Les Amériques, de la découverte à la cartographie de Martin Waldseemüller à Guillaume Delisle du 16e au 18e siècle

Monique Pelletier

Conservateur général honoraire des Bibliothèques

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Lorsque les Amériques se dévoilaient peu à peu à l’Europe, quels rapports les cartographes entretenaient-ils avec les explorateurs, de quelles informations disposaient-ils pour rendre compte des nouvelles découvertes, comment les comprenaient-ils ? Pour répondre à ces questions, je propose d’examiner trois dossiers cartographiques :

  • Le premier date du début du 16e siècle, alors que les découvertes s’inséraient encore dans une vision ancienne du monde et que les nouvelles cartes étaient rares.
  • Le second révèle que, dans les années 1680, l’explorateur peinait à se situer dans les vastes territoires de l’Amérique septentrionale et que ceux qui voulaient y entraîner le roi de France montraient quelque impatience.

- Le troisième met au jour les procédures des Lumières, fondées sur de nouvelles latitudes et longitudes, mais aussi sur des récits d’exploration pouvant remonter au 16e siècle.

Vespucci, Colomb et les autres : l’œuvre cartographique de Martin Waldseemüller

Deux grandes cartes du monde englobant l’Amérique ont été publiées en 1507 et 1516 par Martin Waldseemüller (1474-1520), membre du Gymnase vosgien, groupe d’humanistes réunis à Saint-Dié par le duc de Lorraine et gravitant autour de Gauthier ou Vautrin Lud (1448-1527), chanoine de Saint-Dié en 1477 sur présentation de duc René II, amateur de sciences et de géographie1. Or trois membres du Gymnase se trouvent mêlés à la diffusion des connaissances sur Amerigo Vespucci : Mathias Ringmann (né dans les Vosges en 1482), Jean Basin (chanoine de 1510 à 1523) et Martin Waldseemüller. Ringmann, qui n’arrive à Saint-Dié qu’en mars 1507, s’est intéressé à la relation du troisième voyage d’Amerigo Vespucci (10 mai 1501 – 7 septembre 1502), contenue dans la lettre adressée par l’explorateur à Lorenzo Pier di Medici, ambassadeur de Florence auprès du roi de France, et traduite en latin pour être publiée à Paris dès 1503 sous le titre de Mundus Novus2. Vespucci y déclare avoir longé la côte brésilienne du nord au sud, à partir de huit degrés de latitude sud, ce qui lui a permis de découvrir une terre qui n’était pas une île mais un continent habité « par un plus grand nombre de peuples et d’animaux qu’en notre Europe, ou qu’en Asie ou bien en Afrique3 », là précisément où l’on pensait qu’il ne pouvait y avoir qu’une mer, l’Atlantique, ou, s’il y avait des terres, qu’elles étaient inhabitables à cause d’une température trop élevée.

La vision du Nouveau Monde donnée par la Cosmographiae Introductio éditée à Saint-Dié en 1507 avec le récit des quatre voyages de Vespucci est différente. Le récit lui-même était contenu dans une lettre envoyée de Lisbonne le 4 septembre 1504 et destinée à Pier Soderini, -- gonfalonier perpétuel de la République de Florence de 1502 à 1512—, qui a été publiée à Florence en 1504 et 1506. J.-P. Duviols vient d’en donner une traduction française qui se réfère au texte original de la Lettera4 alors qu’une autre traduction française récente, celle de J.-Y. Boriaud, a utilisé le texte latin de Jean Basin, qui comporte une adresse au duc René de Lorraine5. Albert Ronsin pense, à juste titre, que le texte français6 de la Lettera a été envoyé au duc de Lorraine par le roi de Portugal après le départ de Vespucci pour l’Espagne en 1505, et l’on pourrait ajouter que le même envoi comportait aussi une carte marine portugaise qui va être utilisée par Waldseemüller pour représenter l’  « île » d’Amérique. La partie introductive de la Lettera rédigée à Saint-Dié conçoit le Nouveau Monde d’une manière différente de celle donnée par Vespucci dans le Mundus Novus. Elle reste fondée sur les conceptions cosmographiques du siècle précédent. Waldseemüller n’utilise-t-il pas comme base de sa carte du monde publiée en 1507 (ill. 1) –récemment acquise par la Bibliothèque du Congrès-- un modèle proche de la grande carte d’un mètre sur deux --conservée à Yale (ill. 2)--, élaborée vers 1490 par Henricus Martellus, cartographe d’origine allemande qui travaille à Florence ? Cette œuvre de Martellus, graduée en latitude et longitude, utilise la projection pseudo-cordiforme reprise en 1507 par Waldseemüller. Elle illustre parfaitement la partie de la Cosmographiae Introductio dans laquelle le Gymnase vosgien baptise l’Amérique : « « De nos jours, ces parties [Europe, Afrique et Asie] ont été plus largement explorées, et une quatrième partie a été découverte par Americo Vespucci (comme on le dira dans les pages suivantes) : et je ne vois pas pourquoi on s’opposerait à ce que cette terre soit appelée, à partir du nom de celui qui l’a découverte, Americo, homme à l’intelligence pénétrante, soit Ameri-gê, terre d’Americo, soit America, puisque c’est de noms de femmes que l’Europe et l’Asie ont tiré leur nom. On pourra mieux comprendre sa situation et les mœurs de ses habitants grâce aux deux fois deux récits de navigations qui suivent. Ainsi, les quatre parties de la terre sont désormais connues : les trois premières sont des continents, la quatrième est une île, puisqu’on voit qu’elle est entourée d’eau de toute part. Et même si la mer est unique comme la terre elle-même, elle est pourtant séparée en nombreuses parties et remplie d’îles, innombrables et de toutes espèces7 ».

