Les hydrocarbures du Golfe de Guinée

Roland POURTIER

Professeur Université Paris I

Compte rendu par Jean-Pierre Morillo

TZR PLP Lettres-Histoire de Charente

Compte-rendu

État général des lieux

Le golfe de Guinée possède des gisements pétroliers notamment au Gabon et Nigéria. Mais dans un mode de vie occidentalisé où le développement économique dépends de plus en plus des sources d'énergie, est-ce que le pétrole est un bon outil de développement pour els pays du tiers-monde ? Qu'apporte-t-il pour l'Afrique ?

Il faut bien avouer que pour l'Afrique, le pétrole c'est à la fois peu et beaucoup. Peu si l'on s'en tient au volume considérable produit par l'OPEP, beaucoup car l'Afrique sub-saharienne représente ½ de toute la production pétrolière du continent. Sans compter les immenses gisements de gaz.

L'Afrique du Golfe de Guinée est un membre très récent du club de l'OPEP et les pays y entrèrent selon les rythmes de la décolonisation : l'Angola y adhéra en 1956, le Gabon en 1957, le Nigéria en 1958, le Congo en 1960 et le Soudan. Le membre le plus récent est la Guinée Equatoriale en 1994, le Tchad en 2003, la Maurétanie en 2006. Sao Tome et Principe y entreront probablement en 2007-2008.

Les perspectives d'avenir dont prometteuses mais ils sont sur le long terme. Il y a de grands retards car les prospection sont difficiles à réaliser, les infrastructures faibles jusqu'en 1950 et il y avait de nombreuses difficultés techniques à l'époque. Aujourd'hui, la majeure partie de la production est Off-Shore, sur le plateau continentale mais les Sociétés prospectent de plus en plus en eaux profondes à l'instar d'Elf au large de la ‘Pointe Noire' qui y a établit une immense plate-forme. Mais avec le Nigéria et le Gabon, les Cie développent de plus en plus les exploitations Home-Shore. La France use d'Elf comme d'un laboratoire de recherche technique qui permet d'influer sur les pays de la région.

Le Golfe de Guinée soulève trois problèmes majeurs :

  • Un problème géopolitique : l'enjeu du pétrole est considérable pour l'Afrique qui ne consomme que 10% de sa production et exporte donc 90% soit 500 millions de Tep. Cela s'explique évidemment par la faible demande locale et le développement limité de la région.

  • Un problème interne : ces pays sont devenus très dépendants des exportations pétrolières et des fluctuations des prix.

  • Le redoutable problème du partage de la rente

Mais il y a surtout une âpre lutte d'influence. L'héritage colonial fait que la région est coupée entre deux zones d'influence traditionnelle : britannique pour Shell-BP et française pour ELF-Total (dont 1/3 de sa production est issu du golfe). Mais les pays africains s'ouvrent largement pour ne plus dépendre des alliés traditionnels. Ainsi s'explique l'arrivée des américains dans les années 1950 en Angola durant la guerre civile avec Exxon et Tabacco. L'Angola est le 2° producteur pétrolier d'Afrique. La guerre civile gênait peu les américains puisque les plate-formes étaient off-shores. Mais ils veillaient à armer et financer les deux camps pour être tranquille. Ensuite, la Guinée qui représente le bastion des E-U et dont 90% de la production par vers l'amérique. Actuellement, c'est Sao Tomé et Principe et le Tchad qui font l'objet de leur attention. Depuis le 11 sept 2001, les E-U veulent limiter leur dépendances vis-à-vis du Moyen-Orient et donc le golfe de Guinée devient centrale dans la politique étrangère américaine. Le but est en 2015 d'obtenir un approvisionnement à la hauteur de 25% des importations pétrolières américaines. Cela explique la multiplication d'ONG intéressé sur cette région. Enfin, les pays émergents comme la Malaisie et la Chine ont un besoin d'énergie considérable et s'implantent désormais au Soudan, Angola, Gabon et Congo.

Enfin, l'enjeu principal pour les pays du golfe de Guinée est bien l'épineuse question du partage de la rente pétrolière et de son utilisation. Cela a une importance d'autant plus cruciale que ce sont des économies fragiles ayant peu de revenus hors le pétrole. Ce partage provoque immanquablement de la corruption (angola-gate, l'affaire Elf Aquitaine, l'affaire Shell) et suscite aussi bon nombre de guerre (guerre de brazzaville/Congo ). Les rivalités et les appétits aiguisés sont vives entre voisins et à l'intérieur des régions de chaque pays. Ainsi, les conflits frontaliers entre le Tchad-Libye, et le Tchad-Soudan. Dans le Golfe, cela se traduit par de violentes contestations des ZEE et des frontières maritimes au demeurant fort floues. Où passe la frontière fluviale séparant le Gabon et la Guinée ? De même le Nigéria a un fort contentieux avec Sao Tomé.

Le pétrole est donc une ressource indispensable pour chacun des pays qui ne peuvent s'en passer mais aussi un enjeu vital âprement disputé entre des pays aux économies faibles et où s'immiscent volontiers des états tiers.

