Les Eldorados américains :

de l'exploitation prédatrice à l'environnementalisme

Michel Deshaies

Maître de conférences en géographie
Université de Nancy 2

RésuméArticle complet

Introduction

La richesse minière légendaire des Amériques reste aujourd'hui encore une réalité, puisque plus de la moitié de la valeur de la production mondiale de minerais vient du Nouveau Monde, en particulier l'or, l'argent et le cuivre. Plus de quatre siècles d'exploitation prédatrice ont laissé de nombreuses traces dans les paysages, mais elles sont sans commune mesure avec les transformations résultant de la forte croissance de l'extraction depuis les années soixante-dix. Celle-ci a été rendue possible par le développement de l'exploitation de nouveaux gisements à ciel ouvert, à l'origine d'une forte dégradation de l'environnement. En effet, le creusement d'immenses découvertes, les énormes volumes de déblais déplacés et les traitements chimiques employés entraînent une altération et des pollutions irrémédiables des ressources en eau, une destruction des paysages et du cadre de vie des communautés locales d'habitants. De plus, la réhabilitation de ces immenses exploitations posera d'énormes problèmes. Cependant, l'impact sans cesse croissant de cette exploitation minière à grande échelle soulève une opposition croissante. Sous la pression des communautés d'habitants et des mouvements écologistes, les sociétés minières sont parfois amenées à renoncer à certains projets miniers et s'efforcent de réduire l'impact de leur activité sur l'environnement.


Photo 1 : ancienne exploitation à ciel ouvert du cuivre à Murdochville en Gaspésie (Canada)
(Photo : C. Grandmontagne).

La mine ouverte au début des années cinquante a été fermée en 1999, laissant d'immenses surfaces à réhabiliter, alors que l'ancienne ville minière a perdu 80% de sa population (5000 habitants en 1974, 800 actuellement).

I - La recherche de l'Eldorado : de la ruée vers l'or à l'exploitation industrielle à grande échelle

A - Le rôle essentiel des ruées vers l'or dans le peuplement des Amériques

L'une des motivations principales qui a poussé les Conquistadores à conquérir l'empire aztèque, puis l'empire inca au XVIe siècle, les Européens à s'aventurer au XIXe siècle dans les vastes déserts de l'Ouest américain, ou dans les solitudes glacées de l'Alaska ou du Yukon est la recherche de minerais précieux. Même si cette quête du mythique Eldorado se révéla la plupart du temps décevante, elle n'en déboucha pas moins sur de nombreuses et parfois fabuleuses découvertes telle que le gisement du Cerro Rico (la montagne riche) à Potosi où, dès 1545 on commença à exploiter la veine d'argent natif la plus pure du monde. Au milieu du XVIIe siècle, le gisement de Potosi fournissait plus de la moitié de la production totale d'argent du Nouveau Monde et la ville la plus haute du monde (4090 m d'altitude) était devenue un vaste complexe industriel comptant près de 200 000 habitants ! De même que les mines de Guanajuato, de Zacatecas ou de Pachuca au Mexique sont exploitées de manière continue depuis plus de quatre siècles et ont chacune produit plus de un milliards d'onces d'argent (soit plus de 30 000 t).

Le peuplement des montagnes de l'Ouest américain, dans la deuxième moitié du XIXe siècle, est également pour beaucoup dû aux ruées vers l'or (gold rush) qui entraînent la venue de milliers d'aventuriers en Californie (1849), au Colorado (1858), au Montana (1864) en Colombie britannique, puis en Alaska (1902). Après la découverte de l'or alluvionnaire de Californie, épuisé en quelques années, les prospecteurs s'aventurèrent dans toutes les montagnes de l'Ouest américain, à la recherche de la fabuleuse veine mère, c'est-à-dire des filons renfermant une concentration assez forte d'or ou d'argent pour pouvoir être extrait avec les techniques de l'époque. En effet, les concentrations en minerais d'or, d'argent ou de cuivre proviennent pour beaucoup de la cristallisation de solutions hydrothermales au dessus des zones de subduction (c'est-à-dire lorsqu'une plaque océanique passe sous une plaque continentale). Or, une grande partie des chaînes de montagnes de l'ouest des Amériques résulte des mouvements tectoniques engendrés par les phénomènes de subduction. Les roches encaissantes dans lesquelles se sont formés les filons, à plusieurs milliers de mètres de profondeur, ont été par la suite soulevées et l'érosion a décapé les roches jusqu'à l'affleurement des filons.

Figure 1 : les gisements exploités de minerais non ferreux des Amériques.

Les fragments d'or ou d'argent arrachés par l'érosion ont été ensuite entraînés par le ruissellement et sont venus s'accumuler dans certains sites au pied des montagnes. Ce sont donc d'abord ces gîtes alluviaux qui ont été découverts et exploités par les prospecteurs de l'époque héroïque. Une fois ceux-ci épuisés, on a alors recherché les filons que l'on ne pouvait toutefois exploiter que de manière superficielle. Dès 1873 la production d'or provenant des mines dépassait celle des placers aurifères. Parmi les milliers de mines ouvertes dans la deuxième moitié du XIXe siècle dans l'Ouest américain, on peut citer celle de la veine d'argent de Comstock au Nevada, découverte en 1859 et à l'origine de Virginia city, une ville qui compta jusqu'à 30 000 habitants. De même, la découverte de l'or à Goldfield (Nevada) en 1902 amena la création d'une ville champignon à 5 689 pieds d'altitude (environ 1760 m) au milieu du désert. Dès 1906 elle comptait 30 000 habitants et était surnommée « the greatest gold camp in the world ».


Photo 2 : mine abandonnée à Nevadaville (Colorado)


Mais les richesses minières exploitées étaient le plus souvent éphémères, les moyens techniques de l'époque ne permettant pas de récupérer le métal quand sa concentration était trop faible. Aussi, après l'épuisement des placers aurifères ou des veines superficielles, les villes minières déclinèrent aussi vite qu'elles avaient été créées. Beaucoup devinrent des villes fantômes (ghost town) totalement abandonnées, ou quand elles ne disparurent pas complètement, la population se réduisit énormément, comme à Virginia city dont la population actuelle n'excède pas 1000 habitants, ou encore Goldfield qui compte environ 440 habitants (http://westernmininghistory.com ).


Photo 3 : La rue principale à Goldfield (Nevada), un exemple de ville-fantôme qui compta jusqu'à plus de 30 000 habitants au début du XXe siècle contre 440 actuellement.

B - Le développement de la grande exploitation minière industrielle

Rares en définitive sont les gisements qui, comme la mine de Homestake, dans les Black Hills, ont eu une longévité importante. En effet, découverts en 1876, l'or et l'argent y ont été exploités jusqu'à la fin du XXe siècle ; si bien que la mine qui, en un siècle, a fourni près de 1000 tonnes d'or, s'est avérée être l'une des plus rentables au monde. Mais cette longévité est surtout due au fait que dès les années 1880, les chercheurs d'or aventuriers ont commencé à céder la place à des industriels recourant à des études géologiques et employant de nouvelles techniques permettant d'extraire l'or ou l'argent dans des minerais à faible, et même à très faible teneur. c'est ainsi que dès 1887, on met au point le procédé de la cyanuration qui permet de récupérer jusqu'à plus de 97% de l'or contenu dans le minerai, au lieu de 60 à 75% au mieux avec le procédé traditionnel de l'amalgamation au mercure. Mais pour être rentable sur des minerais à faible teneur, ce procédé exige d'être en mesure de traiter de grands volumes de minerais ; ce que seules des sociétés pouvant mobiliser d'importants capitaux pouvaient réaliser. Aussi, dès le début du XXe siècle, l'essentiel de la production de minerais précieux des Amériques était réalisée par les grandes compagnies comme la Newmont Mining Corporation ou la société de Homestake.

