RÉCHAUFFEMENT CLIMATIQUE
ET DÉVELOPPEMENT DURABLE

Patrice DE BEER

Éditorialiste, ancien correspondant du Monde à Washington

Article complet

Permettez-moi tout d’abord de remercier l’Académie des Sciences qui parraine cette table-ronde dans le cadre de « L’Année de la Planète » et qui a conclu cette année une convention avec le FIG signée par son secrétaire perpétuel, Jean Dercourt et par notre président fondateur Christian Pierret. L’Académie des Sciences vient d’ailleurs de publier un très informatif dossier intitulé « Evolution des climats » (N°21 de la Lettre de l’Académie des Sciences) et que je vous recommande.

Le thème qui nous réunit ce matin est « Développement durable et réchauffement climatique : les deux nouveaux paramètres ». Notre TR est organisée par Yvette Veyret ; y participent autour d’elle Sylvie Joussaume, Jean-Pierre Vigneau et Heinz Wanner.

Pour ceux qui auraient pu l’oublier, voici un CV pilulé de chacun de nos participants :
- Yvette Veyret, entre autres professeur à Paris X
- Sylvie Joussaume, directeur de recherches au CNRS, Laboratoire des Sciences du climat et de l’environnement,
- Jean-Pierre Vigneau, également professeur à Paris X,
- Heinz Wanner, prix Vautrin Lud 2006 et professeur à l’Université de Berne.

Nous avons l’habitude d’entendre parler de ces deux termes réchauffement climatique et développement durable que nous retrouvons souvent dans notre vie de tous les jours, parfois dans notre travail, pour ne pas parler des média. Ces
deux termes portent souvent à débat et sont parfois déclinés séparément. Nous les avons regroupés aujourd’hui en raison de leur interaction réciproque.

Notre vie moderne étant ce qu’elle est, et les média réagissant généralement à ce qui fait problème, voire au spectaculaire mais, je vous le demande, achèteriez-vous des journaux qui ne parleraient que de ce qui va bien et qui éviteraient sujets et personnalités médiatiques ?

et les questions d’environnement étant selon la manière dont on les perçoit à la mode ou d’actualité, il est normal que ces termes faire polémique aux yeux de certains.

Y compris jusque dans leur définition :

Prenons tout d’abord celui de développement durable. Celui-ci a été défini dans le Rapport Brundtland de 1987 comme « un développement qui répond aux besoins des générations du présent sans compromettre la capacité des générations futures de répondre aux leurs ». En d’autres termes, ce rapport préconise une gestion prudente, prospective, une gestion « de père de famille » dirait-on, des précieuses – et parfois rares - ressources de notre planète, afin que nous
puissions les léguer en l’état aux générations futures.

Le professeur d’économie Serge Latouche voit, au contraire, dans son ouvrage « Survivre au développement », le terme de développement durable comme une antinomie aussi absurde, impossible, écrit-il, qu’une « guerre propre » ou une «
mondialisation à visage humain » ; « il est comme l’enfer, pavé de bonnes intentions ». Cette ligne plus politique, certains diraient même idéologique, est relayée par le « Monde Diplomatique » comme l’exprime l’article de Jean-Marie Harribey, maître de conférences à Bordeaux IV, membre du conseil scientifique d’ATTAC, en 12/02, et dans lequel il voit dans ce terme « Une contradiction insurmontable »).

En ce qui concerne le réchauffement climatique, le concept même en a été régulièrement remis en cause par le président américain Bush, ainsi que par le physicien mais non climatologue et ancien ministre de la recherche, Claude Allègre alors qu’il est au contraire défendu avec vigueur depuis des années par l’ancien vice-président américain Al Gore vous avez sans doute vu son film « Une vérité qui dérange » ; sinon, profitez-en, il est encore projeté au FIG aujourd’hui, à 16 h et à 10 h 30. Al Gore est sincère, il n’y a aucun doute là dessus ; mais il n’est peut-être pas aussi exempt d’arrière-pensées politiques.

