Enseigner la géographie avec la cartothèque de la Documentation française

Simone de Butler

IA-IPR à Strasbourg et de la rédactrice en chef de la Documentation photographique

Article complet

Une double entrée pour ce parcours pédagogique qui s'intitule « des cartes pour enseigner la géographie »

  • celles de la Documentation Photographique

  • et dans cette cartothèque les éléments pour l'étude de la géographie de l'énergie

Une double entrée également pour les ressources

  • celles de la Documentation Photographique qui constitue la source privilégiée d'information pour les enseignants en Histoire Géographie . Certains CDI ne sont pas abonnés, lorsque c'est le cas la réunion d'équipe à laquelle le documentaliste est convié permet de faire le point. On signale des désabonnements inquiétants en raison des frais et « d'arbitrages qui n'ont rien de pédagogique »

  • l'entrée par l'occurrence cartothèque place la documentation française en juxtaposition avec celle de l'école des Sciences politiques également bien connue des enseignants ; avec laquelle le partenariat s'est établi depuis novembre 2006

On ne peut donc que se réjouir de cette mutualisation de deux références familières des professeurs d'Histoire Géographie et du souci pour cette publication de coller à l'actualité des programmes tant sur le plan des outils que de la veille scientifique.

Pour des professeurs qui ne disposent pas toujours du temps nécessaire pour le faire, la rubrique, «le point sur»constitue une mise au point essentielle

S'agissant des cartes elles sont accessibles par les rubriques

  • Espaces

  • Thèmes

Pour l'occasion on peut explorer les thèmes «ressources, pétrole, hydrocarbures» ainsi que celui qui s'intitule « les risques naturels » On y trouve tout ce qui concerne « le mal d'énergies » et l'impact de leur utilisation sur le réchauffement climatique. Peut être que cette rubrique est d'ailleurs insuffisamment précise car elle comporte aussi bien les risques sismiques, tectoniques que les émissions de CO2 dans le monde en 2004.

L'avantage de cette cartothèque est double

  • Cartes déjà connues et utilisées dans la pratique pédagogique souvent reprises par les manuels

  • Légendes synthétiques dont on peut s'inspirer pour l'exercice du croquis de Géographie au Baccalauréat

  • On peut rappeler ici la triple finalité de la cartographie au lycée et de manière générale à l'école telle qu'elle est définie dans les documents d'accompagnement des programmes de Première
  • Aider au repérage et à la mémorisation des noms de lieux

  • Faciliter l'appropriation des connaissances sur l'organisation de l'espace par son caractère visuel et synthétique

  • Permettre à l'élève d'exprimer un raisonnement géographique lorsqu'il est placé en situation de produire lui-même des croquis ou des schémas

D'autres publications produisent des cartes très intéressantes le « Monde diplomatique » notamment Pour cette présentation on a eu recours également à « l'Atlas du dessous des cartes »

Le thème de l'énergie dans l'enseignement et des programmes a connu une évolution majeure

Tout d'abord il ne figure plus dans les programmes en tant que tel

  • le temps est loin ou on donnait à étudier le bilan énergétique national.

  • la différence entre énergie primaire et secondaire n'est plus d'actualité son remplacement par le binôme énergie fossile et renouvelable apparaît beaucoup plus signifiant.

  • la carte des équipements énergétiques nationaux, des centrales nucléaires dont certaines ont atteint la limite d'âge,n'est plus à l'ordre du jour

  • les échanges avec les pays frontaliers qui étaient évoqués dans le meilleur des cas sont aujourd'hui une donnée de base

C'est donc une carte des flux à l'échelle européenne reflet de l'interconnexion des réseaux qui rend le mieux compte de l'ouverture des marchés.

Le problème énergétique s'étudie aussi à l'échelle mondiale

  • faisant apparaître la fracture énergétique,

  • les impacts de l'utilisation différentielle de l'énergie pour la planète.

