Le nouvel oléoduc Bakou-Tbilissi-Ceyhan :
Quels impacts pour la Turquie et l'Union Européenne ?

Stéphane DE TAPIA

Directeur de Recherche au CNRS Université Marc Bloch / CNRS - UMR 7043 « Cultures & Sociétés en Europe »
Café Géographique du vendredi 5 octobre 2007
Bar L'Entracte

Article complet

Stéphane de TAPIA

* Directeur de Recherche au CNRS

Université Marc Bloch / CNRS - UMR 7043 « Cultures & Sociétés en Europe »

MISHA- Maison Interuniversitaire des Sciences de l’Homme / Alsace)

Campus de l’Esplanade

5, allée du Général Rouvillois

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Tél. : 33 (0)3.88.41.63.32.

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* Chercheur Associé

Equipe MIGRINTER de l’UMR 6588 « Migrations Internationales, Territorialités, Identités »

http://www.mshs.univ-poitiers.fr/migrinter

* Chargé de Cours

Département d’Etudes Turques

Université Marc Bloch – BP 80010

F-67084 STRASBOURG Cedex

Tél. : 33 (0)3.88.41.73.99. – Fax : 33 (0)3.88.41.74.40.

e-mail : stephane.detapia@umb.u-strasbg.fr

http://turcologie.u-strasbg.fr/dets (recherche)

http://umb-foad.u-strasbg.fr/dokeos/index.php (enseignement: turc)




18ème Festival International de Géographie de Saint-Dié des Vosges - 2007


La planète en mal d’énergies. 4-7.102007.

Café Géographique du vendredi 5 octobre 2007

Bar L’Entracte




Le nouvel oléoduc Bakou-Tbilissi-Ceyhan :

Quels impacts pour la Turquie et l’Union Européenne ?,




Introduction


Le 13 juillet 2006, le terminal d’un nouvel oléoduc long de 1 768 km a été inauguré en présence des Présidents turc, Ahmet Sezer, géorgien, Mikhail Saakachvili, et azerbaïdjanais, Ilham Aliyev. Un quatrième invité a été remarqué, le Président kazakhstanais, Nursultan Nazarbayev, d’autant plus qu’il a proposé une extension du projet vers les champs pétrolifères du Kazakhstan caspien. L’oléoduc BTC « Bakou-Tbilissi-Ceyhan » est passé relativement inaperçu en France, alors qu’il a déjà été le « héros » indirect d’un film de James Bond (Pierce Brosnan, en compagnie de Sophie Marceau, dans le rôle de la « belle et méchante » milliardaire [azerbaïdjanaise ?]). Plus sérieusement, cet oléoduc désenclave le pétrole caspien (d’abord azerbaïdjanais, puis kazakhstanais), transite par les territoires géorgien et turc, aboutit enfin au port méditerranéen turc de Ceyhan (Yumurtalık) où il est chargé sur des pétroliers occidentaux. Le premier d’entre eux, le British Hawthorn, chargé le 4 juin 2006, fait la couverture du rapport d’activité 2005 de la société turque BOTAŞ, responsable de l’acheminement du gaz et du pétrole sur le territoire turc1.


Initié en 1994, décidé en 1999 lors d’un sommet de l’OSCE, largement soutenu par l’Administration américaine, ce projet a longtemps été l’objet de critiques, sinon de dérisions, dans nombre de pays européens, dont la France et l’Allemagne, pour des motifs allant de la défense des droits de la minorité kurde à celle des intérêts vitaux de l’Arménie (que le tracé semble éviter soigneusement), en passant par des considérations financières, technologiques ou écologiques. Traversant 300 agglomérations, 1500 cours d’eau et 14 failles sismiques dans un environnement très montagneux (Petit Caucase et Anatolie orientale), cet oléoduc qui a couté 4 milliards US$ (soit un surcoût de 30%) et rassemblé 22 000 travailleurs permettra l’exportation de 25 millions de tonnes d’hydrocarbures par an, puis 50 millions en cas de raccord avec le Kazakhstan, mais il devra aussi être en partie doublé par le BTE, un gazoduc reliant la Caspienne à la ville turque d’Erzurum, chantier qui empruntera le même tracé par Tbilissi.


Au-delà de la prouesse technique (plusieurs cols à plus de 2000 m. alt.) et de la relative rapidité de la construction (2001-2005), cet oléoduc viendrait compliquer une situation géostratégique des plus inextricables : Kurdistan, Karabagh, Tchétchénie, Abkhazie, Ossétie, Daghestan ne sont pas loin. Le tracé évite à dessein la Russie et l’Iran, contourne l’Arménie, mais aussi les régions kurdophones de Turquie (Paris 2005). Les retombées économiques, au-delà des taxes de transit dont bénéficieront Géorgie et Turquie, pourraient néanmoins être importantes puisque Tbilissi, Kars, Erzurum, Erzincan, Sivas, Adana se trouvent à proximité du tracé ou directement dotées de stations de pompage ; on parle déjà en Turquie de la construction de deux nouvelles raffinerie, l’une à Ceyhan et l’autre sur le port géorgien de Batumi. Si les quatre pays cités sont intéressés directement, quel est impact sur l’approvisionnement énergétique de l’Europe ? Quel rôle joue-t-il dans la politique énergétique européenne, d’autant que d’autres projets sont à l’étude ou déjà en construction, comme le gazoduc Bakou-Tbilissi-Erzurum ou le gazoduc Tabriz-Erzurum ? Quelle sera sa place dans les politiques européennes de développement des relations (TACIS, INOGATE, TRACECA…) avec l’Asie centrale ? Enfin, quel rôle pour la Turquie candidate à l’UE, alors qu’elle conforte sa position dans le désenclavement de l’Asie centrale et, accessoirement, de l’Iran ? Cette contribution veut éclairer plus particulièrement la situation spécifique de la Turquie, alors que son adhésion future à l’UE reste problématique.


