L’OTAN, acteur géostratégique
André Dumoulin  1
Docteur en sciences politiques Attaché de recherche à l'Ecole royale militaire (Bruxelles)
Résumé
L’OTAN. Vaste sujet, éminemment délicat, à facettes et très connoté idéologiquement. Et nous pouvons affirmer que les événements en Géorgie, les victimes militaires françaises en Afghanistan et le processus de rapprochement transatlantique avec la rive sud de la Méditerranée et les nouvelles orientations sur une OTAN globale alimentent et entretiennent durablement les questionnements.

L’OTAN aujourd’hui, c’est d’abord 26 Etats membres et des partenariats divers avec des dizaines de pays. Elle est dans les Balkans2. Elle apporte son soutien et dispense une formation aux soldats chargés du maintien de la paix en Afrique. Elle forme les forces de sécurité (militaires et policiers) en Irak via le programme NTM.1. Elle opère en Méditerranée dans le cadre de l’opération maritime « Active Endeavour » de contrôle des voies maritimes et des transits de marchandises depuis mars 2003. Elle intensifie ses relations bilatérales et multilatérales en ajoutant au Dialogue méditerranéen (1994)3 un véritable partenariat via l’Initiative de Coopération d’Istanbul (juin 2004) avec des pays choisis de la région du Moyen-Orient élargi, en commençant par les pays membres du Conseil de coopération du Golfe4. Initiative visant à renforcer la sécurité et la stabilité dans la région par le biais d’un nouvel engagement transatlantique, en fournissant un avis adapté sur la réforme de la défense, l’établissement des budgets de la défense, la planification de la défense et les relations civilo-militaires. Elle vise également à encourager l’interopérabilité des armées avec celles de l’Alliance via différents exercices et manœuvres. Au sommet de Riga en novembre 2006, l’OTAN annonça une Initiative de coopération en matière de formation permettant aux militaires des deux groupes de suivre des cours dans les écoles de l’Alliance5. Avec l’ISAF en Afghanistan et les facilités militaires et logistiques déployées autour, elle est présente à l’Est et à l’Ouest de l’Iran tout un surveillant un Pakistan nucléaire. Bref, l’OTAN est présent de la zone atlantique à l’arc de crise oriental et partout aussi où elle aborde son pavillon. Stratégie de présence, stratégie d’influence, stratégie d’engagement, stratégie d’enculturation ou d’acculturation stratégico-militaire dans le champ idéologique, procédural, technologique et commercial.

Mais pour saisir le cheminement d’une OTAN qui s’engage dans un processus d’élargissement6 que d’aucuns définissent comme une dilution par extension ou « d’une fin en soi », le mieux est de préciser les « moments », les « étapes » du processus de réformes (au pluriel) de l’Alliance. Il sera ensuite loisible de s’interroger sur les scénarios et chausse-trappes qui sont disséminés sur la route d’une organisation bureaucratique qui reste sous contrôle des Etats membres et particulièrement du plus puissant d’entre eux. Organisation qui est effectivement un acteur géostratégique, à la fois comme alliance historique et comme organe de gestion de crises.

Nous pouvons même aller plus loin en termes de définitions : l’OTAN est avant tout une technostructure créant une forte interopérabilité humaine et procédurale. L’OTAN, c’est une machine de 22.000 personnes et plus de 320 comités et sous-comités qui travaillent à interopérabiliser via le Secrétariat international, les Stanags, et les milliers de procédures, l’OTAN faisant naître « mimétisme, normativité et isomorphisme stratégique et technologique » (De Neve) entre les organisations. C’est sa caractéristique première, son fondement existentiel, son héritage premier. L’OTAN est une machine à interopérabiliser. D’autres définitions contextuelles existent. J’y reviendrais bientôt.

Prenons si vous le voulez bien la machine à remonter le temps.

Des trois adaptations

Comme vous le savez, l’histoire de l’organisation euro-atlantique qui a, par le passé, bâti sa légitimité essentiellement sur la défense territoriale et les libertés individuelles dans le cadre de l’économie de marché face au régime communiste et dans une opposition idéologique entre les blocs, est aussi celle de multiples psychodrames, déchirements internes sur fond de crises et tensions internationales.

Périodiquement égratignée, l’Alliance atlantique restent encore aujourd’hui le symbole d’un identitaire « occidental »7 et d’un espace « euro-atlantique » qui dépassent la seule notion de défense collective. Aussi, la plus puissante alliance militaire que la Terre ait jamais connue est encore au devant de la scène avec des États membres qui entretiennent au total quelque 75% des dépenses militaires mondiales.

En d’autres mots, l’OTAN plie mais ne se rompt pas : on peut la soutenir ou la contester mais à examiner les politiques nationales, aucune capitale n’entend actuellement y renoncer. Principe de précaution oblige.

Mais les égratignures ont souvent du mal à cicatriser. Et d’une certaine manière les deux grandes réformes de l’organisation sont autant le résultat des tensions que l’expression de celles-ci.

Réformes et adaptations de l’OTAN, pressée à la fois par les circonstances – fin de la guerre froide, effets des guerres balkaniques, clash du 11 septembre – et par les bouleversements politico-stratégiques dus à la « montée en puissance » relative de l’Union européenne, aux élargissements ou à la stratégie globale américaine.

La première adaptation de l’OTAN fut celle de l’immédiate après-guerre froide8.