On comprend mieux ainsi que, sur la mappemonde de 1507 (ill. 1), Waldseemüller représente l’Amérique comme une île, beaucoup plus grande que les autres. Il tente en fait de moderniser la carte de Martellus : il redessine le sud de l’Afrique sans toutefois toucher à la partie septentrionale du continent, située au nord du golfe de Guinée, qui conserve une trop grande étendue en latitude, et il crée la nouvelle île d’Amérique dont il emprunte les côtes orientales à une carte marine d’origine portugaise, proche de celle du Génois Nicolas de Caverio (ill. 3), datée de 1505 environ8, tout en modifiant les latitudes pour que ces dernières correspondent à celles des côtes de l’Afrique qui font, en principe, face à l’Amérique. Mais pour suivre le troisième voyage de Vespucci le long des côtes du Brésil, il est préférable d’utiliser une superbe carte portugaise de 1519, contenue dans l’ Atlas Miller, document manuscrit à la gloire du roi Manuel de Portugal9 (ill. 4). Ce document permet de fixer et d’identifier le terminus ad quem de la côte brésilienne sur les cartes de Waldseemüller, celles de 1507 et de 1516, et de constater que le calcul des latitudes, avec lequel Vespucci semble pourtant à l’aise, reste encore problématique :

  • Le « Rio decananorum » de la mappemonde de 1507 est situé à plus de 40° de latitude sud (ill. 5).
  • Le même toponyme sur la Carta marina, éditée en 1516 par Waldseemüller et conforme au modèle portugais, se rencontre à 35° de latitude sud, ce qui est encore trop généreux (ill. 6).
  • « Cananea », toponyme équivalent sur l’ Atlas Miller, est remonté à 24° de latitude sud (ill. 4), ce qui correspond à l’actuelle ville de Cananeia (25° de latitude sud) baptisée d’après la « Barra do Rio Cananor » atteinte le 24 janvier 1502 par l’expédition commandée par Gaspar de Lemos, à laquelle participait Vespucci.

C’est néanmoins sur le troisième voyage de Vespucci que les cartes de Waldseemüller de 1507 et 1516 sont le mieux documentées. Elles permettent de suivre le voyageur dans l’espace et le temps grâce aux dates des fêtes de saints, utilisées pour baptiser les points du littoral, de 5° à 25° de latitude sud, du 16 août 1501 au 24 janvier 1502.Moins bien documentées sont les côtes d’Amérique situées au nord, au-delà de 5° de latitude sud, qui n’ont pas été reconnues par les Portugais. Waldseemüller aurait été mieux informé s’il avait utilisé une carte marine espagnole comme celle de Juan de la Cosa10, navigateur qui a accompagné Christophe Colomb dans ses deux premiers voyages (1492-1494) et qui a bénéficié d’un troisième voyage au Nouveau Monde effectué avec Vespucci en 1499-1500 (deuxième voyage de Vespucci), depuis le cap Saint-Roch jusqu’à la côte des Perles. Réalisée en 1500, la carte de Juan de la Cosa est la première à représenter l’Amérique ; son auteur partage les idées de Colomb : le nouveau continent serait une extension de l’Asie et l’Amérique ne serait donc pas une île.

Waldseemüller ne s’est pas contenté de représenter les côtes de l’Amérique, que celle-ci soit une grande île ou un continent. Il a d’abord suivi la Cosmographiae Introductio pour baptiser le Nouveau Monde du prénom d’Amerigo Vespucci. Sur le « Globe vert »(ill. 7), globe manuscrit réalisé en 1506 ou 1507, que j’attribue à Waldseemüller11 et qui pourrait avoir servi à l’élaboration de la mappemonde de 1507, le cartographe accorde toute la découverte des côtes américaines à Vespucci, répétant quatre fois le nom d’America, du nord au sud.

Or la seule mention d’Amérique portée sur la mappemonde de 1507 correspond au voyage brésilien de Vespucci (troisième voyage de 1501-1502) (ill. 8) et cette mention, Waldseemüller va la faire disparaître en 1513 et 1516. Dans l’édition de la Géographie de Ptolémée parue à Strasbourg en 1513, il insère en effet deux cartes modernes. La première, la carte du monde selon les hydrographes, retient la « patte de tigre » utilisée par Martellus pour clore le continent asiatique (ill. 2) et ne figure pas la partie nord de l’Amérique, qui, pour l’auteur, est peut-être à rattacher à la « patte de tigre » (ill. 9). La seconde, la carte des terres nouvelles, figure des côtes orientales ininterrompues et supprime toute référence à Vespucci au bénéfice de Colomb (ill. 10). La carte de 1516 situe, au sud du continent jusqu’à 36° de latitude sud, non plus l’America, mais le Brésil, terre des perroquets (Brasilia sive terra papagalli,-- de l’arabe papaga ) (ill. 6) et, face aux côtes, elle donne, dans une inscription, l’ordre d’arrivée des explorateurs sur le littoral américain : Colomb, Cabral et Vespucci. C’en est fini de la primauté d’Amerigo détrôné par Colomb et par Cabral, le véritable découvreur du Brésil. Ce changement est dû à l’apport de textes récemment imprimés. Fracanzio da Montalboddo a ainsi publié, à Vicence en 1507, les Paesi novamente retrovati & Novo Mondo da Alberico Vesputio Florentino intitulato, recueil qui est traduit en latin, allemand et français et qui contient les relations, inédites ou non, de plusieurs voyages patronnés par les rois de Portugal et d’Espagne, notamment ceux de Pedro Álvares Cabral, Colomb, Pinzón et Vespucci (troisième voyage). Waldseemüller abandonne donc Vespucci et revoit aussi sa conception du Nouveau Monde : sur la Carta marina de 1516, les nouvelles terres ne constituent plus une île, mais pourraient se rattacher à l’Asie. Néanmoins, l’unique carte moderne, disponible à Saint-Dié, est toujours, semble-t-il, celle de Nicolas de Caverio ou une carte de même type.

La Louisiane : hésitations de l’explorateur, décisions du cartographe : de Robert Cavelier de La Salle à Vincenzo Coronelli