Par ailleurs, quand on se penche sur les modélisations proposées par le GIEC (Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat), les prévisions d’augmentation de température pour l’horizon 2100 varient entre 1,1° et 6,3° Celsius, soit une marge appréciable. Ce qui a poussé certains critiques à en contester la crédibilité. Nous y reviendrons dans notre débat.

Tout cela pour dire que le propos de cette table ronde n’est pas d’ajouter aux trop nombreuses polémiques - qui peuvent, hélas, parfois dégénérer en pugilats - aux généralisations parfois trop rapides, aux querelles de chapelle
universitaires, aux mouvements de menton des politiques, à certains excès de la part de militants d’un catastrophisme annoncé ou au fracas médiatique. Le FIG n’est pas fait pour ça.

Il s’agit pour nous d’aborder ces questions d’une manière scientifique et responsable. De voir si le réchauffement climatique est un phénomène général à notre planète aujourd’hui ou s’il s’y manifeste de manière différente ou à des
degrés divers. Et de souligner, comme devrait le faire Yvette Veyret, les incertitudes qui subsistent sur cette vaste question.

Il s’agit aussi de voir si le réchauffement climatique s’inscrit dans le temps court dans lequel nous vivons – et dans lequel nous avons souvent tendance à avoir une vision fixiste, polarisée sur le présent, alors que les phénomènes climatiques se déroulent sur des millions ou des dizaines de millions d’années ou bien s’il évolue dans le temps long et quelles peuvent en être les origines.

L’industrialisation à outrance et la pollution en sont sans doute une des causes majeures, mais sont-elles les seules ? Sinon comment expliquer les variations de climat dans le passé ? De tout cela nous discuteront aussi.

Quant au développement durable, il vaut sans doute mieux que des débats idéologiques alors qu’il y va, là aussi, de l’avenir des générations à venir.

Il est souvent trop facile de se laisser emporter par le spectaculaire, le militantisme, ou de jouer sur les émotions ; ce n’est pas non plus notre rôle ici.

Les scientifiques ne sont des scientifiques que lorsqu’ils restent des scientifiques. Si, par exemple et nous en discuterons sans doute Claude Allègre s’était montré aussi soucieux de la fiabilité de ses sources quand il s’en prend à ce qu’il considère comme les théories brumeuses du réchauffement climatique que lorsqu’il travaille dans son labo. Quand il a par exemple écrit dans « L’Express » les 21/9 et 5/10/06 que le réchauffement global n’était pas un phénomène essentiel et qu’il permettait surtout de ne rien faire.

Les politiciens ne sont des politiciens responsables que lorsqu’ils font de la Politique avec un grand « P ». Qu’ils s’appuient sur des données sérieuses, ne jouent pas avec les peurs des gens ou ne soutiennent pas des intérêts
particuliers, électoraux, industriels ou autres. Comme, par exemple, le président américain Bush, dont les liens avec le lobby pétrolier sont connus et qui s’est toujours opposé au protocole de Kyoto.

Et, enfin, les journalistes ne sont des journalistes responsables que lorsqu’ils restent de véritables journalistes. Et qu’ils s’efforcent d’apporter avec objectivité les éléments nécessaires à leur public pour qu’il se fasse lui-même son opinion, qu’ils lui donnent les clés pour déchiffrer un monde souvent difficile à déchiffrer.

Mais je suis en train d’empiéter sur le temps alloué à nos amis géographes, certainement plus compétents que moi, qui n’ai que la modeste ambition de lancer le débat. Je cède donc volontiers la parole à Yvette Veyret pour ouvrir notre discussion. Nous nous efforcerons de garder un peu de temps à la fin de ce débat pour vous permettre de poser vos questions. Soyez patients…

Merci Yvette Veyret. Nous allons maintenant aborder les 2 thèmes majeurs de notre TR.

1) Le premier touche à la mise en évidence du réchauffement climatique.