Elle entendait harmoniser les objectifs structurels de l’Alliance et la nouvelle réalité géopolitique et géostratégique du Vieux continent.

Le sommet de Rome de 1991 intégra les nouvelles missions de prévention et de gestion des crises pouvant porter atteinte à la sécurité européenne.

Il s’agissait de soutenir, au cas par cas, des opérations de maintien de la paix menées sous l’autorité du Conseil de sécurité, ouvrant ainsi l’idée de l’action dans le « hors zone », qui fut politiquement entérinée dix ans plus tard lors du sommet de Prague et pour la première fois réellement pratiquée en Afghanistan.

L’OTAN décida ainsi d’aller au-delà du cadre unique de la stricte défense collective.

Quant à la refonte des structures politico-militaires, elle devait permettre de tenir compte :

*de l’évolution de la doctrine de sécurité américaine vers une stratégie mobile,

*de discourir sans réelle modification du rapport de forces euro-atlantique du concept d’identité européenne de sécurité et de défense (IESD) dans l’OTAN,

*et de parachever le rapprochement partiel de la France vis-à-vis de l’OTAN.

Les résultats, nous les connaissons :

La deuxième adaptation de l’OTAN fut plutôt la résultante de l’autonomisation politique européenne en matière décisionnelle mais aussi et surtout des effets des méga-attentats du 11 septembre 2001 sur la politique de sécurité américaine.

De nouvelles démarches structurelles furent alors lancées pour répondre à de nouveaux défis.

L’OTAN adopta en juin 2003 une nouvelle structure de commandement.

De même, elle finalisa enfin les arrangements permanents OTAN-UE, dit accords Berlin-plus12. L’OTAN permettait ainsi la cession des moyens et capacités de l’Alliance au profit de missions de l’UE, si l’organisation atlantique n’est pas intéressée. Le Conseil de l’Atlantique nord pouvait dès lors « prêter » à l’Union certains de ses moyens « stratégiques » dans certaines circonstances (quartiers généraux, logistique, AWACS, etc.), augurant en quelque sorte une forme de dépendance capacitaire qui reflète le différentiel de moyens stratégiques entre les organes et outils intégrés de l’OTAN et la PESD (UE).

Dans ce cadre, l’Union européenne conserve la pleine autonomie politique de décision, mais le compromis implique qu’une force européenne ne peut intervenir contre les intérêts d’un État membre de l’UE… ou de l’OTAN13.

Parallèlement au repositionnement vers l’Est et le Sud-est de certaines installations américaines sous statut OTAN, ou via des accords bilatéraux, l’OTAN décide alors de créer la « Nato Response Force » (NRF)14, outil de réponse ultra-réactif face aux nouvelles menaces et facilitateur de coalitions de circonstance, avec, pour reprendre l’expression de Benoît d’Aboville, « des alliés de commodité »15. Il devait clair de la NRF avait une fonction de projection hors zone.

NRF qui est le symbole de la prise en compte par les Européens des nécessaires restructurations des outils militaires nationaux, à partir d’une réflexion stratégique initiée par Washington sur les moyens à opposer aux nouveaux défis sécuritaires transatlantiques.

Ce deuxième paysage otanien ne se dessina pas sans mal. On y vit se développer nombre de rivalités politiques et idéologiques autour de l’avenir de « l’objet OTAN », dans un champ de réflexion et de visibilité ambivalent.

De fait, par moments, l’Alliance est marginalisée dès que perçue comme un élément de contrainte et d’entrave bureaucratique par les Etats-Unis : ce fut le cas, par exemple à propos de la dissociation des forces selon les missions en Afghanistan, une façon de prendre en compte les enseignements autour des frappes aériennes au Kosovo et en Serbie en 1999 qui amenèrent des tiraillements autour du Groupe de contact sur le choix des cibles16.

Mais par instants, l’organisation acquiert une sorte de « survisibilité » en ce qu’elle est conçue soit comme une boîte à outils, un facilitateur de coopération et un multiplicateur de forces, soit comme l’organisation emblématique de missions asymétriques dans un vaste tout azimut.

Selon les circonstances et les lectures donc, l’OTAN peut être vue ; soit comme une organisation à forte plasticité diplomatique et opératoire ; soit et au contraire, comme une organisation fragilisée par la volonté américaine de ne pas s’en servir, dès lors que la lecture géopolitique de la Maison-Blanche suggère une autre posture diplomatico-stratégique.


Pour compliquer le tout, la bureaucratie de l’OTAN ou les Etats membres, peuvent, à tel ou tel moment, privilégier des attitudes diverses ou être définie à la carte :


Quant à la troisième démarche adaptative de l’OTAN annoncée autour de Riga, elle fut précédée de multiples questionnements causés en partie par le syndrome de la guerre en Irak et sur le relationnel euro-atlantique et intra-européen.

Au-delà du suivi des dossiers récurrents que sont la force de ultra-réactive de l’OTAN et les futurs élargissements - Croatie, Macédoine, Albanie21 - plusieurs États membres, des parlementaires, des partis politiques, des stratégistes et des ONG se sont engouffrés dans ces thématiques, multipliant des questions jugées fondamentales22 pour l’avenir de l’organisation atlantique :

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De toutes ces questions, certaines furent résolues, d’autres ignorées, d’autres enfin postposées. Mais nous n’avons pas vécu une troisième grande adaptation. La montagne a en quelque sorte accouchée d’une souris car procéder à des réformes au sein de l’Otan n’est jamais chose évidente dès lors que toute décision se joue par consensus dans un espace intergouvernemental.