Tout au long du XXe siècle, l'importance de ces compagnies s'est accrue et le rôle du prospecteur aventurier est devenu marginal. Employant des moyens mécaniques de plus en plus puissants, elles ont créé des paysages miniers originaux, marqués par la démesure, avec la création de gigantesques exploitations à ciel ouvert. l'exploitation minière reste toutefois majoritairement souterraine jusqu'aux années soixante-dix, même s'il existe déjà de grandes exploitations en découverte pour le cuivre, comme Bingham Canyon dans l'Utah, ou Chuquicamata au Chili. c'est surtout à partir des années quatre-vingt que les grandes exploitations à ciel ouvert vont se multiplier afin de permettre l'extraction de l'or ou de l'argent dans des minerais à très faible teneur (moins de 5 grammes par tonnes) comme au Nevada ou au Pérou. En effet, la forte augmentation des cours de l'or et de l'argent au cours des années soixante-dix assure la rentabilité des investissements considérables que nécessitent le creusement de grandes exploitations et le traitement par cyanuration sur une large échelle, de gigantesques volumes de minerais afin de récupérer des quantités limitées de métaux précieux.


Photo 4 : la mine de cuivre de Chuquicamata, dans les Andes chiliennes, est l'une des plus grande mines du monde à ciel ouvert. l'immense excavation fait près de 800 m de profondeur et s'allonge sur sept kilomètres de long.


Figure 2 : évolution de la valeur annuelle moyenne de l'or (en $ par once)
et de la production mondiale d'or (en dizaines de tonnes par an).

Les plus grandes mines d'or actuelles exploitent des minerais dont les teneurs moyennes n'excèdent pas 1 ou 2 grammes par tonne. Mais comme elles sont en mesure d'extraire plusieurs millions de tonnes de minerai par an, leur production s'élève à plusieurs dizaines de tonnes d'or pur. A cela, il faut ajouter que des mines produisant principalement du cuivre sont aussi de notables producteurs d'or et d'argent, métaux que l'on trouve très souvent associés à l'or. l'or et l'argent peuvent être alors extraits dans des minerais où ils sont en beaucoup plus faible concentration que dans les mines ordinaires. c'est le cas par exemple des deux plus importantes mines de cuivre des Amériques : Bingham Canyon et Escondida. La mine de Bingham Canyon exploite ainsi un minerai de cuivre à 0,7% qui contient aussi 0,27g/t d'or et 2,7g/t d'argent ; si bien qu'en 2004 on a extrait de la mine 247 000 tonnes de cuivre, 9,3 tonnes d'or et 10,4 tonnes d'argent.


Figure 3 : évolution de la production d'or en Amérique et dans le monde de 1970 à 2005 (en tonnes)


Figure 4 : les principaux producteurs d'or en 1980 : 1 220 t.
Figure 5 : les principaux producteurs d'or en 2004 : 2 430 t.

C'est dans ces conditions que les Amériques sont redevenues, depuis le début des années quatre-vingt-dix, le premier continent pour la production d'or, jusqu'alors dominée par l'Afrique du Sud. Alors qu'en 1980 les Amériques fournissaient tout juste 10% de l'or extrait dans le monde (contre 56% pour la seule Afrique du Sud), depuis la fin des années quatre-vingt-dix leur part s'élève à environ 30% du total mondial (contre environ 15% pour l'Afrique du Sud) ; ce qui est d'autant plus remarquable que, depuis 1997 on extrait en moyenne dans le monde deux fois plus d'or par an qu'en 1980. Cette renaissance des Eldorados s'explique d'abord par la fantastique croissance de la production d'or des Etats-Unis, passée de 30 t en 1980 à 330 t en 1992, pour atteindre un maximum de 366 t en 1998. Les Etats-Unis qui étaient un producteur d'or très secondaire, avec seulement 2,5% du total mondial en 1980, sont devenus le deuxième ou troisième producteur du monde, juste derrière l'Afrique du Sud et l'Australie. Depuis le début des années quatre-vingt-dix, leur part de la production mondiale est ainsi constamment comprise entre 11 et 14%.


Figure 6 : évolution de la production d'or des Etats-Unis de 1970 à 2005 (en tonnes)

Comme illustration du rôle des nouvelles techniques d'extraction, il faut souligner que 90% de l'or actuellement extrait aux Etats-Unis l'est par le procédé de cyanuration. c'est ainsi qu'en seulement 33 ans, de 1973 à 2005, on a extrait la moitié de la production totale d'or des Etats-Unis depuis 1900. Le Nevada fournit plus des trois quarts de l'or qui provient notamment du Carlin Trend. Cette région désertique du nord du Nevada est en effet le deuxième gisement d'or connu dans le monde après le Witwatersrand en Afrique du Sud. Si l'or a commencé à y être exploité en 1965, c'est surtout depuis le milieu des années quatre-vingt que l'on a ouvert les grandes exploitations en découverte d'où proviennent aujourd'hui l'essentiel des 75 à 80 tonnes extraites chaque année. Les cinq plus grandes mines des Etats-Unis, toutes localisées au Nevada, fournissent ensemble près de la moitié de la production américaine.

Figure 7 : les principales exploitations d'or, d'argent et de cuivre de l'Ouest américain



Photo 5 : la mine d'or de Gold Quarry, dans le Carlin Trend (Nevada) vue en direction de l'ouest
(Photo : A. Berger)

Figure 8 : plan de la mine d'or de Gold Quarry. On distingue en brun clair les deux excavations du Gold Quarry pit et du Tusc pit, en marron foncé les accumulations de stériles, en orange les terrils en terrasses constitués de minerai traité au cyanure et en vert les bassins de décantation. Les carrés constituant le fond correspondent aux sections de 1 mile de côté (1609 m) du « grid ».


Mine

Etat

Cie minière

Volume de minerai en milliers de t.

Teneur moyenne

en g/t

Prod. 1999 en tonnes

Carlin

Nevada

Newmont Mining Corp.

28 501

1,5

42,64

Cortez

Nevada

Barrick Gold Corp.

3 835

11,2

41,32

Betze Post

Nevada

Barrick Gold Corp.

4 763

7,4

35,15

Meikle

Nevada

Barrick Gold Corp.

1 035

29,4

30,48

Twin Creeks

Nevada

Newmont Mining Corp.

10 684

2,7

29,23

Round Mountain

Nevada

Homestake

52 908

0,3

16,86

Bingham Canyon

Utah

Rio Tinto

56 595

0,2

11,41

Jerrit Canyon

Nevada

Anglo Gold ltd

867

13

11,28

Fort Knox

Alaska

Kinross Gold Corp.