Géographie et technique : un tracé très controversé mais logique


Rarement semble-t-il, tracé d’un ouvrage technique n’a soulevé autant de questions, de controverses et de débats passionnés ! Une interrogation rapide sur le réseau Internet affiche des commentaires nombreux, pratiquement tous hostiles, à ce qui est d’abord une opération technique certes d’envergure, mais en réalité assez habituelle tant dans les régions de production que dans celles de consommation, entre terminaux pétroliers, raffineries et centres de distribution. Seuls les sites liés, soit directement aux gouvernements des pays parties prenantes du chantier, soit aux entreprises d’exploitation des gisements et d’ingénierie chargés du chantier, donnent une vision positive du projet. Deux types de commentaires très tranchés sont donc face à face : un dénigrement systématique ou une présentation paradisiaque des retombées du « chantier du siècle »2. Il est alors intéressant de se pencher sur les aspects critiques qui ressortent de logiques en réalité très diverses. Même s’il n’est guère possible de faire une analyse détaillée de tous les sites, il reste néanmoins utile de donner quelques exemples.


Un passage plus systématique par la cartographie des espaces et des territoires traversés par l’oléoduc permet de saisir plusieurs faits géographiques :


  • Le tracé retenu évite clairement plusieurs régions instables (Abkhazie, Karabagh [Artsakh], « Kurdistan » turc) ou hostiles à l’un ou l’autre des gouvernements signataires (Arménie).

  • Le tracé emprunte la route terrestre entre le gisement d’Azeri-Chirag-Güneşli et le port turc de Ceyhan, promu au rang de terminal pétrolier (ce qu’il était en réalité déjà par le port de Yumurtalık et les installations du terminal de BOTAŞ).

  • Cette route passe par Gence, Tbilissi (capitale de la Géorgie), Borjomi, entre en Turquie à Ardahan, passe ensuite par Horasan, Erzurum, Erzincan, oblique au sud de Sivas par le massif d’Uzunyayla, Pınarbaşı, Göksun, passe dans le massif du Taurus pour aboutir à Ceyhan, sur la côte de Çukurova [Cilicie], à proximité des terminaux de Yumurtalık et Dörtyol, où BOTAŞ exploite les installations pour l’importation du gaz et du pétrole destinés à la consommation nationale.

  • Plusieurs stations de pompage sont établies en Turquie : Posof (sur la frontière géorgienne, près de la douane de Türközü), Erzurum, Erzincan, Altınyayla, ainsi qu’une station de réduction de pression au nord d’Adana.


Quelques remarques sur les conditions géographiques du transport dans les régions de transit :


  • Tout d’abord, le tracé suit le plus souvent les axes de transports terrestres, corridors routiers et ferroviaires les plus empruntés de la région : la RN 100 turque entre Sivas et Horasan (E80 dans la nomenclature européenne) ou l’axe Tbilissi-Bakou (M27 dans la nomenclature soviétique), via Ganca [ancienne Elizavetpol russe, mais vieille agglomération azerbaïdjanaise] en territoires géorgien et azerbaïdjanais. La RN 100 turque est également longée par la voie ferrée Ankara-Téhéran, ouverte dans les années 1970 sur des crédits du CENTO (jugée alors à forte valeur stratégique), versant oriental de l’OTAN avec l’objectif avoué de contenir les appétits soviétiques. Il est commun sur une partie de son développement avec le WREP (Western Route Export Pipeline : Bakou-Tbilissi-Batumi) et avec le futur gazoduc BTE (Bakou-Tbilissi-Erzurum, dit aussi South Caucasus Pipeline). Le choix de la concentration sur un corridor est clair.

  • Si de nombreux cols aux noms imagés (en turc) jalonnent le tracé ou se trouvent à proximité (Sakaltutan [Qui prend la barbe, 2180 m. alt.], Yağdonduran [Qui fait geler l’huile, 1750 m. alt.], Mazıkıranbeli [Qui casse les thuyas, 1435 m. alt.]), montrent que les conditions climatiques sont ici extrêmes, combien de caravaniers ou de chauffeurs routiers ne les ont-ils pas empruntés depuis des générations ? Sur les deux-tiers du tracé azerbaïdjanais, géorgien ou turc, la proximité des axes TIR (réservés au transit routier international), parfois en Turquie de la voie ferrée est évidente. Remarquons par ailleurs que les villes au pied de ces cols sont situées à des altitudes déjà élevées (entre 1200 et 1720 m. alt. pour Erzurum dont les quartiers les plus élevés dépassent la côte de 1950) et donc que les dénivelés sont parfois très relatifs.

  • De Sangaçal, terminal azerbaïdjanais, à Akhaltsikhe (région géorgienne de Meskhétie revendiquée par les nationalistes arméniens sous le nom de Djavakh)3, le couloir emprunté est celui de la rivière Kura, affluent du fleuve Araxe [Aras]. Il s’en détourne de Gori à Akhaltsikhe (en escaladant les montagnes de Trialet) pour éviter une région jugée trop à risques (sismiques, environnementaux comme politiques) par le gouvernement géorgien. En Turquie, entre Karakurt et Pasinler, l’oléoduc suit à nouveau un couloir naturel : la haute vallée de l’Araxe. D’Erzurum à Erzincan, après passage d’un petit col à peine marqué, il emprunte la haute vallée de l’Euphrate, ici nommé Karasu4. De fait, hormis les passages par le Petit Caucase (qui évite un coude de la Kura, mais passe par les cols géorgien de Tkhratskharo (2454 m. alt.) et turc d’Ilgardağı, 2540 m. alt.), sur le plateau d’Uzunyayla et à travers le Taurus, il s’agit bien des axes les plus « faciles » et les plus pratiques de la région : passer plus en biais, ou si l’on préfère plus directement, en territoire kurdophone turc aurait sans le moindre doute occasionné quelques centaines de millions de US$ supplémentaires, le cours de l’Euphrate est encore bien plus sinueux ! (en plus des potentialités, encore bien réelles aujourd’hui, de sabotage par des commandos du PKK, Parti des Travailleurs du Kurdistan). La question mérite d’être posée pour le territoire arménien, tout aussi accidenté que les territoires géorgien et turc, mais il aurait fallu que la crise du Karabagh soit définitivement réglée pour un éventuel passage par la vallée de l’Araxe qui, comme la Kura, passe effectivement de la Caspienne à la Turquie orientale, mais fait frontière entre Turquie et Arménie. Suivant le cours du fleuve, on aurait pu éviter une grande partie des passages de cols à haute altitude, mais en longeant sur une longue distance des frontières tendues (irano-azerbaïdjanaise, irano-arménienne, turco-arménienne).

