RÉDUIRE NOTRE CONSOMMATION D'ÉNERGIE,
UN ENJEU D'AVENIR

Annick DOUGUEDROIT

Climatologue
Professeur émérite à l'Université de Provence (Aix en Provence), France
Présidente de la Commission de climatologie de l'UGI

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L'avenir de l'humanité à la surface de la planète dépend de sa consommation, actuelle et future, d'énergie car cette dernière est à l'origine de l'augmentation de la température inévitable pendant ce siècle et même pendant les suivants. La température moyenne mondiale s'élève rapidement depuis les années 70 du 20ème siècle: de l'ordre de 0.7°C, et même plus, en règle générale, sur les continents. Une figure projetée pendant la conférence illustrera cette affirmation. D'ailleurs l'ensemble de cette conférence sera illustrée par des figures qui ne sont pas reproduites dans ce texte.

Et l'emploi des modèles climatiques a montré qu'il s'agit d'un phénomène non point d'origine naturelle (variations de la radiation solaire...) mais causé par les activités humaines (transports, chauffages, usines ...) qui produisent et relâchent dans l'atmosphère des quantités croissantes de gaz à effet de serre (GES) variés (IPCC, 2007).

Les perspectives d'augmentation des températures ont déjà et vont avoir de plus en plus des conséquences sur tous les aspects de notre vie sensibles aux conditions climatiques: environnement, conditions de confort et de santé, activités diverses, y compris économiques...

Qui n'a pas entendu parler de l'apparition d'epèces nouvelles? Comme l'algue venue de l'Océan indien en Méditerranée par le Canal de Suez. Il s'agit toujours, du moins dans notre hémisphère, de déplacements suivant le réchauffement vers le nord. Ce que l'on appelle les « aires », c'est-à-dire les surfaces occupées par les espèces végétales ou animales glissent en direction du pôle. Et ce glissement n'est pas mince dans un certain nombre de cas; ainsi les planctons présents dans le Golfe de Gascogne au milieu du siècle dernier se retrouvent actuellement dans la Mer du Nord (soit une dizaine de degrés de latitude plus au nord), ainsi d'ailleurs que des poissons dont ils sont la nourriture.

La « canicule de 2003 » demeure dans toutes les mémoires, à cause de son caractère exceptionnel du au niveau élevé de la température estivale et surtout du nombre très importants de décès, en particulier en France. Les trois étés suivants furent également chauds, certes moins chauds mais surtout sans conséquence aussi dramatiques, des conclusions connues depuis longtemps des climatologues et des médecins spécialistes ayant été enfin remarquées et tirées de façon générale sur les précautions à prendre dans notre pays lors de vagues de chaleur. Celui de 2007 n'est pas de la même veine certes. Voilà bien un exemple de la « variabilité climatique », des écarts possibles entre les températures des étés successifs mais au sein desquels, soyons sans illusion, les chauds devraient être de plus en plus nombreux au cours de ce siècle.

En ce qui concerne les activités sensibles au climat, il n'y a hélas que l'embarras du choix. Tout à l'heure certains se sont peut-être étonnés qu'à propos de l'environnement je n'ai pas parlé des glaciers. J'y viens maintenant ici pour tenir compte de leurs conséquences. Les glaciers de montagne reculent à vive allure partout dans leur quasi totalité. Les rivières qu'ils alimentent fournissent ce qu'on appelle les « ressources en eau » c'est-à-dire l'eau utilisée pour tous les besoins individuels, agricoles (l'irrigation en particulier), industriels, l'électricité hydraulique... La fonte des glaciers leur assurait un maximum de débit en été, ce qui correspond actuellement à un maximum de besoins en eau. Or la diminution de ces glaciers provoque maintenant une avancée du maximum des débits au printemps d'où de nouveaux problèmes d'adaptation des ressources en eau en période estivale, en région méditérannéene en particulier.

Dans cette même région les vagues de chaleur estivales, celle de 2003 étant susceptible de représenter un cas moyen à la fin du siècle, seront susceptibles d'atténuer le confort humain actuel et de poser des questions au tourisme estival. En revanche la hausse de la température hivernale à l'origine d'un manteau neigeux moins épais et de plus courte durée posera des problèmes croissants aux stations de ski alpines de moyenne montagne.

Les « phénomènes extrêmes », cyclones, fortes pluies (en Europe du Nord par ex.) entraînant des inondations et les dégâts associés devraient augmenter en nombre et en intensité, ce qui signifie des risques accrus dans les zones inondables dont beaucoup ont été récemment transformées en zones construites.

La situation sera bien plus dramatique dans les pays sahéliens par exemple. La diminution des pluies s'y combine avec une forte hausse de la population laissant augurer une baisse drastique des disponibilités individuelles en eau, au-dessous de 1700m3/personne/an, seuil du minimum vital, pour des dizaines de millions (voir une ou deux centaines) d'Africains alors que la productivité agricole aurait plutôt tendance à diminuer dans ces mêmes régions en développement du fait de leur localisation entre les tropiques.

Et la combinaison du relèvement du niveau de la mer causé par le réchauffement et de la tendance à la concentration de la population sur les littoraux (certains experts parlent de 80% de la population mondiale) rend au plus haut point vulnérables toutes les côtes basses (deltas etc.). Là aussi des dizaines de millions de personnes seront concernées, voir obligées de se déplacer (les « réfugiés climatiques »), ce qui a déjà commencé pour les habitants de certaines iles basses en Asie.

Ainsi sommes-nous tous concernés, pour des raisons différentes selon notre localisation géographique. Le boulversement de certaines de nos conditions de vie nous obligera à des adaptations dans notre vie de tous les jours ou de vacances, dans nos activités, y compris professionnelles pour un certain nombre d'entre nous. De telles adaptations pourront être très rudes, allant jusqu'à des migrations obligatoires, pour des centaines de millions d'individus ayant la malchance de se trouver dans des régions particulièrement sensibles aux effets du réchauffement climatique.

Le réchauffement climatique à l'origine de toutes ces modifications, déjà actuelles ou à venir, de toutes nos sociétés sur l'ensemble du globe a débuté dans les années 1970. Il est causé par l'augmentation de la quantité de gaz à effet de serre (GES) dans l'atmosphère due aux activités humaines. Et le CO2 avec une place majoritaire dans l'accroissement accéléré des GES durant ces dernières décennies, possède des molécules qui ont une durée de vie supérieure à 100 ans, ce qui nous place tous, pour la fin du 21ème siècle, face au caractère inéluctable d'un réchauffement. Et l'ampleur de ce réchauffement est lié à la quantité de GES envoyés dans l'atmosphère dès maintenant et tout au long de ce siècle: plus grande sera leur quantité, plus élevé sera le réchauffement et plus importantes ses conséquences. L'ampleur de ce réchauffement dépend bien de nous tous, de nos décisions, individuelles et collectives, actuelles et à venir.

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