Quelle valeur accorder, par exemple, à la fonte des glaciers actuels auquel on peut assister, par exemple, dans les Alpes ou au Groenland ? Quelles leçons peut-on tirer du débat qui se poursuit sur ce sujet ? Je citerai par exemple la minimisation du phénomène auquel s’est livré Claude Allègre et qui s’oppose aux relevés qui nous proviennent des scientifiques coincés actuellement dans les glaces du Pôle Nord et dont vous avez certainement entendu parler.
Yvette Veyret, expliquez-nous tout d’abord ce qu’est le GIEC ?

Jean-Pierre Vigneau va maintenant nous parler des fluctuations climatiques au cours de l’histoire de notre planète. Puis Heinz Wanner nous parlera des fluctuations durant l’holocène, période qui a débuté après la dernière période de glaciation. Enfin, Sylvie Joussaume abordera la période plus récente. Puis nous ouvrirons le débat.

2) Notre 2e thème porte sur la fiabilité des modèles de prédiction.

Ou ne devrait-on plutôt pas dire de prévision ? Comment analyser les variations importantes qui les caractérisent et qui vont de 1 à 6 ? Sylvie Joussaume va lancer le débat sur la valeur de ces modèles. Puis le débat s’ouvrira avec les autres intervenants avant qu’Yvette Veyret nous parle des relations entre réchauffement climatique et développement durable, une question que vous vous posez certainement tous ici. Je demanderai aussi à Yvette Veyret si les politiques qui sont ou qui devraient être mises en œuvre pour limiter les effets du réchauffement climatique peuvent-elles avoir un impact – positif ou négatif – sur le développement durable ?

Pour conclure, Yvette Veyret, pouvez-vous tirer le bilan de ce débat ? Je crois que vous êtes en faveur de l’application, dans ce domaine, du principe de précaution. Mais vous avez peut-être aussi quelque chose à ajouter sur le rapport entre réchauffement climatique et développement durable ?

Patrice DE BEER

- Différence entre réchauffement climatique et effet de serre ?
- Al Gore a dit que « Nous devons résoudre la crise climatique. Il ne s’agit pas d’un problème politique mais d’un problème moral. Nous avons tout ce qu’il nous faut pour nous mettre au travail, sauf peut-être la volonté d’agir. Nous devons renouveler les ressources renouvelables ».
- Logement : Vous avez sans doute lu l’interview donné la semaine dernière dans « Le Monde » par l’architecte Françoise-Hélène Jourda qui s’en prend à ses collègues qui se désintéressent de ce problème – elle cite en particulier au
grand ponte de l’architecture française, Jean Nouvel. Dans cet entretien elle affirme, et je cite, que « le développement durable va révolutionner l’architecture ».
- Logement : « ARTE » mardi sur efforts pour lutter contre réchauffement climatique en se situant dans le cadre développement durable : 2 HLM de Karlsruhe remodelés pour réduire de + 50% facture énergétique (chauffage) en isolant et en remplaçant le gaz par des granulés de bois (neutre en terme d’émissions de CO2) + production d’électricité par chaudière à huile de colza (40% conso) ; évite rejet 260 t CO2 /an et réduit de 90 à 40€ la facture de chauffage par appartement. Cela vous paraît-il généralisable ? Et apporter une réponse valable/suffisante aux risques de réchauffement climatique ?
- Faut-il une véritable politique énergétique commune pour lutter contre effet de serre ? Pourquoi n’y en a-t-il pas une en dehors d’un catalogue de bonnes intentions ? L’objectif de 20% d’énergies renouvelables vous paraît-elle une
bonne/suffisante solution ?
- Le nucléaire : vraie ou fausse solution ?
- Impact nouveaux pays émergents, Chine, Inde, Brésil ? De quel droit pourrait-on les empêcher de faire ce que nous, pays développés, avons fait hier, i.e. de se doter d’une industrie lourde ? Je me souviens de ce que me disait en 1977 le PM du Vietnam : j’aime la pollution car elle signifie le développement ! C’est ainsi que, quand nous parlons écologie ou développement durable, on nous répond entraves à la libre concurrence et à l’export de nos produits, agricoles
ou industriels. Que peut-on faire pour convaincre ces pays de se préoccuper du réchauffement climatique ?

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