Le projet CRABE " Cartes sur les risques, les abus et les besoins des enfants " : un SIG interactif sur Internet pour le diagnostic dans les communautés

Jean Carrière

Département de géographie, Université du Québec à Montréal
carriere.jean@uqam.ca

Patrice Pitre et Stéphane Lefebvre

Département de géographie, Université du Québec à Montréal
pitre.patrice@uqam.ca

Sarah Dufour

École de psychoéducation, Université de Montréal
sarah.dufour@umontreal.ca

Micheline Mayer

Institut de recherche pour le développement social des jeunes/Centre Jeunesse de Montréal Institut universitaire
micheline.mayer@cjm-iu.qc.ca

Résume Article complet

1. Problématique

Les mauvais traitements envers les enfants prennent plusieurs formes. La violence physique équivaut à appliquer délibérément sur n'importe quelle partie du corps d'un enfant une force qui provoque ou peut provoquer une blessure non accidentelle. On inclut également dans cette catégorie le fait de secouer et toute autre forme dangereuse ou préjudiciable de recours à la force ou à la contrainte. Le plus souvent, la violence physique à l'égard des enfants est associée à un châtiment corporel ou est confondue avec des mesures de discipline. Il y a négligence lorsque les parents ou les personnes chargées de prendre soin d'un enfant ne donnent pas à celui-ci l'attention voulue pour assurer son développement émotif, psychologique ou physique. À la différence de la violence physique, habituellement associée à un incident spécifique, la négligence met souvent en cause des situations chroniques (Trocmé et al., 2001).

L'étiologie des mauvais traitements est de mieux en mieux connue. Certaines caractéristiques des parents, des enfants eux-mêmes, des dynamiques familiales et des communautés augmentent ou diminuent le risque pour un enfant d'être victime de mauvais traitements. Notamment, la recherche suggère des liens étroits entre mauvais traitements et santé, tant en ce qui concerne leur étiologie que leurs conséquences. Ainsi, pour un parent, être aux prises avec des problèmes de santé mentale (Chaffin et al., 1996; Radke-Yarrow et Klimes Dougan, 1997; Weinber et Tronick, 1998), de toxicomanie (Chaffin et al., 1996; Luthar et al., 1997; Newcomb et Loeb, 1999) ou des problèmes de santé physique (Bardi et al., 2001; Belsky et Vondra, 1989) constituent des facteurs de risque de maltraitance.

Quant aux victimes, on parle généralement de facteurs associés plutôt que de facteurs de risque car les devis de recherche permettent rarement de distinguer si les caractéristiques de l'enfant constituent des conséquences ou des antécédents aux mauvais traitements (Peirson, Laurendeau et Chamberland, 2001). Les problèmes de santé physique (Belky et Vondra, 1989; Pianta et al., 1989) et les handicaps physiques (Ammerman et al., 1989; Pianta et al., 1989) s'associent surtout à l'abus physique. Des études montrent aussi un lien entre les mauvais traitements subis et l'hyperactivité ou déficit d'attention (Daro, 1988; Wolfe, 1988).

Les conséquences des mauvais traitements sur la santé des enfants varient quant à elles selon l'intensité et la nature du mauvais traitement subi, l'abuseur, l'âge de la victime, etc. Au plan de la santé physique, les effets peuvent aller de blessures mineures à des problèmes importants de développement ou même de la mort; au plan de la santé mentale, elles varient d'une faible estime de soi à des états de dissociation sévères (National Research Concil, 1996).

Les mauvais traitements, leurs facteurs de risque, de protection et facteurs associés sont inégalement répartis sur le territoire québécois. Par exemple, entre 1998 et 2000, les taux d'enfants de 17 ans et moins signalés pour abus physique ou négligence variaient, selon les territoires de CLSC, entre 2,3/1000 et 53,4/1000 (CRABE, 2005). Les communautés mobilisées autour de la prévention des mauvais traitements et la promotion du bien-être des enfants disposent rarement de données locales sur l'ampleur du phénomène et la présence de facteurs qui rendent compte de ces variations spatiales. Pourtant la planification, la mise en œuvre et l'évaluation d'actions préventives peuvent être bonifiées par une meilleure connaissance du territoire ciblé.

