Les frontières du refus ?
Frontières et conflits dans la Corne de l’Afrique
« La frontière donc ne sépare pas d'abord, elle unit » Arnaud Sabatier (2006)

Alain Gascon
Professeur
Institut français de géopolitique. Université Paris 8
Résumé
En 1987, Marie-Christine Aquarone publiait Les frontières du refus : six séparatismes africains1, un ouvrage dont plusieurs chapitres traitaient des mouvements séparatistes dans la Corne de l’Afrique. Ce livre pionnier exposait une analyse géopolitique comparatiste des tendances à la fragmentation des États africains. Plus de vingt ans ont passé : les séparatistes ont conduit l’Érythrée à l’indépendance, échoué en Éthiopie et à Djibouti et entraîné l’implosion de la Somalie, le seul État-nation d’Afrique sub-saharienne. En 1991, à la suite de la défaite du camarade-président Mängestu2, le Front populaire de libération du Tegray (FPLT) prit le pouvoir à Addis Abäba et le Front populaire de libération d’Érythrée (FPLE), à Asmära. Mälläs Zénawi, le Premier ministre éthiopien, et Isayyas Afäwärqi, le président érythréen, ont noué une alliance étroite qui succédait à trente ans de guerre. Puis, après sept années de paix entre les deux États, les deux alliés s’affrontèrent de 1998 à 2000 dans une guerre inexpiable. Les rivalités des chefs de guerre, qui ont chassé jallee [camarade] Siyaad3 de Mogadiscio, ont entraîné la disparition, corps et biens, de la Somalie dont s’est détaché le Somaliland ex-britannique. Cette indépendance, que l’ONU refuse de reconnaître alors qu’elle a admis l’Érythrée, rétablit une frontière coloniale à l’instar du divorce éthio-érythréen qui a fait revivre une « coupure coloniale. » Dans la Corne de l’Afrique, où l’Éthiopie n’a pourtant connu qu’une brève colonisation, à l’instar de l’ensemble du continent, les frontières actuelles sont toutes héritées de la période coloniale.

Cette région d’Afrique n’échapperait donc pas la « malédiction des frontières coloniales » qui serait à l’origine de tous les malheurs de l’Afrique. À longueur de publications et de déclarations, les « spécialistes » déplorent, accusent, stigmatisent, anathématisent ces frontières tracées par les colonisateurs. Après avoir exploité les Africains pendant des siècles, les Européens, pourtant partis depuis un demi-siècle, continuent d’empoisonner les relations entre États en les forçant à entrer dans les limites arbitraires qu’ils leur ont léguées. Ce prêt-à-penser, qui fait bon marché d’une des premières résolutions adoptées par l’OUA4, s’est imposé (Courade, 2006). Or, en Érythrée on s’est battu pendant trente ans, et on se bat encore en Somalie, pour rétablir des limites territoriales négociées et fixées au moment de la colonisation. Certes, elles ont été tracées arbitrairement, parfois à la règle et souvent loin du terrain, dans les chancelleries européennes et à partir des coordonnées géographiques. Elles passent, souvent, au milieu des territoires de peuples parlant la même langue, professant les mêmes croyances et pratiquant les mêmes activités agricoles, agro-pastorales ou pastorales. Elles enserrent, parfois, des entités politiques préexistantes à la colonisation : l’Éthiopie fête cette année ses 2000 ans d’indépendance. Les frontières présentes ont également créé des États directement issus de la colonisation, comme Djibouti et l’Érythrée, mais ont échoué à maintenir la stabilité de la Somalie dont la population affiche, cependant, une culture particulièrement homogène.

Dans un premier temps, je retracerai la re-naissance du mythe, plus spécialement en Afrique, des mauvaises frontières artificielles qui s’opposeraient, pièce à pièce, aux bonnes limites dictées par la nature. Ensuite, j’aborderai le cas de la Corne de l’Afrique où Menilek ii (1889-1913), roi des rois d’Éthiopie, repoussa la colonisation en même temps qu’il doublait la taille de ses possessions à l’abri de frontières négociées avec les puissances coloniales. Paradoxalement, les limites actuelles du seul État africain qui a échappé à la sujétion européenne sont issues de la colonisation. Enfin, je montrerai que le traitement de la question des frontières dans la Corne et en Afrique, comme dans les autres continents, renvoie à la question de l’État, du « contenu » (Sautter, 1982, p. 46).

