L'énergie éolienne en Allemagne entre succès et opposition

Malte HELFER

Maître de conférence Université Sarrebrück

Résumé Article complet

Au fond, l'énergie éolienne n'a rien de nouveau – en Europe, on l'utilise déjà depuis mille ans. Pourtant, pendant ces dernières vingt années elle a connu un développement extraordinaire, et les moulins classiques en bois qui moulaient le blé ou drainaient les polders ont été remplacés par des machines incomparablement plus grandes pour générer de l'électricité.

En Allemagne, l'utilisation de l'énergie éolienne a connu un essor remarquable depuis le début des années quatre-vingt dix. Depuis quatre-vingt dix-sept, elle en est le premier producteur du monde. Au cours d'à peu près quinze ans, ce secteur a créé soixante-dix mille postes de travail, bien plus que dans le secteur nucléaire. Dans quelques Länder cette branche industrielle est devenue un facteur économique très important, par exemple le constructeur d'éoliennes Enercon qui, avec 3000 jobs, est le plus grand employeur à Magdeburg, la capitale du Land de Sachsen-Anhalt. La consommation de la branche en acier a atteint le triple de celle des chantiers navals allemands, et le chiffre d'affaires est monté à 9,1 milliards d'euros, dont soixante pour cent en Allemagne même (Bundesverband Windenergie, BWE).

Comment peut-on expliquer un tel développement surprenant? Il a été déclenché par le soutien voulu d'abord par la Loi pour l'injection d'électricité (Stromeinspeisungsgesetz) de quatre-vingt un, mais cette volonté politique n'aurait pas suffi s'il n'y avait pas eu les conditions technologiques et industrielles nécessaires.


Fig. 1 : Règlements juridiques et croissance de la puissance installée Source : BWE

Développement technologique et percée industrielle

Déjà avant plus d'un siècle, on avait essayé, au Danemark, de produire du courant avec des génératrices montées sur des moulins traditionnels, avec le but d'électrifier les zones rurales. En dix-neuf cent quarante et un, on y a testé des éoliennes qui avaient déjà une puissance de plus d'un mégawatt. Au milieu des années cinquante, une éolienne de 200 kW, à Gedser au Danemark, est devenu le type pilote.

L'éolien a reçu une impulsion définitive par la crise de l'énergie des années soixante-dix. Ainsi on a construit des prototypes de turbines de tailles différentes au Danemark, en Suède, en Allemagne, en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis. Le début, mais aussi un échec spectaculaire en Allemagne, dans les années quatre-vingt, fut la construction de la GROWIAN, d'une éolienne gigantesque à l'époque, avec 3 MW et une altitude de l'axe à cent mètres. Pourtant, ces premières éoliennes et donc le prix du courant généré étaient trop chers, et dans la plupart des pays le premier enthousiasme a disparu.

Le succès, par contre, a été réussi grâce à des éoliennes bien plus petites : Au Danemark, un artisan, en utilisant des pièces standard et bon marché, par exemple un moteur électrique ou des freins d'une simple voiture, a construit dans son jardin une éolienne suivant le modèle de Gedser dont je vient de parler, mais avec une puissance de 22 kW seulement. A la surprise de tout le monde, cette éolienne marchait très bien, et à la suite, des constructeurs danois de machines agricoles l'ont construite en série, avec le soutien même de l'Etat.

Peu après déjà, il y a eu une véritable percée de taille industrielle, avec des éoliennes un peu plus grandes, de 55 kW, mais toujours assez petites. Quand dans la première moitié des années quatre-vingt l'Etat a créé un programme de subvention pour les éoliennes en Californie, les Danois ont pu y livrer des milliers d'éoliennes. Grâce à leur avance technologique de cinq ans, les Danois ont vendu la moitié des toutes les éoliennes établies en Californie. Mais avec la fin du programme américain de subvention, le marché californien s'est écroulé aussi vite qu'il avait apparu. Cependant, l'industrie construisant les éoliennes avait profité de ces expériences pour savoir construire en série et pour baisser le prix de revient (Danish Wind Industry Association; www.windpower.org).

