Globes virtuels ou SIG éducatifs :
quoi de neuf pour l'enseignement de la géographie ?

d'après les résultats d'enquête et d'expérimentation réalisés par l'INRP (équipe EducTice)

Sylvain GENEVOIS

Chargé d'études et de recherche - INRP

Yvan CARLOT

Formateur - IUFM de Lyon

Résumé Article complet

Introduction

Depuis septembre 2005, l'Institut National de Recherche Pédagogique (INRP) s'est doté d'un Observatoire des Pratiques Géomatiques pour réfléchir aux usages et aux enjeux de la géomatique dans l'enseignement secondaire. Cet Observatoire poursuit deux missions complémentaires : l'observation des usages (tels qu'ils existent déjà dans le cadre scolaire) et l'expérimentation de nouveaux outils et de nouvelles pratiques, qui donnent lieu à de nouveaux usages dans une perspective d'innovation pédagogique

Au premier trimestre 2007, l'Observatoire a mené une enquête nationale auprès de 862 enseignants d'histoire-géographie et de sciences de la vie et de la Terre pour connaître les usages des outils géomatiques en classe. Les premiers résultats de cette enquête permettent de noter des évolutions intéressantes dans les types d'outils et leurs usages pédagogiques. Les « globes virtuels » (Google Earth, Worldwind, Virtual Earth…) et autres Géoportail(s), grand public ou éducatif, ont fait leur entrée dans les classes, reléguant l'atlas ou la mappemonde scolaire au rang d'objets muséographiques. Par rapport aux Systèmes d'Information Géographique déjà présents de façon ponctuelle à l'école, qu'apportent ces nouveaux outils géomatiques ?

Cette interrogation transparaît dans les réflexions de certains collègues géographes. Dans une interview du Café pédagogique de juin 2007 portant sur l'intégration des TICE, Marc Lohez fait l'analyse suivante :

« Des outils intuitifs, multi-usages, gratuits et offrant un agrément d'utilisation extraordinaire par le coté esthétique vont..... tuer les TICE traditionnelles avec leurs usines à gaz. En tout cas pour les SIG scolaire, c'est l'enterrement de première classe garanti : le multicouche, c'est bien fatigant. Quant à la pédagogie, il y a fort à parier que l'alliance de Google Earth et du vidéoprojecteur  va assurer le retour en force ou le triomphe du cours magistral, puisqu'ils permettent avant tout au professeur de "faire son show", même si, on l'a vu, d'autres usages sont possibles ».

Ce type d'analyse renvoie aux questions de fond suivantes :

- Du fait de leur apparente simplicité de prise en main,  ces « globes virtuels » vont-ils évincer les SIG dans la classe de géographie, avant même que ces derniers aient eu le temps de se généraliser ?

- Les usages sociaux des outils géomatiques (GPS, logiciels de calcul d'itinéraire, globes virtuels ou autres outils de cartographie numérique sur Internet) sont-ils susceptibles de faire évoluer l'enseignement de la géographie scolaire ?

- Enfin les « globes virtuels » vont-ils réduire les innovations pédagogiques possibles avec les TICE ?

Nous ne répondrons pas à toutes ces questions qui mériteraient en tant que telles des études plus approfondies. Mais cette conférence vise à placer les premiers jalons d'une réflexion sur les usages pédagogiques de ces nouveaux outils. Selon nous, il ne faut pas opposer de façon schématique outils géomatiques grand public et SIG éducatifs : tout instrument TIC passe en effet par des phases plus ou moins longues de test, d'adaptation et d'appropriation par les utilisateurs ; ceci est particulièrement vrai dans un contexte éducatif. Ce processus de « scolarisation » progressive et différenciée favorise certains outils plutôt que d'autres, a fortiori lorsqu'il s'agit d'outils issus de la recherche pédagogique. Nous commencerons donc par un état des usages à partir de l'enquête nationale INRP, en montrant comment les pratiques sociales peuvent avoir des conséquences importantes sur les usages pédagogiques : il est probable que les pratiques privées sont un puissant facteur d'évolution des pratiques professionnelles des enseignants.