  • les liens avec les points nodaux des conflits, ce que l'atlas du dessous des cartes appelle la« géopolitique des tubes »

Le problème énergétique offre une occasion irremplaçable de faire de « l'EDD »toutes les composantes sont réunies

  • ,le développement qui respecte la dimension inter et intra générationnelle

  • le triple appui sur les piliers économiques écologiques et social unis dans un cercle vertueux tel que le rappellent Yvette Veyret et Gérard Granier dans l'introduction du N°8053 Développement durable .L'accompagnement des programmes EDD jette aussi des ponts avec les SVT , les sciences physiques, les SES

Trois exemples pris sur deux continents et le troisième à l'échelle planétaire permettent d'utiliser les propositions de la cartothèque

1 La confrontation des cartes « les bassins houillers de l'Europe de l'Ouest de 1750 à 1990 avec la carte des ressources et transport de gaz naturel en Europe en 2006 souligne une grande mutation. L'approvisionnement en énergie est devenu périphérique, russe, et extra européen

Sur la carte Sud Caucase, on mesure l'importance pour la Russie de cette ressource premier producteur mondial de gaz, 11,2% de la production mondiale de pétrole 13% pour l'Arabie Saoudite. Le problème de l'exportation est crucial dans la mesure où les ressources sont loin de tout.

L'enjeu est non seulement

  • Economique par le biais des exportations et la concurrence par rapport aux nouveaux producteurs

  • Diplomatique ,par un moyen de pression non militaire la Russie exerce son influence régionale et mondiale

  • Environnemental l'héritage d'une catastrophe majeure appelle à envisager l'exploitation des ressources avec infiniment plus de précautions. La Russie a ratifié le protocole de Kyoto fin 2004.

  • Enfin la distribution obéit à une réorganisation consécutive à la guerre de Tchétchénie

La carte permet de saisir toutes les composantes de ce réseau d'exportation avec les routes à destination de tous les clients existants et potentiels On voit l'utilisation qu'on peut en faire dans le thème du programme de Terminale L et ES consacré précisément à la recomposition du territoire russe

La route turque, de Bakou à Tbilissi puis Erzurum pour le gazoduc et Ceyhan pour l'oléoduc relie la mer Caspienne à la mer Méditerranée en évitant la mer Noire. Son l'équilibre écologique est menacé par la saturation du trafic et surtout les atteintes à l'environnement provoquées par des dégazages intempestifs. Notons que ce sont les compagnies américaines qui ont financé ces projets

Carte Sud Caucase oléoducs et gazoducs en 2004 L'enjeu est évidemment ici celui du contournement de la Tchétchénie afin de sécuriser l'approvisionnement et de retirer les dividendes du pétrole au pays en guerre. Il y donc un tracer Sud qu'on vient de voir tandis que les Russes ont une dérivation au Nord qui rejoint la petite façade de Novorossisk On remarque également un gazoduc sous marin qui relie les deux rives de la Mer Noire

Ce souci d'un accès direct au marché occidental est visible également sur deux branches de l'oléoduc de l'Amitié et notamment son débouché en Mer Adriatique

On note ici que la Russie et les Etats Unis se retrouvent alliés de fait

  • pour non seulement des raisons commerciales

  • mais aussi leur intérêt partagé à lutter je cite « contre le terrorisme et l'Islam »

Retour sur la carte « le Sud / Asie centrale Caucase »

On voit que la question se pose aussi du débouché du pétrole khazakh ainsi que du transit du pétrole russe par l'Ukraine. On se souvient de l'affaire du pompage illégal source de conflit entre les deux Etats.

La route russe constitue donc une alternative de l'approvisionnement de l'Europe par le contournement de l'Ukraine et la construction d'un gazoduc et oléoduc vers l'Allemagne via la Biélorussie et la Pologne

La route américaine qui ne figure pas sur la carte doit faire face à la disparition du débouché des ports baltes et de leur contournement. Une autre route est envisagée par les ports de Mourmansk et Arkhangelsk.

  • on profiterait de l'avantage d'un raccourcissement par la route polaire,

  • les Etats Unis y voient l'avantage d'une diversification des sources d'approvisionnement

  • le réchauffement climatique est censé faire le reste …(id pour la zone côtière au nord du Canada)

La route asiatique comporte en projet un gazoduc qui traverse la Mongolie et le Nord de la Chine devrait être prolongé par mer jusqu'à la Corée du Sud

Le pétrole acheminé par voie terrestre sur le territoire russe exclusivement est transbordé sur tanker à destination de la Corée du Japon de la Chine qui par ailleurs importe 50% de son pétrole du Moyen Orient par une route maritime de 10.000km

Les réserves sont considérables mais les coûts de la recherche et de l'exploitation le sont aussi. Ils ne peuvent être financés précisément que par les exportations.