Le début du développement en Allemagne motivé par le soutien de l'Etat à partir de 1991

Les conditions technologiques et industrielles étant bonnes aussi en Allemagne, et grâce à la Loi pour l'injection d'électricité (Stromeinspeisungsgesetz) de 1991, le secteur éolien connut un développement rapide dans lequel dominaient d'abord les importations provenant du Danemark. Cette loi, officiellement nommée « Loi pour l'injection d'électricité générée par des énergies renouvelables dans le réseau publique », obligeait les entreprises publiques d'électricité d'injecter le courant à base d'énergies renouvelables qui était produit par des particuliers et sur leur territoire et de payer une somme fixe par kilowatt heure au producteur, appelé un tarif de rachat privilégié. Cette rémunération pour les énergies éoliennes et photovoltaïques correspondait à 90 pour cent des revenues moyennes par kilowatt heure que les entreprises avaient reçues pendant l'année avant-précédente.

Le développement du secteur photovoltaïque en a profité à peine, étant donné que le prix de revient du courant photovoltaïque restait bien plus élevé que cette rémunération. Et ce fait concernait toute l'Allemagne, ou les variations d'ensoleillement régional sont relativement faibles et la productivité de courant solaire est forcément plus ou moins égale dans tout le pays.


Fig. 2 : Développement de la rémunération du courant des éoliennes en Allemagne Source : BWE

La situation est bien différente pour l'énergie éolienne : La « récolte » en électricité éolienne varie énormément suivant la localisation ! Ceci est dû au fait que d'après une loi de Newton le contenu énergétique du vent augmente avec sa vitesse par la troisième puissance. Exemple : si le vent double sa vitesse, son contenu énergétique est huit fois plus grand, et par conséquent le coût de revient du kilowattheure baisse considérablement. Il y a donc de belles différences de qualité entre les localisations. Au début des années quatre-vingt dix, la rémunération de la dite loi fédérale pouvait être combinée avec des subventions supplémentaires, mais variables suivant le Land, de manière qu'on pouvait recevoir jusqu'à 18,3 Cents par kilowattheure éolien. Ainsi, les moulins à vent bien placés dans la plaine du nord ou, mieux encore, sur la côte pouvaient empocher des profits considérables. Littéralement, ce « vent dans le dos » a bien propulsé le secteur éolien qui a bien vite cessé de n'être qu'un passe-temps pour procurer des taux de rendement intéressants. Ceci a mené à la fondation de nombreuses sociétés de capital pour financer des parcs éoliens, c'est-à-dire des groupements de plusieurs et même de dizaines d'éoliennes. Presque tout le courant d'origine éolienne est injecté dans le réseau public, et il n'existe pratiquement plus de ferme isolée avec son propre moulin à vent.

Dans les années quatre-vingt dix, des changements de lois (Baugesetzbuch §35.1.6) ont qualifié la construction d'une éolienne de « projet privilégié » ce qui a permis de les placer en dehors de l'habitat, à égalité avec des projets d'intérêt rural ou forestier. Ce fait a bien accéléré le développement. Ainsi, en quatre-vingt dix-sept, la puissance éolienne allemande a pu dépasser celle du premier au monde, des Etats-Unis.

Les éoliennes entre acceptation et opposition

Cependant, l'augmentation du nombre d'éoliennes n'a pas été acceptée à l'unanimité, elle a même provoqué de plus en plus d'opposition dans les régions concernées. Voici les arguments les plus souvent cités contre les éoliennes : trop de bruit, l'ombre tournant des rotors, le reflet des rayons du soleil, connu sous le nom « effet disco(thèque) », morceaux de glaces lancés par les pales, oiseaux tués par collision ou dérangés. Et non en dernier lieu ce que beaucoup de citoyens considèrent comme une violation du paysage, ce qui a mené à la création de tout un vocabulaire spécifique, par exemple « pollution optique de l'environnement » ou « aspergisation du paysage ». Des comités d'action ont freiné des projets in aeternum, on a acheté des terrains pour y empêcher l'aménagement éolien, des conseils communaux ont bloqué par des moyens bureaucratiques ou en prescrivant des distances trop grandes à l'habitat, et il y a même eu des actes de sabotage comparables avec ceux contre des centrales nucléaires etc.

