L'Éducation au Développement Durable (EDD)

organisée par Marie-Christine Ferrandon avec

Yvette Veyret

Présidente du Comité National Français des Géographes

Michel Hagnerelle

Inspecteur général de l’Education Nationale

Compte rendu réalisé par J-R Nace

Professeur, LPO Blaise Pascal - Colmar
qui prie d'excuser les erreurs éventuelles ; "seul le prononcé fait foi"

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Compte-rendu

Introduction (M. Hagnerelle)

4 raisons pour initier ces « rendez-vous annuels de l'EDD » au FIG : le DD envahit les médias, le terme est discuté et à valider scientifiquement, la notion est suffisamment séduisante pour toucher le système éducatif (obligation d'enseigner l'EEDD cf circulaire 2004), enfin on compte pléthore de ressources et de partenaires (quelles valeurs leur donner ?).

D'où 3 questions : 1) quelle place pour le DD dans la science géographique ? (Y. Veyret)

2) quelle place pour le DD dans l'enseignement de la géographie ? (M. Hagnerelle)

3) quelles ressources et quels partenaires ?(M-C Ferrandon, du CRDP d'Amiens)

1) quelle place pour le DD dans la science géographique ? (Y. Veyret)

Le dev durable, une utopie, qui remplacerait les idéologies de naguère, ou une notion opérationnelle ?

1.1. Quelle définition en donner ? 3 piliers conjugués : l'écologique (le rapport homme-nature) + l'économique + le social.

Dans chaque pilier le géographe se retrouve, par son questionnement : à quelle échelle travailler (locale ou globale), l'importance de l'incertitude et la nécessité pour le politique de prendre des décisions fondées sur l'incertain et de justifier ses choix (d'où les difficultés de l'enseignant à rendre compte (transparence, justesse,…) des choix politiques)…

1.1.1.l'écologique :

une approche du DD réside dans la réévaluation du rapport homme-nature ; mais ici le point de vue du géographe place l'homme au cœur de sa démarche, c'est l'homme dans ses rapports à la nature, c'est l'homme qu'on doit aider à vivre et à mieux vivre (d'où les questions « pour qui protège-t-on, dans quel but, » …) ; il s'agit de concilier les usages divers de l'espace, et de réfléchir sur les temps longs (qu'est-ce qu'une « nature vierge », une « forêt primaire », un « temps zéro » qui marquerait le point origine de l'évolution : l'époque de J-C , les australopithèques ? le précambrien ? la nature a ses temporalités, différentes de celles de l'homme, d'où les conflits d'échelle de temps).

1.1.2. l'économique :

l'analyse oscille ici entre 2 pôles antagonistes, « l'économie de la décroissance » (refus d'une croissance fondée sur des ressources non renouvelables ; ce refus va parfois jusqu'au refus du développement des pays pauvres, pour préserver les ressources…) et « l'économie néolibérale » qui assure que les produits de remplacement existent ou existeront et qui donc valide toujours le modèle de la croissance.

1.1.3. le social :

exigence d'équité dans le partage des ressources et des richesses ; peu de réponses actuellement crédibles, alors que parallèlement se creusent les inégalités…

1.2. le débat et la place du géographe :

le pilier le plus étudié est le pilier environnemental écologique ; car le DD est né des mouvements écologistes dès le XIXème s (1882 1er parc national américain = une nature à protéger, sous cloche protestante) ; mais le géographe doit insister sur le pilier social, les rapports Nord-Suds .

D'autre part, la réflexion est souvent globale : ainsi à Rio, les ONG ont voulu créer un gouvernement mondial « vert », avec multiplication des parcs protégés : échec, car ces espaces « naturels » sont aussi anthropisés, avec des lieux sacrés, des ressources… : la solution à l'échelle globale semble donc ne pas marcher, entre en conflit avec le local ; le géographe est lui très présent dans le local car il pratique l'aménagement des territoires.

Enfin la philosophie est aussi très présente dans le DD, en posant la vieille question des rapports nature-société. La géographie ne propose pas de face à face conflictuel mais au contraire une relation bien plus riche entre l'homme et la nature, qui exclue les solutions clé en main, les arguments approximatifs (exemple de la notion de « déforestation » : 25 définitions officielles, suivant le nombre de tiges à l'hectare, ou la hauteur de la fûtaie, ou la densité de la camopée,…les chiffres varient ainsi de 1 à 4, aisément manipulables suivant le point de vue du producteur forestier, du chercheur de subventions, etc ; autre exemple, la « désertification » (cf la carte de l'unesco de 1977 sur les déserts) : quelle définition, car s'il y a dégradation réversible des sols, se pose la question de la temporalité (désert aujourd'hui, verdure demain et hier…) ; autre exemple, l'air pollué de nos villes à comparer des smogs mortifères du XIXème s, ou la nostalgie de la vie agreste qui renvoie à une époque où l'on avait en fait 40 ans seulement d'espérance de vie… Se produit ainsi un discours dramatisé, à critiquer absolument par le géographe : halte au passéisme !