2 Carte Production et exportation du pétrole dans le delta du Niger en 2004 extrait de la Doc Photo 8048 « l'Afrique dans la mondialisation »

et carte Principaux conflits des années 1990

L utilisation des cartes est possible en 5ème ,.en les traitant sous la forme d'un cas on répond à deux recommandations de la mise en œuvre du socle commun

« Connaissances » « comprendre l'unité et la complexité du monde »

« Capacités »comprendre à partir des études de cas comment se pose la question des rapports entre les sociétés et leurs territoires

On peut dès lors constater que l'Afrique

  • est partie prenante dans la mondialisation,

  • connaît des conflits de plus en plus liés aux ressources en pétrole qui donnent un autre relief aux problèmes de frontières famines et réfugiés

  • et soumise aux atteintes à la biodiversité au travers de cet exemple qu'on pourrait intituler « pétrole ou tortues »

Sur la côte de la Guinée Equatoriale et du Gabon correspondant sur la carte à «la zone d'exploitation offshore et terrestre» avec les réserves les plus prometteuses, viennent se reproduire cinq espèces de tortues parmi les huit espèces qui subsistent au monde.

Les menaces qui pèsent sur cette reproduction sont de différents ordres

  • Elles sont chassées pour leur chair et leurs carapaces et on imagine aisément l'utilisation touristique qu'on peut en faire

  • La ponte sur les plages est entravée par la présence des grumes d'okoumé et le sable prélevé pour la construction entraîne leur érosion

  • Sans parler du déballastage des pétroliers qui constitue une menace plus grave que les marées noires car plus permanente.

La question du développement se pose donc avec acuité dans cet exemple ainsi que le choix de perspectives à moyens ou à long terme. L'accompagnement des programmes en EDD place d'ailleurs l'ensemble du programme de géographie de 5ème dans cette perspective du développement durable

  • faut il miser en priorité sur la protection de la biodiversité et l'écotourisme ?

  • ou profiter de la rente pétrolière d'une énergie fossile dont la retombée pour les populations est plus que réduite ?

Le contentieux autour des réserves est non seulement territorial dans la zone de ponte des tortues mais également dans la zone offshore où de grandes compagnies pétrolières Gulf et Royal Dutch Shell pour le Gabon, Spanish Gulf Oil pour la Guinée sont impliquées.

Ce développement sur un temps court entre en concurrence avec le temps long de la préservation de l'environnement et la solution de l'écodéveloppement :

( Il se définit par gestion raisonnable des ressources et de la nature mais ne rejette pas la croissance qui doit être mise au service du progrès social.)

Dans le même temps cette riche zone de production peut se révéler être comparativement plus stable que le Moyen Orient….

3 Un dernier exemple à l'échelle planétaire est construit avec des cartes tirées du numéro 8053 « Développement durable » de 2006. Les programmes de Terminale « inégalités Nord Sud » se prêtent à cette confrontation Un des quatre thèmes du sommet de RIO celui du changement climatique s'adosse à la réflexion des bilans énergétiques L'enjeu environnemental dépasse les frontières et la difficile application du protocole de Kyoto appartient au premier thème du programme de Seconde.

Carte de la consommation énergétique dans le monde en 2004

S'agissant de la consommation d'énergie totale on voit que les Etats Unis consomment 22% du total pour 4,5% de la population mondiale suivis par l'UE 16% l'ex URSS 9,6% (seul pays dont la consommation baisse ). A l'inverse la consommation de la Chine 14,5% est en croissance exponentielle tandis que l'Inde représente 3,5% plus que toute l'Afrique 3%

Le bas prix du pétrole jusqu'en 2003 explique sa place importante dans le bilan énergétique mondial 36,7%, 23,5% pour le gaz, 27,8% pour le charbon 6% pour le nucléaire et l'hydroélectricité . Les prévisions montrent la stabilité de ce bilan énergétique d'ici 2030 La confrontation entre grands importateurs Etats Unis UE Japon d'une part et exportateurs Russie et Arabie Saoudite ramène à l'étude précédemment évoquée.