Un deuxième front d'opposition a été formé par les producteurs-distributeurs d'électricité qui considèrent les producteurs privés comme une concurrence indésirable à laquelle ils achètent le courant contraints et forcés. D'abord on a prétendu que l'irrégularité du vent posait trop de problèmes pour injecter le courant éolien dans le réseau, problème qui a pu être réglé grosso modo. Depuis, les grands producteurs-distributeurs en Allemagne du Nord pratiquent une sorte de grève du zèle quand il s'agit d'élargir la capacité du réseau pour pouvoir raccorder les éoliennes. Plus encore, le développement rapide du secteur, surtout le long des côtes, a incité quelques grandes entreprises à porter plainte contre la Loi d'injection, et même à avoir recours constitutionnel.

Mais c'est aussi grâce à la législation que les propriétaires des éoliennes ont eu le « vent en face », car le « Energiewirtschaftsgesetz » (Loi pour l'énergie) de quatre-vingt dix-huit qui voulait libéraliser le marché de l'électricité a fait baisser le prix du courant et, par conséquent, baisser le tarif de rachat privilégié qui en dépendait. De plus, on concédait aux producteurs-distributeurs de ne pas injecter plus de cinq pour cent de la quantité du courant qu'ils vendaient normalement. Avec ça, le secteur éolien n'aurait pas pu survivre en Allemagne du Nord.

Le « EEG » (Loi sur les énergies renouvelables) de l'an deux mille

Cependant, on n'en est pas arrivé à ce point quand même, puisqu'en avril deux mille est entré en vigueur la nouvelle « Loi sur les énergies renouvelables » qui remplace l'ancienne Loi d'injection. Il modifie les règles de l'injection tout en respectant la qualité assez différente des localisations. Le système assez compliqué se laisse résumer ainsi : Les moulins avec de bonnes conditions éoliennes, près des côtes, sont moins subventionnées et moins longtemps que les moins bien placées à l'intérieur du pays. La loi assure aussi une certaine garantie à la planification et donc aux investissements. Comme on s'attend à un abaissement du prix du courant, à cause du progrès technologique, la rémunération elle aussi baisse tous les ans, l'inflation aidant. Si le tarif de rachat est de huit virgule deux centimes en deux mille sept, il varie en moyenne pendant les vingt ans qu'il est en vigueur entre huit virgule deux et presque six (5,93) centimes.

Enfin, la Loi sur les énergies renouvelables procure une réglementation équilibrée pour toute l'Allemagne en distribuant les charges à égalité sur tous les producteurs-distributeurs – qui évidemment versent les frais supplémentaires sur les dos des clients. Ceci a permis aussi de supprimer cette limite de cinq pour cent, autrement dit, on peut produire (et injecter) de courant éolien tant qu'on veut ! Alors, les grandes entreprises elles aussi pouvaient produire du courant éolien et se faire rémunérer par les concurrents... Il ne faut donc pas s'étonner que par exemple le grand producteur-distributeur PreussenElektra, opposant notoire d'antan, a commencé aussitôt à chercher des localisations favorables pour se jeter dans le secteur éolien lui-même.

Comment résoudre les conflits ?

Face à l'opposition grandissante contre l'énergie éolienne, le secteur et aussi le législateur se sont occupés de ces conflits pour trouver des solutions. Par la suite, une bonne partie des problèmes ont été résolus par des réglementations législatives et par les améliorations techniques.

Pour réduire les nuisances sonores, on a fixé une distance minimum entre éoliennes et habitat pour protéger les habitants : D'après la Loi fédérale contre les nuisances (Bundesimmissionsschutzgesetz, TA Lärm), le bruit causé par une éolienne perçu dans l'habitat le plus proche ne devant pas dépasser 45 décibel, ce qui correspond à une distance d'à peu près 500 m. Mais beaucoup de Länder ont élevé cette distance à 1000 m.

Du côté technique, on a pu réduire considérablement le bruit :

- on a développé des multiplicateurs avec des roues dentées en acier plus doux, mais aussi des éoliennes modernes qui n'ont plus de multiplicateur du tout ;

- le bruit causé par les rotors a été bien réduit par une meilleur forme des pales ainsi que par la rotation ralentie des éoliennes de plus en plus hautes ; il y a aussi des prescriptions qui demandent de baisser le nombre de tours nocturnes ;

- Le plus souvent, l'oscillation de l'ombre des rotors ne dérange plus à cause de la grande distance entre éoliennes et habitat ou elle est réduite à un maximum d'heures par an, commandée par ordinateur. Il y a même des permis de construction qui obligent à arrêter l'éolienne automatiquement par un détecteur pour garantir ce taux limite.