2. Description du projet CRABE « Cartes sur les risques, les abus et les besoins des enfants »

Le projet CRABE propose à des utilisateurs, spécialement formés, un nouvel outil interactif capable de soutenir un diagnostic de leur communauté. Des initiatives telles Vermont Communities Count (Hogan, 1999), CAN DO (Center on urban poverty and social change, 2005), Early Child Development Mapping Project (Mullens, 2004) et Comprendre la petite enfance (Connor et Brink, 1999) ont déjà montré la pertinence d'utiliser des indicateurs sanitaires, économiques et sociaux pour planifier plus efficacement des actions locales visant des problématiques connexes comme la maturité scolaire et la lutte à la pauvreté.

Le projet, d'une durée de trois ans, vise à développer, implanter et évaluer CRABE auprès de six communautés pilotes. Il s'agit d'un système d'information géographique (SIG) interactif capable d'informer rigoureusement, simplement et uniformément les utilisateurs sur la répartition de diverses variables sur leur territoire. Un SIG produit des analyses spatiales et permet aux utilisateurs de questionner, analyser et visualiser de l'information géographique sous plusieurs formes, incluant des cartes et des graphiques. Les systèmes d'information géographique sont souvent destinés à un auditoire universitaire et de recherche afin d'influencer les politiques publiques. Dans une perspective de dissémination de l'information et de mobilisation des collectivités, CRABE vise à en étendre l'utilisation à d'autres acteurs : des consortiums locaux. Ces consortiums regroupent des parents, des citoyens et des représentants de plusieurs secteurs d'activités qui s'unissent pour assurer aux enfants de leur communauté une protection maximale contre les menaces à leur développement. CRABE permet l'accès et le partage de l'information,  l'établissement de diagnostics et le renforcement des capacités des collectivités à utiliser cette information pour alimenter leurs réflexions et guider le choix de leurs interventions contre la victimisation des enfants.

Plusieurs étapes ont balisé le développement de l'outil. Dans un premier temps, une recension des écrits scientifiques sur les facteurs de risque, les facteurs de protection et les facteurs associés aux mauvais traitements a été produite afin de bien définir les concepts et les variables à retenir pour orienter l'action (Dufour et Massicotte, 2005). L'analyse, systémique, a permis d'identifier les facteurs les plus solidement documentés dans les études empiriques quant aux caractéristiques des enfants, des parents, des familles et des communautés qui augmentent ou diminuent les risques de mauvais traitements.

Après ententes avec les fournisseurs, portant notamment sur le respect des règles éthique et de la confidentialité, des banques de données ont ensuite été construites pour identifier les caractéristiques retenues des populations locales et les mettre à la disposition des communautés grâce à un système d'information géographique. L'accès aux données constitue un enjeu majeur pour assurer la pérennité du projet. D'une part, les données souhaitées n'existent parfois tout simplement pas pour le Québec ou n'ont pas d'ancrage géographique (ex. : personnalité de l'enfant ou stratégies disciplinaires des parents). D'autre part, lorsque les données existent à un découpage géographique fin, les ententes pour y avoir accès peuvent parfois être difficiles ou longues à conclure.

À ce jour, CRABE documente la répartition spatiale de deux formes de mauvais traitements, soit la négligence et l'abus physique. L'abus sexuel n'est pas l'objet du présent projet car son étiologie est très distincte de celle de l'abus physique et de la négligence (Drake et Pandey, 1996; Gillham et al., 1998; Claussen et Crittenden, 1991) et qu'il est nettement moins fréquent que les deux autres formes de mauvais traitements (Trocmé et al., 2005). Les mauvais traitements psychologiques n'ont quant à eux pas été retenus car leurs facteurs de risque et de protection sont encore peu documentés (Black, Slep et Heyman, 2001). De plus, puisqu'ils ne sont pas spécifiquement ciblés par un article de la Loi de la protection de la jeunesse, ils ne constituent pas une variable dans la base de données portant sur les signalements en protection. CRABE fournit aussi des données sur la présence de facteurs de risque, de facteurs de protection, de facteurs associés ainsi que d'autres caractéristiques de la communauté, telles des données socioéconomiques, sociodémographiques ainsi que la répartition des ressources et services.

À titre d'exemple, la figure 1 présente la répartition des taux d'enfants de 17 ans et moins signalés pour abus physique ou négligence selon les territoires de CLSC. Les taux de familles vivant sous le seuil de faible revenu par territoire de CLSC sont présentés à la figure 2. La comparaison des deux cartes permet d'illustrer le lien largement documenté dans la littérature scientifique à l'effet que la défavorisation constitue un facteur de risque important des mauvais traitements (Chaffin et al., 1996; Crittenden, 1999; Sedlack, 1997). En plus d'identifier des territoires prioritaires d'action, de telles, cartes permettent aux consortiums locaux de repérer des territoires « atypiques » et d'explorer plus en profondeur ce qui expliquerait de faibles taux de signalements malgré une forte défavorisation ou, à l'inverse, de hauts taux de signalements malgré une faible défavorisation.