Et comme par le passé, nous avons vécu des rivalités entre « Grands », des escarmouches de petits pays, des négociations sur chaque terme des textes officiels et des oppositions quasi-philosophiques sur l’avenir de l’organisation euro-atlantique.

A la différence de la première grande adaptation de 1999 puis celle de Prague en 2002, le sommet de Riga est finalement devenu une « réunion intermédiaire » où certains dossiers n’ont pas été entièrement clarifiés.

Une situation qui est sans aucun doute liée à l’affaiblissement de l’administration Bush et les difficultés à gérer le dossier afghan. Cela a probablement donné davantage de poids et de voix aux pays qui se montraient réticents à une grande messe  transatlantique.

Pour preuves :

- L’adoption du principe d’une approche multinationale et pluridimensionnelle du dossier afghan46 sur le modèle Kosovo (paragraphe 6) et non plus spécifiquement militaire ;

- L’absence d’identification nominale de pays du partenariat dans le communiqué final et donc refus d’institutionnaliser le projet américain de partenariat global au profit de réunions ad hoc et de configurations souples dans les consultations (paragraphe 13) ;

- Le maintien du droit de veto à l’usage de la NRF déclarée pleinement opérationnelle à Riga (paragraphe 23), certains États refusant que celle-ci s’ouvre à des missions non-militaires, à l’image de ce qui s’est passé avec les premiers modules NRF lors de l’intervention OTAN après le passage de l’ouragan Katrina (États-Unis) ou après le séisme au Pakistan ;

- Délimitation de la mission de sécurité énergétique dans le domaine précis de la protection des infrastructures et non de la dimension élargie politique et géoéconomique de la sécurité énergétique s’agissant ici d’une dimension non militaire (paragraphe 24).

Et ce n’est pas le texte de cinq pages, intitulé « Directive politique globale »47, négocié pendant six mois à la virgule près et dévoilé à Riga et qui, en aucun cas ne peut être assimilé à un nouveau Concept stratégique, qui va modifier l’appréciation générale sur le sommet.

Et s’il doit y avoir un grand sommet, ce sera en 2009, année des 60 ans de l’Otan, pour entériner la ratification desdits États et éventuellement saluer la venue d’autres pays des Balkans. Toute l’Europe étant à ce moment dans l’escarcelle de l’Alliance, sauf l’Irlande, l’Autriche, la Suède, la Finlande, la Suisse : les cinq pays « non alignés » néanmoins États parties au Partenariat pour la Paix (PpP) de l’OTAN.


Entre les deux, le sommet de Bucarest d’avril 2008, doit être aussi considéré comme transitoire, « réunion intermédiaire » et attentiste ; l’Ukraine et la Géorgie n’ayant pas encore pu bénéficier du MAP48. Une situation qui pourrait s’expliquer par l’affaiblissement de l’administration Bush après les récentes élections et les difficultés à gérer le dossier irakien et afghan.

Comme nous pouvons le percevoir, l’OTAN est un acteur géostratégique par son statut, sa politique, ses interventions. Les dossiers de l’élargissement et celui de l’introduction du débat sur les systèmes anti-missiles en Europe le confirment aisément.

Dans le premier cas, l’élargissement peut être analysé de plusieurs façons. Citons pêle-mêle le dépassement du vacuum de sécurité à la projection de stabilité, la réconciliation géographique et historique à la conjuration des risques de retour en arrière ; la recherche de nouveaux acquis géostratégiques à la mise en place d’installations militaires en Asie centrale et au bord de la Mer Noire, relais vers les missions proche-orientale et pakistano-afghane ; la logique mercantile et commerciale via la formation militaire et le Partenariat pour la paix et autre « Plan d’action pour l’adhésion » (MAP) alors que la thèse selon laquelle là où à l’Est se trouve la majorité des capitaux occidentaux, aboutiraient les limites de la zone de sécurité maximale de l’OTAN doit encore être vérifiée. Nous pouvons également voir dans l’élargissement : un des éléments permettant l'accès aux marchés sans prise de possessions territoriales, avec transferts de valeurs et de modèles à l'image du messianisme de La Nouvelle Frontière. Une projection d'influence plus loin en Europe par le biais du CPEA, du PfP, de l'Acte fondateur OTAN-Russie, de la Charte OTAN-Ukraine et des missions multinationales KFOR et autre ISAF ; un moyen de mieux protéger les oléoducs avec l’idée du sénateur Lugar d’étendre l’article 5 de défense collective à la sécurité énergétique49 ; un moyen opportuniste de mieux ceinturer "sanitairement" une Russie politiquement incertaine. Il peut également être dans une forme d’utopie un instrument visant à terme l'extension sécuritaire de Vancouver à Vladivostok, qui par le biais de l'OTAN, serait l'outil de défense d'une OSCE renforcée à moins que ce ne soit, comme le suggère l’ultraconservateur Richard Perle, une sorte d’ONU armée. Utopies en effet au vu de la crise géorgienne, du gel des relations OTAN-Russie et des tensions russo-ukrainienne autour de la Mer Noire et de la proposition de Kiev de « prêter » ses radars anti-missiles à l’Occident !