- L' « effet disco(thèque) » n'existe plus depuis qu'on couvre les pales d'une peinture mate.

- Pour éviter le lancement de morceaux de glaces, des détecteurs spéciaux arrêtent la machine dès que la glace commence à se former.

- Quant aux oiseaux tués par les pales, il semble être prouvé que leur nombre est sans importance : Des recherches effectuées par plusieurs fédérations écologistes ont constaté qu'en général les oiseaux évitent les éoliennes sans problèmes. En moyenne, il y a entre zéro virgule cinq et 1 oiseau tué par installation et par an, donc au total entre 10.000 et 20.000 par an, comparés aux 5 millions d'oiseaux tués sur les autoroutes et par les câbles à haute tension (BUND).


Fig. 3 : Comparaison de l'hauteur de la plus grande éolienne en Allemagne

D'un autre côté, on a trouvé que la migration et la reproduction de certaines espèces menacées d'extinction sont dérangées dans un rayon de 300 à 900 mètres autour d'une éolienne ce qui refoule les oiseaux. On en tient compte en respectant des expertises ornithologiques et en excluant les zones à priorité pour l'énergie éolienne des parcs nationaux, des parcs naturels et d'autres terrains de repos et d'incubation de ces espèces. Par contre, les espèces habituées à l'homme couvent aussi tout près des installations.

Si on semble avoir résolu le gros de ces problèmes, il reste pourtant, comme seul argument sérieux contre les éoliennes, le problème optique-esthétique, sujet très compliqué étant donné son caractère subjectif. Evidemment, comme les éoliennes se trouvent toujours ou dans la plaine ou sur des collines, là où le vent souffle le plus, on les voit forcément de très loin. De plus, les installations modernes, dont la pointe d'un rotor atteint déjà 200 m d'altitude – les deux tiers de la tour Eiffel – dépassent toutes les dimensions habituelles. Elles peuvent donc troubler l'aspect, le caractère naturel d'un paysage ou la silhouette d'une ville historique où le clocher était toujours l'immeuble dominant. En fin de compte, l'opposition s'est concentrée sur ce point faible, et il s'est formé plus de 500 comités d'action anti-éolienne, assistés par le « manifeste de Darmstadt », signé par plus de 110 professeurs d'université et d'écrivains. Le Bundesverband Landschaftsschutz (Fédération pour la protection du paysage) qui se considère comme le champion des opposants écrit – je cite – « Les éoliennes nuisent à l'image du paysage et de l'habitat, à la santé, au tourisme, aux valeurs immobilières, aux possibilités de développement des communes et à la paix au village. Les valeurs du loisir et du temps libre se perdent, aussi en ce qui concerne la chasse et le sport hippique ».

Par contre, les avocats de l'énergie éolienne disent – je cite le BUND de la Rhénanie du Nord/Westfalie – « L'image du paysage n'est pas une donnée qu'on peut mesurer objectivement. Elle s'oriente aux impressions subjectives et dépend des changements de la société. Ainsi, tout le monde accepte aujourd'hui les 200.000 pylônes du réseau à haute tension, tandis qu'on se sent souvent dérangé par les éoliennes. Celles-ci sont le signe d'un développement économique d'une orientation écologique. Cette image de marque positive est valable aussi pour les régions caractérisées par l'énergie éolienne et pourrait y animer le tourisme. Jusque-là, il n'a a pas de preuve d'une influence négative sur le tourisme – au contraire ».

Des sondages actuels montrent qu'en principe la plupart des Allemands souhaiteraient qu'on augmente la part de l'énergie renouvelable, aussi de l'énergie éolienne. C'est pourtant moins clair quand il s'agit d'éoliennes dans le voisinage direct – comme le disent les Américains : nimby, not in my backyard...