  • Les points de contrôle turcs (stations de pompage) sont situés respectivement à 2340, 1720, 2028, 1595 m. alt., argument souvent invoqué par les opposants au projet. C’est oublier un peu vite que toute la région vit à ces altitudes : les cols turcs orientaux sont tous situés à des altitudes supérieures à 2000 m., mais les villes elles-mêmes se situent déjà très haut (Erzurum : 1720 m., Erzincan : 1200 m., Kars : 1758 m.). Nous sommes là dans les hautes vallées de l’Araxe et du Karasu, branche de l’Euphrate, mais aussi de la Kura qui, comme l’Araxe, se jette dans la Caspienne. Le climat y est continental, avec souvent un manteau neigeux de plus de trois mois consécutifs ; les températures y descendent souvent à -30 ° C. Plus au sud, dans les départements à majorité kurdophone (Muş, Bingöl, Tunceli…), les conditions climatiques sont au moins comparables et les tracés possibles guère plus avantageux (sinon moins encore) en termes techniques et financiers.


En d’autres termes, une rapide analyse géographique, appuyée sur une connaissance empirique d’une partie du tracé, montre que celui-ci n’est en aucun cas, ni le plus « pharaonique », ni totalement arbitraire, et que l’argument de l’évitement du Kurdistan ou de l’Arménie n’est pas réellement fondé en termes de géographie physique ou de géographie de la circulation. La question est dès lors décidément politique, mais dans les deux sens, celui des détracteurs comme celui des promoteurs.


Les promoteurs du projet BTC


Le programme BTC est souvent dénoncé comme projet américain visant à contourner le « partenaire » russe tout en minorisant l’influence européenne (en particulier celle de l’UE engagée dans le programme INOGATE) dans la région. De fait, le projet, financé à 30 % par la BERD et 70 % par la Banque Mondiale, a été confié à l’opérateur British Petroleum, un vieil habitué de la région Caucase-Moyen-Orient, mais sauf à penser que BP (30,1 % des parts) est un « agent » américain, on voit que les partenaires locaux – la Socar azerbaïdjanaise et la TPAO turque – ne sont pas absents (avec 31,53 % des parts) et que les Européens sont malgré tout présents avec l’ENI italienne et la française Total (10 %) face aux sociétés japonaises (5,9 %) et américaines (22,47 %, Tableau 1). En réalité, c’est plus dans l’exploitation des gisements désenclavés que les Européens interviennent (Tableau 2). Trois consortiums sont créés respectivement en 1995, 1996 et 1997 pour les gisements de Karabakh, Şah Deniz et Talış-Kurdaşı. Alors que la Russie intervient assez massivement sur le premier gisement, elle est nettement présente sur le second et absente sur le troisième. L’Italie est présente avec Agip, mais la France qui intervient sur l’oléoduc (Total : 5 %) et le second gisement (Elf : 10 %) peut être qualifiée de discrète et modeste quand on connaît ses succès sur d’autres marchés.


Tableau 1 : Actionnaires du projet BTC

Raison sociale

Pays

% participation

British Petroleum

Grande-Bretagne

30,1

SOCAR

Azerbaïdjan

25

UNOCAL

USA

8,9

Statoil

USA

8,71

TPAO

Turquie

6,53

ENI

Italie

5

Itochu

Japon

3,4

Inpex

Japon

2,5

Conoco Phillips

USA

2,5

Total

France

5

Amerada Hess

USA

2,36

Source : RIA-Novosti 26.05.2005 ; Minassian (2007 : 115).


Tableau 2 : Composition des consortiums pour les gisements de la Caspienne en Azerbaïdjan

2.1. Exploitation du gisement caspien de Karabakh

Raison sociale

Pays

% participation

PennzOil

USA

30

LukOil

Russie

7,5

AGIP

Italie

5

SOCAR

Azerbaïdjan

7,5

LukAgip*

Joint venture / financement croisé

50

(*) Née de l’association LukOil et AGIP ; Source : Minassian (2007 : 115).

2.2. Exploitation du gisement caspien de Şah Deniz

Raison sociale

Pays

% participation

BP

Grande-Bretagne

25

Statoil

USA

25

TPAO

Turquie

10

SOCAR

Azerbaïdjan

10

Elf

France

10

LukOil

Russie

10

Source : Minassian (2007 :115).

2.3. Exploitation du gisement caspien de Talış et Kurdaşı

Raison sociale

Pays

% participation

Amoco

USA

30

Unocal

USA

25,5

Delta

Arabie saoudite

4,5

Itochu

Japon

20

Socar

Azerbaïdjan

20

Source : Minassian (2007 : 116)


Les retombées économiques attendues pour la Turquie


Le tracé retenu passe non loin de deux capitales d’états (Bakou et Tbilissi), de cinq chefs-lieux de départements turcs (Ardahan, Erzurum, Erzincan, Sivas, Kars, Ceyhan) et aboutit dans une région déjà équipée de grandes installations industrielles (terminal pétrolier et gazier BOTAŞ de Yumurtalık et sur la rive opposée du golfe d’Alexandrette [İskenderun], terminal pétrolier de Dörtyol au débouché des oléoducs venant d’Irak, sidérurgie İsdemir à İskenderun).