12 534

0,9

10,92

Cripple Creek

Nevada

Anglo Gold ltd

14 307

0,75

10,72

Tableau : les 10 principales mines d'or des Etats-Unis en 1999

De la même façon, la forte croissance de la production minière du Pérou, redevenu un Eldorado, et notamment le premier producteur du monde d'argent en 2004 et le cinquième producteur d'or est liée à la mise en valeur de nouveaux gisements à faible teneur sous la forme de très grandes exploitations en découverte, comme celle de Yanacocha dans le nord du pays d'où vient pratiquement la moitié de la production totale. A Yanacocha dont la production est passée de 10 à 100 t. entre 1994 et 2005 on exploite un minerai dont la teneur moyenne est d'environ 0,8 g/t. Mais la nécessité de cours de l'or élevés pour assurer la rentabilité des mines d'Amérique du Nord peut être illustrée par le fait que, dans la plupart des exploitations du Nevada, le prix de revient de l'or est compris entre 220 et 290 $ l'once. Dans celles de Carlin Trend, le traitement par cyanuration de minerais dont la teneur est pour une bonne partie de l'ordre de 0,9 g/tonne a permis en 2004 d'extraire l'or pour un coût de revient qui s'est élevé à 333 $ l'once. Au prix moyen de l'once d'or en 2004 (409,72$), la rentabilité est assurée. Elle ne l'aurait pas été entre 1997 et 2002 où il était compris en moyenne annuelle entre 294,21 et 309,73 $. En revanche, dans les mines d'Amérique du Sud, les coûts d'exploitation sont pratiquement deux fois et demi plus faibles qu'en Amérique du Nord. A Yanacocha par exemple, l'or est extrait pour un prix de revient de 123 $ l'once et cette immense exploitation est ainsi une des mines d'or les plus rentables du monde.
Figure 9 : évolution de la production d'or du Pérou et de la mine de Yanacocha de 1992 à 2005 (en t./an)

Le gigantisme qui caractérise désormais l'exploitation des minerais précieux est de plus en plus comparable à celle qui caractérise depuis plus longtemps l'exploitation du cuivre aux Etats-Unis ou au Chili dont les gigantesques découvertes de Bingham Canyon (Utah) et de Chuquicamata (Chili) sont les plus grandes cavités creusées par l'homme à la surface de la Terre. Mais, contrairement à l'exploitation minière ancienne qui a attiré, au moins temporairement, un peuplement important, cette grande exploitation industrielle est peu peuplante puisque les moyens mécaniques énormes qu'elle utilise nécessitent peu de main d'œuvre. De plus, beaucoup de ces exploitations se sont développées dans des régions arides, très froides, ou très élevées, peu propices à l'implantation d'un peuplement important. La plus grande mine d'or d'Amérique du Sud, celle de Yanacocha dans les Andes péruviennes, est située à plus de 4 700 m d'altitude. Pour extraire en moyenne un peu plus de 90 tonnes d'or par an elle emploie un effectif permanent de 2300 personnes, auquel il faut ajouter une main d'œuvre temporaire d'environ 7000 personnes. En particulier aux Etats-Unis et au Canada, la main d'œuvre vient travailler pour une durée limitée et effectue ainsi des rotations entre la mine et son lieu d'habitation souvent très éloigné.

Si la grande exploitation minière est de très loin dominante, le personnage du chercheur d'or n'a pas pour autant disparu et il existe encore aujourd'hui de nombreux mineurs artisanaux. Certains, habillés de combinaisons étanches, exploitent des placers aurifères de rivières d'Alaska à l'aide de dragues suceuses. La plupart cependant se trouvent dans les pays en voie de développement d'Amérique du Sud qui a connu assez récemment encore des ruées vers l'or, comme celle de la Serra Pelada au cœur de la forêt amazonienne brésilienne. La découverte en janvier 1980, d'une paillette d'or dans un cours d'eau y attira en quelques semaines plus de 20 000 garimpeiros qui, en l'espace de quatre ans, ont creusé avec des méthodes archaïques, une découverte de 120 m de profondeur d'où l'on a extrait environ 30 t. d'or. La plupart du temps cependant, il s'agit d'une exploitation beaucoup moins spectaculaire menée par de petites entreprises artisanales employant 2 ou 3 personnes. Il y aurait ainsi environ 60 000 mineurs d'or en Equateur, 30 000 au Pérou ou en Bolivie exploitant de petites concessions dans des régions souvent périphériques où les grandes compagnies minières ne sont pas ou peu présentes. Il existe aussi un vaste secteur informel de chercheurs d'or clandestins, comme ceux qui parcourent les rivières de la Guyane française. Le cas de ce territoire d'outre-mer a d'ailleurs encore récemment défrayé la chronique (voir l'article de Frédéric Farine du 9/01/2006 : la fièvre de l'or tue sans distinction, http://www.rfi.fr/actufr/articles/073/article_40946.asp ) et a fait l'objet d'un rapport remis en 2001 au premier ministre par le député Christiane Taubira (l'or en Guyane : Eclats et artifices ; http://www.ladocumentationfrancaise.fr/rapports-publics/004001895/index.shtml; voir aussi http://www.jne-asso.org/dossiers_guyane.html#rongee). A côté des chantiers officiels d'orpaillage, des milliers de garimpeiros venus principalement du Brésil et du Suriname pratiquent une exploitation illégale qui représenterait en fait deux à trois fois plus d'or que la production officiellement déclarée du territoire, notamment dans les régions difficiles à contrôler du haut Maroni.

Figure 10 : l'exploitation de l'or en Guyane (d'après P. Blancodini, modifié,
http://geoconfluences.ens-lsh.fr/doc/transv/DevDur/DevdurDoc3.htm

II - Les héritages de l'exploitation prédatrice

A - les nuisances de l'exploitation artisanale

Partout dans le monde, l'exploitation minière a revêtu longtemps un caractère prédateur, dévastateur pour l'environnement. Cette exploitation prédatrice s'est exprimée avec une intensité particulière dans le Nouveau Monde où la législation a même encouragé l'esprit pionnier et l'exploitation sans retenue des ressources naturelles. Aux Etats-Unis notamment, la volonté du gouvernement de favoriser l'occupation de l'Ouest a conduit à adopter la loi minière (General Mining Law) de 1872 qui autorise les sociétés privées à extraire des minerais dans les terres du domaine fédéral (soit une grande partie de l'Ouest et l'Alaska) qu'elles peuvent acheter au prix symbolique de 5 $ l'acre, sans payer d'impôts et sans que soit prévue une quelconque protection de l'environnement. Cherchant à faire fortune ou à assurer une rentabilité immédiate et maximale, les petits prospecteurs comme les compagnies minières ont longtemps utilisé les moyens les plus dévastateurs pour l'environnement et dès que le filon était épuisé, l'exploitation était brutalement fermée, sans que l'on se soucie le moins du monde des pollutions et des problèmes environnementaux que pouvaient générer les héritages miniers. c'est ainsi que dès 1853 en Californie on exploitait les gîtes aurifères alluvionnaires à la lance à incendie ; cette technique d'abattage hydraulique ayant l'avantage de pouvoir traiter de grandes quantités de matériaux en peu de temps, mais générant en aval un envasement des cours d'eau désastreux pour les fermiers utilisant l'eau pour l'irrigation. De la même façon, l'utilisation du mercure pour amalgamer l'or a conduit à répandre cette substance toxique dans les sols et dans beaucoup de cours d'eau de l'Ouest américain. Or quand on sait qu'il faut utiliser 1,3 kg de mercure pour produire 1 kg d'or, on mesure les quantités de ce poison qui ont pu être rejetées dans l'environnement.