Sans aborder les questions de fond autour de l’Ossétie du Sud et de l’Abkhazie – d’autres ateliers à St-Dié s’y consacrent en tout ou en partie – on peut déjà affirmer que l’OTAN, qui s’est impliquée dans la crise de manière indirecte50, a en principe bien reçu le message russe que les marches de la Russie ne peuvent être phagocytées par le traité transatlantique ; Moscou étant historiquement porté à créer un glacis, une arrière-cour, une zone tampon autour d’elle pour des raisons de sécurité alors que la Géorgie et l’Ukraine51 sont sensés en principe recevoir le statut de membre du MAP lors du Conseil de l’Atlantique nord de décembre 2008. Or le MAP est l’étape sur le chemin qui conduit inexorablement les deux pays à l’adhésion. Affaire à suivre alors que l’épisode géorgien pourrait laisser penser que l’on « touche là aux limites des stratégies d’expansion de l’OTAN et notamment à la « do it strategy » promue par le nombreux experts européens et américains selon laquelle on pourrait élargir l’OTAN sans que les Russes ne fassent quoi que ce soit »52. La doctrine russe de la souveraineté limitée nous revient par la fenêtre et cela concerne la Transnistrie, la Moldavie, le Belarus, le Caucase, l’Ossétie du Sud et l’Abkhazie mais aussi l’Ukraine.

Dans le second cas, l’accord, cet été, sur le déploiement des systèmes antibalistiques53 et du radar en bande X associé en Pologne et en Tchéquie pour 2011-2013 et dont le dossier fut progressivement connecté54 aux propres projets anti-missiles otaniens (complément au dispositif)55 peut-être également analysé comme une implication géostratégique du alliés européens dans un dossier dont la lecture implique avant tout une vision transatlantique, de contre-prolifération dans un champ régional mais aussi atlantique (3ème site de défense multicouches avec la Californie et l’Alaska) du continent nord-américain vis-à-vis de missiles à longue portée iraniens). Ici également, une Russie décomplexée ne veut plus battre en retraite quant bien même le déploiement de missiles anti-missiles à effet de choc ne vulnérabilise pas les silos nucléaires russes intercontinentaux.

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Reste les socles, les éléments incontournables qui donnent le « la » dans la complexité de la lecture de l’OTAN.

Les socles

Primo, nous ne pouvons définir l’Alliance comme une structure autonome. Elle est nourrie et dépend des Etats qui l’a composent. N’oubliez jamais que la liberté de s’engager sur le terrain et la prise de risque concomitante, reste sous responsabilité nationale. Les décisions française et belge par exemple « d’en être » en Afghanistan mais non en Irak renvoient à cette souplesse à forte connotation politique et diplomatico-éthique, à moins que ce ne soit par « contrition au refus d’aller en Irak » (ambassadeur Benoît d’Aboville)56.

La question de l’Alliance atlantique ne peut donc être abordée indépendamment de celle de l’Union européenne. Les dossiers de l’avenir de l’OTAN et de la dimension sécuritaire de la politique de l’Union européenne sont connexes, interagissant de manière compétitive ou complémentaire au fil situations, et du positionnement des partis et des gouvernements.

Secundo, Les relations entre organisations de sécurité, entre bureaucraties, entre Etats alliés sont faites d’une multitude de contradictions qui débouchent souvent sur des positionnements schizophrènes. Les grands dossiers politico-militaires ouverts entre l’Otan et l’UE n’ont donc aucune chance d’être résolus rapidement et facilement : les différences de perception et les intérêts des Etats suffisent à l’expliquer. Au-delà, il s’agit bien aussi de la prise de conscience d’une solidarité incontestable face à de nouvelles menaces : « l’Union européenne et l’Alliance ne partagent pas uniquement des valeurs et des intérêts communs, mais sont également confrontées à des menaces communes » affirme la dernière déclaration du Conseil franco-allemand de défense et de sécurité du 14 mars 2006. Et l’OTAN constitue une organisation dont 21 membres sur 2657 sont aussi membres de l’UE.

Pour les opérations collectives les plus complexes, l’OTAN reste centrale, à terme prévisible, dans la mesure où l’Union ne dispose pas des capacités ou de la volonté politique pour s’y engager militairement seule.

Le débat doit plutôt porter demain sur trois grandes questions qui vont revenir au devant de la scène car les ambiguïtés demeurent.


Première question. L’OTAN a-t-elle la capacité opérationnelle et l’autorité morale d’exporter la sécurité dans le grand tout azimut ? Et que dire alors du rapport entre la géopolitique de l’OTAN et la géopolitique de la prise de risque. Ce qui est sous-jacent tient de la responsabilité du politique face aux victimes civiles et militaires, face à la prise de risques et au nombre de sacs mortuaires. L’interventionnisme est toujours dépendant du jeu des opinions publiques et de la sélectivité des médias. Il y a alors à mettre en face à face les risques de morts et le caractère « hors zone et lointain » des opérations. Pour l’État, l’intervention doit donc être tout en nuance, tenant compte davantage d’intérêts politiques nationaux et accessoirement des pressions alliées.

Entre le légalisme onusien et le sentiment d’adhésion des populations, le positionnement des Etats sera toujours à la carte afin de se garantir la marge de manœuvre la plus large. Les opérations hors zone, même primordiales, n’ont que peu à voir avec les intérêts vitaux de la défense territoriale de la nation, la défense des valeurs sociétales et démocratiques de « l’Etat-Patrie » et de « l’Etat » européen. Dès lors, la question du seuil de tolérance reste assurément difficile à quantifier alors que la guerre devient un spectacle lointain télégénique (Martin Shaw) et que les opinions publiques sont versatiles du point de vue idéologique58.