La consommation d'énergie par habitant souligne encore davantage cette différence de richesse et le mode de vie qui l'accompagne, le petit cartouche réunit les plus gros consommateurs qui sont tous de petits états utilisateurs d'énergie pour atténuer les ardeurs et les rigueurs du climat. Parmi les grands Etats les Etats Unis et le Canada ont une consommation deux fois supérieure(5,3 tep/hab/an) à celle de l'UE , Russie , tandis que les Etats du Sud ont une consommation encore bien modeste Bangla Desh 0,12 Chine 0,63 tep

La carte des émissions de CO2 en t par hab en 2004 corrobore en bonne logique la carte précédente

Le CO2 principal GES (gaz à effet de serre ) 60% est le résultat

  • de la production d'électricité combustion du charbon et des hydrocarbures 35%

  • des transports 25%

  • du secteur tertiaire et de l'habitat 25%

  • et finalement la part de l'industrie en tant que telle est assez réduite

On retrouve sur le cartouche les petits Etats à des valeurs très élevées si l'amplitude est importante rapportée par hab le classement est encore différent en chiffres absolus 5800Mt pour les Etats Unis contre 4732 Mt pour la Chine , 387 pour la France par exemple

La carte de la consommation de bois dans le monde en 2004 confrontée à celle de la désertification et de la déforestation en 2006 permet d'aborder de façon nuancée cet autre volet du traité de RIO. Ces deux phénomènes sont aussi dans l'accompagnement EDD des programmes de géographie ainsi que d'histoire dont le fil rouge est la forêt

La carte permet d'opposer un Sud consommateur de bois de feu chauffage ou cuisine (80% dans les pays africains, Inde Mexique Pakistan) au Nord consommateur à 80% de bois rond pour l'industrie du meuble du papier

Cette situation est assez figée puisque le commerce du bois ne représente que 6% du marché ce qui met à mal les propos alarmistes sur le pillage de la forêt tropicale pour la fabrication de meubles de jardin. En revanche la gestion de la forêt est bien différente

  • dans les pays du Sud elle ne fait guère l'objet d'un renouvellement des surfaces et se solde au contraire par des défrichements pour la production de bio éthanol au Brésil On voit bien qu'on se trouve devant une espèce de paradoxe à cet égard

  • dans les pays du Nord la forêt certifiée obéit à un cahier des charges pour la protection de la biodiversité et la replantation

Le parallèle avec la carte de la déforestation montre que la forêt tropicale est plus touchée par le phénomène. L'exploitation se fait par défrichement occasionnés par des incendies de forêts

  • entraînant dégagement de CO2 ,

  • atteinte à la biodiversité

  • érosion des sols

Il est intéressant de noter que la désertification dans « l'atlas du dessous des cartes » progresse davantage dans les zones semi arides celles qui seraient en jaune ici Donc pas par la propagation du désert directement. C'est ce qui est également souligné dans l'accompagnement EDD

Deux derniers documents portent sur le changement climatique en 2006 et le réchauffement climatique dans le monde projection 2050 2100 (carte très demandée à la reproduction)

Si la réalité d'une augmentation de la température moyenne mondiale de 1° est avérée depuis 1861 on voit qu'elle n'est pas tout à fait généralisée, il y aurait même des points de refroidissement .Cette augmentation est mise en parallèle avec la croissance du CO2 + 30% depuis la fin du XIX ème siècle.

En revanche le réchauffement polaire aurait les conséquences que l'on peut découvrir sur la carte(fonte des glaciers impacts sur la pêche) et de plus l'ouverture de nouvelles routes maritimes. Alors que l'Afrique et l'Amérique du Sud subiraient des dégâts à la fois comparables et différents on relève que le point commun entre les pays du Nord est celui d'un «capacité d'adaptation au changement climatique forte »

En conclusion

La médiation par les cartes, leur observation attentive et la réflexion qui accompagne l'élaboration de leur légende permettra d'y voir plus clair dans la complexité des questions environnementales.

Elle s'oppose à une « médiatisation qui peut être parfois simplificatrice, dramatisée et passéiste »(le point sur N° 8053. Dans ce cas elle dessert la cause du développement durable plus qu'il ne la valorise..

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