Les outils géographiques pour penser la
guerre, penser la paix

Paul Claval
Professeur émérite. Université de Paris-Sorbonne
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De quels outils l’intelligence occidentale dispose-t-elle pour penser la guerre ou penser la paix ? Depuis le XVIIe siècle, de l’idée d’Etat souverain (on dit aussi westphalien) - et de celle de système de relations internationales.

Un modèle vieux de trois siècles et demi

Dire que le monde est fait d’Etats souverains, c’est supposer qu’il est fait de territoires indépendants où règne la paix intérieure. A l’extérieur s’établissent des rapports de forces, si bien que la paix n’est assurée que lorsque existent des équilibres de dissuasion. Les Etats souverains n’hésitent pas à annexer ou à contrôler les territoires incapables de se protéger (première forme de l’impérialisme) ou d’assumer les obligations des Etats souverains (deuxième forme).

Ce modèle a servi à penser le monde du début du XVIIe siècle à la fin de la guerre froide. Il a subi des transformations : on est passé de l’Etat de droit divin à l’Etat national dans le courant du XVIIIe siècle ; la nation est devenue une réalité économique dans le courant du XIXe siècle – ce qui a transformé la guerre en guerre totale.

L’idée d’une pacification des relations internationales naît à la fin du XVIII siècle ; elle se traduit par la création de la Société des Nations en 1919 et de l’Organisation des Etats-Unis en 1945. La diplomatie des Droits de l’Homme, qui en est issue, ne joue cependant qu’un rôle mineur jusqu’à la fin de la Guerre froide.

La multiplication des Etats-Souverains et la fin de l’affrontement des Super-Grands marquent-elles le début d’un monde où les nations arriveraient enfin à créer un ordre négocié et pacifique ? Rien n’est moins sûr.


La genèse d’un nouveau modèle

La souveraineté de l’Etat westphalien est minée par les réseaux internationaux que la globalisation multiplie et par la mobilité qu’elle assure. Beaucoup d’Etats soit-disant nationaux sont prêts à monnayer leur souveraineté pour s’assurer des ressources.

Il y a toujours eu des conditions où le faible pouvait contrer le fort – c’était le sens des guérillas – mais c’était à l’intérieur de territoires étatiques que la confrontation avait lieu. Des équilibres de terreur du faible au fort se développent aujourd’hui grâce à la multiplication des réseaux, à la complicité de certains Etats et aux théâtres nouveaux d’opération que constituent les grandes métropoles.

On commence à peine à apprendre à penser les problèmes de la paix dans les cadres qui se mettent ainsi en place.


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