A des enjeux non vitaux pour les Etats répond toujours une prise de risques mesurée : ceci explique l'existence de règles d'engagement spécifiques sur le terrain et les restrictions nationales à l'emploi des forces (caveats)59 dont les contenus sont plus ou moins rigides et contraignants selon les Etats alliés qui décident toujours en dernier ressort. Il y va de la responsabilité politique des gouvernants à propos de la vie de leurs citoyens militaires, policiers et civils nationaux. Mais tout serait trop simple.

Derrière ceci opère aussi le poids historique et culturel des armées. Selon les Etats, le rapport à l’engagement, l’esprit de défense et le soutien de l’opinion publique nationale restent particulièrement disparates. Les gouvernements associés à l’OTAN ont donc fort à faire dans cette équation où s’entrechoquent objectifs diplomatiques, intérêts nationaux, calculs électoraux, solidarité avec les alliés européens et américains, niveau de risques hors défense territoriale, divergences entre partis politiques, lecture des objectifs stratégiques américains, otaniens, européens.

Aussi, à chaque décision politique dans le champ militaire, le citoyen comme le politique ou le militaire seront devant le même dilemme : quels rapports entre le sacrifice militaire, les valeurs, l’éthique, le respect de l’homme et les intérêts étatiques ?


Deuxième question. L’OTAN a-t-elle la légitimité politique d’être un outil multifonctions ou doit-elle se concentrer sur ses compétences premières, militaro-stratégiques?


Troisième question. L’OTAN peut-elle être une organisation globale si elle est utilisée soit comme réservoir de forces, soit comme instrument supplétif, soit comme moyen de contourner ou de contrer certaines prétentions de l’UE, soit comme interface avec l’association à la carte de partenaires de circonstance tous azimuts, soit comme tremplin aux intérêts stratégiques, géoéconomiques et technico-industriels nord-américains, soit comme symbole pouvant aboutir à une vision bipolaire du monde alimentant la thèse du conflit civilisationnel en créant une sorte de Sainte Alliance occidentale, un axe dit du Bien ? Peut-on soutenir une globalisation otanienne au prix de l’effacement de la PESD de l’Union ? En d’autres mots, si l’OTAN se globalise et tente d’imiter les missions de l’UE, quelle utilité alors pour la PESD ? Nous savons pertinemment que la réponse est incongrue et que l’UE fonctionne dans un registre sécuritaire spécifique et complémentaire.

Mais dans le débat sur les liens entre lectures (au pluriel) de la sécurité, de la géostratégie et de l’avenir de l’Alliance, n’oublions jamais que 21 membres de l’UE sont aussi membres60 de l’OTAN et qu’il ne faut pas nous faire croire que l’Alliance atlantique se lit uniquement par l’équation réductrice «  OTAN = USA ».

Aussi, la question de l’OTAN globale ne peut avoir de réponse figée et institutionnelle. Les pays membres ont des positions divergentes sur cette posture tandis que l’Alliance atlantique elle-même a souvent organisé la coopération à la carte en faisant jouer agences et autres accords de coopération bilatérale en laissant les États partenaires « à la frontière du Traité » tant que c’était tactiquement nécessaire61.

C’est probablement l’évolution du théâtre afghan qui conditionnera les avancées du débat sur l’avenir de l’OTAN et sa géostratégie et dont certains membres hésitent encore à soutenir une Alliance « attrape-tout », « une ligue des démocraties » pour reprendre l’expression de Robert Kagan ou un nouveau « bloc » dans l’esprit d’une nouvelle « guerre froide »62 revue et actualisée parce que l’OTAN est allé « un pont trop loin » en s’approchant trop de la Russie ».

Les Etats ont toujours la politique de leur géographie et pour d’aucuns, l’épisode géorgien pourrait donner un nouvel argumentaire à la pérennité de l’Alliance atlantique dont on peut penser que l’expression géopolitique est de faire du globalisme, du fonctionnalisme « en cassant les frontières » (Dufourcq).

En conclusion, la définition du problème de l’Alliance aujourd’hui et demain est celle « d’une fin à la recherche de moyens à des moyens à la recherche d’une fin »63. L’OTAN sait-elle où elle va ? Est-elle un outil géopolitique ou un organe fonctionnel ? Fait-elle de la « géopolitique » sans le savoir ?

Je vous remercie pour votre aimable attention.

1 André Dumoulin, Département des sciences du comportement à l’ERM (Bruxelles), Chargé de cours-adjoint à l’Université de Liège (master 2, « Défense européenne »).

2 Avec 16.331 hommes au Kosovo et 57 en Bosnie.

3 Les pays concernés sont l’Egypte, Israël, la Jordanie, la Mauritanie, le Maroc, la Tunisie. Ils seront rejoints par l’Algérie en l’an 2000.

4 Le 12 décembre 2006, Le Koweït conclut un accord de sécurité avec l’OTAN. Les autres pays sont les Emirats Arabes Unis, le Koweït et le Qatar.

5 Pour davantage de détails, cf. Kassim Bouhou, « L’Otan et le monde arabe : peur, dialogue et partenariat », dans Politique étrangère, IFRI, Paris, 1-2008, pp. 119 et sv.