À la fin du XVIIe siècle, les Français sont implantés dans le nord de l’Amérique, en Nouvelle-France, un pays au climat rigoureux que le roi peine à peupler. La recherche d’une voie vers l’ouest, qui pourrait valoriser la colonie, aiguise les appétits. Une première expédition12 mobilise sept personnes sous la conduite de Louis Jolliet, impliqué dans la traite des fourrures pratiquée en Nouvelle-France, auquel l’intendant Jean Talon demande de reconnaître une grande rivière « qu’on croit se décharger dans la mer de Californie13 ». Le père Marquette, le religieux de l’expédition, qui appartient à la compagnie de Jésus, doit, quant à lui, prendre contact avec les peuples à convertir. On peut lire à propos de la préparation du voyage : « Nous prîmes toutes les Connoissances que nous pûmes des sauvages qui avaient frequenté ces endroits-là, et même nous tracâmes sur leurs rapports une Carte de tout ce nouveau pays ; nous y fîmes marquer les rivières, sur lesquelles nous devions naviguer, les noms des lieux et des peuples par lesquels nous devions passer, le cours de la grande Riviere, et le rumb de vent que nous devions tenir quand nous y serions 14 ». La grande rivière, c’est le Mississippi et les explorateurs découvrent bientôt qu’elle coule vers le sud et non vers le sud-ouest. Dans la relation rédigée en 1674, le père Claude Dablon donne quelques latitudes : celle du point de départ, la baie des Puants (actuelle baie Verte située au nord-ouest du lac Michigan) qu’il situe à 43° 40’, celle de la confluence du Mississippi et du Wisconsin à 42° 30’; à 38°, les explorateurs ont constaté qu’une grande rivière augmente le débit du Mississippi, probablement le Missouri, mais ils ne vont pas s’aventurer au-delà des 33°, rapportant que les sauvages leur ont dit qu’il n’y avait plus que cinquante lieues jusqu’à la mer. Les directions du fleuve sont également notées, comme le montre la carte établie par Marquette, conservée au Québec15 (ill. 11).

L’expédition de Jolliet et Marquette permet d’établir que l’embouchure du Mississippi se situe en Floride, une vaste région coiffant la côte nord du golfe du Mexique, et que le fleuve descendu par les explorateurs pourrait bien correspondre à la rivière du Saint-Esprit que signalent les cartes de l’époque (ill. 12). Seuls des affluents du grand fleuve conduiraient vers la mer Vermeille (mer de Californie)16, ce que confirme le comte de Frontenac, gouverneur de la Nouvelle-France, dans une lettre adressée à Colbert le 11 novembre 1674 : « [Jolliet] a été jusques à dix journées près du golfe de Mexique et croit que par les rivières qui, du costé de l’ouest, tombent dans la grande rivière qu’il a trouvée qui va du nord au sud et qui est aussi large qu’est celle du Saint-Laurent, vis-à-vis de Québec, on trouverait des communications qui mèneroient à la mer Vermeille et à la Californie »17 . En fait, Jolliet forme le projet d’une installation dans le pays des Illinois, à laquelle s’oppose Colbert

L’expédition conduite par Robert Cavelier de La Salle est plus importante : d’après le père Zénobe Membré19, le récollet qui accompagne Cavelier jusqu’à l’embouchure du Mississippi, elle comprend alors vingt-trois Français et dix-huit sauvages auxquels se joignent dix femmes et trois enfants. Les lettres patentes du 12 mai 1678 ont autorisé La Salle à poursuivre, à ses frais et à ceux de la compagnie qui a reçu le privilège du commerce des peaux de Cebola (bisons), « la découverte de la partie occidentale de la Nouvelle France » car dans ce pays « il y a apparence que l’on pourra trouver un chemin pour pénétrer jusque au Mexique20 ». En fait, La Salle poursuit et mène à terme la découverte de Jolliet et Marquette en s’aventurant jusqu’à l’embouchure du Mississippi, où, le 9 avril 1682, il prend possession, au nom du roi de France, de la Louisiane, c’est-à-dire de tous les pays situés le long du fleuve, de la source à l’embouchure, et le long des rivières qui s’y jettent. L’expédition a-t-elle disposé de nouvelles informations ? Certes La Salle connaît désormais l’orientation générale du grand fleuve, mais est-il mieux renseigné sur les côtes du golfe du Mexique ? Lorsqu’il faut situer l’embouchure du Mississippi, il semble avoir utilisé une carte proche de celle figurant dans l’atlas publié à Amsterdam par Pieter Goos en 1675, dont l’auteur, Arent Roggeven, a copié des cartes espagnoles, faute d’avoir accès à la documentation, tenue secrète, que réunissaient les compagnies hollandaises21 (ill. 13). Par ailleurs, à Paris ou à Rome, la progression de La Salle suscite la curiosité d’un ambitieux personnage, l’abbé Claude Bernou, personnellement intéressé par les missions de découverte et possesseur de nombreuses cartes manuscrites.

Le voyage de La Salle vers l’embouchure du Mississippi s’est fait en plusieurs étapes. L’explorateur part de France le 14 juillet 1678, arrive à Québec le 15 septembre, fait construire un fort sur le lac Ontario (lac Frontenac), passe par le lac Érié pour parvenir au lac Huron et entre dans le lac Michigan en septembre 1679 pour y construire, au sud, un fort sur la rivière des Miamis. Il gagne la rivière des Illinois où il édifie le fort de Crèvecœur et d’où il envoie, en février 1680, le père Hennepin, un récollet, avec Accault et Auguelle pour remonter le Mississippi. Le voyage décisif commence en décembre 1681 à partir du lac Michigan et de l’Illinois. La descente du Mississippi est entreprise le 13 février 1682. Les villages des Arkansas sont atteints à la mi-mars, c’est là qu’étaient parvenus Jolliet et Marquette. Le « Procès-verbal de prise de possession de la Louisiane, à l’embouchure dans la mer ou golfe du Mexique » du 9 avril 1682 parle de deux embouchures du fleuve --appelé, pour la circonstance, fleuve Colbert--, « belles, larges et profondes », et d’une cérémonie réalisée à environ 27° d’élévation du pôle, seule latitude mentionnée dans cet acte qui insiste principalement sur la diversité des peuples rencontrés et sur les relations qu’ils entretiennent entre eux22.

Les années qui précèdent cette étape décisive font l’objet de la relation officielle de 168223, et d’une carte manuscrite (ill. 14)24 graduée en latitudes et longitudes, qui émaneraient l’une et l’autre de l’abbé Bernou. Cet ambitieux personnage voudra que Vincenzo Coronelli utilise la carte pour les tracés du globe terrestre destiné à Louis XIV et qu’il la fasse compléter par La Salle25. L’essentiel des informations géographiques données par le texte concerne l’orientation des rivières, les distances traduites en lieues ou en jours de voyages, et la succession des rivières qui se jettent dans le Mississippi. Autre document important, la lettre rédigée par La Salle au cours de son voyage de retour, le 22 août 1682, qui indique les distances entre les étapes qui ponctuent le voyage entre Québec et le Mississippi. La position de l’embouchure du Mississippi, quant à elle, est donnée dans la relation du P. Membré, déjà citée, qui aurait été « éditée » par l’abbé Bernou et qui situe cette embouchure sur la côte du golfe, à partir de sa latitude reportée sur une carte existante, peut-être celle de Roggeven : « entre le 27e et le 28e de latitude, et à l’endroit où quelques cartes marquent le rio de la Madelena et d’autres rio Escondido ». Les explorateurs en déduisent que l’embouchure est éloignée d’environ 30 lieues du rio Bravo, de 60 du rio de Palmas et de 90 à 100 lieues du rio de Panuco, où se situe la plus proche habitation des Espagnols. La relation de Membré précise que la latitude de l’embouchure a été prise par La Salle « qui porte toujours dans ses voyages un astrolabe26 ».