Aujourd'hui encore, dans la plupart des pays d'Amérique du Sud, l'exploitation artisanale, surtout lorsqu'elle est illégale, est à l'origine de dramatiques pollutions des eaux par le mercure. Le cas de la Guyane française est bien connu et en dehors du rapport Taubira évoqué ci-dessus (l'or en Guyane : Eclats et artifices ; http://www.ladocumentationfrancaise.fr/rapports-publics/004001895/index.shtml ), il a fait l'objet d'un rapport au Sénat (les effets des métaux lourds sur l'environnement et la santé ; http://www.senat.fr/rap/l00-261/l00-261163.html). Si les principaux gisements primaires ou alluvionnaires du territoire sont exploités par de grandes sociétés minières, de nombreux placers aurifères dans les régions éloignées du sud du territoire, autour de Maripasoula, sont exploités par des entreprises artisanales employant des milliers de garimpeiros venus clandestinement. l'exploitation est menée soit à partir de barges équipées de pompes aspirant les graviers du fond du lit de la rivière, soit directement sur les nappes alluviales (voir aussi l'article de P. Blancodini : Orpaillage, pollution et problèmes sanitaires : l'exemple de la Guyane française ; http://geoconfluences.ens-lsh.fr/doc/transv/DevDur/DevdurDoc3.htm). De larges fosses appelées barangues sont creusées dans les alluvions qui sont ensuite abattues avec une sorte de lance à incendie. Puis le mélange de boue et d'alluvions est acheminé sur une caisse de débourbage où l‘or est piégé, avant d'être rejeté dans la « crique ». Pour récupérer les fragments d'or mêlés aux alluvions, les orpailleurs utilisent très souvent le mercure qui, après chauffage de l'amalgame qu'il constitue avec l'or, s'évapore et se répand dans l'environnement. De plus, la pratique de l'abattage hydraulique contribue à renforcer l'érosion des sols naturellement riches en mercure. A cela il faut ajouter un important stock « historique » de mercure (environ 280 tonnes) hérité de l'exploitation ancienne. On estime au total qu'environ 10 tonnes de mercure sont diffusés chaque année dans l'environnement où ils se concentrent dans les différents maillons de la chaîne alimentaire. c'est ainsi qu'une enquête menée en 1997 par l'Institut de veille sanitaire a montré que plus de la moitié des populations indiennes vivant le long du fleuve présentait des taux de concentration en mercure dans les cheveux supérieurs aux valeurs maximales tolérables, certains sujets ayant des concentrations plus de dix fois supérieures (voir notamment : www.invs.sante.fr/publications/mercure/index.html,
www.invs.sante.fr/publications/mercure/rapport3.html, ainsi que le bilan du programme de recherche pluridisciplinaire du CNRS intitulé "Mercure en Guyane"
www.cnrs.fr/Cnrspresse/n390/html/n390a03.htm). Les risques encourus par ces populations sont très sévères puisque le mercure engendre des troubles neurologiques graves.

B - une exploitation industrielle dévastatrice

Les sociétés minières industrielles ne se sont pas montrées plus précautionneuses que les prospecteurs artisanaux et ont généré des dégâts beaucoup plus considérables, à l'échelle des moyens techniques utilisés. Les gigantesques volumes de déblais générés par l'extraction, les résidus de traitement des minerais avec des solutions cyanurées constituent les principales menaces que fait peser l'exploitation minière industrielle sur l'environnement. Or, la très forte croissance de la production depuis le début des années quatre-vingt a amplifié les risques de diffusion de la pollution, comme l'illustre le fait qu'entre 1983 et 1999 la consommation de cyanure des Etats-Unis a triplé. l'exploitation minière est ainsi à l'origine de pollutions des eaux parfois très sévères sur près de 20 000 km de cours d'eau de l'Ouest américain (Custer, 2003).


Photo 6 : mine d'or Victor, près de Cripple Creek (Colorado) (photo : A. Berger).
On voit au premier plan un immense terril de minerai traité au cyanure et
au second plan l'exploitation en découverte dominée par des accumulations de stériles.

Ces pollutions ont pu se produire pendant l'exploitation, par rejet parfois accidentel des solutions très acides filtrant à travers les gigantesques accumulations de minerai ou stockées dans les bassins de décantation à l'issue du processus de cyanuration. c'est ce qui est arrivé par exemple en 1997 à la mine d'or de Gold Quarry au Nevada, où l'affaissement de terrils de minerais cyanurés a provoqué l'injection de résidus toxiques dans deux cours d'eau locaux. Ces rejets « accidentels » sont aussi souvent dus à l'insouciance pour ne pas dire l'absence de scrupules des exploitants miniers. c'est le cas notamment pour la catastrophe la plus importante survenue dans une mine américaine à la suite de rejets de substances toxiques. Les bassins de décantation de la mine d'or et d'argent de Summitville au Colorado, située à 3500 m d'altitude, ont ainsi perdu en 1991-1992 plus de 320 m3 de solutions cyanurées qui ont contaminé la rivière Alamosa, détruisant toute la faune sur 27 km de longueur. Il est apparu que la société exploitant la mine depuis 1984, la Galactic Resources Limited, avait accumulé un volume énorme de substances toxiques (600 000 m3) sans se donner les moyens de les traiter et la société s'est d'ailleurs déclarée en faillite en décembre 1991, laissant à l'État américain la charge du problème. Lors des opérations de dépollution qui ont suivi, on s'est d'ailleurs rendu compte qu'une partie de la pollution était due à la circulation de l'eau au contact du minerai à travers d'anciennes galeries de mines abandonnées. En effet, l'érosion des roches sulfurées exposées à l'air et à la pluie par les travaux miniers provoque une acidification très sensible des eaux souterraines capables alors de dissoudre une partie des métaux, constituant des solutions toxiques.


Photo 7 : la mine d'or de Summitville (Colorado) fut à l'origine
d'une désastreuse pollution de la rivière Alamosa en 1991 (Photo : A. Berger).