6 La première vague d’élargissement post-guerre froide concerna les pays d’Europe centrale (République tchèque, Hongrie, Pologne). Il y eu ensuite l’intégration en 2004 des pays baltes, de la Roumanie, de la Bulgarie, de la Slovaquie et de la Slovénie (décision à Prague en 2002). Puis il devrait y avoir formellement l’entrée de la Croatie et de l’Albanie fin 2008 invités lors du sommet de Bucarest en avril 2008. L’ancienne République yougoslave de Macédoine (ARYM) étant bloquée pour des motifs historico-politico-sémantiques.

7 A ce propos, cf. l’étude toute en nuance de Bruno Tertrais sur Europe/États-Unis : valeurs communes ou divorce culturel ?, Notes de la Fondation Schuman, n°36, Paris, 2006.

8 Cf. André Dumoulin, Quel avenir pour l’OTAN ?, Problèmes politiques et sociaux n°782, La Documentation française, Paris, 28 mars 1997.

9 Le processus d’adhésion à l’OTAN se déroule en trois temps : partenariat, dialogue intensifié et enfin Membership action plan.

10 Il y a 24 pays membres du CPEA rejoints par les 26 Etats membres de l’OTAN.

11 Il y a 35 Etats membres dans le PfP (les 24 membres du CPEA plus 10 Etats membres de l’OTAN). Précisons que la Suède, la Finlande, l’Autriche, l’Irlande, la Suisse, la Géorgie, l’Albanie ont aussi signé le PfP.

12 Relevons que lors des réunions entre le Comité politique et de sécurité (COPS) de l’Union européenne et le Conseil de l’Atlantique nord (CAN) de l’Alliance, les cultures restent souvent différentes (malgré le fait que les pays sont bien dans les deux organisations) et les représentants de l’OTAN, à savoir les ambassadeurs, sont de rang plus élevé que les représentants du COPS, ont souvent plus d’ancienneté et monopolisent la parole. En outre, les réunions COPS-CAN s’interdisent de discuter d’autres sujets que ceux concernant les accords de Berlin plus, à savoir aujourd’hui l’opération Althea en Bosnie, EUPOL Afghanistan et EUFOR Tchad/RCA ainsi que les questions capacitaires. En effet, l’UE refuse que l’on aborde d’autres questions puisque Chypre et Malte (pays membres de l’UE non membres de l’OTAN) sont empêchés de siéger à table (+blocage turc entraînant, absence d’habilitation de sécurité par l’OTAN).

13 Une façon d’éviter que l’UE n’intervienne avec des moyens de l’OTAN pour soutenir les Chypriotes ou les Maltais qui n’ont pas d’accords de sécurité avec l’Alliance. Plus précisément, les arrangements Berlin-plus ne peuvent être mis en œuvre qu’avec les États membres de l’UE qui sont en même temps soit membres de l’OTAN, soit parties au « Partenariat pour la Paix », et ont donc conclu des accords de sécurité bilatéraux avec l’OTAN.

14 L’Eurocorps (France, Allemagne, Espagne, Belgique, Luxembourg) a pris son alerte entre le 1er juillet 2006 et le 10 janvier 2007 (7ème alerte opérationnelle semestrielle de la NRF en rotation). Sur la NRF, cf. Rupert Pengelley, « Forcing agent : ACT shows NATO members way to transformation », dans Jane’s International Defence Review, décembre 2006, pp. 25 et sv.

15 Benoît d’Aboville, « Les soixante ans de l’OTAN : un point de vue européen », dans Politique étrangère, IFRI, Paris, 1/2008, pp. 91 et sv.

16 Le collégialisme et le gradualisme souhaités par les pays les plus européistes, la critique politico-éthico-militaire sur le choix de certains objectifs au sein du Groupe de contact ne pouvaient convenir à la stratégie « jominienne » américaine de bombardement sous entendant l’écrasement sans paliers. La codification et les règles de la maîtrise de la violence militaire opposent d’ailleurs aujourd’hui fondamentalement les conceptions américaines et européennes.

17 Exemple : livraison de 77 chars de combat en 2005 et 300 tonnes d’obus pour chars en 2006. La Belgique par exemple finance la formation militaire irakienne. La France forme mais hors territoire.

18 André Dumoulin, « L’Union européenne, l’OTAN et la crise irakienne », dans RMES (dir.), La troisième guerre du Golfe. Analyse politique, stratégique et économique, L’Harmattan, Paris, 2007.

19 Ralf Roloff, « Elargissement de l’UE, PESD, OTAN : vers une géométrie variable ? », dans Politique étrangère, IFRI, Paris, 2/2007, p. 391.

20 Christopher S. Chivvis, « Visions américaines de l’OTAN », dans Politique étrangère, n°3, IFRI, Paris, 2007, p. 636.

21 Deux des trois États devraient signer l’adhésion lors du sommet de l’OTAN de fin 2008 pour une entrée en vigueur en 2009, lors du 60ème anniversaire de l’organisation. Les États concernés pour une adhésion ultérieure étant la Bosnie-Herzégovine, la Serbie, Monténégro, la Georgie, l’Ukraine.

22 André Dumoulin, « L’OTAN, un mois avant Riga », dans Politique étrangère, IFRI, Paris, 3/2006.

23 Relevons que certains États européens veulent privilégier l’UE et non le Centre euro-atlantique de coordination des réactions en cas de catastrophe (EADRCC) tout en refusant que l’OTAN étende ses prérogatives en cette matière alors qu’elle n’en a ni le mandat, ni les capacités, à la différence de l’UE, des Traités multilatéraux et de l’ONU.