Après bien des hésitations, c’est seulement au cours de son voyage en France de décembre 1683 que La Salle fait réaliser par Jean-Baptiste Franquelin, le cartographe officiel du Québec, une « Carte de la Louisiane »27 pour convaincre Seignelay de poursuivre l’exploration. Le document nous est parvenu sous forme de copies ou d’adaptations28 ; celle de la BNF (ill. 15), est signée par Franquelin lui-même29 . Ces cartes doivent être rapprochées d’un texte de La Salle, édité par Margry30, où l’explorateur se préoccupe de la position de l’embouchure du Mississippi et de l’orientation de son cours inférieur : l’embouchure doit correspondre à celle du rio Escondido car « il n’y a que ce seul endroit dans toute la coste de Floride qui soit à cette hauteur [27°], le reste de la coste méridionale estant presque partout au 30e degré31 » ; le fleuve « a ses emboucheures à l’Est-Sud-Est et non pas au Sud, comme présente toute la coste méridionale de la Floride, à la réserve de celle qui court depuis la rivière appelée dans les cartes Escondido jusqu’à Panuco32 ».

Vincenzo Coronelli, moine vénitien, qui séjourne à Paris d’août 1681 à décembre 1683, réalise au même moment, à la demande du cardinal César d’Estrées, une paire de globes, céleste et terrestre (ill. 16), de quatre mètres de diamètre que l’ambitieux courtisan destine à Louis XIV33. Dans l’Epitome cosmografica publié à Cologne en 1693, Coronelli insiste sur le fait qu’il a fait progresser le dessin de l’Amérique septentrionale : celui du Nouveau-Mexique et de la Louisiane qui forme une grande région avec le lac Supérieur. La Louisiane du Vénitien est une longue bande qui s’étend sur la rive gauche du Mississippi (ill. 17) et semble faire partie de la Nouvelle-France qui bénéficie d’une extension vers le sud. Le Vénitien diminue ainsi l’étendue de la Floride qu’il situe au sud de l’Ohio. La région des Grands Lacs se développe à une latitude correcte, mais, pour la figuration du Mississippi et de ses affluents, les sources de Coronelli ne sont pas toujours fiables. Pour la partie nord du grand fleuve, le Vénitien se conforme au dessin donné par Louis Hennepin qui publie à Paris, en janvier 1683, la Description de la Lousiane, illustrée d’une carte où le cours du Mississippi n’est pas représenté jusqu’à son embouchure. À la hauteur de la confluence avec le Wisconsin, à 43° de latitude nord, Coronelli indique que, le 17 janvier 1673, Marquette et Jolliet ont été les premiers européens à entrer dans le Mississippi, et il situe l’Illinois à environ 37° de latitude nord, ce qui est encore correct. Mais ses informations sont moins bonnes à mesure qu’il progresse vers le sud : il dissocie « Ouabache » et Ohio, et situe la confluence du second trop au sud, à 32° de latitude nord, soit une erreur de cinq degrés. Il écrit à propos de l’Ohio : «La rivière Ohio ou Belle rivière ainsi appelée pour sa beauté, laquelle les Européens n’ont pas encore descendu, qui a l’embouchure à 31° 26’ dans la rivière Mississipi, mais par la relation des sauvages on croit qu’elle a source vis-à-vis du lac Frontenac, d’où on se rend par portage à ladite rivière », et il recouvre pudiquement cette rivière par une large inscription sur la Floride…

Un autre pôle d’intérêt du Vénitien est constitué par le Nouveau-Mexique qu’il situe entre 28° et 45° de latitude nord, le long du golfe de Californie appelé mer Vermeille, la Californie étant encore figurée comme une île. Une inscription entourée d’une superbe bordure bien documentée (ill. 18) attire l’attention sur les mines de cette région, découvertes par les Espagnols au 16e siècle, dont l’exploitation contenterait le roi de France, préoccupé par l’état de ses finances. Coronelli y donne les auteurs de ses sources : le comte de Peñalossa, ex-gouverneur du Nouveau-Mexique –qui a successivement offert ses services à l’Angleterre et à la France— et le franciscain Estevan de Perea, missionnaire des années 1630. Les mêmes informations se retrouvent sur une carte possédée par Bernou et transmise à Coronelli34, qui a pu servir de support au projet de colonisation présentée par l’intrigant abbé à Seignelay, fils de Colbert, le 18 janvier 168235. Bernou y propose de construire un établissement « en Floride » à l’embouchure du rio Bravo, entre 25 et 30 degrés de latitude nord, établissement qui servirait de base pour la conquête de la Nouvelle-Biscaye et du Nouveau-Mexique. De son côté, le comte voudrait s’emparer, aux sources de la même rivière, des pays de Quivira et Thegayo, riches en or et en argent36.

Cette évocation des sources de Coronelli montre que le cartographe se tient au courant, non sans mal, des dernières explorations. Mais les informations qu’il utilise sont-elles objectives ? Pour soutenir le projet de Bernou, il était intéressant de rapprocher l’embouchure du Mississippi de celle du rio Bravo, et d’attirer l’attention sur l’exploitation des ressources.