  1. Les « mauvaises frontières », en Afrique

La nature a horreur des frontières

Jacques Ancel fit paraître en 1938 sa Géographie des frontières afin de s’opposer aux géographes allemands de la Zeitschrift für Geopolitik qui apportaient une caution « scientifique » aux revendications frontalières du iii e Reich en Europe centrale. Il a montré, en vain semble-t-il si on se réfère à la vulgate dénoncée plus haut, que la « bonne » et de la « juste » frontière, qui éviterait, à tout jamais, les conflits, n’existait pas. En effet, elle est une œuvre humaine, un produit de l’histoire et une frontière « naturelle » est l’appellation trompeuse d’une limite ancrée, fixée, sur des accidents naturels : cours de fleuve, sommets de montagne, ligne de partage des eaux. Une frontière est donc toujours arbitraire et les limites, dites naturelles, le sont tout autant car intervient le choix du marqueur naturel. Elles ne sont ni « meilleures » ni plus justes que les frontière « artificielles » : toutes les frontières le sont ! L’idée qu’il y aurait des limites scientifiques car naturelles et par là même, indiscutables n’est pas nouvelle. Lorsqu’en 1789, les Constituants partagèrent la France en 83 départements, ils calquèrent leur découpage sur des accidents naturels, des rivières principalement, et en recourant à des hydronymes pour nommer les nouvelles divisions. Ils manifestaient ainsi leur volonté de rompre avec l’arbitraire administratif de l’Ancien régime. Le Directoire invoqua, plus tard, les frontières naturelles de la France, fixées sur le Rhin, afin de justifier sa politique d’expansion territoriale. Ils se référaient aux travaux contemporains de Buache, à l’origine de la délimitation des bassins des grands fleuves. Dans la Corne, la nature a offert des dénominations apaisantes ou dissimulatrices. Les Italiens installés sur les hautes terres, dans l’hinterland du port de Massawa, fondèrent, en 1890, la Colonia Eritrea, d’après la mer Érythrée, nom grec de à la mer Rouge, dans l’espoir de calmer l’hostilité des Éthiopiens. En 1977, le TFAI devint la république indépendante de Djibouti, appellation qui a l’avantage de ne pas choisir entre Afar et Somali Issa (Ciise)5, les deux peuples indigènes sur lesquels s’était, tour à tour, appuyée la colonisation française (1862-1977).

Afin de démontrer le caractère scientifique de leur discipline, qu’ils cherchaient à émanciper de l’histoire, les géographes du xixe siècle adossèrent leurs travaux aux progrès des sciences de la nature. La géologie, l’hydrologie et la géomorphologie leur apportaient la caution dont ils avaient besoin. Il se produisit, néanmoins, une dérive quand on emprunta les paradigmes des sciences de la vie et de la terre pour les transférer dans le domaine des sciences sociales : histoire, géographie culturelle, politique et géopolitique. Toutefois, Ancel emprunte à la climatologie une image forte pour affirmer que les limites entre État traduisent des rapports de puissance sur le terrain : « Et le géographe conclut que la frontière est une isobare politique, qui fixe, pour un temps, l’équilibre entre deux pressions : équilibre de masses, équilibre de forces » (Ancel, 1938, p. 195). Il ajoute, en conclusion : « Il n’y a pas de problèmes de frontières. Il n’est que des problèmes de Nations » (Ancel, 1938, p. 196). Au lieu d’argumenter vainement sur les « mauvaises frontières », les analystes devraient plutôt étudier la question de la formation de la nation et de l’État qui l’incarne sur un territoire. En ces temps où la sauvegarde de la nature est inscrit dans les constitutions, on pense, à nouveau, qu’une limite « naturelle » est forcément plus juste, et admise par tous, qu’une frontière artificielle ?

Les Européens traceurs de frontières

Historiens et géographes ont montré qu’en Afrique, les Européens furent, sans conteste, les traceurs des frontières actuelles (Wesseling, 1991 ; Foucher, 1988). Elles délimitent des territoires dont l’étendue traduit le rang des puissances européennes à la fin du xixe siècle. Grande-Bretagne et France se taillèrent la part du lion tandis que l’Allemagne, l’Italie et l’Espagne, parties à la conquête trop tard, et le Portugal, parti trop tôt, se partagèrent les restes. Ces limites n’ont pas partout tranché dans le vif : elles ont été négociées avec les Africains. Elles ont respecté des configurations territoriales préexistantes à la colonisation là où les États se sont soumis et même lorsque des chefs ont longtemps résisté. Ont été « avalés » d’un bloc, le Maroc, l’Algérie, la Tunisie et l’Égypte, qui ne subirent que des modifications territoriales minimes, puis le royaume des Ashanti, le Lesotho, le Swaziland, Madagascar… Parfois même, comme aux Comores, le colonisateur a imposé l’unité territoriale qui, dans ce cas, n’a pas résisté à la décolonisation. Et il y a l’exception éthiopienne.

Dans la Corne de l’Afrique, les États, de taille, d’histoire et de culture différentes, doivent leurs limites actuelles à des négociations avec les Européens. Ils ont en commun, outre d’anciennes rivalités-alliances, un sentiment national fort, parfois chauvin. Entre l’Éthiopie indomptable, fière de ses 2000 ans d’indépendance, et entre l’Érythrée, non moins fière de ses 30 ans de lutte contre l’Éthiopie, les divergences sur les frontières, héritées des Italiens, ont fait oublier 2000 ans d’histoire et de culture partagées dont il ne faut soustraire qu’un demi-siècle de colonisation. Elles renvoient, en fait, à des coupures plus anciennes, réactivées au cours du conflit et aussi aux stratégies d’expansion territoriale des colonisateurs. Une frontière tracée par des étrangers à des milliers de kilomètres du terrain pour séparer de vagues sphères d’intérêt peut devenir une limite, de part et d’autre de laquelle, naissent des intérêts contradictoires même au sein de populations ayant une histoire commune, des occupations et des traits culturels semblables. C’est ce qui advenu entre le Somaliland, colonisé sans enthousiasme par les Britanniques, et la Somalia Italiana après 30 ans de réunification alors que Djibouti, partagé en Afar et Somali, a sauvegardé son unité. Une frontière qui coïnciderait avec une isoglosse ou qui regrouperait un peuple confessant une même foi ou pratiquerait la même occupation ne serait pas forcément la meilleure. Vivre dans un même État et former une même nation et donc avoir une frontière « sûre et reconnue » ne se déduit pas automatiquement d’une histoire ou de traits culturels communs. L’Europe et l’Asie nous en offre maints exemples.