La première retombée économique sera bien évidemment celles des taxes de transit versées par le consortium à la Géorgie et à la Turquie. De l’ordre de 300 à 500 millions US$ pour la Turquie, elles sont à la fois intéressantes et de peu d’importance pour une balance des paiements qui mise bien plus sur les revenus des exportations, du tourisme international, loin devant les remises des migrants ou les profits du transport international (TIR), la Turquie étant un pays de transit vers l’Irak ou l’Iran.


Les retombées les plus intéressantes pourraient être celles qui seraient liées à la construction de deux raffineries de Batumi et Ceyhan, puis aux services de maintenance de l’équipement. Au-delà de deux grands chantiers industriels et des emplois induits, cela permettrait à la Géorgie et à la Turquie de disposer de revenus supplémentaires par l’exportation de produits raffinés et dérivés tout en alimentant la consommation locale de carburants et produits chimiques (pétrochimie). Des informations allant dans le sens de tels projets existent, mais sans conséquences visibles dans l’immédiat. La Géorgie, dont la raffinerie de Batumi est ancienne et de petite capacité (l’installation initiale date des Rothschild) en a sans doute un besoin plus pressant, mais la facture pétrolière (brut et raffiné), payée généralement en US$, grève lourdement les deux budgets à l’importation. Si les capacités turques de raffinage (30 millions de tonnes) et de production (25 millions de tonnes) sont déjà importantes, les importations le sont tout autant (25 Mt, bientôt 30 Mt de pétrole brut). La Turquie dispose de plusieurs raffineries (İzmit, Aliağa, Kırıkkale, Mersin aujourd’hui fermée, Batman), d’un complexe pétrochimique (Yarımca), de zones industrielles chimiques (Dilovası, İzmit, İstanbul, İzmir…), parfois déjà alimentées par les conduites partant de Ceyhan (importations de pétrole arabe, de gaz nigérian ou algérien). D’autres projets sont parfois cités, comme celui de LukOil à Zonguldak.


Les retombées sociales : cache-misère ou réelle intégration sociale ?


Si l’on en croît les publicités publiées par certains journaux turcs, ces retombées seraient localement importantes. Le chantier par lui-même aurait généré 22 000 emplois et 110 millions d’heures de travail (confirmé par Minassian 2007 : 115), ce qui est considérable, mais ne nous dit pas toujours qui en a directement bénéficié, cadres et travailleurs étrangers expatriés ou leurs collègues locaux, azerbaïdjanais, géorgiens ou turcs. Les bases-vie du chantier ont probablement drainé des retombées induites (restauration, loisirs…), mais probablement pas tant que cela localement si l’on prend en compte la localisation de ces bases, parfois dans des hautes vallées difficiles d’accès. L’un des sites mis en place par le consortium dirigé par BP (http://caspiandevelopmentandexport.com) cite les chiffres suivants quant aux retombées économiques directes : le nombre d’emplois a pu cumuler à 10 000 lors du chantier de construction tandis que BP a employé (ou emploiera) de 1350 à 1850 personnes en permanence (cadres, techniciens, formateurs, sécurité, maintenance…), dont 80 % de personnels nationaux recrutés (Azerbaïdjanais, Géorgiens, Turcs) parmi lesquels 60 % de qualifiés. Les dépenses courantes (salaires, maintenance) devraient atteindre 200 à 300 millions US$ annuels pour les trois pays et ainsi bénéficier aux économies locales.


Le consortium, par ailleurs, sur des pleines pages du quotidien turc Cumhuriyet ou de ses suppléments Strateji et Enerji ve Yaşam met en avant, carte synthétique à l’appui, les mesures d’accompagnement suivantes :


  • Un programme d’investissement social sur la jeunesse (activités culturelles et artistiques) à Geben-Değirmendere-Tahirbey, dans la région de Kahraman Maraş.

  • La coopérative féminine de production, culturelle et environnementale d’Erkadın faisant partie d’un programme plus vaste entre Erzincan et Gümüşhane.


Ces mesures auraient mobilisé 12 millions US$, dixit la même publicité, pour des programmes sociaux et environnementaux de développement durable. De fait, une association turque a bénéficié des sollicitudes du consortium et le met en exergue dans ses rapports d’activité (http://tggd.org.tr). L’Association de Développement social et d’Entrepreneuriat (Toplumsal Gelişim ve Girişim Derneği) décrit ainsi les différentes opérations citées supra (dont cours de formation initiale et professionnelle, activités artistiques mettant en valeur culture populaire et patrimoine local) et détaille les produits des coopératives vendus au public sur Internet : bijoux fantaisie, accessoires de mode, souvenirs et articles touristiques… En fait des opérations sans doute intéressantes mais qui semblent marginales dans le développement rapide de l’économie turque et les contradictions et cassures socioéconomiques que ce développement génère, surtout en zone rurale


Il est vrai que n’ayant pas travaillé directement sur le terrain, il m’est difficile de me faire une opinion plus sérieuse sur les impacts économiques et sociaux. Avis aux géographes de l’aménagement et du développement !, il y a là sans doute un excellent sujet de recherche. On remarquera simplement que le tracé du BTC en Turquie passe par deux gigantesques plans d’aménagement et de développement mis en œuvre par l’Administration turque, l’un déjà connu, GAP (Güneydoğu Anadolu Projesi – Great Anatolian Project) qui consiste en l’équipement des bassins-versant des fleuves Euphrate et Tigre à fin d’irrigation, production hydroélectrique et aménagement régional, l’autre, DAP (Doğu Anadolu Projesi – Projet de l’Anatolie orientale) portant sur la région des fleuves Araxe, Kura, Çoruh et le haut bassin de l’Euphrate, avec des objectifs similaires. L’impact du programme BTC est en réalité très marginal, sinon inexistant, dans ces plans de développement dont la préparation initiale est antérieure au démarrage du projet5.