On a aussi essayé de résoudre le problème de l'impact esthétique sur le paysage et l'habitat. Pour l'habitat, on a trouvé des solutions relatives en gardant une distance minimum ou en permettant les éoliennes uniquement dans des zones prioritaires. Par contre, la protection de l'image du paysage est bien plus difficile. On essaye par exemple de ne plus distribuer les éoliennes plus ou moins également mais de les concentrer en groupes dans des parties moins attrayantes du paysage et de laisser libres les parties plus belles. Il existe aussi la possibilité d'aligner les moulins, à distances régulières, pour souligner des contours naturels du relief ou des courbes de niveau au lieu de les dissoudre.

De ce point de vue, on félicite plutôt la technologie actuelle qui tend à remplacer beaucoup de petites éoliennes par un nombre réduit de grandes machines qui évidemment découpent moins le paysage. De plus, leur rotation ralentie dérange moins que c'était le cas des petites et nombreuses éoliennes tourbillonnantes.

D'autres stratégies pour résoudre ce problème d'ordre esthétique se concentrent sur les concernés mêmes, les habitants des maisons avoisinantes. Les entrepreneurs ont vite compris que ceux-ci acceptent plus facilement les éoliennes si on leur permet de participer à la planification et aux profits financiers. Ainsi on a créé l'expression sympathique du « Bürgerwindpark », du « parc éolien des citoyens » : Pratiquement toutes les entreprises éoliennes proposent aux riverains concernés une participation en forme d'actions à conditions avantageuses – eh bien, quand on est co-propriétaire, on ne critique plus ce qu'on possède, et on commence à aimer même la rotation tranquillisante des ces ailes élégantes qui remplissent le porte-monnaie... Les développeurs font aussi la cour aux conseils municipaux, et quand ils vont même établir le siège social dans la commune, celle-ci en tirera des avantages fiscaux intéressants.

Pourtant, on n'a pas trouvé de bonne solution pour convaincre les opposants qui souvent sont même idéologisés. Les fronts se sont plutôt endurcis, la méfiance règne. Des opposants traitent les entreprises de « lobby éolien » qui, disent-ils, ne se gêne pas de leurrer, de corrompre même avec de l'argent pour atteindre leur but. De l'autre côté, des avocats de l'énergie éolienne prétendent que la Fédération pour la protection du paysage (BLS) déjà citée serait « le cheval de Troie de l'industrie nucléaire ». Les deux côtés se soupçonnent mutuellement d'être embourbés dans des relations louches.

Au début de 2007, il y avait en Allemagne presque 19.000 éoliennes avec une puissance d'environ 21.000 MW, près de 28 pour cent de la puissance mondiale qui est de 74.000 MW et près du double de celle de l'Espagne ou des Etats-Unis qui occupent, avec une puissance presque égale, le deuxième et le troisième rangs. La puissance éolienne en Allemagne est même légèrement au-dessus de celle des centrales nucléaires ! La plupart des installations, avec un quart de la puissance, se trouvent dans le Land Basse-Saxe. A l'heure, les éoliennes produisent 5,7 pour cent du courant en Allemagne, même plus de 30% dans les Länder Schleswig-Holstein, Mecklenburg-Vorpommern et Saxe-Anhalt (DEWI).


Fig. 4 : Puissance installée disponible en 2006 et nouvellement installée en 2006 – les dix valeurs plus grandes
Source : BWE

Les améliorations techniques, combinées avec une tendance aux installations de plus en plus puissantes, ont permis à baisser le prix moyen par éolienne, entre 1990 et 2004, de presque 30%. Une éolienne à un mégawatt coûte, montage compris, environ 900.000 €, donc 900 € par kW.

A part les facteurs spécifiques de la localisation, la production énergétique et leur coût dépendent aussi de l'altitude de l'axe et du diamètre des rotors puisque plus on monte dans l'atmosphère, plus fort il y souffle le vent. Faisons alors le calcul : pour une éolienne standard de 1 MW, là ou en trente mètres d'altitude la vitesse éolienne moyenne atteint 5,5 mètres par secondes, le coût de revient est de 6,9 centimes par kWh. Avec une rémunération moyenne de 7,9 centimes par kWh, ceci permet un bénéfice d'environ un centime par kWh pendant vingt ans. Une éolienne de 2 MW, sur un socle de 30m plus haut, fait monter le bénéfice à 1,5 centime par kWh (BWE). Mais il s'agit là de moyennes, et la productivité peut varier énormément suivant la localisation et, bien sûr, du temps.