2. L'enseignement au DD par la géographie et l'éducation civique (M. Hagnerelle)

2.1. historique et état des lieux :

1977, une circulaire institue une éducation à l'environnement ; en 2000, l'IG fait le constat que depuis, on n'a pas beaucoup avancé, et établi un rapport douloureux : pas d'éducation construite, aucune discipline n'a pris l'exigence en charge, pas de transdisciplinarité, 5% seulement des élèves ont reçu quelque chose de construit…

D'où la rédaction de la circulaire de juillet 2004 l'EEDD devient généralisée du primaire à la terminale (auparavant, le DD était uniquement présent dans le programme de SES de terminales), et devient désormais une obligation. Les SVT s'en emparent (sont très pressants), et les géographes essayent de s'en emparer. Or aucune autre discipline hors la géographie n'est capable d'intégrer les trois piliers du DD (éco+écolo+social) ensembles (SES : éco juste ; SVT : écolo ; philo : homme-nature… ; la géo, elle, est au cœur . Nous devons traiter le global (car les discours et les thématiques de l'eau, des ogm, de l'énergie, sont toujours biaisés, jamais globaux) et être conscients de nos responsabilités premières dans cet enseignement : être offensifs !

2.2 quels principes pour construire un enseignement en géographie ?

1ère entrée : le questionnement

Apprendre à questionner, à poser les bonnes questions, donc se positionner en éducateur (se garder de l'affectif, du catastrophisme, du militantisme, de l'irrationnel, de la culpabilité collective, pour développer des points de vue argumentés fondés sur des savoirs les plus larges possibles.

2ème entrée : l'homme est toujours au centre de la problématique.

Faire assumer à l'homme sa position de gestionnaire, donc responsable.

3ème entrée : l'appréhension globale : toute question doit passer par le filtre des trois piliers. Donc ne pas en rester à l'eau, le climat, etc, mais s'intéresser à la ville, à la démographie, la pauvreté, l'aménagement, qui sont des questions majeures du devt durable. Apporter également le plus grand soin au problème N/S, terrain fondamental de réflexion.

4ème entrée : les faits sont à intégrer à différentes échelles de temps et d'espace, systématiquement, avec d'abord toute sa place au local.

Toute situation est le fruit d'une histoire, et on a le devoir d'aider les élèves à se projeter dans l'avenir (le DD, c'est l'avenir) : non, le futur n'est pas noir obligatoirement, le futur n'est pas écrit…

5ème entrée : travailler toute la dimension politique et du jeu des acteurs.

Nous devons décortiquer les points de vue et le jeu complexe des acteurs (pourquoi tel discours, tel positionnement ?)

6ème entrée : former au doute scientifique et au complexe.

C'est le travail du pédagogue de rendre simple le complexe ; bannir les certitudes, s'interroger sur les modèles explicatifs, montrer les limites de la prévision, du principe (constitutionnel !)de précaution,…

7ème entrée : former au choix et à la responsabilité.

Devoir de former à la critique, et travailler sur des valeurs : justice, solidarité, responsabilité.

Conclusion : 3 incidences :

1) passer de l'EEDD à l'EDD : le texte de 2004 a vielli ; on ne peut pas séparer l'environnement du reste

2) renouveler les problématiques d'enseignement, pour se donner cette liberté aujourd'hui, cette obligation demain (nombreux programmes en chantier, qui vont intégrer l'EDD) d'entrer par le DD.

3) ne pas faire seul ; travaillons avec les SVT, les SES, …Mais dans la codisciplinarité : chaque discipline entre avec ses démarches, ses atouts, ses méthodes pédagogiques,…Il faut rassembler les génies de toutes les disciplines, et pas se « dédisciplinariser » (ne cherchons pas, nous géographes, à faire des SVT !)

Enfin, quantité d'outils ne correspondent plus aux orientations nouvelles (mais ne pas manquer la Doc photo d'octobre : remarquable !) ; ailleurs, la société civile travaille parfois plus vite que nous, ainsi certains élus, comme à Angers, Orléans, dotés d'agendas 21 remarquables…

3. ressources et partenariats

  1. CRDP d'Amiens, pôle national de compétences (avec expertise, partenariats, mutualisation); appel à contributeurs, recensement des initiatives et des ressources ; prochains FIG : montrer le travail de tous.

  2. Caisse d'épargne : membre du comité 21 ; finance dans le Poitou des actions (1000 élèves, 30 établissements) pour rédiger des agendas 21 scolaires et des projets pédagogiques dans l'EDD…

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