Pourquoi coopérer entre territoires dans un monde en compétition ?
Michel Bussi
Université de Rouen, UMR CNRS IDEES

Aujourd’hui, tout autant que les guerres et conflits, se sont les coopérations territoriales qui recomposent le monde. L’union européenne, les grandes régions, les réseaux de villes, les intercommunalités sont autant d’exemples mondiaux de territoires qui se construisent essentiellement à partir de processus de coopération.

Cette communication s’appuiera sur la présentation d’un ouvrage collectif dirigé par Michel Bussi : « Un monde en recomposition : géographie des coopérations territoriales », publié en 2008, aux Presses Universitaires de Rouen (Co-auteurs : Bernard Elissalde, Gérald Billard, Stéphanie Lima, Bruno Lecoquière, Françoise Lucchini, Yvette Vaguet, Laurent Lévèque…). L’ouvrage analyse cette « révolution silencieuse » des territoires, qui a été relativement peu été étudiée par les géographes. Cette conférence (et cet ouvrage) repose sur un double objectif :

- observer dans des aires géographiques variées ces processus de recompositions territoriales par les coopérations (Europe, Afrique, monde anglophone, Proche-Orient, Amérique latine, Russie)

- proposer des pistes de réflexions théoriques, empruntées notamment à l’économie politique, pour une « géographie des coopérations territoriales ».

En effet, en géographie, le terme de « coopération » est le plus souvent entendu dans le sens de coopération nord-sud, c'est-à-dire d’une « aide économique aux pays moins développés ». C’est de loin le sens principal, donné à la « coopération » dans les ouvrages de géographie. La « coopération », au sens général, est ainsi absente des principaux dictionnaires de géographie.

Ce faible intérêt des géographes pour la coopération tranche avec la place réservée à ce concept en science économique. La coopération apparaît au cœur des réflexions des économistes, à travers au moins deux sous-disciplines : « L’économie politique », et notamment la théorie des jeux coopératifs ou non coopératifs ; « la science régionale ».

Si la « science régionale » est de loin de champ le plus connu des géographes, le champ de « l’économie politique » est apparu plus récemment. Les « économistes politiques » font de la coopération le concept central de leur recherche, mais la coopération est alors très peu analysée sous un angle géographique. Réciproquement, les géographes connaissent peu l’économie politique. Ainsi, dans le champ des modèles économiques, les géographes se sont largement inspirés d’un certain nombre de modèles d’économie spatiale (Christaller, Von Thünen, Thiessen, Alonso, Reilly etc…). Par contre, les géographes, au moins français, n’ont quasiment pas visité le champ des modèles de l’économie politique. Les modèles déterministes continuent donc d’être explorés alors que ceux basés sur la théorie des jeux (et donc les stratégies d’acteurs) sont en grande partie inconnus des géographes (Von Neumann, Nash, Axelrod, Schelling). Tazdait (2005) affirme ainsi : « les jeux ont fini par dresser un pont entre différents domaines de recherche, favorisant ainsi l’interdisciplinarité. On assiste aujourd’hui à des collaborations entre économistes, sociologues, politologues, anthropologues, psychologues, voire biologistes ». Mais parmi cette longue liste de disciplines, les géographes ne sont pas cités… Pourtant, de Von Neumann à Axelrod en passant pas Schelling, l’espace est très souvent présenté comme une matrice indispensable à la coopération (Bussi, Daudé, 2005).

Notre communication, se propose de tenter de définir et détailler la « coopération territoriale » autour de quatre concepts centraux (coalition, réciprocité, alignement, entraînement). Elle détaillera ensuite un modèle contractuel, tentative de typologie entre trois formes de coopérations territoriales (coopération stratégique, coopération subsidiaire, coopération communautaire), qui répondent à trois questions centrales (Quel intérêt commun pour une association territoriale ? Comment s’assurer d’un pouvoir de décision égal dans un contexte territorial ? Comment partager également les bénéfices et assurer les risques ?).

L’ensemble de ces développements sera illustré d’exemples géographiques concrets issus des travaux spécifiques de terrains de l’ouvrage « Un monde en recomposition : géographie des coopérations territoriales » (France, Union européenne, Mali, Argentine, Australie etc..).


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ffs