La cartographie des Delisle : renouvellement des méthodes, naissance d’un mythe

En octobre 1682, La Salle confirme qu’il a bien descendu le Mississippi et souligne l’intérêt d’une installation aux embouchures du fleuve, qui « forment des ports au voisinage des Espagnols » et devraient permettre de pénétrer dans la Nouvelle-Biscaye et dans le Nouveau-Mexique. Par ailleurs, « la Louisiane n’estant qu’à deux journées du lac Erié qui joint le lac Frontenac [Ontario] », le fleuve Colbert (Mississippi) et la Louisiane sont nécessaires « à la conservation de la Nouvelle France ». Dans deux mémoires adressés à Seignelay37, La Salle demande que le roi lui confie une expédition pour retrouver, par mer, l’embouchure du Mississippi et fonder un poste fortifié à soixante lieues au-dessus de cette embouchure. Il soutient aussi un projet plus personnel, le développement de la colonie de l’Illinois. La réponse du roi, donnée par les lettres patentes du 14 avril 1684, autorise l’explorateur à commander “ dans les pays qui seront assujettis de nouveau sous nostre domination dans l’Amérique septentrionale, depuis le fort Saint Louis sur la rivière des Islinois jusqu’à la Nouvelle Biscaye 38”. Parti de France le 1er août 1684 avec quatre bâtiments, La Salle fait relâche à Saint-Domingue où il tombe malade. Minet, membre de l’expédition, raconte que le découvreur a eu un transport au cerveau et qu’il croyait « que tous ceux qu’il voioit luy venoient faire son procez, disant qu’il avoit trompé Monsieur de Seignelay39 ». Suivant la même source, au cap Saint-Antoine (Cuba), La Salle aurait précisé « que sa rivière estoit par les 28° 20’ tout au fond du golphe, qu’on la connoistroit par la grande jettée qu’elle fait en mer, que cependant le rendez vous estoit dans la baye de Spiritu Sancto, qu’il falloit aller droit là et qu’après on suiveroit la coste »40. En fait, l’explorateur ne parvient pas à retrouver l’embouchure du fleuve et s’installe dans la baie de Saint-Louis (actuelle baie Lavaca, à l’ouest de la baie de Matagorda) (ill. 19), au large de laquelle L’Aimable sombre, tandis que Le Joly repart pour la France. La plus petite unité de l’expédition, La Belle, poursuit l’exploration de la baie, mais coule en janvier 168641. Par voie terrestre, La Salle parvient à atteindre la rivière Rouge le 18 février 1686. Retourné au camp de base, il reprend le même chemin dans l’espoir d’atteindre le Mississippi, mais il est assassiné le 19 mars 1687 sur les bords de la rivière aux Canots (Trinity River) entre la baie de Matagorda et le Mississippi.

L’exploration de la Louisiane reprend après la paix de Ryswick de 1697 : la situation critique des finances royales rend particulièrement attractifs les projets d’exploitation de mines en Nouvelle-Biscaye. Le 23 juin 1698, le ministre de la Marine désigne Pierre Lemoyne d’Iberville pour retrouver par mer l’embouchure du Mississippi. D’Iberville part de Brest le 24 octobre. Le 2 mars 1699, la tempête l’oblige à se réfugier derrière des rochers où il trouve de l’eau douce et un grand courant ; il croit reconnaître la rivière de la Palissade, qui lui paraît bien nommée et qui, pour les Espagnols, correspond au Mississippi. La seconde expédition de Lemoyne d’Iberville, partie de France le 17 octobre 1699, doit évaluer l’intérêt d’un établissement sur les bords du grand fleuve. Lorsque, le 28 mai 1700, d’Iberville quitte Biloxi, à l’est de l’embouchure, il laisse des instructions pour que soient recensées les ressources naturelles : perles, bois et mines. Bien d’autres explorations seront nécessaires pour obtenir une vue réaliste de la nouvelle colonie. Certaines complètent avec bonheur les résultats obtenus par les expéditions « officielles ». Ainsi Charles Lesueur découvre des mines de cuivre et de plomb sur la rivière Verte, affluent de la rivière Saint-Pierre, elle-même un des affluents du cours supérieur du Mississippi dans le pays des Sioux, et il est autorisé à prendre part au second voyage de d’Iberville, un de ses amis, pour mettre en route l’exploitation de ces mines. Arrivé à l’embouchure, il lui reste à remonter le Mississippi, ce qu’il fait tout en observant avec attention le cours du grand fleuve.

À la fin du XVIIe siècle et au début du XVIIIe siècle, au moment de l’implantation française dans le bas Mississippi, les pays entourant le golfe du Mexique retiennent l’attention de Claude (1644-1720) et Guillaume (1675-1726) Delisle (père et fils) qui, pour réaliser la cartographie de la région, ont recours à des sources espagnoles, le plus souvent textuelles. Si l’œuvre imprimée de Guillaume Delisle, le cartographe de l’équipe, a été largement diffusée, il existe aussi, principalement aux Archives nationales, des cartes manuscrites, témoins de l’évolution et des hésitations des Delisle, et des croquis géographiques sur lesquels est reporté le fruit de leurs lectures. Ces géographes ont accès à des textes des 16e et 17e siècles, souvent disponibles dans des traductions françaises : récits du voyage de Hernando de Soto pour la Floride, œuvres d’Alonso Benavides pour le Nouveau-Mexique et d’Antonio de Herrera pour la Nouvelle-Espagne42. Guillaume Delisle publie ses cartes d’Amérique à partir de 1700. À cette date, le géographe n’a pas encore été élu à l’Académie royale des sciences ; il le sera en 1702 comme élève astronome « quoiqu’il ne fût pas observateur ». Il a reçu une double formation : auprès de son père, Claude Delisle, qui est historien et géographe, et auprès de Jean-Dominique Cassini qui l’initie à l’astronomie et l’incite à utiliser les positions en latitude et en longitude, réunies par l’Académie des sciences. Les Delisle ont commencé par s’interroger sur la validité de leurs modèles cartographiques, se servant, pour les mettre à jour, des nouvelles mesures de latitude et longitude. Lorsque celles-ci font défaut, ils ne négligent aucune information, ancienne ou récente, et se lancent dans de nouvelles constructions cartographiques dont témoignent leurs croquis. Comme les autres cartographes de l’époque, les Delisle se demandent où placer l’embouchure du Mississippi. Claude Delisle publie dans le Journal des savans du 17 mai 1700 une « Lettre […] à M. de Cassini sur l’embouchure de la riviere de Mississipi, qui  montre la quasi impossibilité de situer cette embouchure avec précision, parce que les méthodes astronomiques -- observations des éclipses des satellites de Jupiter ou des éclipses de lune—n’ont pu être utilisées et parce que la côte de Floride est l’une « des moins conües de l’Amerique ». C’est donc grâce à des relations de voyage déjà anciennes, celles des expéditions de Pánfilo de Narváez (ca 1470-1529), de Alvar Nuñez Cabeza de Vaca et de Hernando de Soto (1500-1542) (ill. 20) que Claude Delisle a pu dresser sa « carte de l’intérieur et de la côte de Floride ».

