à Paris au mois de mars 2006 s’est caractérisé par une présence importante des pays africains, y compris les moins rassurants pour les touristes occidentaux comme la Côte d’Ivoire en guerre civile. Tout doit être mis en œuvre pour attirer ce touriste pourvoyeur de devises. L’Afrique apprend donc à vendre à ces touristes internationaux en quête de dépaysement l’image d’un continent préservé, d’un éden tropical où renouer avec une nature « vierge ».

La conséquence de cet intérêt pour le tourisme est dramatique pour les populations locales : des superficies croissantes sont affectées à des parcs naturels au nom de la préservation de la biodiversité, et notamment la protection des « 5 grands » (éléphant, buffle, rhinocéros, lion, panthère). Au Gabon, 13 parcs nationaux ont été créés depuis 2004, le président de ce pays, Omar Bongo voulant faire de son pays la nouvelle « Mecque de la nature ». Cette « diplomatie verte », dénoncée par les géographes Jacques Soppelsa et Estienne Rodary dans un récent numéro de Géopolitique africaine14, aboutit à soustraire un nombre croissant de territoires aux sociétés paysannes qui y vivaient jusqu’à présent : un tiers de la superficie de la Zambie et de la Tanzanie est déjà couvert par des parcs nationaux et des réserves de chasse, un quart du territoire ougandais. Les mises en garde de l’ethnologue Colin Turnbull, décrivant au début des années 70 la détérioration tragique de la société Iks15, chasseurs privés de leurs territoires par la création d’une réserve, n’ont servi à rien puisque le gouvernement ougandais continue à en étendre la superficie. De plus en plus, à l’image du gigantesque Kruger en Afrique du Sud, créé dès le XIX ° siècle, certains littoraux et une grande partie des parcs sont bordés de barbelés impitoyables, dont la fonction est plus d’empêcher les hommes de pénétrer dans ces sanctuaires de la vie sauvage (dans lesquels ils cultivaient et chassaient jusque là) que les animaux d’en sortir. L’« apartheid touristique » du tourisme de réserve ou d’enclave, selon la formule de Gérard Grellet16, est justifié à la fois pour des raisons de sécurité mais aussi pour entretenir le mythe de l’éden, réservé à de riches Robinsons et Tarzans occidentaux et interdits aux Africains.

Cette politique de conservation légitimée par le tourisme s’accompagne d’un profond mépris envers les populations locales, qui sont soit purement et simplement évincées des parcs et des aires protégées (et entassées sur des espaces qui ne sont pas viables), soit autorisées à rester sur place à condition de rester fidèles à leurs « traditions ancestrales ». C'est-à-dire de se conformer aux stéréotypes que l’imaginaire occidental nourrit du bon sauvage, tournant volontairement le dos à la modernisation et au développement, privé d’eau potable, d’électricité et de services divers (dont ils n’auraient nul besoin puisqu’il est « plus heureux comme ça ») au nom de l’authenticité. Ainsi au Botswana, le parc national du Kalahari (53000 km2) a été transformée en parc national dédié à la faune sauvage au début des années 90, ce qui a entraîné l’éviction de tous les bushmen, chassés de force de leurs villages, avec la fermeture des puits, des écoles, des dispensaires. La majorité des groupes sociaux africains est exclue de la gestion des parcs naturels au profit d’une politique de conservation, justifiée à la fois par les nécessités de la protection de l’environnement et les ressources apportées par le tourisme.