  1. Menilek restaurateur de la Grande Éthiopie et de ses frontières

Les Éthiopiens tiennent aux frontières

En 1932, lorsque l’expédition Dakar-Djibouti pénétra en Éthiopie, elle resta bloquée à la frontière éthio-soudanaise de longues semaines, notamment parce qu’à la grande fureur de Griaule, les douaniers éthiopiens voulaient percevoir des taxes6. Jusque là, dans les territoires colonisés, le passage des frontières avait été une simple formalité comme d’ailleurs la collecte des données et des objets : l’administration y mettait bon ordre et couvrait des agissements parfois douteux. En décembre 1934, un incident au puits de Wäl Wäl en Ogadén, où la frontière n’était pas bornée, servit de prétexte à l’agression italienne. Or, les Éthiopiens, établis depuis des siècles sur les hautes terres, ont intégré dans leur culture politique l’idée de limites qui bornent leurs territoires. En amharique, la langue officielle, wäsän et denbär recouvrent le sens de frontière, limite, confins dans les langues européennes7. Les limites intérieures et extérieures coïncident, généralement avec les grands accidents du relief : rebord des plateaux et canyons. Toutefois, à la suite des conquêtes de la fin du xixe siècle, le negus les fixa sur des glacis périphériques de piémont où s’établirent douaniers, commerçants et soldats.

Les frontières dans la Corne de l’Afrique (Encyclopaedia Aethiopica)

États

Traités

Démarcation

Soudan-Éthiopie

Grande-Bretagne : 15/05/1902 Setit-Akobo, 6/12/1907 Akobo-Turkana

Baro-Akobo 1903

Akobo-Turkana 1909

Kenya-Éthiopie

Grande-Bretagne-Italie : 1925

1929-31

Somalie-Kenya

Grande-Bretagne : 6/12/1907, OUA : 9/06/1970

1951-55, 1963-64

Somalie-Éthiopie



Grande-Bretagne : 14/05-4/06/1897

Italie : 1897-16/05/1908

Somalie-Éthiopie : 6/04/1988

1931-35



Djibouti-Somalie

Djibouti-Érythrée

Djibouti-Éthiopie

France-Grande-Bretagne : 2-9/02/1888

France-Italie : 24/01/1900-10/07/1901

20/03/1897

1932-34

Soudan-Érythrée

Grande-Bretagne-Italie : 25/06-7/07/1897, 7/12/1898, 1/06/1899, 27/11/1901 et 18/02/1903


Érythrée-Éthiopie

Éthiopie-Italie : 07/1900, 05/1902, 05/1908


Dans la Corne, le tracé actuel des frontières résulte de l’échec des Européens à s’emparer des hautes terres salubres d’Éthiopie et de leur cantonnement à leur périphérie torride et impaludée. Dans les années qui suivirent la défaite des Italiens à Adwa (1896), Menilek signa des traités par lesquels la Grande-Bretagne, établie au Soudan et au Somaliland, l’Italie, en Somalie et en Érythrée, et la France, installée dans la Côte française des Somalis, reconnaissaient les frontières de l’Éthiopie indépendante. Entre 1865 et 1897, le negus avait plus que doublé la taille de ses possessions, englobant, au sud du Nil bleu, un large glacis de basses terres, bien au-delà des limites jamais atteintes par le royaume éthiopien même au temps de sa splendeur. Dans la lettre, envoyée, dès 1891 — donc avant Adwa —, aux Puissances européennes, le roi des rois annonçait son intention de préserver l’indépendance de l’Éthiopie, de restaurer son antique grandeur, et notifiait, en outre, par une liste de toponymes précis, les limites qu’il entendait retrouver. Divisés, ébranlés par la défaite italienne et affrontés aux révoltes du Mahdi, au Soudan, et de Maxamed Cabdulle Xasan, en Somalie, les Européens durent admettre que Menilek leur avait subtilisé la plus grande et la meilleure part de la Corne de l’Afrique. À la suite des Français, qui furent pionniers, ils envoyèrent à Addis Abäba force délégations dans le dessein de participer à l’exploitation de la « riche » Éthiopie8. Un partage de l’« empire du Milieu de la Corne de l’Afrique » n’intéressait guère la France qui, établie à Djibouti, possédait les « clés de l’Éthiopie » (Vincent Basuyau). Au contraire, la Grande-Bretagne était décidée à contrôler le bassin du Nil bleu d’où provient 86 % du débit du fleuve à Assouan et l’Italie cherchait à relier ses deux colonies qui prenaient l’Éthiopie en tenaille dans l’espoir d’effacer Adwa. Jusqu’à la guerre italo-éthiopienne et même après, les Européens ont voulu remodeler les frontières éthiopiennes, toujours dans la même direction.