Les recherches des Delisle aboutissent à la carte publiée en 170343 par Guillaume sous le titre de Carte du Mexique et de la Floride, des terres angloises et des isles Antilles, du cours et des environs de la riviere de Mississipi (ill. 21), dont une version à plus grande échelle est présentée à la cour. Guillaume Delisle supprime le nom de Louisiane, étale largement la Floride entre le Canada ou Nouvelle-France au nord, les colonies anglaises à l’est, et le Nouveau-Mexique à l’ouest. Sur la côte située à l’est du Mississippi, il signale les implantations espagnoles. Il peut alors exploiter les résultats du second voyage de d’Iberville et notamment le relevé du cours du Mississippi effectué par Charles Le Sueur, qu’il utilise en 1702 dans la « Carte de la rivière de Missisipi »44, restée manuscrite (ill. 22). En outre, la position des Delisle leur permet d’avoir accès à des sources plus secrètes. Guillaume dit avoir utilisé un portulan, probablement la carte conservée à la Bibliothèque nationale de France, qui a été dressée à la Havane et dédiée à l’amiral Guillermo Morphi en 1696 par le pilote Juan Bisente del Campo45 et qui a été prise aux Espagnols en 1697 par le vaisseau du roi Le Bon au voisinage des îles d’Amérique (ill. 23). Pour la Nouvelle Espagne, les Delisle disposent d’un texte précieux : la Description des Indes occidentales d’Antonio de Herrera, --nommé premier historien des Indes par Philippe II--, publiée en 1601-1605 et traduite en français en 1622. À partir de ce texte, ils ont dressé une carte de « L’audience de la Nouvelle Gallice et de la Nouvelle Espagne46 », fondée sur un réseau de distances qui leur permet de construire de véritables triangles (ill. 24).

On voit donc que les progrès de la cartographie se font grâce à la combinaison d’informations récentes, souvent sollicitées par les cartographes eux-mêmes qui soumettent de véritables questionnaires aux explorateurs, et d’informations anciennes, plus ou moins faciles à exploiter. Mais les cartographes de cabinet sont aussi séduits par les hypothèses élaborées pour répondre au problème récurrent de la jonction avec le Pacifique à travers le continent américain. Sur la carte manuscrite de Guillaume Delisle, proche de 1700, paraît, au nord du Nouveau Mexique, une mer de l’Ouest « pas encore découverte, mais autorisée par le rapport de plusieurs sauvages qui assurent y avoir été47 ». Guillaume, dans le procès en contrefaçon qui l’oppose à Jean-Baptiste Nolin (1657-1708), affirme que cette mer est l’une de ses découvertes et qu’il n’en a pas révélé l’existence dans une œuvre gravée, « ne voulant pas que les étrangers profitassent de cette découverte, quelle qu’elle pût être, avant que l’on eut reconnu dans ce royaume si l’on en pourroit tirer quelque avantage48 ». C’est l’expédition de Pierre de La Vérandrye qui, dans les années 1730-1743, aurait pu être concluante : l’explorateur parvient au lac Winnipeg et le dépasse, tandis que ses fils atteignent les Rocheuses, mais sans réunir un butin géographique suffisant. L’opinion scientifique française peut encore admettre l’existence d’une mer de l’Ouest, cautionnée par les jésuites et confirmée par le frère cadet de Guillaume Delisle, Joseph-Nicolas (1688-1768). À son retour de Russie où il a réuni une intéressante documentation sur le nord-est de l’Asie, le frère de Guillaume présente le résultat des expéditions russes à l’Académie des sciences le 8 avril 1750, et y ajoute une lettre --d’origine douteuse--, qui aurait été écrite par l’amiral de Fonte pour relater un voyage effectué en 1640 à partir de la côte nord-ouest de l’Amérique du Nord ; il illustre cette lettre par une carte élaborée par Philippe Buache (1700-1773) (ill. 25), gendre et successeur de Guillaume Delisle. La carte de Buache réunit les découvertes russes en Asie, la mer de l’Ouest du beau-père du géographe et les terres arctiques soi-disant « découvertes » par l’amiral de Fonte49. Buache reprendra l’affaire à son compte, trop heureux de remplir les vides de la carte : « D’un côté, les nouvelles découvertes des Russes, de l’autre celles des Français et au milieu […] les pays décrits […] dans la relation de l’amiral de Fonte s’enchâssent naturellement dans un espace que rien d’autre ne remplit50 ». Malgré les attaques et réticences de ses collègues et la pauvreté de ses arguments, Buache réussit encore à convaincre : les cartes sont des armes redoutables.

Deux siècles et demie de cartographie de cabinet montrent l’intérêt manifesté pour la représentation des découvertes, que diffusent des cartes gravées comme celles de Martin Waldseemüller et de Guillaume Delisle, ou de grands globes terrestres accessibles à un large public comme celui de Coronelli, qui aurait dû être exposé au château de Versailles et qui a servi de base à la production gravée du Vénitien. Martin Waldseemüller est l’auteur de deux grandes cartes du monde. Dans celle de 1507, il introduit le Nouveau Monde en dilatant les structures de l’Ancien Monde. Dans celle de 1516, il s’affranchit de ces structures, renonce à faire de Vespucci le premier explorateur de l’Amérique et veut atteindre un public dont la curiosité s’oriente vers les îles orientales. Les deux cartes sont graduées en latitude et en longitude sans que leur auteur puisse exercer de contrôle sur les données qu’il exploite. La démarche de Coronelli n’est guère différente, bien que ses sources, cartographiques ou textuelles, soient devenues plus nombreuses : le Vénitien n’a pas voulu modifier les latitudes et les longitudes, ce qu’il aurait pu faire à partir des données recueillies par l’Académie des sciences. En mariant cartes, images et textes comme le faisait Waldseemüller, Coronelli veut offrir au roi et à ses sujets des connaissances sur le vaste monde. Les Delisle changent complètement de méthode en construisant une nouvelle représentation du monde, fondée sur les latitudes et les longitudes réunies par l’Académie des sciences. Ensuite, ils affinent cette image en exploitant diverses informations : encore des textes anciens, mais aussi des comptes rendus d’explorations récents, que peuvent solliciter des savants, proches du pouvoir royal. Latitudes et longitudes ne constituent plus un décor quasi immuable, elles évoluent et servent de base aux progrès de la cartographie : le géographe de cabinet reste le témoin des explorations, mais un témoin actif.

