Rencontres de la géographie et de l'énergie

Bernadette MÉRENNE-SCHOUMAKER

Professeur, Université de Liège

Article complet

La géographie s'intéresse depuis longtemps déjà à l'énergie. Mais l'intérêt porté par les géographes à la question de l'énergie a quelque peu changé au cours du temps.

L'objectif de notre exposé est de tenter de relire les liens entre géographie et énergie à travers de grandes problématiques qui ont retenu l'attention des chercheurs et/ou des enseignants, voire qui focalisent aujourd'hui leurs intérêts. Parallèlement, nous présenterons quelques pistes d'investigation pour aborder chacune de ces thématiques dans l'enseignement secondaire.

À notre sens, ces problématiques peuvent être regroupées en dix grandes thématiques.

1. L'énergie : une ressource naturelle. C'est un thème majeur des premiers travaux. L'énergie est une matière première ou un produit de base au même titre que les ressources minières ou les produits agricoles. Les travaux mettent l'accent sur la localisation des bassins charbonniers, des gisements de pétrole et de gaz. La clé majeure d'explication est la géologie et les écrits ont souvent un côté inventaire. Les ressources devant être exploitées, les travaux décrivent aussi les systèmes d'exploitation mis en œuvre (charbonnages, puits de pétrole, raffineries…).

2. L'énergie : une ressource produite. Avec l'essor de l'électricité qui est une forme d'utilisation et de transmission de l'énergie, l'intérêt pour les modes de production de l'énergie se développe. On s'intéresse ainsi aux différents types de centrales et notamment à leurs facteurs de localisation. Comme, en outre, l'électricité se stocke difficilement, l'intérêt pour les consommations et les utilisations croît également.

3. Consommations et productions : de grands contrastes spatiaux. La prise en compte simultanée des faits de consommation et de production conduit à mettre l'accent sur les discordances entre les espaces de production de l'énergie primaire et les espaces de consommation de l'énergie. À l'échelle internationale, ces analyses confortent les inégalités de développement et plus particulièrement les oppositions Nord-Sud.

4. Flux, échanges et marchés. Les discordances entre les zones de production et les zones de consommation engendrent bien entendu des échanges ce qui implique des systèmes de transport de plus en plus sophistiqués. Ces échanges sont liés à des marchés dont il convient de comprendre le fonctionnement.

5. Géopolitique et géostratégie. Les marchés énergétiques ne sont pas seulement régis par des lois purement économiques découlant de la rencontre de l'offre et de la demande. Les acteurs y jouent un rôle prépondérant. Entre eux, il existe des rapports de force car l'énergie et plus particulièrement le pétrole est un produit stratégique, ce qui peut générer des alliances ou des conflits, voire même à des guerres.

6. Énergie et environnement. La production, le transport et la consommation d'énergie engendrent des nuisances comme des risques dont on mesure de plus en plus les dangers. Ces nuisances et ces risques diffèrent selon les sources et les formes d'énergie ce qui remet parfois en cause certains choix opérés. Actuellement, le réchauffement climatique apparaît sans nul doute comme une contrainte majeure pour le futur énergétique.

7. Énergie et mondialisation. La très forte croissance des flux internationaux tant des marchandises que des hommes (par exemple, dans le domaine du tourisme) est intimement liée à la révolution des transports, elle-même autorisée par une énergie abondante et bon marché. La globalisation croissante exige de plus en plus d'énergie ce qui risque de poser des problèmes à la fois en termes de disponibilités et de coûts mais encore de nuisances environnementales.

8. Énergie et étalement urbain. Une énergie abondante et bon marché a aussi favorisé la périurbanisation et la rurbanisation de nombreux territoires proches des villes. Cet étalement urbain pose aujourd'hui de nombreux problèmes tant en termes de coûts (collectifs et privés) que de gestion du trafic et de pollutions.

9. Énergie et développement durable. L'énergie est interpellée par les quatre volets du développement durable : le volet environnemental bien sûr, le volet économique (à la fois sous l'angle des coûts et des prix mais aussi des recherches à financer pour développer de nouvelles sources ou formes d'énergie ou pour réduire les consommations), le volet social (grandes inégalités des hommes face à l'énergie et surcoûts possibles pour les générations à venir) et le volet gouvernance (une gestion parcimonieuse de l'énergie implique de nouvelles formes de régulation à l'échelle mondiale).

10. Énergie et citoyenneté. L'école ayant aussi un rôle dans la formation des jeunes citoyens, le professeur de géographie ne peut faire abstraction du rôle qu'il peut jouer pour sensibiliser ses élèves aux grands problèmes contemporains. En cette matière, tout plaide pour un comportement plus responsable qui passe notamment par la maxime « consommer mieux avec moins »

 

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