Après avoir observé les usages en cours de diffusion dans les classes de géographie, nous envisagerons la construction de pratiques scolaires à travers différentes expérimentations pédagogiques, réalisées dans le cadre de l'Observatoire des Pratiques Géomatiques de l'INRP ; nous pensons en effet qu'il faut distinguer « usages » et « pratiques ». Au risque de rappeler une évidence, dans le domaine des TICE les usages pédagogiques se construisent, ils ne sont pas et ne peuvent être la simple transposition de pratiques sociales.

  1. Un état des usages à partir de l'enquête nationale INRP

Rappelons d'abord quelques biais inhérents à tout type d'enquête statistique sur les usages : il s'agit de pratiques déclarées, et non d'observations directes de pratiques pédagogiques en classe. Surtout ce sont des enseignants déjà motivés qui répondent par Internet. C'est donc un public sensibilisé aux TICE ou concerné par l'usage des outils géomatiques. Les résultats ne peuvent être interprétés comme émanant d'un échantillon représentant significativement les enseignants d'histoire-géographie et de SVT. Néanmoins, les résultats donnent une idée des outils utilisés, des contextes d'utilisation, des objectifs, donc des pratiques et des freins à la généralisation des usages ainsi que des attentes des enseignants (voir rapport de recherche sur cette enquête disponible en ligne sur le site Eductice de l'INRP). La pénétration des « globes virtuels » est très forte : 90% des 862 enseignants interrogés en histoire-géographie et en SVT ont déjà consulté Google Earth/Map, 41% à titre privé, 49% avec leurs élèves. Le taux de consultation est de 75% pour le Géoportail et 29% pour Worldwind. Même si ces résultats sont à nuancer, ces chiffres interpellent par leur importance. 93% des enseignants ont déjà consulté un site ou un logiciel de calcul d'itinéraire (du type Mappy, Via Michelin, Route 66, Autoroute Express…) ; 26% des enseignants utilisent un GPS (pour la route, la randonnée ou la navigation marine) ; 18% ont recours personnellement à des logiciels d'orientation spécifiques.

Un autre résultat significatif : près de 80% des enseignants déclarent avoir l'intention d'utiliser ces sites en classe dans les mois qui viennent. Cela correspond certainement à un effet de mode, mais cette explication n'est pas suffisante : la plupart des enseignants sont convaincus que ces nouveaux outils de géovisualisation présentent un réel intérêt pédagogique et didactique pour l'enseignement de leur discipline. Pourtant ils ne sont que 21% à utiliser des Systèmes d'Information Géographique en ligne ou hors ligne, dont 12% à titre privé et seulement 9% avec leurs élèves. La proportion est un peu plus forte en histoire-géographie qu'en SVT : 15% des enseignants contre 9%. Si l'on compare à l'enquête sur les pratiques cartographiques menée en 2003 par le Café pédagogique et l'association des Clionautes, les SIG représentaient moins de 5% des enseignants d'histoire-géographie, contre 25% en 2007. Il est probable que ce dernier chiffre soit un peu excessif, du fait que notre échantillon n'est pas tout-à-fait représentatif ; il y a en tout cas un décrochement significatif entre l'usage massif des globes virtuels et l'usage plus restreint des SIG, qui continue à augmenter mais selon un rythme beaucoup plus lent.

Au delà du type d'outils se pose aussi la question des types d'utilisations. En effet c'est dans l'usage que se révèlent les intentions pédagogiques :

- 84% des enseignants utilisent des cartes ou des images numériques construites par d'autres, pour une simple visualisation. Ce chiffre témoigne que l'usage de la carte est encore essentiellement illustratif (surtout si l'on considère que 76% des enseignants déclarent utiliser ces outils avec un vidéoprojecteur).

- L'image 3D arrive en force : 57% en histoire-géographie et 74% en SVT. Il reste à s'interroger sur ce que la 3D apporte de plus : mis à part pour la lecture de paysage (et encore), il s'agit souvent de recréer inconsciemment une forme de « réalisme » (Audigier, 1993). Pour de nombreux usagers, la carte numérique conserve un aspect utilitaire : 63% l'utilisent pour calculer des itinéraires, 49% pour faire des mesures. La fonction principale de la carte reste la localisation, mais elle n'est pas perçue comme incitation au raisonnement géographique.