Se partager l’Éthiopie

Tant que la Grande Éthiopie de Menilek parut une menace à ses voisins, ils respectèrent leurs engagements. En 1906, apprenant la maladie du negus, Français, Italiens et Britanniques délimitèrent des sphères d’influence au mépris des traités garantissant l’intégrité de l’Éthiopie. En 1916, écartant l’héritier Menilek soupçonné de sympathies pour la Turquie, ras Täfäri Mäkonnen, régent et prince héritier, fit, en 1923, adhérer l’Éthiopie à la SDN afin de décourager la convoitise des Européens. En 1925, soucieux d’éradiquer le trafic des armes et des esclaves, Italiens et Britanniques proposèrent à nouveau l’idée d’un partage refusé par la SDN. Sous prétexte de surveiller ces trafics, ils réussirent à implanter des consulats au rôle ambigu. Toutefois, en dépit de l’affermissement du pouvoir de ras Täfäri, couronné Haylä Sellasé en 1930, la Grande Éthiopie demeurait fragile, notamment dans ses périphéries, d’accès plus facile à partir des possessions européennes, où l’on ouvrait des routes et des aérodromes. Le conflit italo-éthiopien de 1935-1936 est l’aboutissement de ce travail de sape de siège et de « noyautage » qui a commencé très tôt. Les gouvernements italiens, hantés par revanche d’Adwa, poussèrent leurs administrateurs coloniaux à transgresser les limites, nulle part bornées, en Érythrée et en Somalie et rallièrent des chefs locaux. En 1902, l’Italie a obtenu, par ce moyen, une rectification territoriale importante en sa faveur en Érythrée, précisément là où a éclaté, en 1998, le conflit éthio-érythréen. En 1934, le Duce attaqua avant que le bornage des limites entrepris de 1931 à 1935, sous les auspices de la SDN, au Somaliland n’ait gagné la Somalie italienne. Le plan Laval-Hoare, conclu en décembre 1935, qui reprenait, en les aggravant, les projets de partage de 1906 et 1925, montrait que la Grande-Bretagne et la France se désintéressaient du sort de l’Éthiopie9. Elles refusèrent de sanctionner l’agresseur comme le stipulait la charte de la SDN. Quelques États (le Mexique, les Etats-Unis et l’URSS) refusèrent d’admettre l’annexion de l’Éthiopie par l’Italie.

En 1941, les Britanniques, qui venaient de libérer l’Éthiopie, n’ont pas agi différemment des Italiens vis-à-vis des Éthiopiens, pourtant leurs alliés. Administrant l’Érythrée et la Somalie, les ex-possessions italiennes, ils imposèrent à l’Éthiopie un quasi-protectorat et l’amputation d’une partie de son territoire. Au mépris des frontières, qu’ils avaient reconnues, ils voulurent maintenir la Grande Érythrée de l’Africa Orientale Italiana, formée de l’Érythrée et du Tegray éthiopien et retinrent jusqu’en 1948, l’Ogaden et jusqu’en 1955, le Hawd. Dans les deux cas, ils prétendaient réunir, dans un même territoire, des populations parlant la même langue. Devant les protestations de Haylä Sellasé, le gouvernement britannique renonça à la Grande Érythrée pour lancer le projet de la Grande Somalie. Sans consulter ni l’Éthiopie ni la France, les Somali d’Éthiopie (Ogadén) et de Djibouti fusionneraient avec le Somaliland dans un État protégé par Londres. Membre fondateur de l’ONU, l’Éthiopie, les États-Unis, l’URSS et la France, contraignirent la Grande-Bretagne à s’en remettre aux Nations Unies pour l’avenir des ex-colonies italiennes. En 1950, l’Assemblée générale confia à l’Italie un mandat de dix ans pour préparer l’indépendance de la Somalie sans toutefois délimiter la frontière. En 1952, elle fédéra l’Érythrée à l’Éthiopie qui l’annexa en 1962. Ainsi, cette frontière, autrefois disputée, devenait une simple limite administrative intérieure. On aurait pu croire que la décolonisation, qui donnait à l’Éthiopie des voisins africains, allait se traduire par l’extinction des litiges frontaliers. Or, il n’en fut rien. En dépit de son prestige et de son expérience diplomatique, acquise à la SDN et à l’ONU, Haylä Sellasé ne parvint pas à empêcher que l’OUA, l’œuvre de sa vie, n’inscrive le séparatisme érythréen et l’irrédentisme somalien à l’ordre du jour de ses débats.

  1. La Corne de l’Afrique : l’échec de la décolonisation des frontières

Les frontières coloniales résistent

Gilles Sautter et Paul Pélissier, qui ont étudié l’Afrique, avant et après les indépendances, ont noté comment les limites imposées par les colonisateurs ont été plus fortes que les aspirations à re-constituer les États africains assujettis par les Européens.

« Le contenant ne doit pas masquer le contenu. Le contenant, ce sont les frontières, le contenu c’est le territoire qu’elles enferment. Pour l’idée nationale, le contenu est plus important que le contenant. Et la valeur, la pertinence et la non-pertinence d’une frontière se juge au moins autant en fonction de l’espace qu’elle circonscrit que celui qu’elle traverse » (Sautter, 1982, p. 46).