Le développement par le biais du pétrole semble être voué à une certaine malédiction. Le pétrole, c'est 90% des exportations du Nigéria, de la Guinée, du Congo et fournit plus de 50 à 70% des ressources financières de ces Etats. Ce sont des économies peu diversifiés et donc très dépendant de l'or noir. Cela à donc des effets variables selon l'importance de la population. Redistribuer une rente pétrolière à une population gabonaise d'1,3 millions d'habitant n'est pas la même chose que de le faire pour une population nigérienne de 130 millions. Autre effet du pétrole, l'urbanisation rapide de ces pays dont les infrastructures et les bâtiments sont directement financés par la manne pétrolière. Cela attire et alimente un exode rural croissant mais aussi une forte immigration des pays alentours, mais cela permets de financer un réseau ferré et routier moderne malgré le captage opéré par la corruption qui volatilise une bonne partie de ces investissements.

Ces pays cherchent aussi à préparer l'avenir lorsque la ressource pétrolière sera moins abondante. Déjà, le Cameroun et le Gabon connaissent un fléchissement de leur production pétrolière. Dans les discours, les politiques sont très conscients du problème et cherchent à économiser la ressource tout en projetant des investissements pour préparer l'après pétrole (éducation, recherche, équipement, réserves ). Mais dans les faits, rien ne bouge vraiment. De plus, avec les prix actuels du marché où le baril se négocie entre 80-90$, la tentation de s'endetter est grande en levant des fonds frais basés sur la rente pétrolière afin de financer rapidement des dossiers urgents. Mais ce n'est qu'une conjoncture et ces dettes et intérêts hypothèquent d'autant l'avenir si la conjoncture se renverse. Surtout, la situation actuelle est particulièrement instable car les rivalités s'intensifient donc l'hyper dépendance avec les pays industrialisés s'accroît et ces derniers cherchent peu à peu à s'émanciper du tout pétrole.

Le cas du Nigéria

Le Nigéria est un exemple parfait pour alimenter notre propos. Ce pays c'est :

  • 130 à 140 millions d'habitant

  • 250 ethnies différentes réparties sur 923.000 km² dont les trois plus importantes sont les Haoussas, les Yorubas et les Ija. Un total de 400 langues différentes.

  • 36 Etats fédérés ; 774 gouvernements locaux 

  • 10° réserve pétrolière du monde ; 7° réserve mondiale de gaz.

Le pays connaît un clivage très fort Nord/Sud tant religieux que culturel et économique. Depuis l'arrivée de Shell en 1909, le pays n'a commencé sa production qu'en 1956 avec 50.000 barils/jours. Après la guerre civile (1990-1999), le pays développe les plates-formes pétrolières : 60% sont off shore, 40% home shore au niveau du Delta du Niger essentiellement. Mais le pays est instable avec une forte activité de rebelles ou d'indépendantistes qui attaquent de plus en plus souvent en vedettes rapides les plates formes situés à moins de 45km du rivage. De 1979 à 1983, la fin du gouvernement militaire permis à un gouvernement civil de se mettre en place. Avec l'euphorie, l'endettement devint énorme tandis que les finances s'effondrèrent suite aux contre-coup des chocs pétroliers. Aujourd'hui, le pétrole représente 80% des revenus de l'Etat. Le Gaz du pays est essentiellement associé au pétrole. Ce sont des puits trop petits donc non rentables. C'est pourquoi il n'est pas exploité et brûlé à la sortie du puit. Mais depuis peu, avec l'accroissement de la demande occidentale lié au GPL, la production tend à s'accroître. Le gaz fournit actuellement près de 10 milliards de $ mais le quart est prélevé par les compagnies.

Les principaux clients du Nigéria sont, par ordre d'importance :

  • Les E-U qui achètent plus de 50% de la production de pétrole

  • L'Europe pour 17% mais tend à voir sa part décliner

  • La Chine qui représente déjà 17% des achats

  • L'Amérique latine pour 8% .

Les ressources, qui représentent 80% des finances de l'Etat, est redistribué sur trois niveau : Etat fédéral, Etats fédérés et gouvernements locaux mais cela provoque des disputes annuelles acharnées. Mais il y a aussi des disputes entre les états fédérés car théoriquement chacun des 36 états à droit à une part égale de la rente mais chaque état peut aussi faire valoir la ‘dérivation' à savoir peut récupérer un pourcentage plus grand s'il produit plus que les autres. En somme, ce sont les régions non pétrolières qui se voient spolier de leur part capter par les régions pétrolières. D'où les conflits entre le Nord et le Sud pétrolier qui faillit aboutir à une scission et une guerre en 1960. On tend à résoudre les tensions en multipliant les gouvernements locaux et les Etats fédérés ( de 12 états en 1960 on en est à 36 en 2007 ) mais cette multiplication poussé à l'extrême complexifie encore plus la répartition de la rente. C'est devenu un pays ingérable et le pétrole a favorisé les forces centrifuges pour désagrégé peu à peu l'ensemble du pays.

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