Nouveaux problèmes et perspectives

Depuis l'an deux mille deux, pourtant, le boom de l'énergie éolienne en Allemagne a perdu de souffle. Dû à son expansion rapide d'un côté et à la résistance croissante de l'autre, le nombre des localisations propices, disponibles et autorisées est en train de baisser. Evidemment, les meilleures places, surtout les « loges » le long des côtes, ont été occupées les premières. Et c'est justement là où les conditions atmosphériques sont les plus favorables et où les éoliennes se concentrent donc le plus, c'est là que l'opposition est la plus dure, malgré toutes les améliorations citées. Pour cette raison-là le nombre d'installations nouvelles par an a connu un déclin assez considérable : de deux mille trois cents éoliennes construites dans la seule année de 2002 - presque le tiers au monde ! - le nombre est tombé à la moitié seulement, en 2006, et ne correspond plus qu'à dix pour cent de la construction mondiale. Et de justesse, les Etats-Unis ont à nouveau dépassé l'Allemagne.

Stratégie numéro un : L'énergie éolienne à l'intérieur du pays

Une première stratégie à remonter l'échelle consiste dans une poussée vers l'intérieur du pays. Grâce aux nouveaux tarifs de rachat fixés par la Loi des énergies renouvelables et aux programmes de subvention des Länder, la construction de parcs éoliens est désormais facilitée aussi à l'intérieur du pays où le vent souffle moins fort. De plus, les moulins modernes et plus puissants sont construits avec des distances plus grandes entre eux-mêmes et plus loin des habitats ce qui provoque moins de résistance dans la population.

Pour faire face aux conditions éoliennes moins favorables à l'intérieur du pays, les constructeurs ont conçu des technologies appropriées : On y bâtit des pylônes de plus en plus hauts et on combine des pales plus longues avec des génératrices plus petites. Pour mieux exploiter les localisations favorables devenues rares en Allemagne, on augmente constamment la puissance des unités: le standard technique actuel est entre 1,5 et 2,5 MW, mais les géants atteignent déjà 6 MW !

Stratégie numéro deux : Le « repowering »

Il est évidemment désavantageux que les localisations rentables soient occupées depuis longtemps et, pire encore, que ce soit là que se trouvent toujours les tout petits moulins de la première génération. Il y en a beaucoup qui n'ont même pas un dixième de la puissance des éoliennes modernes. Et celles-ci sont poussées à l'intérieur du pays par pénurie d'espace.

Pour résoudre ce problème, les Californiens on inventé un système nommé « repowering » : Peu à peu on remplace les vieux petits moulins par des machines d'une capacité bien plus élevée pour mieux utiliser le potentiel éolien. Ainsi on arrive à une productivité quatre fois plus grande. Quant aux anciennes éoliennes hors service, on essaie de les bazarder tout simplement aux pays sous-développés... En Allemagne, on a commencé à introduire le « repowering » en 2003, mais ce n'est pas si facile que ça : Quand une éolienne est désaffectée, son permis de construire est automatiquement périmé. En recevoir un pour une machine nouvelle plus forte et plus haute peut poser des problèmes. Bien des vieilles machines ont été construites quand on ne connaissait pas encore de zones prioritaires et se retrouvent, aujourd'hui, dans des zones « tabou ». Certains Länder peu enthousiastes pour les énergies renouvelables ont augmenté la distance minimum à l'habitat à mille mètres et limitent leur hauteur admissible à cent mètres seulement, officiellement pour des raisons de contrôle de l'aviation. En Allemagne du Nord, les propriétaires des réseaux semblent en retarder l'élargissement de la capacité ce qui empêche les éoliennes à y être raccordées. Pour ces raisons-là, l'ampleur du « repowering » réalisé jusque-là reste très loin des espoirs.


Fig. 5 : « Repowering » avant et après Source : BWE Stratégie numéro 3 : Des parcs éoliens offshore

C'est encore le Danemark qui déjà en 1991 a cherché une autre piste pour sortir de l'impasse : On y a construit, face à l'île de Lolland, le premier parc éolien offshore. Evidemment, le coût supplémentaire des fondations et des câbles sous-marins est considérable, mais de l'autre côté le potentiel en énergie éolienne en mer est bien plus élevé que sur la côte, sans parler de l'intérieur. Et comme le vent y souffle aussi plus régulièrement, les installations y perdurent plus longtemps. Sans oublier que loin de la côte ne se pose pas le problème des nuisances visuelles et sonores.