24 Interview, Le Figaro, 13 octobre 2006.

25 A savoir le terrorisme, la menace ADM et la propagation des drogues.

26 Idée avancée par Karl-Heinz Kamp, « Global Partnership, a new conflict within NATO ? », Konrad-Adenauer-Stiftung, Berlin, mai 2006.

27 Cf. Daalder et James Goldgeier, « Global NATO », dans Foreign Affairs, septembre-octobre 2006.

28Cf. la finalisation du programme de coopération individuelle (PCI) entre l’OTAN et Israël le 16 octobre 2006 dans le cadre du Dialogue méditerranéen renforcé. A cela s’ajoute les modalités de la contribution d’Israël à l’opération maritime Active Endeavour ». Cf. aussi le débat sur l’entrée de la Georgie dans le « Membership Action Plan » de l’OTAN (David J. Smith, « NATO needs to seize on Georgia’s alliance quest », dans Jane’s Defence Weekly, 10 mai 2006).

29 Jan Ole Kiso et Andrian Taylor, « Now it’s NATO’s WMD (weapon of mass democratisation) », dans Europe’s world, novembre 2006.

30 cf. André Dumoulin (dir.), France-OTAN. Vers une convergence doctrinale ?, Bruylant, Bruxelles, 2006.

31 Cette nouvelle flexibilité aboutirait à quatre modèles : *je participe à la mission ; *je donne mon accord politique à la mission mais je m’abstiens d’engager mes propres hommes ; *je donne mon accord à la mission mais je n’offre que de la logistique ; *je m’oppose politiquement à la mission.

32 Ce sont des mercenaires sud-africains qui protègent l’école de formation OTAN en Irak.

33 International Security Assistance Force.

34 Désarmement, démobilisation ; reconstruction de bâtiments et de routes (Provincial Reconstruction Team); lutte contre les stupéfiants ; réforme du service judiciaire ; formation policière,…

35 Depuis août 2003, l’ISAF est sous commandement OTAN. La coalition est composée de 40 pays (dont tous les Etats membres de l’UE à l’exception de Chypre et de Malte mais aussi 12 Etats non membres de l’OTAN!) avec, au 28 août 2008, quelque 51.000 hommes : 31.000 Américains ( y compris opération « Enduring Freedom » hors ISAF), 3.300 Français, 8.380 Britanniques, 3.220 Allemands, 2.500 Canadiens, 2.350 Italiens, 1.770 Néerlandais, 730 Roumains, 1.130 Polonais, 780 Espagnols, 725 Turcs, 471 Belges, 1.080 Australiens, etc. (il y a plus de 50.000 militaires dans l’armée nationale afghane). Les effectifs américains devraient augmenter dans les prochains mois.Rappelons que les Russes ont été jusqu’à 160.000 hommes lorsqu’ils étaient en Afghanistan.

36 Quand bien même les manuels de combat de l’OTAN assimilés par les Alliés sont quasiment la traduction des Field Manuel de l’US Army.

37 Aux États-Unis, le militaire est une partie du système d’arme ; en Europe, l’arme est un produit du politique.

38 Le commandant actuel est le général John Craddock (US Army) qui prit la relève du général James Jones (corps des Marines), le 7 décembre 2006, juste après le sommet de Riga.

39 Les coûts communs OTAN concernent les quartiers généraux intégrés, le réseau radar fixe, les AWACS, les satellites de télécommunications, les bunkers nucléaires WS3,…

40 La Belgique, la France, l’Italie, l’Allemagne et le Royaume-Uni ne veulent pas que l’OTAN élargisse les coûts communs à d’autres secteurs comme les hôpitaux, les déploiements initiaux, la NRF, …Ils proposent plutôt de dépenser mieux et d’examiner tous les postes budgétaires de l’Alliance afin d’y dégager des économies.

41 Seuls trois contrats européens majeurs ont traversé l’Atlantique : le missile Roland, le réseau RITA et l’avion Harrier. Ces programmes datent du début des années 1980 ! A l’inverse, les États-Unis vendent davantage à l’exportation (ex : 252 avions vendus en Europe contre 12 Européens (dont 11 Mig et Sukhoi). Relevons que les États-Unis ont refusé de donner les codes sources de l’avion JSF F-35 aux Britanniques qui y ont pourtant mis énormément de fonds. Sans codes sources, le pays acquéreur est forcé d’armer l’avion avec des armements américains (système d’arme).

42 Le « NATO Strategic Airlift Capability » dont une Lettre d’intention a été publiée le 12 septembre 2006 sera basé à Ramstein. Il s’agira dans un premier temps d’acquérir 3 à 4 C-17 opérationnels en 2009 (entraînement, interopérabilité, organisation de l’emploi).

43 L’Allemagne par exemple ne souhaite pas que leurs unités déployés dans le nord soient transférées dans le sud plus instable où ont lieu des combats violents.

44 Il existe plus de 80 restrictions nationales sur les opérations de l’ISAF en Afghanistan

45 Cf. Hon Des Browne, Ministre britannique de la Défense, Discours au RUSI, Londres, 19 septembre 2006.

46 Proposition de Jacques Chirac de créer un groupe de contact sur l’Afghanistan rassemblant les pays contributeurs de l’ISAF, les forces de sécurité nationale afghanes, l’UE, l’ONU, la Banque mondiale, les pays contributeurs de troupes extérieurs à l’Alliance.