- 45% des enseignants produisent leurs propres cartes sur ordinateur, 65% en histoire- géographie, 24% en SVT. Les fonctions d'édition restent donc en retrait par rapport aux fonctions de visualisation. D'autre part, 27% intègrent des données à leurs cartes numériques (34% en histoire-géographie, 19% en SVT). Il resterait à déterminer pourquoi : parmi les facteurs explicatifs, il y a la forte proportion d'enseignants de formation historienne, le manque de formation initiale en cartographie et le fait que cela demande du temps pour saisir ses propres données (recherche de données statistiques sur Internet, recueil de données sur le terrain…). Le chiffre de 45% révèle cependant que nombre d'historiens se sont mis à la cartographie numérique : on peut même faire l'hypothèse que certains d'entre eux arrivent à la géographie et motivent leurs élèves par ces nouveaux outils.

- Une minorité d'enseignants utilisent des fonctions de traitement ou d'interrogation : 21% le traitement statistique (35% en histoire-géographie, 6% en SVT), 26% le croisement de couches d'information, 24% savent caler des informations sur une carte avec ses coordonnées géographiques, le taux tombe à 12% en ce qui concerne les fonctions avancées du type requêtes spatiales ou attributaires. Il reste donc encore un long chemin pour passer de la visualisation au traitement de l'information géographique et à l'analyse spatiale.

On peut donc distinguer trois niveaux d'usages : visualisation, traitement (simple ou complexe) et édition/création de données. Ces trois « niveaux » ne sont pas hiérarchiques et encore moins exclusifs. Tel utilisateur qui se limite au départ à de la géovisualisation ne se limitera pas au premier niveau et aura très vite envie d'ajouter des données adaptées à ses besoins pédagogiques. De ce fait, il cherche implicitement à renforcer la véracité de son discours, surtout s'il s'agit d'une forme de cours magistral. Ou bien il cherche à initier ses élèves à la complexité du réel, à travers le traitement d'informations multi-couche et multi-scalaire, surtout si cela s'effectue sur un mode d'apprentissage par exploration et en autonomie. Quant au caractère non-exclusif, il faut rappeler que, du point de vue de la géomatique, il y a trois opérations qui sont intrinsèquement liées : l'acquisition, le traitement et la visualisation d'informations. La visualisation n'est pas en soi une étape de départ ou d'arrivée ; elle intervient à tous les niveaux de la chaîne de traitement géomatique. En revanche, l'usage actuel des globes virtuels a tendance à s'appuyer sur une forme de « pensée visuelle » (visual thinking), où la découverte par l'image l'emporte sur le traitement de données.

Parmi les objectifs affichés, arrivent en tête le renouvellement des pratiques (98%), la motivation des élèves (96%), leur autonomie (86%) : autant d'objectifs généraux souvent avancés pour l'usage des TICE, mais qui n'ont rien de spécifique par rapport à l'usage des outils géomatiques. Pourtant l'enquête touchant un public déjà sensibilisé, on peut s'interroger sur la place de la géomatique dans la discipline scolaire : au vu des résultats de l'enquête, le développement des compétences informatiques (52% en histoire-géographie) est perçu comme un objectif moins prioritaire que le développement des compétences disciplinaires (63%). Il semble que l'apprentissage des outils géomatiques - comme des outils TIC en général – n'apparaît pas pour les enseignants comme du domaine de compétence prioritaire de l'école, mais plutôt du ressort de l'usage social et professionnel. Tout se passe comme si l'Ecole n'avait pas à former à ces nouveaux outils qui pourtant se généralisent dans la société et dans de nombreux métiers, sans que l'utilisateur soit toujours conscient des atouts et des limites de ces outils (Cf. l'accident du car polonais en juillet 2007 dans la descente de Laffray est révélateur de l'usage non maîtrisé du GPS, inadapté aux poids-lourds et aux autocars).