Figure 11 : les mines abandonnées dans l'Ouest américain et les pollutions par les métaux lourds

Aussi, l'essentiel des pollutions constatées sur les cours d'eau de l'Ouest américain n'est pas dû à des rejets « accidentels », mais résulte du drainage par les eaux souterraines d'anciennes mines abandonnées, souvent depuis des dizaines d'années. c'est ainsi que le plomb et l'arsenic provenant des mines abandonnées de la Silver valley dans l'Idaho empoisonnent la Spokane River sur plus de 80 km en aval. l'un des sites les plus pollués du Montana, la région de Barker-Houghesville, correspond à un ancien district minier où l'argent et le plomb ont été exploités de manière discontinue à partir de 1893 jusque dans les années soixante-dix. On y a recensé 46 mines abandonnées dont 16 ont été identifiées comme source de contamination des eaux, notamment de la Galena Creek. Le seul site du Nevada faisant l'objet d'un programme fédéral de réhabilitation correspond au bassin de la Carson River qui a hérité de l'intense activité minière de la fin du XIXe et du début du XXe s., une importante pollution au mercure. En effet l'exploitation du Comstock Lode à Virginia City, Silver City, Gold Hill ou Gold Canyon a provoqué la diffusion d'environ 7500 t de mercure stockés dans les sols du bassin de la Carson River. Selon une enquête partielle menée par le Mineral Policy Center (devenu en 2005 l'organisation Earthworks, www.earthworksaction.org) sur 32 Etats, il y aurait ainsi pas moins de 557 650 mines abandonnées, dont 240 000 dans l'Ouest intérieur (sans la Californie). Il est vrai aussi que ce recensement prend en compte non seulement les mines de métaux, mais aussi les mines de charbon, de matières minérales comme la potasse, ou même les carrières. Néanmoins, près de 15 000 mines seraient à l'origine d'une pollution des eaux de surface ou des nappes phréatiques et 116 000 poseraient des problèmes environnementaux. Une enquête fédérale menée en 1998 dans une partie des Etats de l'Ouest intérieur a ainsi détecté 32 sites miniers présentant un danger immédiat pour la santé.

Plus globalement, c'est surtout l'échelle proprement gigantesque de l'exploitation minière qui est à l'origine du bouleversement complet des paysages et de l'environnement dans des régions très étendues. l'exploitation de minerais à très faible teneur est ainsi à l'origine du déplacement de volumes fantastiques de déblais, difficiles à gérer après leur traitement et encore plus compliqués et coûteux à réhabiliter. Pour extraire en 2004 environ 90 tonnes d'or de la mine de Yanacocha au Pérou, il a fallu déplacer pas moins de 175 millions de tonnes de minerais et de stériles, soit l'équivalent de 30 fois le volume de la pyramide de Chéops. Dans l'ensemble des mines du Carlin Trend au Nevada, c'est un volume équivalent qu'il a fallu traiter pour extraire 76 tonnes d'or. Encore faut-il souligner que cette exploitation est à une échelle inférieure à celle du cuivre. Dans la plus importante mine de cuivre du monde, la grande exploitation chilienne d'Escondida, dans le désert d'Atacama, on a ainsi extrait en 2004 près de 380 millions de tonnes de minerais et de stériles pour produire environ 750 000 t. de métal. Il va sans dire que non seulement le creusement d'immenses découvertes, mais aussi le déplacement et l'accumulation de telles quantités de stériles et de minerais traités au cyanure posent d'importants problèmes pendant la durée de l'exploitation, mais plus encore après la fermeture de la mine.


Photo 8 : terril de la mine de cuivre de Bingham canyon (Utah) (Photo : A. Berger)

Le creusement de grandes découvertes de plusieurs centaines de mètres de profondeur dans des régions arides comme le Nevada ou le nord du Pérou ou du Chili perturbe durablement et probablement définitivement l'hydrologie de ces régions. Pour maintenir l'exploitation hors d'eau, il faut en effet abaisser la nappe phréatique par pompage. Dans les mines du Carlin Trend, les volumes d'eau pompés sont tellement importants que seuls 10% sont utilisés dans l'exploitation minière pour diluer les solutions acides employées pour extraire l'or. Près de la moitié de l'eau d'exhaure est ensuite réinjectée dans la nappe phréatique et le reste est utilisé principalement pour l'irrigation. Mais les problèmes les plus importants apparaîtront après l'arrêt de l'exploitation minière, car la nappe phréatique qui s'est abaissée de 50 m au cours des années quatre-vingt-dix ne pourra jamais retrouver son niveau antérieur. En effet, dans cette région très sèche, où l'évaporation est intense, les lacs qui se constitueront dans la quarantaine d'excavations existantes mettront probablement des dizaines d'années à atteindre leur niveau définitif. Plus inquiétant encore, certains d'entre eux contiendront une solution empoisonnée d'arsenic et de métaux lourds provenant de la circulation des eaux au contact du minerai.

l'une des caractéristiques des paysages de l'Ouest américain ou des Andes est la multitude des grandes mines non réhabilitées qui forment de gigantesques cicatrices sur les flancs des montagnes. Beaucoup d'entre elles ne seront d'ailleurs probablement jamais réhabilitées car personne n'est en mesure de prendre en charge le coût financier démesuré que nécessiteraient de telles opérations. c'est le cas par exemple du Berkeley Pit, l'immense fosse creusée par l'exploitation du cuivre en bordure de la ville de Butte dans le Montana. La découverte creusée par trente ans d'exploitation (de 1955 à 1982) atteint 500 m de profondeur et a été remplie en quelques années par un lac acide de 300 m de profondeur. En effet, la circulation des eaux a travers les roches a provoqué l'accumulation de substances toxiques telles que l'arsenic, le cadmium et l'acide sulfurique. Les eaux de ce lac contiennent aussi de fortes concentrations de cuivre (plus de 187 ppm) ; si bien que l'on a déjà entrepris de l'extraire de l'eau. Les risques que représente ce lac ont attiré l'attention en 1990 lorsque les cadavres d'un groupe de 342 oiseaux migrateurs ont été retrouvés à sa surface. Depuis lors, le Berkeley Pit et les immenses accumulations de déblais environnantes qui ont été classés site à risque environnemental majeur sont l'objet de travaux de réhabilitation pris en charge par l'Etat fédéral dans le cadre du « Superfund ».


Photo 9 : l'exploitation du cuivre à Butte (Montana) est à l'origine d'une excavation de 500 m de profondeur,
le Berkeley pit. Celui-ci est rempli par un lac acide de 300 m de profondeur dont la réhabilitation
est à la charge de l'Etat fédéral (photo : A. Berger).

III - Progrès et limites de l'environnementalisme

A - une exploitation minière de plus en plus encadrée

Dans l'ensemble du Nouveau Monde, l'exploitation prédatrice a longtemps prévalu sans limites et c'est seulement à partir des années soixante et soixante-dix, avec l'émergence des mouvements de défense de l'environnement aux Etats-Unis, que l'on a commencé à se préoccuper de l'impact des activités minières. Toute une législation fédérale a été mise en place afin de limiter les pollutions et les nuisances résultant de l'exploitation minière. Il faut signaler en particulier le Water Quality Act (1965), et le Mineral Policy Act (1970) qui visent à accroître la responsabilité des sociétés minières en ce qui concerne l'impact environnemental de leurs activités. Depuis cette époque, les compagnies minières, aux Etats-Unis comme au Canada doivent, pour obtenir une autorisation d'exploitation d'un gisement, réaliser une étude d'impact très détaillée, comportant non seulement un plan d'exploitation, mais aussi une étude de la situation hydrologique (notamment des nappes profondes) avant l'exploitation et les perturbations que celle-ci va apporter à la circulation des eaux. Il est évidemment aussi demandé à la compagnie minière de préciser où les volumes de déblais vont être stockés et quels dispositifs sont prévus pour éviter la contamination des eaux par les substances toxiques employées pour le traitement des minerais ; ce rapport technique réalisé par la compagnie minière devant être ensuite examiné par des experts indépendants.