FIGURE 1
Enfants de 17 ans et moins signalés pour abus physique ou négligence, CLSC, province de Québec, 1998-2000

Numérateur : Base de données des Centres jeunesse et de la loi sur la protection de la jeunesse (CJ-LPJ).
Dénominateur : Ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec, Estimations démographiques selon le territoire de CLSC, 1981-2000, édition 2005. Données analysées par CRABE, 2005.

 


FIGURE 2
Familles à faible revenu*, CLSC, province de Québec, 2001

* Niveaux de revenu selon lesquels on estime que les familles ou les personnes hors famille consacrent 20 % de plus que la moyenne générale à la nourriture, au logement et à l'habillement.
Source : Recensement 2001, Statistique Canada. Données analysées par CRABE, 2004.

 

L'information est accessible sous trois formes aux utilisateurs dotés d'un mot de passe. Les Portraits du Québec et de ses régions proposent une fiche descriptive pour chacune des formes de mauvais traitements, chaque facteur de risque ou de protection et pour les autres caractéristiques du milieu. Une fiche comprend des faits saillants puis des graphiques et des tableaux qui rendent compte de données régionales ou pour l'ensemble du Québec. Les Portraits communautaires proposent quant à eux un portrait par communauté. Ce document comprend une brève description de la communauté (population, limites du territoire, etc.), des faits saillants puis des cartes qui illustrent la variation locale du phénomène étudié. Le découpage est plus fin, habituellement par territoire de CLSC ou de secteurs de recensements, mais les données moins nombreuses. Enfin, le volet interactif permet diverses opérations de personnalisation. L'utilisateur peut ainsi consulter un portefeuilles cartographique composé de cartes dynamiques, facilement exportables, et interroger les bases de données ou visualiser les données en créant des tableaux et des cartes.

L'implantation pilote de l'outil auprès de six communautés constitue la dernière étape de développement avant une dissémination plus large de l'outil. Trois ateliers d'initiation permettent aux utilisateurs de maîtriser progressivement les concepts de base et l'utilisation des portraits territoriaux, l'utilisation des outils de personnalisation puis l'intégration de données personnalisées. Les ateliers abordent également les questions d'éthique et de confidentialité. Une approche par agents multiplicateurs est retenue : deux à trois personnes sont formées puis responsables d'accompagner leur consortium dans l'utilisation de CRABE. Les autres ateliers n'ayant pas encore eu lieu, l'évaluation du premier atelier constitue l'objet de la section suivante.

3. Évaluation du projet pilote CRABE

Le premier atelier, intitulé « Concepts de base et utilisation des portraits territoriaux », durait deux mois. Il comprenait d'abord une formation d'une journée. Un accompagnement téléphonique et une rencontre de suivi d'une demi-journée soutenaient ensuite les participants durant la période de familiarisation et d'exercice.

3.1 Méthodologie

Vingt participants provenant de six consortiums locaux ont collaboré au projet pilote et à l'évaluation de son implantation. Les limites territoriales de la communauté ont été établies par le consortium lui-même afin de refléter les diverses réalités locales. Les territoires varient donc en superficie, allant d'un territoire de CLSC à quelques secteurs de recensement. Tous les consortiums étaient déjà actifs avant le projet CRABE. Quatre d'entre eux sont des initiatives 1,2,3 GO!, dont la mission consiste à « sensibiliser et mobiliser les membres de (la) communauté afin qu'ils s'engagent dans des actions qui assurent le bien-être des tout-petits et qui favorisent leur développement (ainsi que) soutenir la participation des parents à la vie du consortium ainsi qu'à celle de leur communauté » (Centre 1,2,3 GO!, 2005). Les deux autres consortiums sont des tables de concertation, une sur le thème de la famille et l'autre sur le thème de la prévention de la pauvreté. Selon le consortium, le nombre de membres variait entre 15 et 100 personnes. Au moment de participer à l'atelier CRABE, toutes les communautés venaient d'être financées par un programme fédéral de mobilisation des communautés afin de réaliser un portrait du milieu, développer d'un plan d'action, le mettre en œuvre puis l'évaluer.