Au Kenya, les villages masaïs « typiques » sont reconstruits pour les besoins du tourisme. Ainsi que l’écrit le géographe Etienne Rodary : « A l’icône du Kilimandjaro, se superpose celle des Masaïs, spoliés de leurs terres et victimes des politiques de conservation de la faune. Ce peuple représente tout ce que les autorités (coloniales puis africaines) ont graduellement marginalisé tout au long du XX° siècle : des pratiques de chasse jugées barbares, un nomadisme difficilement contrôlable, une utilisation de la savane pour le bétail rapidement présentée comme la cause principale de la dégradation des milieux naturels. » 1% seulement des recettes touristiques globales vont aux Masaïs, qui doivent pourtant supporter l'appropriation et la destruction de leurs champs.Et encore, l’ancienneté du tourisme chez les Masaïs a-t-elle contribué à développer chez eux des tactiques très élaborées d’appropriation de la manne touristique, qui les conduit à faire payer très cher leur « authenticité », leur artisanat, les photos en tenue traditionnelle, etc. Mais d’autres groupes se révèlent beaucoup plus vulnérables car moins expérimentés, ainsi les Bushmens ou Hazabés en Tanzanie, que les compagnies de safari affectionnent car ils sont moins « chers » que les Masaïs et peuvent être présentés aux touristes par les guides comme de quasi sous-hommes, entretenant le mythe du paradis perdu. Car face au coût croissant des safaris animaux (prix d’entrée dans les parcs notamment), qui sont, qui plus est, concurrencés par la multiplication des reportages animaliers, la tendance est désormais à promouvoir les « safaris humains » chez les peuplades « primitives », dans des « rencontres » factices qui satisfont la tendance ethnologique que tout touriste qui se veut responsable porte désormais en lui. Mais c’est la survie sociale et économique même de bien des civilisations autochtones qui se voit compromise puisqu’elles sont désormais, par un singulier renversement de priorités, interdites non seulement de chasse, comme les Masaïs au Kenya ou les Bushmen dans le delta de l’Okavango, mais aussi de feux de brousse, voire de déplacements… Tandis que les animaux sauvages, eux migrent en toute liberté et, en l’absence de régulateurs, prolifèrent, avec des effets pervers inattendus tels que leur concentration autour des points d’eau, dont ils épuisent les pâturages. La disparition des feux de brousse entraîne la multiplication des taillis épineux qui les prive de nourriture. Au Kenya, où la chasse à l’éléphant est interdite depuis 1977, la prolifération des pachydermes, qui sortent des réserves, dévastent les cultures et deviennent dangereux, pose un vrai problème. Or tuer l’un d’entre eux est puni de 7 ans de prison. Dans bien des pays, les braconniers pris sur le fait sont immédiatement exécutés. Comment juger une société où la mort d’un animal entraîne la mort d’un homme, si ce n’est en dénonçant l’exacerbation perverse d’une sensibilité animalitaire, qui sanctifie l’animal et la nature au détriment de l’humanité ? Les pauvres deviennent les ennemis à abattre, tandis que l’on mobilise moyens de transport, vétérinaires et crédits internationaux pour déplacer en douceur les éléphants (et autres ours) dans des eden17 où l’homme, par un singulier renversement de perspective, devient un indésirable intrus.


La politique du vide

La disneylandisation de peuples longtemps dominés, assignés dans un folklore figé à destination des touristes, est universelle : Masaïs, Bushmens, Dogons d’Afrique, Yanomamis, Kayapos et Guaranis d’Amérique du sud, Dayaks de Bornéo, femmes girafes karens en Asie orientale, etc.

Cette façon de ne tolérer l’autochtone et de le placer sur un piédestal que s’il accepte de rester à l’écart de la civilisation industrielle occidentale, ressemble à s’y méprendre au processus qui

a conduit, partout dans le monde, à « l’exotisation » des littoraux, telle que la décrit le sociologue Jean-Didier Urbain18 :

- dans un premier temps, les territoires concernés sont perçus comme hostiles, et les premières incursions non seulement limitées mais marquées par une vision primitiviste et exotique : les populations rencontrées sont forcément misérables, les villages toujours « modestes » ou arriérés. Flaubert déplore ainsi le nombre de mendiants sur les plages de Bretagne en 1847, comme le touriste déplore aujourd’hui d’être assailli par les quémandeurs en Inde ou au Mali. Ce qui est mis en œuvre alors, c’est le nettoyage, la « politique du vide » au XIX° siècle pour les littoraux français, à la fin du XX° siècle pour les espaces tropicaux saisis par la fièvre du conservationnisme, avec l’éviction des autochtones, surtout s’ils refusent de se conformer aux desseins aménageurs des nouveaux maîtres (touristes mais surtout tour-opérateurs et aménageurs publics et privés, élites urbaines et promoteurs immobiliers agissant de concert).

- entrent en scène alors de nouveaux modes d’usage de l’espace ainsi libéré : le baigneur sur les plages hier, l’écotouriste dans les espaces protégés d’aujourd’hui, dans une illusion pré-adamique, fondée sur le mythe du retour aux sources, de la préservation de paradis menacés..

- est alors mis en place un modèle polynésien (dans le cas des plages), « tarzanien » (dans le cas des territoires protégés) avec ré-ensauvagement du territoire par une politique de conservationnisme draconienne.

- La seule issue pour les locaux, face à cette invasion qui se veut pacifique mais présente tous les caractères d’une colonisation économique et de peuplement, est de se reconvertir au service de ceux qui arrivent avec leur pouvoir d’achat et leurs attentes : les autochtones se muent en guides, conteurs, marchands de souvenir, organisateurs d’excursions, vendeurs de prestations touristiques, avec notamment le fameux logement « chez l’habitant », qui n’est que la première phase de l’occupation touristique, avant l’arrivée des promoteurs et la construction d’hôtels et de résidences touristiques. Parallèlement sont édifiés les premiers musées, destinés à sauvegarder une culture perçue comme menacée par la modernisation. Mais « le pêcheur au musée, ce n’est pas l’homme que l’on sauve, mais ses signes », écrit Jean-Didier Urbain. De même que le Musée des arts premiers, récemment ouvert quai Branly à Paris, cantonne notre perception des peuples « autres » à leurs vestiges, l’exotisation des civilisations qui sont les plus étrangères à l’Occident développé conduit ce dernier à les enfermer dans des stéréotypes auxquels elles doivent se conformer pour continuer d’être tolérées.