Les écarts entre les usages en classe et entre les usages privés apparaissent nettement :

- seulement 10% des enseignants utilisent un GPS avec leurs élèves pour le travail de terrain (17% en SVT, 3% en HG)

- 17% des sites ou logiciels de calcul d'itinéraire (22% en HG, 11% en SVT)

- 14% des logiciels d'orientation (17% en SVT, 11% en HG)

- 23% des logiciels de traitement d'image (31% en SVT, 15% en HG)

Ces chiffres laissent penser qu'il y a bien une contamination des pratiques sociales sur les usages pédagogiques, mais que ce transfert reste très limité.

Ce décalage renvoie également à une autre contradiction dans le domaine éducatif : comment développer des compétences disciplinaires avec l'outil géomatique, sans la maîtrise des compétences informatiques ? (Joliveau, 2006). L'apparente simplicité des globes virtuels semble faire oublier que l'usager doit être un minimum familiarisé avec des notions de géomatique (en particulier le géoréférencement, le multicouche, l'image 3D…). Notre position n'est pas de savoir si la maîtrise de l'outil informatique est préalable ou si elle s'acquiert en chemin. Nous insistons seulement sur le fait qu'il faut connaître ce qu'il y a derrière ces outils pour en avoir un meilleur usage pédagogique.

Le problème est le même si l'on regarde la maîtrise « technique » des cartes : en effet l'enquête révèle l'importance accordée aux compétences cartographiques (59%). On s'aperçoit donc que la carte conserve son statut de « marqueur de l'identité de la discipline » (Grataloup, 1998). Mais s'agissant de cartes numériques réalisées par ordinateur et affichées à l'écran, leur statut change du fait de leur mode d'acquisition, de traitement et de visualisation. C'est l'une des raisons qui peut expliquer les usages pédagogiques assez restreints en classe.

Parmi les hypothèses, on retrouve les freins habituels liés à l'usage des TICE à l'école, mais aussi le fait qu'il faut du temps pour construire des usages stabilisés. Reste à déterminer la part de ces nouveaux outils cartographiques dans l'image de la discipline, dans l'image du professeur et même dans les représentations des élèves.

  1. De l'expérimentation à la construction de nouvelles pratiques scolaires

L'effet de mode des globes virtuels ne doit pas masquer le fait qu'une nouvelle mode technologique n'induit pas obligatoirement une évolution des pratiques pédagogiques. Pour nous, la conception d'applications et la mise en place de démarches s'effectue dans les usages. Le rôle des expérimentations est de permettre de tester ces démarches d'innovation. Il s'agit de construire des outils didactiques favorisant le raisonnement géographique, la démarche d'investigation et la résolution de problèmes. Le but est d'échapper au monde virtuel à « portée de clic », où le savoir géographique serait au « bout du regard » et où il suffirait d'observer la Terre à travers son double numérique à l'écran pour en avoir une représentation mentale. Sur les dérives possibles des globes virtuels, et en particulier l'effet de réel et la « preuve par l'image » induits par Google Earth, nous renvoyons à l'analyse proposée dans l'article de Mappemonde (Genevois 2007).

Afin d'échapper à cette prégnance de l'apparente facilité d'usage des globes virtuels, les expérimentations conduites au sein de l'Observatoire de l'INRP ont lieu sur différents types d'outils (globes virtuels, mais aussi SIG en ligne ou hors ligne). Elles concernent les différents niveaux, de la visualisation jusqu'au traitement de l'information. Des expérimentations ont lieu en classe de quatrième et de première, mais c'est la classe de seconde qui se prête le mieux à ce type d'expérimentation, du fait des thèmes et de l'approche du programme.

Les différents outils utilisés dans les expérimentations ont été pour l'année 2006-2007 Google Earth et la plate-forme SIG en ligne Géowebexplorer. L'objectif n'est pas de nier l'intérêt de tel ou tel outil, mais de voir comment on passe de l'usage d'outils grand public à des pratiques pédagogiques, qui prennent en compte les attentes de l'institution et celles de la discipline scolaire. Il s'agit de dégager les enjeux en terme de nouveaux modes d'apprentissage et d'éducation au regard géographique.