47 Il s’agit en réalité d’un document « qui fournit un cadre et des orientations politiques pour la poursuite de la transformation de l’OTAN, en définissant, pour les dix à quinze prochaines années, les priorités applicables à l’ensemble des questions de capacités, disciplines de planification et activités de renseignement de l’Alliance » (paragraphe 2).

48 Suite aux réticences de plusieurs pays menés par la France et l’Allemagne.

49 Relevons que le pétrole qui transite par la Géorgie par l’oléoduc « Bakou-Tbilissi-Ceyhan » est la seule route d’exportation du pétrole de la Caspienne qui ne passe pas par le territoire russe ou les détroits russes déjà encombrés.

50 Conseillers militaires américains, vente d’armes et aujourd’hui évaluation des dégâts liés aux frappes russes mais aussi aide au développement des plans de défense géorgiens.

51 Relevons que 80% du gaz russe transite par l’Ukraine.

52 Thomas Gomart, « L’Europe et les Etats-Unis se sont trompés sur la Russie », dans EurActiv, 4 septembre 2008.

53 A savoir dix missiles intercepteurs sur la base militaire de Redzikowo délaissée par l‘armée de l’air polonaise il y a neuf ans et située près de la ville de Slupsk (nord de la Pologne) et à 200 km de l’enclave russe de Kaliningrad ainsi qu’une station radar à Brdy, au sud-ouest de Prague (Tchéquie). Cf. André Dumoulin, « La question de la défense anti-missiles en Europe. Entre dilemmes, confusions et tensions », dans Annuaire français de relations internationales, Bruylant-La Documentation française, Bruxelles-Paris, 2008.

54 La question des anti-missiles dans sa définition américaine fut donc abordée dans le cadre du CPD, du Conseil de l’Atlantique nord, du Conseil OTAN-Russie et bien entendu de l’Assemblée parlementaire de l’OTAN. La session spéciale du Conseil de l’Atlantique nord au niveau des directeurs politiques, le 19 avril 2007, démontra que les alliés étaient tous d’accord qu’il exista une menace liée aux missiles sur l’Europe et que le bouclier ne peut représenter une menace pour la Russie qu’il s’agit tout de même de rassurer. L’informelle AE d’Oslo une semaine plus tard confirma le positionnement de l’OTAN tandis que la réunion du CPD le 14 juin de la même année estimait que la réflexion sur la défense antimissile OTAN devait obligatoirement tenir compte du concept de bouclier américain en Pologne et Tchéquie avec une évaluation ultérieure au sein de l’Alliance sur les implications politiques et militaires dudit bouclier. L’accord de principe ou approbation tacite des pays membres de l’OTAN est bel et bien là. Le processus d’entonnoir des programmes américains et OTAN vers une complémentarité multicouche est en quelque sorte entériné – indivisibilité et économie d’échelle obligent - et la feuille de route de l’OTAN semble maintenant claire.

55 La déclaration finale du sommet de Bucarest (avril 2008) indique que les chefs d’Etat et de gouvernement ont accepté de « définir des options pour une architecture globale de défense antimissile visant à étendre la couverture au territoire et à la population de tous les pays de l’Alliance non couverts par le système des Etats-Unis ».

56 Expression de l’ambassadeur Benoît d’Aboville, colloque « Quel avenir pour l’OTAN ? », Club Participation et Progrès, Paris, 18 septembre 2006.

57 Les 5 pays non-membres de l’UE mais membres de l’OTAN sont les États-Unis, le Canada, l’Islande, la Turquie et la Norvège.

58 Selon une étude de la RAND datant de 1996, les cinq facteurs de soutien de l’opinion publique seraient les bénéfices anticipés de l’intervention, la perspective de réussite, les coûts réels ou anticipés humains et matériels, les changements dans la mission et le discours des dirigeants politiques.

59 André Dumoulin, « Le prix du sang et l’opinion publique », dans Le Soir, 1 avril 2008 ; André Dumoulin, « Le zéro-mort, le moindre mort : vers une assimilation européenne ? », dans Revue du Marché commun et de l’Union européenne, n°469, Paris, juin 2003.

60 Sauf Chypre, Malte, la Finlande, la Suède, l’Autriche et l’Irlande.

61 Cf. la finalisation du programme de coopération individuelle (PCI) entre l’OTAN et Israël le 16 octobre 2006 dans le cadre du Dialogue méditerranéen renforcé. A cela s’ajoute les modalités de la contribution d’Israël à l’opération maritime Active Endeavour ». Cf. aussi le débat sur l’entrée de la Georgie dans le « Membership Action Plan » de l’OTAN (David J. Smith, « NATO needs to seize on Georgia’s alliance quest », dans Jane’s Defence Weekly, 10 mai 2006).

62 En vérité, il ne s’agit pas d’une nouvelle guerre froide dans la mesure où nous sommes plus face à deux systèmes idéologiques et sociopolitiques et économiques opposés. Relevons aussi que Moscou continue de coopérer avec l’OTAN sur l’Afghanistan, en dépit de la suspension des travaux du Conseil OTAN-Russie suite au conflit géorgien.

63 Expression de Marc-André Boivin, colloque sur le transatlantique, UQAM, Montréal, 13 octobre 2006.


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