La question écologique


Le tracé décrit ci-dessus a clairement l’avantage de détourner un fort trafic du Bosphore. Pour qui connaît la région d’Istanbul, cela semble être une sage décision. Aurait-on l’idée saugrenue de faire passer des supertankers sur le cours de la Seine, au cœur de Paris, ou celui du Rhin, passant par les agglomérations ? Les riverains de la Seine, du Rhin ou du Rhône confrontés aux pollutions accidentelles ou délictueuses depuis plusieurs générations (couloir de la chimie, région bâloise) comprendront…


Par contre, le tracé effleure ou coupe trois sites uniques : la réserve culturelle de Gobustan (Azerbaïdjan, nouvellement classée patrimoine UNESCO : nombreuses gravures rupestres préhistoriques), la forêt primaire de Tetritskaro et le parc national de Borjomi connu pour ses sources minérales (Géorgie). De fait, si un tel équipement est programmé avec toutes les précautions nécessaires, le risque zéro n’existe pas. Les conduites remontant les vallées du Rhône ou du Rhin, les oléoducs sibériens ou alaskans, ne connaissent certes pas les mêmes risques, mais ceux-ci ne sont jamais nuls. L’oléoduc de l’Alaska a fait l’objet de vives critiques, mais n’a pas connu d’accident catastrophique (contrairement au transport maritime !). On ne peut en dire autant des oléoducs sibériens, où les cas de pollutions graves se sont multipliés du fait de la vétusté des matériels et du manque d’investissement durant des années. Tout repose donc ici sur les capacités des autorités locales à contrôler efficacement entretien et maintenance par des sociétés de droit privé, pas nécessairement internationales… et de la relation équilibrée qui se sera créée entre BP, constructeur et exploitant, et les autorités des trois pays traversés. Faire a priori un procès d’intention préalable aux trois pays (qui ne sont pas vierges en matière d’installations industrielles) ne relèverait-il pas d’une sorte de paternalisme ou d’une certaine mauvaise foi ? Remarquons que les mêmes arguments sont développés par les écologistes européens à propos des barrages dans les vallées de l’Euphrate et du Tigre sur fond de crise kurde. Dans un cas comme dans l’autre, en Turquie probablement plus qu’en Géorgie ou en Azerbaïdjan, plus préoccupés par la stabilisation de nouveaux états indépendants, les écologistes locaux commencent à véritablement exercer leurs critiques, amenant une prise de conscience de l’opinion publique relayée par les médias.


Comme plus haut, le consortium affiche des opérations liées à la sensibilisation et à la conservation du patrimoine naturel, regroupées dans un Programme d’Investissement Environnemental. Plusieurs opérations sont listées :


  • projet de recherches sur le phoque méditerranéen, espèce en voie de disparition,

  • projet de découverte de la tortue de mer, avec relevé de 213 nids et pose d’émetteurs radio-satellite pour suivre les déplacements des animaux ; la tortue Caretta caretta est déjà sévèrement menacée par les activités touristiques,

  • programme de sensibilisation des enfants à l’environnement (http://www.akilliadimlar.com),

  • inscription de 372 sites archéologiques découverts à l’occasion des travaux et inscrits à l’inventaire du ministère de la Culture et du Tourisme ?


Plusieurs documents mis en ligne montrent que la question environnementale n’a pas été éludée : l’oléoduc traverse plusieurs réserves naturelles ou sites protégés (Posof, Sarıkamış, lac d’Ulaş près de Sivas…, Tr.), un futur parc national en cours de classement (Gobustan, Az.), plusieurs parcs naturels déjà constitués (Borjomi-Kharagauli, Ktsia-Tabatskuri, Geo.)6. Des études d’impact ont été réalisées, des crédits débloqués (2 525 000 US$ entre 2003 et 2005), des mesures proposées (déviations pour les zones sensibles, utilisation de tracés existants comme les drailles de transhumance ou les chemins forestiers, reboisements en espèces locales protégées et classées, réintroduction d’espèces animales, évitement de zones de reproduction et de nidification pour les oiseaux, reptiles – tortues –, amphibiens). Il n’y a, a priori, aucun procès d’intention à faire, mais on pourra néanmoins se poser la question de l’effectivité de telles mesures dans trois pays où les autorités n’ont pas toujours la possibilité de faire appliquer la loi dans son ensemble (surpâturage, braconnage, coupes sauvages de bois – bien que l’administration turque des Forêts, par exemple, soit généralement considérée comme un agent sérieux et compétent –, corruption d’agents de la fonction publique assez mal rémunérés dans l’ensemble dans des économies en pleine mutation, Turquie comprise). Toujours est-il que les études d’impact ont bien pris en compte tous les aspects de bouleversements potentiels du tracé dans les régions traversés, mais que cela ne rassure pas pour autant les défenseurs de l’environnement.


Autre aspect écologique et non des moindres : le tracé suit sur quelques centaines de kilomètres la faille nord-anatolienne (entre Zara et Horasan) qui sépare plaques eurasiatique et arabique, puis anatolienne. Entre Erzincan et Erzurum, déjà touchées par des séismes meurtriers, on peut même parler d’un nœud de jonction entre les trois plaques. La majorité des plus de 100 000 victimes de séismes qu’a comptés la Turquie depuis 1923 a été relevée dans ces régions de Turquie orientale. On peut remarquer par ailleurs que les principaux ouvrages hydroélectriques du programme GAP (Keban, Karakaya et Atatürk) se situent un peu plus au sud, eux aussi dans une région fortement sismique, cependant moins sensible que le tracé de la faille nord-anatolienne. On peut espérer, là aussi, que le consortium constructeur de l’oléoduc a véritablement pris les mesures nécessaires pour empêcher les ruptures de conduite et les éventuelles explosions en cas de séismes importants qui se produiront nécessairement un jour ou l’autre7.