En ce qui concerne par contre la réhabilitation des exploitations minières, il a fallu attendre la fin des années soixante-dix avant que l'Etat fédéral ne se dote d'une législation obligeant les exploitants miniers à la réaliser. Il s'agit en l'occurrence du Federal Surface Mining Control and Reclamation Act (SMCRA) promulgué en 1977 après quatre ans de débats au Congrès (http://www.osmre.gov/smcra.htm ). Encore faut-il préciser que cette législation fédérale ne concerne que les exploitations de charbon. Le principe général est, qu'après la fermeture de la mine, l'exploitant minier reconstitue approximativement la topographie initiale (AOC : approximate original contour) ; cela afin de respecter la priorité que constitue la protection de l'intégrité chimique, physique et biologique de la ressource nationale que constitue l'eau. En effet, dans l'Ouest américain, notamment dans le Wyoming, les couches de charbon exploitées sont peu profondes et sont pratiquement horizontales sur de grandes surfaces ; ce qui permet de reboucher assez aisément les excavations épuisées avec les déblais des mines en activité.

Il en va tout autrement pour les mines de métaux, qui ne relèvent pas de la législation fédérale, mais des lois des différents États. l'une des principales raisons est que, contrairement au charbon, les minerais métallifères doivent être extraits dans des sites de montagne en creusant des excavations très profondes, ou en entaillant des versants de plusieurs centaines de mètres de dénivellation auxquels il ne sera de toute façon pas possible de restituer la physionomie initiale ; notamment parce que l'on ne peut pas réemployer les volumes considérables de résidus de traitement du minerai. Les différents Etats de l'Ouest ont néanmoins mis en place un « Land Reclamation Act » à des dates extrêmement variables et semble-t-il avec un certain retard sur le développement de la grande exploitation minière. Ce sont les Etats où il existait depuis longtemps de grandes découvertes, notamment pour l'extraction du cuivre, qui se sont dotés le plus précocement d'une loi : dès les années soixante-dix pour le Montana (1971), l'Idaho (1972), le Wyoming (1973), le Colorado (1973) et l'Utah (1975). Par contre, pour les Etats du Sud-Ouest où la grande exploitation s'est développée surtout depuis les années quatre-vingt, il a fallu attendre 1989 pour le Nevada, principal producteur d'or, 1993 pour le Nouveau Mexique et même 1997 pour l'Arizona. A partir de l'adoption de ces lois, les exploitants miniers doivent prouver qu'ils disposent d'une assurance servant à couvrir les frais de réhabilitation des nouvelles mines en cas de défaillance de la société. Mais cette mesure est loin de résoudre le problème car pour la fixation du montant couvert par l'assurance les Etats doivent aussi prendre en compte les réalités économiques. Si le montant exigé est trop élevé, les compagnies minières peuvent renoncer à de nouveaux investissements dans l'Etat concerné, au profit d'opérations nouvelles dans un autre Etat américain ou même ailleurs dans le monde, dans un pays moins exigeant en matière environnementale. A l'inverse, si le montant demandé est trop faible, le risque est que dans le cas où la compagnie minière fait faillite il n'y ait pas de ressource financière permettant la réhabilitation du site. c'est ce qui s'est produit par exemple avec la faillite de la Pegasus Gold Mining Company qui a laissé une trentaine de mines non réhabilitées dans plusieurs Etats de l'Ouest. Il se trouve en effet que pour de nombreuses mines exploitées dans l'Ouest américain, le coût d'une éventuelle réhabilitation dépasserait de beaucoup les profits dégagés par l'exploitation. c'est ainsi que la réhabilitation de la mine d'or de Summitville (Colorado), prise en charge par l'Etat fédéral, a coûté 232 millions de dollars, soit deux fois et demi plus que la valeur de la totalité de l'or qu'on y a extrait entre 1870 et 1992 (environ 89 millions de dollars), et surtout vingt fois plus que le profit dégagé en plus d'un siècle d'exploitation.

En ce qui concerne les mines abandonnées (AML : abandoned mine land) antérieures à la législation, leur réhabilitation ne peut être assurée que par un fond spécial (Abandoned Mine Reclamation Fund) prévu par la loi fédérale de 1977 et alimenté par une taxe prélevée sur l'exploitation charbonnière sur la base de 35 cents/tonne dans les mines à ciel ouvert et 15 cents/tonne pour les mines souterraines. Ce fond qui est d'environ 7,5 milliards de dollars récoltés de1978 à 2005 sert prioritairement à réhabiliter les mines de charbon. Il n'est pas utilisable pour réhabiliter les mines de minerais, sauf dans les Etats ayant une importante exploitation charbonnière et disposant ainsi de surplus financiers utilisables pour réhabiliter les mines de métaux abandonnées. Parmi les Etats de l'Ouest c'est uniquement le cas du Wyoming qui est le premier producteur américain de charbon avec environ 400 millions de tonnes par an. c'est pourquoi, cet Etat devrait être le seul à être en mesure de réhabiliter toutes les mines abandonnées au cours de la prochaine décennie. Selon l'office fédéral des mines (Office of Surface Mining, http://www.osmre.gov), il y avait en 1998, dans l'ensemble des Etats de l'Ouest intérieur, environ 4 000 mines de minerais qui avaient été réhabilitées grâce au fond de l'AML; ce qui représente moins de 10% des mines abandonnées menaçantes pour l'environnement. Aussi, pour pouvoir tout de même réhabiliter, ou du moins limiter l'impact sur l'environnement des émissions de polluants issues des grandes exploitations les plus dangereuses, l'Etat fédéral les prend en charge dans le cadre du Superfund (http://www.epa.gov/superfund/sites/npl/locate.htm). Il s'agit en fait du nom donné communément à la loi américaine sur l'environnement votée par le Congrès en 1980 qui a créé une taxe sur les industries pétrolière et chimique permettant aux autorités fédérales d'intervenir directement lorsque des substances toxiques menaçant la santé publique sont répandues dans l'environnement. A ce titre, 25 anciens sites miniers font l'objet d'un programme de réhabilitation.


Photo 10 : mine d'or de Beal Mountain (Nevada) en voie de réhabilitation (Photo : A. Berger)

B - les conflits entre exploitation minière et communautés locales

En fait, les contraintes et les limites imposées par la législation fédérale ou celle des Etats aux activités des sociétés minières sont dans les faits d'une efficacité relative car les réalités économiques peuvent amener à les infléchir sensiblement. c'est ainsi que, pour l'exploitation de l'or à grande échelle qui s'est développée à partir des années 1980, l'on a introduit une exception à la loi du Nevada sur les ressources en eau. Celle-ci empêche normalement les activités provoquant une modification permanente de l'hydrologie. Or, malgré l'impact probablement définitif sur l'hydrologie des grandes découvertes, les autorités de l'Etat ont accordé les autorisations nécessaires, considérant que l'exploitation minière était un usage temporaire de l'eau, comme au temps des prospecteurs. Il faut dire aussi que les sociétés minières ont de toute façon la possibilité d'investir dans des pays où les contraintes imposées aux exploitants miniers sont d'autant moins importantes que l'économie du pays est plus dépendante de cette activité et notamment des exportations de minerais. Il se trouve que c'est notamment le cas de plusieurs pays d'Amérique du Sud comme le Chili ou le Pérou où, actuellement encore, les exportations de minerais (principalement de cuivre pour le premier, d'or et d'argent pour le second) représentent environ la moitié de la valeur totale des exportations. De plus, il faut rappeler qu'en Amérique du Sud, les coûts d'exploitation des grandes mines d'or sont pratiquement deux fois et demi inférieurs à ceux des mines d'Amérique du Nord. Aussi, rien d'étonnant à ce que les pays d'Amérique du Sud aient connu depuis une quinzaine d'années une croissance extrêmement forte de leur production minière, grâce notamment aux investissements considérables qu'y ont réalisé les sociétés minières nord-américaines. Au Pérou par exemple, les surfaces concernées par l'exploitation minière ont été multipliées par sept entre 1991 et 1997, une part importante des nouvelles concessions étant accordées à des sociétés basées au Canada ou aux Etats-Unis.