« En créant des États aux limites linéaires, les frontières politiques ont surimposé à l’occupation traditionnelle du sol une grille territoriale dont la rigidité va s’affirmant et qui a un double effet d’une part de délimiter le champ de politiques différenciées et parfois opposées, d’autre part de créer des déséquilibres souvent profonds au sein d’espaces marqués, au plan agricole au moins, par une homogénéité naturelle. Le caractère pluriethnique des pays africains signifie que le passage de l’ethnie à l’État induit d’abord un changement d’échelle du contrôle territorial. Changement d’échelle qui tend à rendre plus homogène l’espace contrôlé par une même structure politique mais qui est à son tour porteur de graves déséquilibres liés aux profondes inégalités spatiales et démographiques entre États voisins », (Pélissier, 1985, p. 210).

Même si beaucoup de commentateurs l’ignorent, les chercheurs africanistes n’ont jamais entonné le leitmotiv de la « malédiction des frontières ». Ils ont montré, tant au Cameroun (Hallaire, 1989) qu’au Somaliland (Djama, 1997), combien les populations traversées par les frontières savent en tirer bénéfice et comment, de part et d’autre des frontières « artificielles », se développent les périphéries des États africains (Igue, 1989).

Aucune des frontières de la Corne de l’Afrique ne correspond à une limite culturelle clairement définie. À l’Ouest, la limite sépare, dans les basses terres soudanaises, des groupes de pasteurs et agro-pasteurs, de moins de 100 000 membres, musulmans au Nord, païens et chrétiens au Sud. Ils appartiennent à des groupes linguistiques différents (nilotiques, couchitiques, omotiques) alors que l’usage des langues nationales se répand au Soudan, en Éthiopie et en Érythrée. Au nord-ouest du Kenya, comme au Soudan, les « petits peuples » répartis de part et d’autre de la frontière, la traverse à la recherche de pacages. Plus à l’Est, les limites du Kenya, de l’Éthiopie, de la Somalie, de Djibouti et de l’Érythrée tranchent les territoires de peuples beaucoup plus nombreux, souvent des éleveurs, et totalement musulmans. Il y a quelques milliers d’Oromo au Kenya et aussi plusieurs centaines de milliers de Somali qui sont 6 millions dans la région-État « Somali » d’Éthiopie, la moitié de la population de Djibouti et 16 millions, en Somalie proprement dite. Les Afar, à l’Est, qui forment l’autre moitié des Djiboutiens, sont plus d’un million dans la région-État « Afar » d’Éthiopie et plusieurs centaines de milliers sur la côte orientale de l’Érythrée. Même si les combats atteignirent la route menant au port d’Asäb, le conflit de 1998-2000 a ravagé le centre-ouest des confins éthio-érythréens. Il a éclaté à l’Ouest, chez des agro-éleveurs minoritaires, mais il s’est déplacé long du Märäb. Ce fleuve a séparé l’Éthiopie de l’Érythrée de 1902 à 1936 et de 1941 à 1952, puis les borne à nouveau depuis 1991. Il divise les Tegréens chrétiens, céréaliculteurs à l’araire et locuteurs du tigrinia, entre l’Érythrée où ils représentent la majorité de la population (4,5 millions d’habitants) et entre du Tegray (6 millions d’habitants) en Éthiopie.

La plus longue des frontières, celle avec le Soudan (2 200 km), court du Ras Kassar (mer Rouge) au lac Turkana, n’est délimitée que dans son tiers méridional alors que celle qui sépare l’Éthiopie du Kenya est entièrement bornée. Hormis les combats de la libération de l’Éthiopie, en 1941, ces limites n’ont jamais été l’objet d’affrontements armés entre les États. Au xixe siècle, les éleveurs des confins éthio-soudanais n’ont eu d’autres choix que tomber sous la sujétion des Mahdistes, des Britanniques ou des Éthiopiens afin d’échapper aux raids esclavagistes. Dans les années qui ont suivi l’indépendance du Soudan (1956), les peuples du Sud, chrétiens et animistes, se sont soulevés contre le Nord qui voulait promouvoir arabité et islam. Les raids de l’armée et des milices soudanaises ont entraîné les populations à chercher refuge chez leurs « frères » d’Éthiopie tandis que, dès 1960, les Érythréens séparatistes franchissaient la frontière afin d’échapper à la répression éthiopienne qui culmina sous la dictature de Mängestu (1977-1991). L’instrumentalisation réciproque, par des États rivaux, des réfugiés venus s’abriter derrière une limite politique n’est pas particulière aux relations éthio-soudanaises, elle empoisonne également les rapports entre l’Éthiopie, la Somalie, Djibouti, le Kenya et l’Érythrée.