- La mise en scène des espaces récemment conquis repose sur l’  « illusion participative », dans un simulacre d’apprentissage chèrement facturé : pêcher avec les pêcheurs hier, sur les plages peu à peu conquises par le tourisme, chasser aujourd’hui avec les Bushmen ou convoyer le bétail avec les cavaliers mongols ou argentins.

L’ « exotisme » tant recherché par le touriste ne peut exister sans la négation de l’épaisseur historique et culturelle des lieux, sans aussi le refus d’une modernité qui ne collerait pas à l’imaginaire touristique. Les guides du pays dogon savent ainsi que, pour avoir le sentiment d’avoir réussi son voyage (et prendre de belles photos), le touriste ne veut voir ni voiture, ni montre, ni télévision, et qu’il faut enlever tous les signes de la modernité avant d’exécuter la danse des masques19.

Peu importe alors la vocation initiale et l’usage qui était fait du territoire : partout se développe un tourisme hors-sol qui réduit les civilisations à leurs signes et transforment leurs protagonistes en figurants réduits en silence, comme dans les parcs du bon vieux Walt. A l’œuvre depuis très longtemps dans les pays neufs anglo-saxons qui n’ont pas à s’embarrasser d’une histoire dont ils n’ont que faire, la disneylandisation gagne ainsi peu à peu toutes les destinations touristifiées : en Chine, devenue quatrième destination touristique mondiale, les quartiers anciens traditionnels (hutongs) sont détruits pour reconstruire à leur place non seulement des immeubles modernes mais aussi du faux vieux, tellement plus pratique, propre et fonctionnel que le vrai vieux. La Cité impériale ou la Grande Muraille connaissent ce même processus de reconstruction. En Europe, les centres anciens deviennent des musées à ciel ouvert dont sont bannis les pauvres et les voitures, réservant leur usage à une élite nantie et sans enfants. Quant aux agriculteurs, ils n’ont que le choix qu’entre disparaître, adopter la technologie à outrance ou se muer en gardiens du paysage pour des citadins en quête de dépaysement.

Cette muséification des centres-villes transformés en décors de cinéma, des îles tropicales et des forêts « vierges », comme la re-création de parcs à thèmes au sein des civilisations « authentiques », seraient tout aussi acceptables que nos fêtes médiévales ou le folklore bigouden ou gardian, qui donnent aujourd’hui un second souffle à des régions en reconversion économique, si elles ne soulevaient pas deux questions essentielles :

- qui perçoit les revenus du tourisme ?

- qui contrôle et possède l’espace ?

De très forts enjeux s’affrontent partout autour du foncier, qu’il s’agisse des littoraux ou des parcs naturels, souvent installés sur des terres convoitées. Et la procédure de labellisation des sites par l’Unesco, que l’inscription à l’inventaire du « patrimoine mondial de l’humanité », permet de geler, consacrant ainsi une appropriation en apparence publique, est une façon subtile d’en soustraire l’usage aux communautés qui les occupaient jusque là. Ce n’est pas un hasard si, depuis sa création en 1972, l’inventaire des sites classés connaît une inflation exponentielle  (plus de 800 sites en 2006). Car la protection permet de geler des espaces convoités, à la fois contre leurs occupants traditionnels, mais aussi face aux visées extérieures, comme on l’observe en Amazonie où le gouvernement brésilien se pose en chantre du développement durable pour mieux combattre les tentatives d’internationalisation. Les sites sont ainsi privatisés par des élites, qui sélectionnent les projets urbanistiques et touristiques en fonction d’intérêts privés, évinçant les populations locales de leurs terres coutumières au nom d’un prétendu intérêt supérieur de l’humanité, en réalité au profit de promoteurs et de riches élites.

Pour remédier à cet état de fait, la frange supérieure du tourisme autoqualifié de « responsable » réfléchit à sa pratique et tente de mettre en œuvre de nouvelles pratiques, jugées plus respectueuses des populations locales que leur muséification vivante sous l’œil des caméscopes. Ainsi l’éco-tourisme solidaire, dont la première définition est donnée en 1983 par le Mexicain Hector Ceballos –Lascurain, actuel directeur de la commission écotourisme au sein de l’UICN, se veut une activité qui concilie l’éducation du touriste et le respect de l’environnement et des ressources naturelles. Comme le développement durable, le tourisme durable est « celui qui satisfait aux besoins présents des touristes et des régions hôtes tout en protégeant et en mettant en valeur des opportunités pour le futur ».