Figure 12 : les principales mines d'or, d'argent et de cuivre en Amérique du Sud


Photo 10 : la mine d'or de Yanacocha, près de Cajamarca, dans le nord du Pérou est la plus importante du continent américain. Elle se développe sur près de 1à km de long, sur le flanc du mont Quilish, à près de 3000 m d'altitude.

Figure 13 : plan de la mine de Yanacocha

c'est ainsi que la première société des Etats-Unis pour l'extraction de l'or, la Newmont Mining Corporation (http://www.newmont.com/en/), qui exploite notamment les mines du Carlin Trend au Nevada, possède également en joint venture avec la société péruvienne Buenaventura, la mine d'or de Yanacocha, ouverte en 1992 et devenue depuis la fin des années quatre-vingt-dix la plus importante d'Amérique et probablement la plus rentable. Cette mine qui fournit près de la moitié de la production d'or du Pérou (103 sur 210 t. en 2005) a toutefois été au cœur d'un conflit qui oppose les communautés paysannes à la société minière et notamment à ses projets de développement. La mine qui se situe dans le nord du pays, près de la ville de Cajamarca, à environ 3000 m d'altitude, est accusée par les populations locales d'avoir empoisonné les réserves d'eau et détruit les poissons par des rejets de cyanure. d'autre part, la mine qui a déjà dévoré 250 km2 de montagne, devait continuer à s'étendre sur le Mont Quilish d'où vient une grande partie de l'eau utilisée par les communautés locales. Enfin, un tragique accident survenu en juin 2000 a souligné les dangers de l'exploitation minière pour les villageois de la région. Un camion de la mine de Yanacocha transportant 151 kg de mercure a perdu son chargement sur l'autoroute traversant le village de Choropampa. Croyant à du métal précieux, les villageois l'ont ramassé et plus d'un millier de personnes ont été empoisonnées. n'ayant pas reçu d'indemnisation satisfaisante de la compagnie minière, les habitants se sont mobilisés et ont reçu l'appui d'organisations non gouvernementales comme Amis de la Terre (www.foei.org), Oxfam (www.oxfamamerica.org) ou Earthworks (www.earthworksaction.org). Un film intitulé « The Price of Gold » (www.guarango.org) a été réalisé en 2002 montrant les conséquences dramatiques pour la population où se sont multipliées les naissances d'enfants handicapés. Ce film qui a été projeté sur des chaînes de télévision, non seulement au Pérou, mais aussi au Canada et aux Etats-Unis, a attiré l'attention de l'opinion publique sur les dégâts de l'exploitation minière dans les pays en voie de développement. En 2005, le New York Times a ainsi publié une série d'articles ayant pour thème « The Cost of Gold » (http://www.nytimes.com) qui met en accusation les pratiques à travers le monde des compagnies nord-américaines d'exploitation de l'or. Depuis 2004, une campagne intitulée « No Dirty Gold » est organisée aux Etats-Unis par l'ONG Earthworks afin de responsabiliser les consommateurs et les fabricants d'objets utilisant de l'or (http://www.nodirtygold.org). Il est demandé aux joailliers, aux fabricants d'électronique et autres industries de s'engager à ne pas utiliser d'or provenant d'exploitations minières ayant un impact négatif pour les populations locales et l'environnement. Dans la région de Yanacocha, les communautés d'habitants ont organisé en septembre 2004 un blocage de l'autoroute d'accès à la mine qui a duré deux semaines ; l'objectif étant d'empêcher l'extension de l'exploitation sur le Mont Quilish ; ce qui a conduit le gouvernement péruvien à retirer l'autorisation d'extension de la mine qu'il avait auparavant accordée. Néanmoins, les relations entre la compagnie minière et les populations locales restent très tendues puisqu'à la fin août 2006 celles-ci ont de nouveau organisé un blocus des routes d'accès à la mine.

Un autre combat local emblématique a été mené par les habitants de Tambo Grande, dans le nord du pays, contre le projet d'exploitation de l'or déposé en 1999 par la société canadienne Manhattan Minerals (www.manhattan-min.com). En effet, cette ville de 18 000 habitants située sur le piémont occidental des Andes, le long du Rio Piura, devait être à moitié détruite par le creusement d'une grande exploitation en découverte ; les habitants étant relogés dans une ville nouvelle. En fait, dans cette région aride (précipitations annuelles d'environ 60 mm par an) où n'existe aucune activité minière et où l'essentiel de la population vit de l'arboriculture fruitière irriguée à partir des eaux du Rio Piura, les habitants ont surtout eu peur que le creusement d'une grande découverte ne provoque un assèchement partiel du fleuve et que l'exploitation minière ne génère des rejets massifs de déblais et de substances toxiques ruinant leur activité. Aussi, les communautés locales se sont-elles mobilisées, organisant des manifestations, dont l'une, en février 2001, a dégénéré violemment, aboutissant à la destruction des maisons modèles destinées au relogement des habitants déplacés. l'opposition au projet minier s'est aussi organisée politiquement puisqu'en juin 2002 le maire de Tambo Grande a fait procéder à un referendum démontrant le rejet du projet par la quasi-totalité (98,6% des suffrages exprimés) de la population. Le gouvernement péruvien a dû reculer en retirant en décembre 2003 son accord pour le projet de Manhattan Minerals qui n'a pas été en mesure de fournir un dossier technique répondant aux critiques formulées notamment par les organisations non gouvernementales (voir notamment Oxfam : an alternative Look at a proposed Mine in Tambogrande). Celles-ci ont par exemple souligné que les risques de pollution des eaux superficielles et des nappes souterraines étaient particulièrement importants lorsque la région est frappée par El Niño à l'origine de précipitations pouvant dépasser 4000 mm par an comme en 1998 et susceptibles alors de provoquer une déstabilisation des bassins de décantation ou des terrils de minerai cyanuré.

En fait, ce qui a été mis en cause dans le cas de Tambo Grande, c'est qu'une exploitation minière à grande échelle puisse se développer au sein même d'une région agricole assez fortement peuplée. En effet, jusqu'à présent, presque toutes les grandes mines creusées en Amérique depuis les années quatre-vingt l'ont été dans des régions initialement désertiques, ou du moins très faiblement peuplées, où il n'existait au mieux que des activités d'élevage extensif de type ranching. l'exploitation minière représentait alors une forme d'exploitation et de développement pratiquement sans concurrence. l'impact environnemental local assez considérable ne concernant en définitive que peu d'habitants et étant en quelque sorte « compensé » par les bénéfices que retirait l'économie de l'Etat de la production minière. A Tambo Grande par contre, le risque était que l'exploitation temporaire d'une ressource non renouvelable ne condamne l'agriculture irriguée, qui plus est exportatrice de mangues et de citrons, dont vit l'essentiel de la population. Les opposants au projet minier ont ainsi souligné qu'il était incompatible avec le développement durable de la région de Tambo Grande.