Des frontières tracées à la règle en Somalie

Les frontières qui découpent les basses terres arides de la Corne, domaine des éleveurs nomades, n’ont été bornées qu’avec les ex-colonies françaises et anglaises. Leur tracé, à la règle, est l’exemple que l’on cite pour dénoncer l’arbitraire des limites coloniales qui tranchent au mépris des populations. La frontière éthio-érythréenne, qui court en territoire afar selon une ligne parallèle à 60 km de la côte, n’a pas été l’enjeu de graves conflits. À l’inverse, Éthiopiens et Somaliens, ont accumulé les affrontements. En 1908 déjà, l’Éthiopie revendiquait une limite parallèle à 225 km de la côte somalienne tandis que l’Italie s’en tenait à une distance de 290 km. Prétexte de la guerre italo-éthiopienne en 1935-36, la volonté d’effacer cette frontière « provisoire » est à l’origine des conflits éthio-somaliens de 1963-64 et de 1977-78 et de l’insécurité qui règne toujours en 2008. La persistance de l’irrédentisme somalien tient à la tradition d’hostilité entre les deux peuples, entre les deux cultures, mais aussi au poids démographique des Somali10 d’Éthiopie et à la fusion, en 1960, du Somaliland et de la Somalia italiana. En effet, la différence de pression est particulièrement forte le long de l’isobare politique car l’Ogadén éthiopien s’avance en coin en Somalie. Guerres, disettes, collectivisations et déplacements forcés ont précipité des milliers de Somaliens et de Somali d’Éthiopie dans les camps de réfugiés à l’abri des frontières. En 1988, Mängestu et Siyaad, les deux dictateurs aux abois, décidèrent de reconnaître la frontière éthio-somalienne tout en renonçant à instrumentaliser les réfugiés. Toutefois, dès l’annonce de la fuite du dictateur, en 1991, l’ex-Somaliland a déclaré son indépendance.

Comment l’irrédentisme somalien, tendu vers la réunion de tous les territoires peuplés de Somali, a-t-il accouché du séparatisme somalilandais ? Le régime kleptocratique de Siyaad a outrageusement avantagé son clan et sa famille aux dépens des Somalilandais, partisans d’un État fédéral. Il a soutenu les Ogaadeeni11 dans leur volonté de s’implanter dans le Hawd, domaine des éleveurs isaaq. La frontière éthio-somalienne, qui apparaît si aberrante, épouse les limites des pacages des Isaaq et les protège des incursions des Ogaadeeni. Les Éthiopiens ont alors soutenu le Mouvement national somali (MNS) opposé à Siyaad qui, en 1988, a signé la paix avec Mängestu pour mieux écraser le Somaliland, tandis que le camarade-président lançait sa dernière offensive en Érythrée. Des causes plus profondes expliquent ce divorce, notamment l’élevage des bovins destinés au marché saoudien au moment du hajj qui a assuré une certaine prospérité au Nord (Djama, 1997). Au Sud, au contraire, s’est développée une agriculture irriguée d’exportation qui a souffert des sécheresses et des guerres. La dernière cause, qui n’est sans doute pas la moindre, est l’héritage de la frontière coloniale. Le Somaliland était tourné vers Aden et la péninsule Arabique alors que pour les Italiens, c’était le fleuron de leur empire colonial destiné à fournir des produits de base à la métropole. Enfin, la frontière éthio-somalienne est jalonnée de villes doubles qui abritent, non seulement des garnisons et des douaniers, mais également des marchands, des courtiers, des transporteurs qui vivent de la rupture de charge. La Grande Somalie imaginée par le Foreign Office et les rodomontades de Siyaad visaient un territoire sans limite pour les Somaliens et les Somali.

Éthiopie-Érythrée : la frontière du refus

Le rétablissement de la limite coloniale entre l’Éthiopie et l’Érythrée comme limite internationale s’est d’abord passé sans anicroche. Mälläs et Isayyas ont organisé la complémentarité économique des deux États qui partageaient la même monnaie, la même compagnie aérienne et utilisaient les mêmes ports. Pareil épilogue à trente ans de lutte a surpris comme la reprise du conflit en 1998. Éthiopie et Érythrée ont hérité de la frontière négociée entre l’Italie et l’Éthiopie entre 1897 et 1902. Sur les hautes terres, elle tranche dans le territoire historique du Tegray, le long du cours du Märäb. Au Nord, l’Outre-Märäb (Märäb Mellash) a été cédé par Menilek à l’Italie, en deux étapes, de 1897 à 1902. À l’Ouest, dans une région mal connue, les cartographes militaires italiens, incités par le gouverneur Martini, en 1902, ont repoussé la limite vers le Sud, jusqu’au Täkkäzé. La raison invoquée était le maintien de l’unité du territoire des Kunama, des agro-éleveurs, différents des Tegréens du centre (Vascon, 2003). En réalité, il s’agissait d’envelopper le Tegray par l’Ouest dans l’espoir de le détacher, un jour, de l’Éthiopie : en effet, les Tegréens reprochaient à Menilek l’abandon du Märäb Mellash aux Italiens dans le but d’affaiblir la dynastie rivale du Tegray. Pendant la guerre de 1935-1936, des chefs tegréens ont rallié l’Italie qui réunit Tegray et Érythrée dans la Grande Érythrée qui a été divisée, de nouveau, de 1941 à 1952. Lorsque l’Érythrée a été fédérée puis annexée à l’Éthiopie, la frontière internationale, devenue limite intérieure, n’a pas été retouchée. Pendant la guerre, le FPLT et le FPLE, alliés, n’ont pas jugé utile (?) de préciser la tracé de la frontière dans la région des Kunama, à Badmé, là où commença la guerre, le 12 mai 1998. Songeaient-ils à rétablir la Grande Érythrée dans ses limites de 1936 à 1941 ou l’Éthiopie d’avant 1991 ? On ne sait. Ce qui est sûr, c’est que la frontière, devenue un front, est, depuis 2000 ; gardée par l’ONU en charge de sa délimitation. La rupture paraît maintenant consommée : date-t-elle de 1998, de l’incident de Badmé, de l’annexion brutale de 1962 ou de la coupure coloniale ? On ne peut effacer un demi-siècle de colonisation : les askari12 [supplétifs] érythréens ont combattu à Adwa et en 1936 les Éthiopiens même si des Érythréens ont fui la colonisation et combattu les Italiens. En dépit de siècles d’histoire et de culture commune, les Érythréens séparés pendant cinquante ans seulement de l’Éthiopie, n’ont pas voulu la rejoindre.