La question géopolitique


Elle a été évoquée plus haut, mais elle doit être analysée plus à fond. Clairement la Turquie cherche activement à se placer comme pont incontournable dans l’approvisionnement de l’Europe en hydrocarbures. Ce scénario n’a d’intérêt que dans le développement attendu de l’extraction pétrolière et gazière en Asie centrale et sur les espaces adjacents (Caspienne, nord de l’Afghanistan). Il peut aussi aider l’Iran à contourner les obstacles américains. On retrouve ici le nouveau Great Game mis en exergue par les médias (ex : Le Monde, Le Monde Diplomatique)8, où sont aux prises intérêts locaux (Azerbaïdjan, Ouzbékistan, Kazakhstan, Turkménistan producteurs), régionaux (Turquie, Pakistan, Iran et Afghanistan également producteurs, confirmé pour l’un, en devenir pour l’autre), internationaux (Russie, USA, UE, Inde, Japon, Corée du sud…). « Nouveau » Great Game par opposition à l’ancien, celui de Rudyard Kipling, où Britanniques et Russes s’opposaient pour le contrôle des mers chaudes exemptes de glaces hivernales. Ce grand jeu met parfois aux prises de façon discrète et sourde des alliés dont les intérêts peuvent diverger assez sérieusement. L’oléoduc BTC, plus largement le désenclavement des bassins caspien et aralien, appartient à ces divergences d’intérêt comme le nucléaire iranien. Globalement tous membres de l’OTAN, Américains et pays membres de l’UE s’opposent souvent pour des intérêts économiques majeurs sans jamais en arriver à une rupture. Très soutenu par l’Administration américaine, construit par une société privée britannique, le BTC devrait satisfaire les Européens qui peuvent ainsi partiellement se dégager du contrôle russe sur le transport des hydrocarbures sibériens et centrasiatiques. On sait comment la Russie se sert de cette arme pour influer sur les politiques caucasiennes, ukrainienne ou biélorusse, quand ce n’est pas polonaise ou allemande.




Tableau 3 : Etat des réseaux turcs de conduites (oléoducs et gazoducs)

Nom

Tracé

Longueur (dont Turquie)

Type

Usage


Baiji-Yumurtalık

Kirkouk- Yumurtalık

986 (641)

890 (656)

Oléoduc (70,9 Mt)

Exportation irakienne


Ceyhan-Kırıkkale

448

Oléoduc (5 Mt)

Intérieur, raffinerie de Kırıkkale


Batman-Dörtyol

511

Oléoduc (3,5 Mt)

Intérieur, production locale


Şelmo-Batman

42

Oléoduc (0,5 Mt)

Intérieur, production locale, raffinerie de Batman

BTC

Bakou-Tbilissi-Ceyhan

1776 (1076)

Oléoduc

Exportation azerbaïdjanaise

Blue stream

Russie-Samsun

(sous-marin)

842

Gazoduc

Importation de gaz russe pour desserte intérieure


Malkoçlar (front. Bulgare)-Ankara

842

Gazoduc

Importation de gaz russe pour desserte intérieure


Bursa-Çan

208

Gazoduc



Çan- Çanakkale

107

Gazoduc


Doğu Anadolu

Bazargan-Erzurum-Sivas-Kayseri-Ankara

1490

Gazoduc

Importation de gaz iranien pour desserte intérieure


Karacabey-İzmir

241

Gazoduc


Blue stream

Samsun-Ankara

507

Gazoduc

Importation de gaz russe pour desserte intérieure

Güney Anadolu

Sivas-Malatya-K.Maraş-G.Antep-Osmaniye-Adana-Mersin

716

Gazoduc

Importation de gaz iranien pour desserte intérieure


Konya-Nazilli

621

Gazoduc


botas

Source : BOTAŞ 2005 Yıllık Raporu, http://www.botas.gov.tr





Et pour l’Union européenne ?


L’UE n’est pas complètement absente de la région sud-caucasienne : elle aura versé plus de 1 milliard € à partir de 1992 pour les projets dénommés TRACECA, INOGATE, TACIS. Ces trois programmes pourraient avoir des conséquences positives importantes, sous condition de les soutenir plus activement.


  • Crée en 1993, TRACECA (TRAnsport Corridor Europe Caucasus Asia) désigne un programme d’aide européenne à la modernisation et à la promotion du développement de l’axe terrestre ouest-est reliant l’Europe occidentale à la Chine, via Caucase et Asie centrale. Doublant l’axe russe du Transsibérien par le sud, ce corridor aurait l’intérêt de diminuer distance et coût du transport entre la Chine émergente et l’Europe tout en désenclavant les pays traversés. Gaël Raballand (2003) remarque que près de la moitié des programmes de réhabilitation ont touché les républiques centrasiatiques (rénovation des terminaux rail-ferry d’Aktau, Bakou et Türkmenbaşı, ex. Krasnovodsk, du port de Türkmenbaşı, réhabilitation des nœuds ferroviaires et routiers de Shymkent, Aktau et Bichkek… On peut y ajouter reconstruction de ponts ferroviaires et routiers à la frontière azerbaïdjano-géorgienne, centres de conditionnement du coton en Ouzbékistan… décrits dans les fiches disponibles sur le site de TRACECA (http://www.traceca.org). Le pont euro-asiatique étant dès l’abord conçu comme une liaison Allemagne-Pologne-Ukraine-Géorgie-Caspienne-Asie centrale (avec la modernisation des ports de la mer Noire et de la Caspienne), la Turquie n’a pu s’y raccorder que tardivement, alors que les principaux usagers du corridor étaient pourtant les transporteurs privés turcs, déjà présents de l’Europe occidentale à la Grande Muraille !

  • Créé en 1997, INOGATE (INterstate Oil and GAs Transport to Europe) a pour objets rénovation et modernisation des systèmes régionaux de transport de pétrole et de gaz comme la recherche des moyens de désenclavement des gisements entre Caspienne et Europe (voir cartes 2a et 2b).

