La « guerre économique », cette autre façon de penser et de faire la guerre
François BOST
Maître de conférences université Paris 10

Tantôt menées durant les périodes précédant les conflits (cas de l’avant Première Guerre mondiale notamment), tantôt en période de paix dans le cadre d’une concurrence effrénée entre Etats pour maintenir avantages et suprématie, les guerres dites économiques jalonnent toutes les périodes historiques, en particulier le XX° siècle durant lequel elles ont été nombreuses et très variées. La mondialisation contemporaine lui donne de nouveaux visages, surtout depuis la fin de la guerre froide, avec la montée en puissance des pays émergents qui exacerbe de manière inédite les formes de la concurrence et de la compétitivité internationales, ainsi que les conflits d’intérêt.

Stratégie par excellence de type indirect, surtout en un temps où l’arme nucléaire fait perdre à la force militaire tout son intérêt entre grandes puissances capitalistes et où la diplomatie montre ses limites, la « guerre économique » apparaît comme une autre façon de faire la guerre (dont elle est une expression métaphorique), sans recourir aux armes traditionnelles, via des leviers redoutablement efficaces : le capital financier, la maîtrise de la Recherche-Développement, l’intelligence économique, l’affirmation de modèles économiques (l’American Way of Life notamment), les barrières douanières, le contrôle des matières premières stratégiques (énergétiques et minérales notamment), ou encore la pénétration des marchés extérieurs.

Dans ses formes les plus classiques, la guerre économique menée par certains Etats vise à s’assurer des avantages supplémentaires, voire stratégiques au détriment d’autres Etats pour conserver leur domination. Le choix américain de ne pas signer le protocole de Kyoto s’inscrit par exemple résolument dans cet ordre d’idée, l’objectif étant de ne pas affaiblir l’économie américaine et de ne pas remettre en question le modèle de consommation américain. Dans ses formes les plus radicales (boycott, blocus, embargos, sanctions économiques, gels des avoirs, expropriations d’entreprises, etc.), la guerre économique a clairement pour vocation d’affaiblir les Etats (Cuba, Corée du Nord, Syrie, aujourd’hui ; Afrique du Sud, Rhodésie du Nord au temps de l’apartheid hier ; etc.). Dans certains cas, elle précède la guerre, voire la provoque.

Parent pauvre de la géographie économique, l’analyse de la guerre économique permet d’aborder l’étude de la mondialisation sous un angle renouvelé et original. Cette conférence aura pour objectif d’en montrer tout l’intérêt en proposant une grille de lecture des relations économiques internationales et de la mondialisation sous un angle encore très peu abordé par les géographes, mais très prometteur.


haut de page

ffs