Conclusion

« En réalité, ce n’est pas en partant d’elle-même, c’est en partant de l’État qu’il convient d’étudier et d’analyser la frontière. Tel type d’État, telle limite et, quand il y a lieu, telle frontière, au sens militaire et politique du mot » Lucien Febvre (1928).

Dans la Corne de l’Afrique comme dans l’ensemble du continent, les frontières ont été tracées par les Européens ce qui ne les rend pas intrinsèquement mauvaises. Parfois taillées à l’emporte-pièce, elles épousent et englobent, souvent, les limites des États protégés ou assujettis. Toutefois, Menilek réussit, en divisant les colonisateurs et à la suite de la victoire d’Adwa, à s’imposer comme leur interlocuteur. Son coup de maître fut, sans doute, sa lettre aux Puissances qui indiquait ses objectifs territoriaux en mentionnant des toponymes identifiables sur une carte. Il en appelle aussi à la foi chrétienne commune. Comment et par qui cette circulaire fut-elle rédigée ? Le negus avait à son service des Éthiopiens qui parlaient les langues européennes et des experts européens dont le plus connu fut l’ingénieur suisse Alfred Ilg. Est-ce Ilg l’auteur ? On ne sait. Ce qui est sûr c’est qu’à peine couronné, Menilek a su parler la langue que comprenaient les Européens et fit annexer des cartes aux traités de délimitation des frontières. Il reçut les négociateurs qui, dans leurs rapports, relatent combien ils furent surpris de rencontrer des chefs militaires, des ministres, des conseillers, des fonctionnaires comme dans un État « normal », même s’ils ont parfois raillé la Cour. Le negus avait le sens de la concession : il laissa les périphéries aux colonisateurs afin de préserver l’essentiel, l’indépendance de la Grande Éthiopie.

Haylä Sellasé, plus que son illustre prédécesseur, rechercha, l’assurance de la sécurité collective par le biais de la SDN, de l’ONU et de l’OUA. Restauré en 1941, il accrut l’emprise centrale sur les périphéries en se dotant d’une administration, d’une police et d’une armée nationales et en bénéficiant du réseau routier laissé par les Italiens. Peut-être doit-on ajouter la volonté d’effacer le temps en effaçant la frontière érythréenne, aux fautes qui ont causé sa perte ? Le même désir de remonter le temps ou de le devancer a produit le même effet en Somalie. En Érythrée et au Somaliland, la territorialisation du temps court de la colonisation a fragilisé les périphéries des grands espaces du temps long des civilisations. Les dirigeants somaliens, en se projetant vers une Grande Somalie dont personne, et surtout pas eux, ne connaissait les bornes ont suscité l’hostilité de tous États limitrophes. À la session de l’OUA (mai 1963), le Premier ministre éthiopien, Aklilu Habtä Wäld répliquait aux revendications du président somalien :

Ethiopia has always existed for more than 3000 years… as an independent state and as a nation for more than 3000 years… There is no record in History either of a Somali state of a Somali nation…If the Somali Republic does not recognize the [1908] treaty, then the Somali Republic will even not exist.

It is in the interest of all Africans now to respect the frontiers drawn on the maps, whether they are good or bad, by the former colonizers, and that is the interest of Somalia, too ; because if we are going to move in this direction, then we, too, the Ethiopians will have claims to make ; on the same basis as Somalia and far more on historical and geographical reasons (Spencer, 1987, p. 319).

Cette déclaration, qui entérine le statut quo territorial colonial et fait bon marché des aspirations des peuples, résume ce que l’on reproche habituellement à l’OUA et aux autres organisations internationales. On les assimile à un club de chefs d’État et à une sorte de compagnie d’assurance contre les mécontentements populaires. Aklilu a, le premier à ma connaissance, identifié les dangers de faire du « passé table rase » dans la question des tracés frontaliers. S’engager dans une querelle des origines afin de légitimer la possession d’un territoire et de ses limites c’est entrer dans une controverse qui n’aura jamais de fin et enfin justifier des expulsions qui tourneront immanquablement au drame… A-t-on intérêt en remettant en question le tracé des frontières — bonnes pour les uns et mauvaises pour les autres — à ouvrir la « boîte de Pandore » des séparatismes ? On aboutira fatalement à une « archipellisation » des États (Roland Pourtier) comme on l’a constaté dans les Balkans. Remarquons enfin que dans la Corne de l’Afrique, les séparatismes qui ont « réussi » ont fait rejouer des frontières coloniales aux dépens de l’Éthiopie multinationale — pour recréer l’Érythrée multinationale — et de la Somalie « homogène » — pour recréer le Somaliland homogène—.