Afin d'évaluer le projet pilote CRABE, les participants ont répondu à différents questionnaires et à des entrevues téléphoniques réalisées par une agente de recherche. Plus précisément, tous les participants (n=20) ont complété par courriel le questionnaire permettant d'établir leur profil. Les items comprennent trois questions à échelles ainsi que deux questions ouvertes. Le formulaire d'évaluation de la formation, qui comprend des questions à échelles et des questions ouvertes, était complété par les participants après la formation initiale d'une journée (19 répondants sur 20 personnes formées). Environ 6 à 8 semaines après la journée de formation, à la fin de l'expérimentation, les participants ont complété un questionnaire permettant une auto évaluation de l'atteinte des objectifs ainsi qu'une appréciation de l'outil CRABE. À part une question ouverte, tous les items se répondent par des échelles. Cet outil, envoyé par courriel, a été complété par 16 personnes. Trois répondants n'avaient pas utilisé l'outil depuis la formation et n'ont donc complété ni ce questionnaire ni l'entrevue subséquente. Enfin, les 13 participants ayant utilisé l'outil ont participé à une entrevue téléphonique explorant leur évaluation globale de l'atelier.

3.2 Résultats

Selon les participants eux-mêmes, leur niveau de connaissances concernant la navigation Internet, l'analyse de tableaux, de graphiques et de cartes ainsi que la problématique des mauvais traitements est « intermédiaire » mais hétérogène (é.-t. entre 0,6 et 0,82). Les participants jugent, avec peu de variation (é.-t.=0,22), qu'ils sont « débutants » dans leurs connaissances sur les systèmes d'information géographique. Les attentes les plus partagées par rapport à l'outil CRABE sont une meilleure connaissance et compréhension des besoins de la clientèle, une compréhension plus approfondie de la problématique dans le milieu (identification des facteurs de risque), des interventions bonifiées et une aide pour mieux travailler en partenariat à la mise sur pied de projets. La familiarisation avec l'outil et son utilisation constitue la principale attente des participants par rapport à l'atelier.

Dans l'ensemble, la satisfaction face aux divers aspects de la formation est élevée (entre 4,37 et 4,79 sur 5). La clarté des objectifs de formation et le matériel de soutien récoltent le plus haut degré de satisfaction (moyenne=4,79 et écart-type=0,42 dans les deux cas), alors que l'interprétation des Portraits proposés dans CRABE est la plus insatisfaisante (M=4,37; é.-t.=0,50). Les participants ont identifié plusieurs forces à la formation, dont le choix des formateurs et le fait qu'elle les préparait adéquatement à utiliser l'outil. Parmi les aspects jugés les plus utiles, la description concrète de l'outil et de ses possibilités constitue l'aspect le plus mentionné. D'autres parlent de la convivialité de l'outil, qualifié de « simple mais non simpliste ». Des participants soulignent enfin la pertinence de CRABE. L'initiation aux niveaux de découpages et autre « jargon cartographique » ainsi que l'introduction au projet ont été jugés moins utiles par certains.

Nous aborderons maintenant le degré d'atteinte des objectifs de formation. En excluant la journée de formation et la demi-journée de suivi, les participants ont consacré en moyenne 18,38 heures au projet CRABE mais il y a une très grande disparité entre les personnes (é.-t.=19,1 heures, étendue entre 2 et 60 heures). Le temps consacré au projet ne semble pas influencer l'auto évaluation que font les participants de leur atteinte des objectifs de formation. Selon les participants, les objectifs les mieux atteints (moyenne entre 4,08 et 4,69 sur 5) sont, en ordre décroissant: connaître les règles d'éthique et de confidentialité entourant l'utilisation de l'outil, connaître les concepts de base en épidémiologie, accéder aux différentes composantes de l'Intranet et accéder aux rapports originaux cités dans « Le Québec et ses territoires». Quant aux objectifs les moins bien atteints (moyenne entre 3,46 et 3,92 sur 5) ils sont, en ordre décroissant: connaître les fondements de l'analyse écologique de l'étiologie des mauvais traitements, connaître les concepts de base en mesure et évaluation, connaître les concepts de base sur les systèmes d'information géographique, interpréter les composantes des portraits territoriaux et enfin synthétiser des informations issues des divers portraits pour une communauté et en comprendre le sens.

Que pensent les participants de l'Intranet CRABE? Selon la grille d'appréciation quantitative, de façon générale, toutes les sections de l'intranet ont été bien appréciées des participants (moyenne entre 2,33 et 2,70 sur 3) et plus particulièrement la forme et le contenu de la section « accueil » ainsi que la forme de la section « nature des données ». Le contenu des portraits territoriaux a obtenu l'évaluation la moins élevée. Le temps consacré au projet ne semble pas influencer l'appréciation qu'ont les participants de l'outil.