Déjà plus de 300 rotors tournent devant les côtes des Pays-Bas, du Danemark, de la Suède, de la Grande-Bretagne et de l'Irlande. Par contre, en Allemagne on en a construit seulement deux installations pilotes insignifiantes et tout près de la plage. Mais il ne manque pas de projets : En 2007, on compte 31 projets offshore dans la Mer du Nord, dont 14 autorisés, et 9 dans la Mer Baltique, dont 4 autorisés. Ils se trouvent presque tous en zone économique exclusive, donc en dehors des 12 lieues, plus loin de la côte que dans les pays nommés et pas visibles pour habitants et touristes.


Fig. 6 : Parcs d'éoliennes offshore dans la Mer du Nord Source : Bundesamt für Seeschiffahrt und Hydrographie (BSH)

Mais la mer non plus n'offre des localisations potentielles illimitées. Il y faut respecter les routes maritimes, la marine nationale, les pêcheurs, les touristes et l'environnement. Dans la Mer du Nord, le parc national Wattenmeer (estran) exclue l'aménagement éolien devant la côte, et dans la Mer Baltique, les eaux territoriales de la Suède et du Danemark ne sont pas loin. D'après une étude de la Deutsche Energieagentur, l'Allemagne dispose, à moyen terme, seulement d'un potentiel offshore d'environ 20.000 MW. Il correspond à la capacité déjà installée à terre et demanderait des investissements de 50 milliards d'euros. Onshore et offshore, on pourrait augmenter, jusqu'en 2030, la part totale de l'éolien dans la génération électrique à 15 % (DENA 2005).

Le coût pour les fondations et le réseau sous-marins est estimé d'être 5 à 10 fois plus élevé qu'à terre. Mais le prix de revient baisse relativement étant donné qu'offshore on utilisera des éoliennes énormes de 5 MW. Pour le moment, c'est la limite technique actuelle car on n'est pas capable de produire des pales plus longues que 50 mètres ni de les transporter sur les routes. On estime un parc éolien offshore de 200 MW à un demi milliard d'euros. C'est une dimension bien au-dessus des capacités des petites et moyennes entreprises (PMU) qui actuellement dominent le marché. Pour cette raison, mais aussi par intérêt de s'étaler dans le monde des énergies renouvelables, des groupes puissants veulent s'engager dans ce « business » pourtant indésirable. On y trouve RWE, E.on, Vattenfall ou des sociétés pétrolières comme Shell ou Enron qui disposent du capital nécessaire, mais aussi des expériences offshore par l'exploration du pétrole et du gaz.

Le coût d'un parc éolien offshore par MW installé peut monter jusqu'au double d'un projet comparable à terre. La Loi sur les énergies renouvelables comprend des réglementations assez compliquées pour assister l'énergie éolienne offshore pendant vingt ans. Le tarif de rachat privilégié et sa durée augmentent avec les difficultés rencontrées par les entrepreneurs, donc avec la distance de la côte et la profondeur de l'eau. A partir de 2008 il y aura une dégression annuelle de ce tarif.

Pour pouvoir rester dans l'avant-garde technologique de l'éolien, on a créé, en 2005, une fondation allemande qui intègre les Länder côtiers, les grands producteurs-distributeurs, des chercheurs, ainsi que les fédérations et les fabricants concernés. Elle planifie comme projet pilote le premier parc éolien offshore à 45 km au nord de l'île de Borkum, avec une subvention de 50 millions d'euros offerte par Berlin. Le but est d'y ériger 12 éoliennes prototypes de différents constructeurs pour explorer les risques de l'aménagement éolien offshore et de rendre ces risques calculables pour les banques et les assurances.