J’emprunterai la conclusion à la réflexion d’Arnaud Sabatier :

« Tracer une frontière c'est s'intéresser au-dedans, pas au-dehors, c'est se montrer à soi-même. C'est travailler à sa constitution, physique et juridico-politique. C'est initialement s'auto-déterminer. La limite a une fonction positive et constitutive. D'ailleurs on dit bien nos frontières indiquant par là qu'elles font partie intégrante de ce que l'on est ou possède. »

…« L'abolition d'une frontière n'est pas la chute d'un mur, elle est la perte d'un sens. Voilà peut-être le cœur du problème, il y a dans cette volonté d'abolir les frontières, souvent généreuse et volontaire répétons-le, une métaphysique souterraine de l'infini. Mais l'infini est inhabitable » (2006).

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Annexe :
Lettre circulaire du roi des rois Menilek d'Éthiopie, adressée aux chefs d'Etat de Grande-Bretagne, France, Allemagne, Italie et Russie, datée du 10 avril 1891.

Désireux de faire connaître les frontières de l'Éthiopie à nos amis, les Puissances d'Europe, nous vous adressons cette lettre.


Voici les limites de l'Éthiopie :


Partant de la limite italienne d'Arafali, qui est situé sur les côtes de la mer, cette limite se dirige vers l'ouest sur la plaine de Jegra-Méda (Pintades), et va vers Mahiyo, Halaï, Diksoun, Goura, et arrive jusqu'à Adibaro. D'Adibaro la limite arrive jusqu'à l'endroit où le Mareb et le fleuve d'Atbara se réunissent. Cette limite partant ensuite du dit endroit, se dirige vers le sud, et arrive jusque l'endroit om le fleuve d'Atbara et le fleuve Setit se rencontrent, et où se trouve la ville connue sous le nom de Tomate. Partant de Tomate, la limite embrasse la province de Ghedarif et arrive jusqu'à la ville de Karkoj, sur les bords du Nil. De Karkoj, cette limite arrive jusqu'à l'endroit où le Nil Blanc et le fleuve Sobat se rencontrent. Partant de cet endroit, la limite suit le fleuve de Sobat, y compris le pays des Gallas dit Arboré, arrive jusqu'à la mer Sambourou. Vers l'est, compris les pays Gallas connus sous le nom de Borani, tout les pays des Aroussis, jusqu'aux limites des Somalis, y compris également la province de Ogadène. Vers le nord, la limite embrassant les Habr-Aweln les Gadaboursis, les Issa-Somalis, arrive jusqu'à Hambos. Partant de Hambos, la limite embrasse le lac Assal, la province de notre vassal d'ancienne date Mahamed Hanfari, longe la côte et rejoint Arafali.


En indiquant aujourd'hui les limites de mon Empire, je tâcherai, si le bon Dieu veut bien me m'accorder la vie et la force, de rétablir les anciennes frontières de l'Éthiopie jusqu'à Khartoum et le Lac Nianza, avec tous les pays Gallas.


Je n'ai point l'intention d'être spectateur indifférent si des Puissances lointaines se portent avec l'idée de se partager l'Afrique, l'Éthiopie ayant été, pendant bien quatorze siècles, une île de Chrétiens au milieu de la mer des Païens.


Comme le Tout-Puissant a protégé l'Éthiopie jusqu'à aujourd'hui, je me porte avec l'espérance qu'il la gardera et l'élargira aussi pour l'avenir, mais je ne doute nullement pas qu'il partage l'Éthiopie à d'autres Puissances. Auparavant la limite de l'Éthiopie était la mer. À défaut de force et à défaut de l'aide de la part des Chrétiens, notre frontière du côté de la mer est tombée entre les mains des Musulmans. Aujourd'hui nous ne prétendons pas retrouver notre frontière de la mer par la force, mais nous espérons que les Puissances chrétiennes, conseillées par notre Sauveur Jésus-Christ, nous rendent les frontières de la mer, ou qu'elles nous donneront au moins quelques points sur la côte.


Écrit à Addis Abeba, le 14 Mazir [Miyazya] 1883 (10 avril 1891)

Tiré de Brownlie (1979)

1. Tiré de sa thèse de géographie (1983) dirigée par Gilles Sautter (Paris i).
2. Depuis 1991, Mängestu Haylä Maryam est l’hôte de Robert Mugabe, le président du Zimbabwe.
3. Maxamed Siyaad Barre est décédé en Arabie saoudite en 1991.
4. Adoptée par l’OUA, en 1964, sur proposition du président du Niger pour mettre fin à la « guerre des sables » entre le Maroc et l’Algérie.
5. Colonie d’Obock jusqu’en 1894, Côte française des Somalis jusqu’en 1967 et Territoire français des Afars et des Issas jusqu’à l’indépendance.
6. Cf. Michel Leiris, L’Afrique fantôme, Paris, Gallimard, 1935.
7. De la racine verbale wässänä : délimiter.
8. Ce qualificatif revient fréquemment sous la plume des journalistes, des commerçants, des voyageurs européens jusqu’à la conquête italienne.
9. En visite à Rome en janvier 1936, Laval offrit secrètement 20 % des actions du chemin de franco-éthiopien à Mussolini.
10. Somali locuteur du somali ; Somalien citoyen de la Somalie.
11. Ogaadeeni, un des clans de la fédération Daarood. Ogadén : région où sont établis les Ogaadeeni.
12. De l’amharique ashkär : serviteur.

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