  • Créé en décembre 1991, repris en 1999, TACIS (Technical Assistance to the Commonwealth of Independent States) se veut être un programme plus politique, cherchant l’amélioration et la démocratisation des conditions politiques de développement des pays de l’Est partenaires économiques de l’UE. Ce programme vise à favoriser la transition vers l’économie de marché et à renforcer la démocratie de l’Etat de droit dans les pays d’Europe orientale et d’Asie centrale. Composés de « programmes indicatifs » et de « programme d’actions », le plan TACIS cherche entre autres à aider aux réformes institutionnelles, juridiques et administratives, mais aussi à créer un secteur économique privé compétitif (aides au développement, privatisations, accès aux normes internationales…). Le développement des réseaux d’infrastructures (tous modes de transport, dont oléoducs-gazoducs, infrastructures frontalières…) est également inclus dans l’idée de base que l’économie privée entraîne la démocratisation de facto des sociétés (libéralisme économique = démocratisation politique)9.


Ces programmes de développement multilatéraux et fédératifs sont complétés par plusieurs programmes bilatéraux ou plus localisés qui auront tous comme conséquence le renforcement du rôle de pont de la Turquie, parallèlement à celui de l’Ukraine, autre alternative reconnue par de nombreux accords européens avec Kiev. Les acteurs que l’on cherche à éviter (mais sans trop insister parce que les enjeux financiers sont énormes, tout comme les enjeux politiques) sont clairement la Russie et l’Iran. Chacun des pays cherchera donc à garder ouvertes toutes les possibilités de coopération, quitte à le proclamer bien haut (le multilatéralisme érigé en principe par le président kazakhstanais Nursultan Nazarbayev). La Turquie dispose donc ici d’atouts importants, mais sans qu’ils soient uniques ou « réservés » : Turquie, Russie, Ukraine, Iran (voire Pakistan par la route afghane), peuvent prétendre au rôle de porte de désenclavement des hydrocarbures de la Caspienne et de l’Asie centrale… et la Chine ne se prive pas d’y revendiquer un rôle actif desservant ses propres intérêts (oléoduc Kazakhstan-Xinjiang vers les économies chinoise, japonaise et coréenne, voir carte 4).


Pour en revenir au cas turc dans le contexte spécifiquement européen, un détour par les rapports d’activité de BOTAŞ (2005) est instructif. Les projets internationaux avancés montrent la claire volonté de renforcer la plaque tournante anatolienne en utilisant les installations déjà existantes, comme à Erzurum qui sera non seulement étape technique du BTC mais aussi terminal du BTE parallèle (Bakou-Tbilissi-Erzurum). Erzurum est également terminal d’un gazoduc turco-iranien Tabriz-Erzurum. La ville située au cœur de l’Anatolie orientale, encore largement sous-développée, mais QG d’une armée turque veillant sur les frontières de l’ex. URSS et de l’Iran, devient ainsi un carrefour stratégique d’oléoducs et de gazoducs à vocations internes et internationales. Quatre autres projets d’envergure sont à l’étude avec l’objectif tout aussi clair de jouer ce rôle de plaque tournante (voir carte 5) :


  • le gazoduc Turquie-Grèce raccordera le réseau turc entre Karacabey (près de Bursa) et le réseau grec à Soufflion.

  • Un projet de gazoduc doit relier le gisement égyptien d’El Arish à la région d’Antakya (proximité immédiate des terminaux de Dötyyol et Yumurtalık où se concentrent les arrivées des pétroles irakiens et caspiens, plus les importations d’Algérie et du Nigéria), en desservant au passage Jordanie, Syrie et Territoires Palestiniens.

  • Un projet de renforcement des conduites existant déjà (souvent sabotées par les activistes irakiens !) par un gazoduc joignant le sud de l’Irak (Bassora) et Ceyhan, décidément appelé à devenir un port d’exportation de produits énergétiques fossiles de premier plan.

  • Un projet de gazoduc Turquie-Italie est à l’étude via la Grèce et le passage sous-marin par la mer Adriatique, avec répartition du volume entre Grèce et Italie.

  • Enfin, le grand projet NABUCCO reliera la ville frontalière d’Edirne au terminal autrichien de Baumgarten (qui reçoit le gaz russe) par la Bulgarie, la Roumanie et la Hongrie.


Tableau 4 : Les projets annoncés, en cours de réalisation ou à l’étude

Nom

Tracé

Longueur (dont Turquie)

Type

Echéance prévue

BTE

Bakou-Tbilissi-Erzurum


Gazoduc

2006

Turquie- Grèce (INOGATE)

Karacabey-Şarköy-Soufflion

300 (209)

gazoduc

2006

Egypte-Turquie

El Arish-Aqaba-Rehab-Rayan-Antakya

1200

gazoduc

2007-2008 (phase 1 : Syrie-Turquie)

Turquie-Italie (INOGATE)

via Grèce et Adriatique

À l’étude

Gazoduc

A l’étude (accords signés)

Irak-Turquie

Sud-Irak, nord-Irak, Ceyhan

A l’étude

Gazoduc

A l’étude (accords signés)

NABUCCO

Edirne-Sofia-Budapest-Baumgarten

Tracés à l’étude

gazoduc

2010 à 2020 (accords signés)

Transcaspien

Turkménistan - Turquie

Tracés à l’étude

Oléoduc-gazoduc

Variantes possibles par nord Kazakhstan – sud Russie ou Iran

Source : BOTAŞ 2005 Yıllık Raporu, http://www.botas.gov.tr

grand jeu

Grand jeu autour du pétrole et du gaz

Source : Le Monde diplomatique, juin 2207. Avec l’aimable autorisation de son auteur Philippe Rekacewicz








