Moyen-Orient et problèmes communautaires, mythe ou réalité
Fabrice Ballanche
Maître de conférences université Lyon 2
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Cette conférence a pour objet d’expliquer le communautarisme et son implication dans les conflits actuels au Proche Orient.

Le communautarisme s’exprime avec virulence lors des crises politiques, mais cela ne signifie nullement que les communautés n’existent qu’à la faveur des conflits ou qu’elles sont obligatoirement porteuses de conflits. Qu’est-ce qu’une communauté ? Comment fonctionne-t-elle ? Comment s’inscrit-elle dans l’espace ? Comment évolue-t-elle (renforcement, modernisation, dissolution ?). Quel est la part du communautaire dans les conflits actuels au Moyen Orient : Liban, Irak, Kurdistan … ?

Le communautarisme et la société au Moyen Orient

Le communautarisme repose sur des bases ethniques et/ou religieuses. Il se différence du tribalisme ou du clanisme fondé sur les liens du sang ou de voisinage. La communauté confessionnelle a une existence légale au Liban tant sur le plan juridique que politique. En Syrie les communautés sont niées officiellement mais officieusement les nominations dans l’administration et l’armée tentent de respecter deux principes : assuré aux alaouites les postes clés et répartir équitablement les postes subalternes entre les différentes communautés pour éviter l’explosion.

Le communautarisme s’exprime dans l’espace : le réseau routier secondaire traduit des solidarités territoriales et montre les discontinuités communautaires. Sur le plan résidentiel les quartiers possèdent une identité communautaire, s’il peut exister une certaine mixité fondée sur un style de vie commun (consommation d’alcool ou non, tenue vestimentaire des femmes …) qui transcende les clivages communautaires, en revanche en période de conflit la mixité disparait : Beyrouth et Baghdad sont de parfaits exemple de ce processus.

La communauté en tant que vectrice de conflits internes aux Etats

Bien souvent les partis politiques, en dehors du parti unique, sont l’émanation des communautés. La lutte politique devient rapidement une lutte communautaire qui n’avoue pas son nom. Le Liban est là encore un cas d’école. En Irak, le parti Baath était contrôlé par la minorité arabe sunnite au pouvoir, la contestation interne au Baath ou du Baath directement s’apparentait à la lutte contre la communauté au pouvoir accusée de monopoliser les postes et d’accaparer les richesses. En Syrie nous avons le même phénomène puisque le Baath est dominé par les alaouites.

En période de prospérité économique, le pouvoir achète la paix sociale mais en période de restriction budgétaire en revanche, les postes et les subsides sont réservés à la communauté au pouvoir, ce qui peut entraîner de violents mouvements de contestation.

Affaiblissement de l’Etat et résurgence des identités communautaires

La géopolitique joue sur les clivages communautaires au Moyen Orient, d’autant plus que les Etats sont trop jeunes pour avoir pu dissoudre ce type d’identité et qu’elles ont fini par être constitutives de l’Etat lui-même. A la faveur de la mondialisation, les Etat s’affaiblissent et perdent leur pouvoir de redistribution. Les réseaux communautaires jouent à plein dans l’attribution des emplois et des ressources. Là où les chapes de plomb sont tombées : fin de la dictature de Saddam Hussein  en Irak ou de la présence syrienne au Liban, la boite de Pandore des revendications contenues s’est ouverte.

Les clivages communautaires sont exploités par la géopolitique : grandes puissances mais aussi puissances régionales qui n’hésitent pas à les utiliser pour déstabiliser le voisin ainsi les partis kurdes furent-ils instrumentalisés par la Syrie, l’Iran et l’Irak contre les voisins, alors que les Kurdes étaient opprimés à l’intérieur de ces Etats. L’Iran se fait le défenseur des communautés chiites du Moyen Orient, tout comme la France jadis (la monarchie ou la troisième république anticléricale) était la protectrice des Chrétiens d’Orient.

En dehors du jeu géopolitique, le processus en cours au Moyen Orient, n’est-il pas l’aboutissement du principe des nationalités européen ?

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