Les études de cas proposées sur la plate-forme SIG portent sur la gestion des risques (cyclone Katrina), sur l'eau et l'aménagement (Schéma d'Aménagement et de Gestion des Eaux de la basse rivière d'Ain), sur les dynamiques urbaines (agglomération de Lyon), sur les enjeux touristiques (pratiques touristiques dans le pays d'Arles et la Camargue), sur des projets d'infrastructures (liaison ferroviaire Lyon-Turin), sur l'évolution politique de la Loire au XIXe siècle (SIG géohistorique). Le choix a été de travailler directement avec des enseignants de terrain et de construire des études de cas en lien avec les programmes, tout en renouvelant la façon de faire de la géographie à l'école. Les expérimentations n'ont pas vocation à rester des expériences de laboratoire, mais plutôt à valider de nouvelles démarches à partir de situations de classe réelles.

Deux exemples d'expérimentation

Exemple 1 : Jeu de rôle : discuter un projet d'aménagement local avec Google Earth

(Caroline Jouneau-Sion – collège de Raisme – Académie de Lille)

On peut partir de cette expérimentation conduite par l'une des professeurs associés à l'INRP (et Clionaute bien connue !), Caroline Jouneau-Sion. Cette enseignante d'histoire-géographie a choisi de construire un jeu de rôle avec ses élèves de quatrième sur un projet d'aménagement local (la boucle d'essais ferroviaires à grande vitesse du Valenciennois). Il s'agissait d'initier les élèves à la prise en main des différentes fonctionnalités de Google Earth. Mais au delà de l'apprentissage instrumental, l'objectif fondamental était d'enseigner une « géographie citoyenne » à partir d'enjeux bien réels, de vrais acteurs et d'un contexte local proche des élèves. Ceux-ci devaient argumenter à partir de différents points de vue et communiquer leur avis en s'appuyant sur des données cartographiques (en l'occurrence un fichier kmz contenant cartes, informations et mesures). Chacun des élèves a choisi un rôle en fonction de son caractère (les plus revendicatifs sont devenus maire, président d'association…) et de ses aspirations professionnelles (journalistes). Mme le sous-préfet de Valenciennes (une élève) s'est vue dans l'obligation de convoquer une réunion publique afin d'entendre les points de vue et les arguments des acteurs de la région. Pour dépasser le stade de l'opposition formelle à tout projet d'aménagement, les élèves ont même demandé une réunion de concertation afin de décider du meilleur tracé possible pour cette boucle nécessaire au développement économique de la région.

Pour voir le jeu de rôle mobilisant Google Earth : http://cjouneau1.free.fr/boucle.html

D'après notre collègue Caroline Jouneau-Sion, « l'utilisation de Google Earth permet bien sûr de localiser de façon claire et efficace. Cependant c'est surtout la présence des cartes thématiques qui est intéressante, et notamment la possibilité de les superposer, de faire jouer les transparences, d'ajouter les informations de GE (les voies de communication par exemple). Cela permet aux élèves de comprendre rapidement les enjeux (c'est-à-dire plus rapidement que par le texte, l'image est à cet âge plus accessible) et de dégager des arguments qu'ils sont obligés de reformuler (ils ne peuvent pas recopier les phrases d'une carte...) Les outils de mesure ont été très utilisés, l'outil de dessin de polygone aurait pu l'être. Il a manqué une fonction qui est présente dans les SIG : la fonction "buffer" pour rendre visibles les "périmètres de tranquilité" autour des maisons. »

Cette analyse témoigne clairement qu'il a fallu scénariser l'activité pédagogique et enrichir les fonctionnalités de Google Earth (au point d'en faire un quasi SIG), pour pouvoir mener à bien l'analyse géographique.