En entrevue, les participants ont identifié librement les forces et les faiblesses de l'outil. La convivialité de l'outil CRABE, le fait qu'il soit attrayant, simple et bien construit constituent des forces mentionnées par plusieurs personnes. On a aussi mentionné qu'il s'agit d'un outil fiable, intéressant et excellent dans l'ensemble. La grande quantité d'informations disponibles, les cartes et les outils de personnalisation à venir sont aussi considérés des atouts. Par contre, des participants jugent que l'outil est incomplet, qu'il y a peu de cartes, qu'il n'est pas assez interactif, qu'il mériterait d'être davantage vulgarisé et qu'il est « un peu compliqué au niveau de l'interprétation ».

On se rappelle aussi qu'au moment de participer à l'atelier, toutes les communautés venaient d'être financées par un programme fédéral de mobilisation des communautés. Bien que distincts, une ambiguïté entre ces projets de mobilisation et CRABE a cependant flotté tout au long de l'expérimentation. Les obstacles et les difficultés identifiés par les répondants relèvent de ce contexte plutôt que du projet CRABE lui-même. Les enjeux politiques constituent un premier obstacle, notamment la difficulté de mobiliser des partenaires autour du projet d'action communautaire visant à augmenter le filet de sécurité pour les enfants. Le partage des informations issues de CRABE entre les personnes formées, leurs collègues et les partenaires de d'autres organismes a aussi été questionné.  L'arrimage du projet CRABE et des projets subventionnés a aussi posé problème. Des échéanciers, des buts et des évaluations différents accentuent les défis posés par chacun des projets. Enfin, d'autres difficultés relèvent d'un besoin d'accompagnement dans la réalisation des projets subventionnés.

Globalement, le projet est jugé pertinent et crédible grâce à la présence du comité scientifique. Le cadre théorique constitue un atout car il permet une meilleure compréhension de la problématique, propose des définitions claires et une recension exhaustive des facteurs de risque et de protection envers les mauvais traitements ainsi qu'un nouvel éclairage sur la rédaction d'un portrait de milieu. La centralisation de données fiables, crédibles, nouvelles, nombreuses et constamment mises à jour au sein d'un seul outil accélère le travail des communautés. Deux composantes de l'Intranet sont particulièrement appréciées : 1) les liens avec les rapports et sources cités et 2) les cartes, surtout celles des portraits communautaires. Des participants soulignent les caractéristiques positives de l'outil en le qualifiant de convivial, accessible, visuel et en appréciant le fait qu'il documente spécifiquement certaines communautés. Enfin, d'autres soulignent certains effets du projet tels une meilleure connaissance du territoire, la création d'un langage commun et le fait qu'il « permet d'aller à l'essentiel ».

Par ailleurs, selon les répondants, les faiblesses majeures du projet résident dans les données mêmes, notamment dans les données absentes (ex. : climat social négatif) et dans les limites de celles qui sont proposées (ex. : découpages rarement à grande échelle) ainsi que du manque d'informations dans les portraits communautaires. D'autres commentaires questionnent la pertinence, comme une personne qui se dit « confuse quant à l'utilité de l'outil ». L'absence d'interactivité et des éléments contextuels, comme les délais au démarrage constituent d'autres faiblesses.

Conclusion

Le projet CRABE (Cartes sur les risques, les abus et les besoins des enfants) propose un nouvel outil aux consortiums locaux mobilisés autour de la prévention des mauvais traitements envers les enfants. Ce système d'information géographique permet à ses utilisateurs, spécialement formés, d'établir un diagnostic des facteurs de risque et de protection à l'œuvre dans leur communauté. Les données recueillies suggèrent que, dans l'ensemble, l'implantation du projet pilote est un succès bien que l'outil se doit d'être bonifié. Le projet est jugé pertinent et crédible mais nécessitant des données plus nombreuses et plus « locales » avant d'atteindre son plein potentiel. Suite à cette évaluation, de nombreuses modifications ont été apportées à l'outil. Par exemple, le volet interactif a été ajouté ainsi que de nouvelles fiches et cartes. Après l'expérimentation par les participants des nouvelles fonctionnalités, le projet sera bonifié et implanté plus largement à travers le Québec auprès d'autres consortiums locaux. L'outil pourra également servir à de nouveaux utilisateurs, tels les Directions de santé publique, les Centres de santé et de services sociaux et les Centres Jeunesse.


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