C - grande exploitation minière et développement durable

Dans le contexte actuel où le concept de développement durable connaît une audience croissante, le fait qu'une activité par essence même temporaire, puisse transformer profondément le cadre naturel d'une région et compromettre peut-être définitivement une autre forme d'exploitation après la fermeture de la mine, apparaît de plus en plus difficile à accepter. c'est dans cet esprit que les mouvements environnementalistes qui se réclament pour la plupart de l'altermondialisme combattent l'industrie minière dans laquelle ils voient une des formes les plus scandaleuses de l'exploitation du Sud par le Nord. Le bulletin de juin 2003 de l'ONG Worl Rainforest Movement (http://www.wrm.org.uy) est ainsi un réquisitoire sans appel contre l'industrie minière : « En raison de ses impacts, l'industrie minière est une de ces activités qui exigent le contrôle strict de toutes ses étapes, de la prospection et l'exploitation au transport, au traitement et à la consommation. Dans de nombreux cas, ce contrôle strict veut dire, tout simplement, l'interdiction ». Aussi, les sociétés minières ont-elles pris conscience depuis longtemps de la nécessité de montrer qu'elles se préoccupent de l'environnement en réduisant les nuisances qui accompagnent l'exploitation minière et, le cas échéant, en développant des projets de réhabilitation paysagère des mines. Elles ont mis en place une communication très efficace illustrée par leurs sites internet sur lesquels elles tentent de combattre l'argumentation des ONG présentée sur des sites internet très documentés. Écologistes et services de communication des sociétés minières se livrent sur le réseau, à une véritable guerre des images et proposent évidemment chacun leur vision des conséquences de l'exploitation minière.

c'est ainsi qu'en prévision du sommet sur le développement durable, qui s'est tenu en Afrique du Sud en 2002, neuf des plus grandes entreprises minières du monde (dont Rio Tinto (http://www.riotinto.com), Newmont Mining (http://www.newmont.com/en/), Barrick Gold Corp, http://www.barrick.com) ont confié à l'Institut International pour l'environnement et le développement (International Institute for Environment and Development (I.I.E.D. : http://www.iied.org/mmsd/francais/mmsd_est.html), le soin de réaliser un projet de consultation auprès de nombreuses institutions de recherche, de syndicats, d'organisations non gouvernementales et de groupes communautaires. Le rapport final (Breaking New Ground : Mining, Minerals and Sustainable Development) de ce projet, intitulé Mines, Minéraux et Développement Durable (MMDD) est consultable sur le site internet de l'I.I.E.D. l'objectif de ce rapport, qui est d'abord une opération de communication, est de montrer qu'il n‘y a pas lieu de diaboliser l'industrie minière, qui peut aussi apporter sa contribution au développement durable en faisant évoluer certaines pratiques. Ainsi, tout en pointant un certain nombre d'abus et de formes d'exploitation prédatrice dont les sociétés minières ont pu se rendre coupables (entre autres : expropriation abusive de peuples autochtones sans compensations satisfaisantes, corruption de gouvernements, dégradation de l'environnement par le rejet non contrôlé de grandes quantités de déchets), le rapport tend à montrer que c'est de l'intérêt même des sociétés minières d'épouser la cause du développement durable, notamment en termes de coûts de la main d'œuvre, de gestion de l'après fermeture et plus important encore, en terme d'image.

À ce titre, le rapport souligne que, malgré son échelle, l'exploitation minière moderne a un impact sur l'environnement moins nocif que les pratiques anciennes, ou que l'exploitation minière artisanale à petite échelle. Celle-ci, qui correspond le plus souvent à l'exploitation anarchique de gisements d'or ou de pierres précieuses, reproduisant en Afrique ou en Amérique du Sud les « ruées » de l'Ouest américain, est montrée du doigt en raison de son fort impact environnemental : « pollution par le mercure, déversement des stériles et des effluents dans les cours d'eau, danger que présentent les digues à stériles mal construites, dommages causés aux rivières dans les plaines alluviales, envasement des rivières, érosion, déforestation et destruction du paysage ». Cette exploitation minière artisanale sert ainsi de faire-valoir à la grande entreprise minière qui, selon le rapport, est seule en mesure de contribuer au développement économique des régions concernées, à un coût environnemental supportable, à condition toutefois que les structures de gouvernance locale soient changées.

Conclusion

Longtemps perçue comme source d'enrichissement ayant attiré le peuplement dans de nombreuses régions désertiques des Amériques, l'exploitation minière est de plus en plus considérée d'abord comme une menace pour l'environnement. l'exploitation prédatrice qui a longtemps dominé, multipliant les paysages dégradés et polluant des milliers de kilomètres de cours d'eau a il est vrai beaucoup contribué à justifier cette perception ; si bien que désormais le mythe de l'Eldorado ne suffit plus à faire accepter sans discussion les grands projets d'exploitation minière, de plus en plus contestés par un courant de pensée environnementaliste à l'audience croissante. Ces réactions traduisent une évolution majeure dans les relations entre l'activité minière et les populations locales. Né en Amérique du Nord, ce courant environnementaliste a aussi une forte audience en Amérique du Sud où les sociétés minières nord-américaines ont beaucoup investi au cours des années quatre-vingt-dix. Il est vrai en effet que l'accroissement considérable de la production minière en Amérique depuis les années quatre-vingt est dû notamment à l'ouverture de nouvelles mines à ciel ouvert, de taille souvent gigantesque, dans des régions jusqu'alors peu ou pas touchées par cette activité. l'irruption brutale d'une exploitation à grande échelle, bouleversant en quelques années les milieux naturels et les paysages a évidemment frappé les esprits ; d'autant plus qu'elle a parfois généré des nuisances et des pollutions plus ou moins graves.

Aussi, le développement de nouveaux grands projets d'exploitation minière rendus nécessaires par les besoins toujours croissants en métaux de l'humanité se heurte de plus en plus souvent à une opposition des populations locales soutenues par les ONG environnementalistes. Celles-ci soulignent notamment l'incompatibilité entre exploitation minière et développement durable et tendent à diaboliser l'activité des grandes sociétés minières nord-américaines qui doivent déployer des efforts de plus en plus importants de communication auprès des populations locales et satisfaire à des exigences environnementales croissantes, même dans les pays en voie de développement d'Amérique du Sud.

La pression environnementaliste croissante a ainsi contribué à limiter les nuisances créées pendant la durée d'activité de la grande exploitation minière industrielle ; si bien que, sauf accident, celle-ci génère au total moins de pollutions que l'exploitation minière artisanale clandestine sévissant un peu partout dans les pays en voie de développement. Il n'en reste pas moins que du fait même de son échelle, la grande exploitation minière laisse dans les paysages des héritages d'une telle dimension que leur réhabilitation apparaît comme extrêmement problématique. Jamais on ne pourra en effet combler les plus grandes excavations creusées pour extraire l'or, l'argent ou le cuivre. Aussi, s'agira-t-il de développer des concepts originaux pour façonner et mettre en valeur les paysages qui succèderont aux activités minières.

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