Illustrations figurant sur le CD en power point envoyé par voie postale, et signalées dans le texte précédent

1 Waldseemüller / Mappemonde, 1507, fac-similé de l’assemblage des feuilles.
2 Martellus / Mappemonde, vers 1490. Bibliothèque de l’Université de Yale
3 Caverio / Carte du monde, vers 1505, vélin manuscrit. BnF, Cartes et Plans, SH, Archives n° 1
4 Atlas Miller, 1519, feuille du Brésil, vélin manuscrit. BnF, Cartes et Plans, Rés. Ge DD 683 5 Waldseemüller / Mappemonde, 1507, fac-similé, côte sud-est de l’Amérique
6 Waldseemüller / Carta marina, 1516, fac-similé, côte sud-est de l’Amérique
7 [Waldseemüller] / Globe vert, manuscrit. BnF, Cartes et Plans, Ge A 335
8 Waldseemüller / Mappemonde, 1507, Amérique, Europe, Afrique.
9 Waldseemüller / Le monde selon les hydrographes, dans la Géographie de Ptolémée, Strasbourg, 1513.
10 Waldseemüller / Carte des terres nouvelles, dans la Géographie de Ptolémée, Strasbourg, 1513.
11 Marquette / Carte du Mississippi, manuscrit, fac-similé.
12 Sanson / Nouveau-Mexique et Floride, 1656. BnF, Cartes et Plans, Ge DD 2987 (8777)
13 Roggeven / Les Indes orientales, 1675. BnF, Cartes et Plans, Ge DD 2987 (8923)
14 [Bernou] / Amérique septentrionale, [1682], manuscrit. BnF, Cartes et Plans, SH, pf. 122, div. 2, p. 0
15 Franquelin / Louisiane, [1683], copie manuscrite. BnF, Cartes et Plans, Ge DD 2987 (8782)
16 Coronelli / Globe terrestre de Louis XIV, 1681-1683, peint sur toile. Seule la sphère est exposée dans le hall ouest de la BnF, site de Tolbiac.
17 Coronelli / L’Amérique septentrionale, détail du globe terrestre peint sur toile, 1681-1683.
18 Coronelli / Inscription sur le Nouveau Mexique, détail du globe terrestre peint sur toile, 1681-1683.
19 Guillaume Delisle / Amérique du Nord, manuscrit, détail. AN, 6 JJ 75, p. 128
20 Claude Delisle / Itinéraire de De Soto, manuscrit, détail. AN, 6 JJ 75, p. 231
21 Guillaume Delisle / Mexique et Floride, 1703, détail. BnF, Cartes et Plans, Ge DD 2987 (8539) B
22 Guillaume Delisle / Mississippi, 1702, manuscrit, première feuille. BnF, Cartes et Plans, SH, pf. 138bis, div. 2, p. 3
23 Bisente / Carte portulan du golfe du Mexique, 1696, copie manuscrite, détail.
24 Claude Delisle / Carte manuscrite de la Nouvelle-Espagne d’après Herrera, détail. AN, 6 JJ 75, p. 278
25 Buache / Nouvelles découvertes au nord de la mer du Sud d’après J.-N. Delisle, 1750. BnF, Cartes et Plans, Ge DD 2987 (8697)


