ÉTATS-UNIS, CANADA, BRÉSIL :
LA FABRICATION DES GRANDS ÉTATS AMÉRICAINS

Paul Claval

Université de Paris-Sorbonne

Résumé

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Les États-Unis, le Canada et le Brésil couvrent les deux-tiers des deux Amériques et regroupent cinq neuvièmes de leur population. Avant l'arrivée de Colomb, aucune formation politique n'annonçait ces États.

Les milieux que conquièrent les colons européens ne sont pas les mêmes aux États-Unis, au Canada et au Brésil, mais les nouveaux venus doivent faire face à des défis similaires : (i) s'imposer aux populations amérindiennes; (ii) affronter une nature qui ne leur est pas familière; (iii) inventerdes techniques de mise en valeur en croisant pratiques indiennes, genres de vie amenés d'Europe et savoir-faire africains (aux États-Unis et au Brésil). Cela forge des sociétés originales.

Les hommes qui se lancent dans l'aventure américaine œuvrent pour la grandeur de leurs souverains, aspirent à s'enrichir, sont animés par la foi chrétienne et éprouvent le désir de créer un monde conforme à leurs rêves. Ces motivaitons sont présentes dans les trois pays.

La construction des États commence avec l'Indépendance, (fin XVIIIe siècle pour les États-Unis, entre 1808 et 1822 pour le Brésil, et progressivementpour le Canada). Au milieu du XXe siècle, les trois pays apparaissent comme des modèles d'États-nations : un pouvoir central fort – ce qui n'interdit pas la pratique du fédéralisme; une identité nationale solide, même si elle ne revêt pas les mêmes formes dans les trois États; une économie construite autour d'un noyau central complexe et diversifié (l'Industrial Belt aux États-Unis; le corridor Windsor-Québec au Canada; le Sud-Est au Brésil).

La construction de ces États-nations n'a pas été facile. Aux États-Unis, la nation naît de l'Insurrection et du pacte politique auquel elle donne lieu; l'Etat a en revanche de la peine à se mettre en place, car la tradition puritaine pousse à la pulvérisation du pouvoir. Au Brésil, les modalités singulières d'accession de la colonie à l'Indépendance permettent de bénéficier de l'unité forgée à l'époque coloniale – mais l'écart entre des sociétés dont la base demeure locale et l'Etat fédéral est considérable; il n'est comblé qu'à partir des années 1920. Au Canada enfin, la dualité des colonisateurs ralentit la maturation d'un sentiment d'appartenance nationale, d'autant que la structure impériale britannique permet au pays de vivre sans problème de sécurité.

La superposition dans les mêmes limites d'un Etat, d'une nation et d'une économie nationale ne va jamais de soi. Elle est plus fragile qu'on ne le pense : le modèle centre-périphérie qui caractérisait les économies des grands États américains au milieu du XXe siècle est affaibli par la métropolisation et l'ouverture croissante des frontières.

Le dépassement de l'Etat-nation n'est pas propre à l'Amérique : la construction de l'Europe le prouve. Mais l'évolution prend en Amérique des formes spécifiques. La création de territoires englobants sur le modèle de l'Europe unie n'y connaît qu'un succès limité. Malgré la proximité culturelle qui existe entre les pays d'Amérique latine, ou entre les États-Unis et le Canada, on en reste aux zones de libre échange.

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