Problèmes de l'éolien offshore

Bien que l'énergie éolienne offshore offre un potentiel considérable et évite la plupart des obstacles qu'elle pose déjà à terre, onshore, elle en amène d'autres :

a) Raccorder un câble sous-marin au réseau public demande une procédure d'autorisation extrêmement compliquée et longue, surtout comme elle dépend de nombreux organismes réglementaires.

b) Surtout par respect à l'environnement, aux parcs nationaux du Wattenmeer (= estran), les développeurs sont forcés à établir les parcs éoliens bien loin de la côte, à partir de 30 km, et dans des eaux profondes jusqu'à 40 m. Vu le niveau du tarif de rachat, un investissement d'un demi milliard d'euros pour un parc de 200 MW risque de ne pas être rentable. Ainsi, on cherche à décharger les entreprises éoliennes par une loi toute récente qui force les propriétaires des réseaux à payer la prolongation du réseau jusqu'aux parcs.

c) Il faut en plus élargir et renforcer le réseau public à terre pour pouvoir y injecter le courant venant de la mer. Mais comme on a laissé traîner cet élargissement, le développement offshore se fera encore attendre...

A moyen terme, l'aménagement éolien offshore deviendra le marché le plus intéressant pour l'industrie manufacturière, d'autant plus que les parcs éoliens devant la côte allemande serviront bien comme modèles pour animer l'exportation future.


Fig. 7 : Montage d'une éolienne de 5 MW Foto : Multibrid

Stratégie numéro 4 : L'exportation

Une quatrième stratégie – pas seulement pour augmenter la production d'énergie renouvelable en Allemagne, mais aussi pour l'expansion de la fabrication d'éoliennes – mise de plus en plus sur l'exportation d'éoliennes et du know-how. D'abord, le boom du secteur en Allemagne n'avait pas laissé de temps de penser à l'exportation. Mais depuis la fin des années quatre-vingt dix, on montre un intérêt croissant pour les marchés étrangers. En Europe, ce sont surtout l'Espagne, le Portugal, la France et la Grande-Bretagne. D'autres marchés en pleine envergure se trouvent aux Etats-Unis, au Canada, en Inde et en Chine. Le plus grand concurrent est toujours le Danemark qui depuis longtemps déjà exporte une grande partie de sa production.

En 2004, l'industrie éolienne allemande avait déjà atteint 56% du marché mondial pour retomber pourtant à 35% en 2007, sans oublier que le marché mondial a plus que doublé pendant ces trois dernières années. Ainsi la part de la production allemande destinée à l'exportation va quand même monter à 87% à la fin de cette année ! Mais ceci est aussi un indice que grâce à l'attitude anti-éolienne et à la pénurie croissante de localisations favorables le marché intérieur est en train de diminuer.


Fig. 8 : Développement du nombre de salariés dans le secteur du vent en Allemagne Source : BWE

Bilan

La puissance installée pourrait encore plus que doubler dans les décennies à venir, si on réussit à vaincre les difficultés de démarrage offshore. Alors on pourrait atteindre une part de 15% dans la production nationale d'électricité.

On a probablement surestimé les chances du « repowering » étant donné que les réglementations légales sont devenues plus sévères, hostiles même.

Mais grâce à la croissance dynamique de l'éolien sur le marché mondial qui vient de démarrer tout juste seulement, l'industrie allemande peut compter sur une expansion solide.

Et n'oublions pas que chaque nouvelle éolienne contribue à un nouveau secteur important, la maintenance des installations, secteur qui demande beaucoup d'expérience et qui lui aussi est exportable.

Sources

Bundesamt für Seeschiffahrt und Hydrographie (BSH) -
www.bsh.de/de/Meeresnutzung/Wirtschaft/Windparks/index.jsp

Bundesverband Landschaftsschutz e.V. (BLS) - www.windkraftgegner.de

Bundesverband Windenergie (BWE) - www.wind-energie.de

Danish Wind Industry Association - www.windpower.org

Deutsche Energie-Agentur GmbH (dena) - www.dena.de, www.offshore-wind.de

Deutsche Energie-Agentur (dena) 2005: „Energiewirtschaftliche Planung für die Netzintegration von Windenergie in Deutschland an Land und Offshore bis zum Jahr 2020“ (dena-Netzstudie)

Deutsches Windenergie Institut (DEWI) - www.dewi.de

Institut für Solare Energieversorgungstechnik (ISET) (Hg.): Windenergie Report Deutschland 2005. Kassel 2005. – www.iset.uni-kassel.de

Internationales Wirtschaftsforum Regenerative Energien (IWR) – www.iwr.de

www.deutsche-windindustrie.de

www.windkraft.de

Haut de la page

Retour au menu général

Actes 2007