1 D. Parmentier, Gens d’Église et société en terre d’Empire : le chapitre et la collégiale de Saint-Dié en Lorraine du XIIIe au XVe siècle, Strasbourg, D. Parmentier, 1990-1995, t. 2.
2 Traduction française du Mundus Novus dans Le Nouveau Monde, récits de Christophe Colomb, Pierre Martyr d’Anghiera , Amerigo Vespucci, traduit et commenté par Jean-Yves Boriaud, Paris, les Belles Lettres, 2004, p. 73-83 ; et dans Le Nouveau Monde : les voyages d’Amerigo Vespucci (1497-1504), traduction, introduction et notes de Jean-Paul Duviols, Paris, Chandeigne, 2005, p. 133-148.
3 Le Nouveau Monde, trad. Duviols, op. cit., p. 133-134.
4 Ibid., p. 153-207.
5 Le Nouveau Monde, trad. Boriaud, op. cit., p. 85-128.
6 Dans la dédicace au duc de Lorraine de la Speculi Orbis Declaratio publiée à Strasbourg en mars 1507, Lud affirme : « Une description de ces régions qui, du Portugal, vous a été envoyée en langue française, illustre roi René, a été à mon instante prière traduite en latin par l’insigne poète Jean Basin de Sendacour [Jean Basin, chanoine de Saint-Dié de 1510 à 1523] » (citée par Albert Ronsin, Le nom de l’Amérique, Strasbourg, la Nuée bleue, 2006, p. 108-109).
7 Albert Ronsin, America, la fortune d’un nom : le baptême du Nouveau Monde à Saint-Dié des Vosges, trad. de la Cosmographiae introductio par Pierre Monat, présentation par A. Ronsin, Grenoble, J. Million, 1991, p. 161.
8 Original conservé à la BNF, Cartes et Plans, SH Archives n° 1. E. L. Stevenson, Marine World Chart of Nicolo de Caverio Januensis, a critical study with facsimile, New York, 1908. P. Revelli, "Un cartografo genovese amico a Cristoforo Colombo : Nicolò Caveri ("Nicolaus de Cauerio"), Accademia nazionale dei Lincei, Rendiconti della Classe di scienze morali, storiche e filologiche, nov. -déc. 1947, p. 449-458.
9 Couleurs de la Terre, des mappemondes médiévales aux images satellitales, sous la direction de Monique Pelletier, Paris, Seuil / Bibliothèque nationale de France, 1998, p. 49-50. BNF, Cartes et Plans, Rés. Ge DD 683 (5).
10 Fernando Silió Cervera, La carta de Juan de la Cosa : análisis cartográfico, Santander, Fundación Marcelino Botín, 1995.
11 Monique Pelletier, « Le globe vert et l’œuvre du Gymnase vosgien », Bulletin du Comité français de cartographie, n° 163, mars 2000, p. 17-31.
12 Sur Jolliet, voir : J. Delanglez, Louis Jolliet, vie et voyages (1645-1700), Montréal, Granger, 1950.
13 Cité par J., Delanglez, op. cit., p. 183.
14 Archives de la province de France, fonds Brotier 159 (Canada 5), fol. 27. Cité par J. Delanglez, op. cit., p. 110.
15 Montréal, collège Sainte-Marie . Carte reproduite par J. G. Shea, Discovery and exploration of the Mississipi valley, Redfield, 1852, h.-t.
16 J. Delanglez, op. cit., p. 399.
17 P. Margry (éd.), Voyages des Français sur les grands lacs et découverte de l’Ohio et du Mississippi, 1614-1698, Paris, Maisonneuve, 1879, p. 257.
18 Ibid., p. 329.
19 Z. Membré, « Relation de la découverte de l’embouchure de la rivière Mississipi dans le golfe du Mexique, faite par le sieur de la Salle », dans R. Thomassy, Géologie pratique de la Louisiane, Paris, E. Lacroix, 1860, p. 9.
20 Lettres publiées par P. Margry (éd.), op. cit., p. 337.
21 Generaele kaert van West Indien vande linie aequinoctiael tot benoorde Terra Neuf. Voir C. Koeman, Atlantes Neerlandici, t. IV, Amsterdam, 1970, p. 452.
22 P. Margry (éd.), Lettres de Cavelier de La Salle et correspondance relative à ses entreprises, Paris, Maisonneuve, 1879, p. 186-193.
23 P. Margry (éd.), Voyages des Français sur les grands lacs, op. cit., p. 435-544.
24 « Carte de l’Amérique septentrionale et partie de la méridionale depuis l’embouchure de la rivière St Laurens jusqu’à l’isle de Cayenne avec les nouvelles découvertes de la rivière Mississipi ou Colbert », BNF, Cartes et Plans, SH, pf. 122, div. 2, pièce 0.
25« Faittes le [Coronelli] souvenir, s’il ne l’a pas fait, de faire son Amerique septentrionale sur la carte que j’aiday a dresser pour Mr de Seignelay et sur celle que Joliet a faitte de son voyage de Tadoussac a la baye de Hudson […] Le Pere Zenobe Recollect et ma conclusion de la Relation des découvertes de Mr de la Salle luy serviront a marquer le cours de la riviere Mississipi jusqua la mer » (lettre de Bernou à l’abbé Renaudot, 27 juin 1683, BNF, Manuscrits, nouv. acq. 7497, fol. 19). «Il faut de plus demander à Mr de Segnelay la carte que j’avois dressée avec Mr Peronel pour en faire une nouvelle avec le même Mr Peronel qui demeuroit chez Mr le chevalier Pene » (lettre de Bernou à l’abbé Renaudot, 25 janvier 1684, ibid., fol. 87).
26Z. Membré, « Relation de la découverte de l’embouchure de la rivière Mississipi dans le golfe du Mexique, faite par le sieur de la Salle », op. cit. p. 14-15
27J. Delanglez, « Franquelin mapmaker », Mid-America, 25, 1943, p. 59-60.
28 M. Pelletier, « Espace et temps : Mississippi et Louisiane sous le règne de Louis XIV », dans C. Huetz de Lemps (dir.), La découverte géographique à travers le livre et la cartographie, Bordeaux, Société des bibliophiles de Guyenne, 1997, p. 35-36.
29 « Carte de la Louisiane en l’Amerique Septentrionale, depuis la Nouvelle France jusqu’au Golfe de Mexique, où sont decris les Pays que le Sieur de La Salle a decouverts dans un grand continent compris depuis 50. degr. de l’Elevation du Pole jusques à 25. les années 1679. 80. 81. 82 », BNF, Cartes et Plans, Ge DD 2987 (8782).
30 P. Margry (éd.), Lettres de Cavelier de La Salle, op. cit., p. 196-203.
31 Ibid., p. 198.
32 Ibid.
33 M. Pelletier, « Le cardinal, le moine, le roi et les autres : les acteurs des globes du Roi-Soleil », Bulletin du Comité français de cartographie, n° 159, mars 1999, p. 56-62.
34 Reproduite par C.I. Wheat, Mapping the Transmississippi West, t. 1, San Francisco, the Institute of historical cartography, 1957, p. 44.
35 BNF, Manuscrits, Clairambault 1016, fol. 199-205 (version longue) ; fol. 206-207 (version courte avec quelques distances modifiées éd. Dans P. Margry (éd.), Lettres de Cavelier de La Salle, op. cit., p. 44-48.
36 BNF, ibid., fol. 211-215.
37 P. Margry (éd.), Lettres de Cavelier de La Salle, op. cit., p. 359-373.
38 Ibid., p. 383.
39 R. S.Weddle (éd.), La Salle, the Mississippi and the gulf , three primary documents, College Station, Texas A&M University press, 1987, p.86.
40 Ibid., p. 92-93.
41 J. Boudriot, « La Belle », 1684, Paris, l’auteur, 2000. R. S. Weddle, The Wreck of the Belle, the ruin of La Salle, College Station, Texas A&M University press, cop. 2001.
42 M. Pelletier, « The working-method of the new cartographers : the gulf of Mexico and Spanish sources, 1696-1718 », Terrae incognitae, 34, 2002, p. 60-72.
43 Voir à son sujet : J. Delanglez, « The sources of the Delisle map of America, 1703 », Mid-America, vol. 26, n° 4, 1944, p. 255-297.
44 BNF, Cartes et Plans, SH, pf. 138 bis, div. 2, p. 3 (5 feuilles).
45 BNF, Cartes et Plans, SH, Archives 27. M. Pelletier, « Louis XIV et l’Amérique : témoignages de la cartographie », Bulletin du Comité français de cartographie, n° 115, mars 1988, p. 58. J. Jackson, op. cit., p. 52.
46 Arch. nat., 6 JJ 75, p. 278 : L’audience de la Nouvelle Gallice et de la Nouvelle Espagne tirée d’Herreira.
47 Ibid., p. 128. Sur la mer de l’Ouest, voir : Numa Broc, La géographie des philosophes, géographes et voyageurs français au XVIIIe siècle, Paris, Ophrys, 1975, p. 152-164.
48 Texte cité par Buache sur l’ Essai d’une carte que Mr Guillaume Delisle … avoit joint à son Mémoire presenté à la Cour en 1717 sur la mer de l’Ouest, publié en 1753.
49 Ph. Buache, Carte des nouvelles découvertes au nord de la mer du Sud dressée sur les mémoires de Mr Delisle, Paris, l’auteur.
50 Cité par N. Broc, op. cit., p. 164.

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