Depuis le début des années 90, les initiatives permettant à la fois la protection de l’environnement et une meilleure répartition des produits du tourisme se sont donc mutipliées. Dans les meilleurs programmes, 35 à 60 % des sommes versées par le touriste vont à des projets communautaires, tout est mis en œuvre pour une meilleure qualité de rencontre et de contact entre les populations locales et les touristes. Dans les parcs naturels, tout est mis en œuvre pour convaincre les villageois que les buffles et les éléphants peuvent devenir leurs « vaches ». Le Rwanda compte ainsi sur le tourisme pour diminuer l’incidence de la grande pauvreté, qui touche aujourd’hui 60 % de sa population, et réaliser les objectifs du millénaire d’ici 2020, donc la diviser par deux. S’il n’a reçu que 10 000 personnes en 2005, chacune d’entre elles a donné de l’emploi à 6 personnes et le pays espère multiplier par 7 le nombre de ses visiteurs d’ici 2010. Tourisme vert centré sur la découverte des derniers gorilles de montagne, et tourisme mémoriel organisé autour des sites emblématiques du génocide de 1994 sont les deux pôles autour desquels gravitent les centres d’intérêt des visiteurs.

Mais au-delà de quelques réalisations remarquables, la réalité de l’éco-tourisme est moins satisfaisante : beaucoup de structures opportunistes facturent à des prix prohibitifs le logement « chez l’habitant », l’absence de services des campements villageois, dans une exploitation de la mauvaise conscience du touriste occidental, qui permet de lui faire payer plus cher le non-confort que l’hôtel club tout compris.

Et paradoxalement, l’expérience montre que ces nouvelles pratiques accentuent la disneylandisation des peuples autochtones. Estienne Rodary souligne ainsi que les « expériences récentes d’écotourisme sont largement déterminées par une vision naturaliste et élitiste qui peine à replacer les paysans comme gestionnaires d’une nature désormais cultivée et comme acteurs de la rencontre touristique ». L’éco-tourisme sert ainsi de cache-sexe à la montée du lobby conservationniste, imposant des contraintes énormes aux paysans (qu’on retrouve dans le commerce équitable) et se livrant à une guerre des labels et des certifications parfaitement capitaliste dans son esprit et son mode de fonctionnement.



Sylvie Brunel




1 Géographe, Professeur des Universités, Université Paul Valéry de Montpellier, membre de l’équipe de recherche Gester (Gestion des Sociétés, des Territoires et des Risques). Dernier ouvrage paru : La Planète disneylandisée (éditions Sciences Humaines, 2006)

2 Mesplier A. et Bloc-Duraffour P. (2005), Le tourisme dans le monde, Bréal

3 Urbain Jean-Didier (1991), L’Idiot du voyage, histoires de touristes, Plon

4 Lévy Bernard-Henri (2006), American Vertigo, Grasset.

5 Equipe MIT (2005), Tourismes 2, moments de lieux, Belin

6 Amirou Rachid (1994), Le tourisme comme objet transitionnel, in Espaces et Sociétés, n° 76

7 Augé Marc (1997), L’impossible Voyage, le tourisme et ses images, Rivages

8 Lévy Jacques (1999), Le tournant géographique, Belin.

9 Goeury David (2006) Enclavement et espaces du mérite, mémoire de master II, Université Paul Valéry, Montpellier

10 Merli Laetitia (2005) Le renouveau du chamanisme en Mongolie post-communiste, in Religions et Histoire n° 5, nov-déc 2005

11 Lazzarotti Olivier (2006), Habiter la condition géographique, Belin.

12 Rossi Georges (2000), L’ingérence écologique, CNRS Editions

13 Aubertin Catherine (dir) (2005) Représenter la nature, ONG et biodiversité, IRD éditions

14 n°19-20, été-automne 2005

15 Turnbull Colin (1972 pour l’édition anglaise), Les Iks, survivre par la cruauté, Plon-Terre humaine

16 Toujours dans Géopolitique africaine, op. cit.

17 Voir à ce sujet L’ingérence écologique de Georges Rossi (CNRS éditions 2002) et « Conservation de la nature et développement » de E. Rodary et C. Castellanet (Gret-Karthala, 2003).


18 Urbain Jean-Didier (1994), Sur la plage, Payot.

19 Doquet Anne (1999), Les masques dogon, ethnologie savante et ethnologie autochtone, Karthala


 

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