Conclusion


Le programme BTC, décrié avec une rare et étonnante violence par nombre d’observateurs étrangers, a été clairement supporté par l’Administration américaine, plus discrètement par les pétroliers et les autorités européennes ; il a vu le jour courant 2006 et fonctionne normalement. S’il s’agit certes d’un projet important, ce n’est aucunement le projet pharaonique décrit et critiqué. Les projets sino-kazakhstanais vers la Chine ou transcaspiens et certains projets européens comme NABUCCO sont autrement plus ambitieux, peut-être moins difficiles concernant le passage des reliefs, mais au moins aussi longs et posant tout autant de questions écologiques (passages sous l’Adriatique, la Caspienne, passage dans les Balkans, dans des zones beaucoup plus urbanisées…). Il appartient à toute la série de projets et programmes visant à diversifier clientèles (pour les producteurs) et fournisseurs (pour les usagers) que prône l’Europe, en évitant des passages pour l’instant obligés comme la Russie, à la fois pays de production et de transit (INOGATE, TRACECA, NABUCCO), en évitant aussi quelques acteurs jugés peu fiables comme l’Iran islamique et pour l’instant Afghanistan et Pakistan. L’Iran serait pourtant le partenaire le plus pratique pour le désenclavement des gisements kazakhstanais, turkmènes, ouzbeks et afghans.


Vu de Turquie comme d’Azerbaïdjan et de Géorgie, le tracé retenu semble bien être géographiquement le plus judicieux, suivant les cours de la Kura, de l’Araxe et du Karasu-Euphrate le plus souvent possible. Le transit par l’Arménie et les régions kurdophones de Turquie est évité, autant pour ces raisons techniques que pour des raisons politiques, les contentieux arméno-azerbaïdjanais, arméno-géorgien et arméno-turc étant loin d’un règlement évidemment souhaitable pour toutes les parties, mais peu probable dans l’immédiat. Le transit est évité, au moins partiellement sur le Bosphore ; il n’en reste pas moins important et divers accidents maritimes en mer Noire et à l’entrée du Bosphore rappellent que rien n’est réglé. Il est d’ailleurs fort possible qu’un oléoduc soit construit entre Burgas, port bulgare, et Alexandroupoli, port grec, pour éviter le passage par la Turquie : l’accord trilatéral Russie-Bulgarie-Grèce a été signé en 2007. Pour la Géorgie et la Turquie, comme le montre la carte des réseaux BOTAŞ, rien n’empêche à terme les dérivations et les raccords et donc une industrialisation induite ; Erzurum, Ceyhan ou Batumi sont manifestement appelées à jouer des rôles croissants dans les trafics internationaux d’hydrocarbures, comme Bakou ou Atyrau.






Bibliographie



Note : une part notable est faite ici aux écrits en turc, plus rarement en azéri ; le lecteur francophone ne pourra probablement pas s’y reporter (à moins de pratiquer le turc, ce qui est malgré tout le cas de quelques dizaines de milliers de Français d’origine turque, et donc de quelques historiens et géographes formés en France, pour certains enseignants en collège et lycée : nos premiers collègues historiens-géographes issus de l’immigration turque), mais cela aura le mérite de montrer qu’il existe une vaste littérature sur ce sujet en turc et pas seulement en français, anglais ou allemand.



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Principaux sites Internet consultés


1 La date de mise en service de l’oléoduc sur le terminal de Sangachal (Azerbaïdjan) date du 25 mai 2005.

2 Est-il vraiment utile de souligner que ce n’est là qu’un « chantier du siècle » parmi bien d’autres ? Les autres projets à l’étude ou en cours d’achèvement en Asie centrale sont tout aussi ambitieux par leur longueur et leur capacité. Traversant des régions désertiques ou montagneuses, souvent en équilibre politique instable, ils posent au moins autant de questions géopolitiques et souvent écologiques que le BTC.

3 Sur cette question peu connue, quelques références en français, anglais et turc : ASLAN Kıyas, 1995, Ahıska Türkleri [Les Turcs de Méskhétie], Ankara, Ahıska Türkleri Kültür ve Dayanışma Derneği, 87 p. + annexes ; KHAZANOV Anatoly M., 1992, Meskhetian Turks in Search of self-Identity, Central Asian Survey, vol. 11, n° 4, 1-16 ; MAMIASHVILI Fati, 2006, Géorgie : le rapatriement des Méskhets chassés par Staline fait peur, Le Courrier du Caucase, 24.10.2006, http://caucase.couriers.info/article0090.html, 11 p. ; SEZGİN Mahmut N., AĞACAN Kâmil, 2003, Dünden Bugüne Ahıska Türkleri Sorunu [Le problème des Turcs de Méskhétie d’hier à aujourd’hui], Ankara, Avrasya-Bir Vakfı, Avrasya Stratejik Araştırmaları Merkezi (Ankara Çalışmaları, n° 14, 51 p.

4 Le petit col en question est situé à plus de 2200 m. alt., mais en réalité les agglomérations étant déjà à plus de 1600 (Pasinler 1660 m. alt., Erzurum, de 1750 à 1920 m.) et les montées très progressives, ce col est plus aisément franchissable que les cols de Saverne (410 m.) ou de Saales (551 m.) entre Strasbourg et Saint-Dié-des- Vosges !

5 Il y est toutefois question de l’apport de gaz iranien et turkmène pour moderniser la fourniture d’énergie.

6 http://www.ifc.org/ifcext/btc.nsf/, divers documents téléchargeables, dont « BTC Project and IFC Safeguard Policies OP 4.04 Natural Habitats and OPN 11.03 Cultural Property » et « BTC_Response_30Oct03.pdf » réfutant point par point les critiques des ONG sur le tracé de l’oléoduc.

7 Nous n’avons pas pu consulter de documents précis traitant de cet aspect. Ils existent certainement, comme dans le cas des ponts établis sur le Bosphore qui intègrent les risques de séismes de magnitude 8 sur l’échelle de Richter. Les documents édités par l’IFC assurent que la question a bien été prise en compte.

8 Par exemple, Le Monde, Dossiers et Documents n° 314 de novembre 2002, intitulé Asie centrale : le nouveau « Grand Jeu ».

9 http://europa.eu/scadplus/leg/fr/lab/r17003.htm parmi les nombreux sites faisant référence au programme TACIS.

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