Exemple 2 : Etude de cas sur le Schéma d'Aménagement et de Gestion des Eaux de la basse rivière d'Ain en utilisant un SIG en ligne (Géowebexplorer)

(Roger Goullier – Lycée de la Côtière – Académie de Lyon)

Cette étude de cas en Seconde (expérimentée aussi par un enseignant associé à l'INRP) portait sur les risques d'inondation et la décision ou non d'octroyer des permis de construire en bordure de la rivière d'Ain, en utilisant un jeu de données sur une plate-forme SIG en ligne. L'expérimentation a été effectuée sur Géowebexplorer : cette application SIG offre, comparativement à Google Earth, de véritables outils de traitement et d'analyse, tout étant facilement accessible sur Internet. En outre les enseignants et les élèves disposent d'un environnement pédagogique où ils peuvent partager des études de cas. On peut enregistrer toutes les opérations effectuées par les élèves et évaluer ainsi leur capacité à l'analyse et au raisonnement géographique (Cf. questions-réponses visibles dans le lien indiqué ci-dessous).

Pour voir la présentation de l'étude de cas mobilisant Géowebexplorer :

http://praxis.inrp.fr/praxis/projets/geomatique/Journee_2007/Pdf_Goullier.pdf

D'après notre collègue Roger Goullier, l'intérêt d'utiliser un « vrai » SIG ne réside pas seulement dans les possibilités de simulation (jeu de rôle) ; il permet aux élèves de découvrir qu'il y a plusieurs solutions possibles à une question donnée (doit-on accorder ou non le permis de construire dans telle zone ?), qu'en fonction des requêtes jugées pertinentes les élèves peuvent construire leurs propres éléments de réponse avec carte à l'appui et surtout qu'ils peuvent produire des discours géographiques différenciés pour argumenter à partir des cartes qu'ils ont élaborées.

Cette approche témoigne des potentialités de raisonnement géographique qu'offre un SIG didactique (approche hypothético-déductive à partir de la carte, démarche de résolution de problème permettant d'aborder la complexité du fait de la multiplicité des solutions envisageables). Mais ces solutions peuvent se heurter à la réalité de terrain comme ont pu le constater les élèves lors de la sortie sur les berges de l'Ain. L'expérimentation a mis en avant de nouvelles difficultés, à savoir celle de mettre en relation l'espace réel avec l'espace cartographié et celle de mener de front lecture et analyse-interprétation ; cette dernière difficulté ayant déjà été largement identifiée à propos de la lecture de paysage sur le terrain.

Ce ne sont là que deux exemples parmi d'autres, mais assez significatifs. Ces types d'expérimentation témoignent, si besoin était, de la forte adéquation des outils géomatiques à l'éducation à la citoyenneté : dans une démarche d'investigation et d'analyse critique proche de la démarche citoyenne, les élèves sont invités à se poser des questions et à chercher des réponses à travers les fonctions interactives du SIG. Avec la démocratisation des technologies géospatiales, l'outil SIG n'est plus un support de modélisation et de simulation réservé aux spécialistes (aménageurs, gestionnaires, décideurs) ; il devient un support de réflexion collaborative dans une démarche citoyenne participative. Et le plus significatif, c'est que le débat citoyen engagé dans le premier exemple a débordé hors de la classe, puisqu'il a fait l'objet de prises de position de visiteurs sur le site de l'association des Clionautes, où Caroline Jouneau-Sion avait présenté son étude. Si ce n'est pas la preuve que la géographie enseignée peut mobiliser le citoyen…

Conclusion

Sur la question de savoir si les globes virtuels peuvent évincer les SIG éducatifs, même si le rapport est en faveur des premiers, ce n'est nullement « un enterrement de première classe ». A moins d'évoluer dans leurs fonctionnalités, les globes virtuels restent des « pré-SIG » qui s'apparentent plutôt à des serveurs de données géographiques à usage privé, hors de la classe. Les élèves font le distingo entre ce qu'ils peuvent pratiquer chez eux ou entre eux et ce que leurs enseignants leur proposent comme séquences de cours. Les enseignants sont dans la même posture, à la différence près que leurs usages privés peuvent leur servir dans leur enseignement. Certains d'entre eux mettent en place très spontanément des formes de « détournement pédagogique », qui peuvent leur servir de marche-pied pour des utilisations plus proches des objectifs didactiques. Les enseignants non formés aux SIG trouvent là un outil d'initiation à la cartographie numérique (le marche-pied), mais sans avoir acquis la culture géomatique et cartographique nécessaire. Les outils de traitement, qu'il s'agisse des SIG ou des logiciels de cartographie thématique, restent encore marginaux dans la classe de géographie. Le risque serait de les voir réduits à des « niches d'usage ».

