Dire l'esclavage à la Martinique :
langage patrimonial et muséographie

Christine Chivallon

Chargée de recherche, CEAN-CNRS
(Centre d'Études d'Afrique Noire)
Maison des Sciences de l'Homm
e d'Aquitaine

Résumé

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Résumé court : Cette conférence s'appuiera sur une étude de l'action patrimoniale développée actuellement à la Martinique (Antilles françaises). Centrée sur la muséographie, elle s'intéressera à la manière dont est retranscrit le passé esclavagiste. Elle parlera du paradoxe de la patrimonialisation qui doit faire venir à forme des traces mémorielles minorées et diluées dans la chronologie coloniale officielle. Elle montrera la superposition actuelle de deux stratégies patrimoniales bien typées, liées aux hiérarchies socio-raciales martiniquaises et à la présence toujours nette du groupe des blancs créoles (Békés) : l'une qui souhaite mettre en visibilité l'esclavage  ; l'autre qui en efface la réalité historique.

Résumé long : Cette conférence s'appuiera sur une étude de l'action patrimoniale développée actuellement à la Martinique (Antilles françaises). Centrée sur la muséographie, elle s'intéressera à la manière dont est retranscrit le passé esclavagiste. Elle parlera du paradoxe de la patrimonialisation qui doit faire venir à forme des traces mémorielles minorées et diluées dans la chronologie coloniale officielle. Elle montrera la superposition actuelle de deux stratégies patrimoniales bien typées, liées aux hiérarchies socio-raciales martiniquaises et à la présence toujours nette du groupe des blancs créoles (Békés) : l'une qui souhaite mettre en visibilité l'esclavage  ; l'autre qui en efface la réalité historique. Ces différents dispositifs patrimoniaux montrent l'inadaptation du langage muséographique calqué sur le modèle européen avec le « leurre chronologique » qu'il génère et qui semble faire obstacle à la restitution de l'expérience singulière issue de l'univers esclavagiste. Ils montrent aussi comment des lieux de mémoire d'une nostalgie coloniale sont en mesure de s'édifier simultanément à ces tentatives de recouvrement du souvenir de l'esclavage. La politique patrimoniale apparaît dès lors, non plus comme située dans un rapport de césure avec le passé qu'elle tente de reconstituer, mais bien comme agissante dans la réalité très actuelle de rapports sociaux dont elle contribue à fixer les termes raciaux de la représentation.

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