Quant à savoir si les globes virtuels font évoluer les pratiques d'enseignement de la géographie scolaire, le danger subsiste d'un retour en arrière vers des pratiques d'imposition. Les outils géomatiques permettent en effet un recours massif aux images géographiques de tous types (images satellitales, images aériennes, vues paysagères, vues 3D…) et donc débouchent sur des démarches d'exploration exclusivement visuelles. Le double numérique renforce non seulement le stéréotype ou la métaphore, mais va plus loin en substituant le monde virtuel au monde réel. Cette « mise en image du monde » (Clerc, 2002), même si le support interactif est attrayant, pose problème car elle ne permet pas de construire un savoir géographique étayé. Le recours à la géomatique ne constitue donc pas forcément un levier d'innovation pour la discipline scolaire.

Références

AUDIGIER, F. ( 1993 ) "Les représentations que les élèves ont de l'histoire et de la géographie. À la recherche de modèles disciplinaires, entre leur définition par l'institution et leur appropriation par les élèves " Thèse Université de Paris VII.

GENEVOIS, S. (2007), NASA Worldwind, Google Earth, Géoportail à l'école : un monde à portée de clic ? Revue Mappemonde, n°85 (1-2007) http://mappemonde.mgm.fr/num13/internet/int07101.html

- CARLOT, Y. et GENEVOIS S. (2005), Des SIG didactiques peuvent-ils favoriser l'apprentissage de la complexité ? Bulletin de la société géographique de Liège, vol 45, p 97-105.

- CLERC P. (2002), La culture scolaire en géographie. Le monde dans la classe, Rennes, PUR.

- GENEVOIS, S. & CARLOT, Y. (octobre 2004), SIG et apprentissages en géographie : les SIG didactiques permettent-ils des apprentissages innovants au service de la discipline scolaire ? Journées d'études didactiques de la géographie et de l'histoire, Caen
http://sgenevois.free.fr/SIGapprentissages.doc

- GENEVOIS, S. (octobre 2003), Les SIG : un outil didactique innovant pour la géographie scolaire ? » Cartes et Systèmes d'Information Géographique, Dossiers de l'Ingénierie Educative, CNDP n° 44, p 10-13. http://www.cndp.fr/archivage/valid/44516/44516-7480-7421.pdf

GRATALOUP, C. (1998) Fausses évidences des images géographiques. Cartes et images dans l'enseignement de l'histoire et de la géographie. In Colloque IREHG, 26-27 novembre 1997, Clermont-Ferrand, CRDP d'Auvergne pp. 15-31

- JOLIVEAU, T. (2006), Géowebexplorer, une plate-forme coopérative Web pour enseigner (avec) la géomatique, Journée d'études INRP
http://praxis.inrp.fr/praxis/projets/geomatique/contributions/intervention_joliveau

Observatoire des Pratiques Géomatiques (INRP-Eductice) : http://praxis.inrp.fr/praxis/projets/geomatique/

Enquête nationale sur l'usage des outils géomatiques dans l'enseignement secondaire : http://enquetes.inrp.fr/enseignement/tic.HTM

Globes virtuels ou SIG éducatifs : quoi de neuf pour l'enseignement de la géographie ? (Illustrations)

Visuels 1-2-3 : Un aperçu des résultats de l'enquête nationale sur les usages des outils géomatiques dans l'enseignement de l'Histoire-Géographie et des SVT (INRP - 2007)

Quels sont les outils utilisés dans les classes ?

1- Le succès des « globes virtuels »


2- Les outils dédiés sont moins utilisés


3- Des outils de visualisation pour le développement de compétences disciplinaires

Visuels 4-5 : Geowebexplorer : une plate-forme SIG collaborative pour créer des scénarios pédagogiques et partager des études de cas (CRENAM – Université de Saint-Etienne)

4- La plate-forme Géowebexplorer et son interface


5- Un exemple d'étude de cas sur le cyclone Katrina

Dans cette étape, l'élève analyse comment les eaux ont envahi la ville à partir de points de rupture des digues

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