L’arène sportive, illusoire exutoire des tensions internationales ?
Pascal Gillon
Maître de conférences université Franche-Comté
Résumé
Alors que le message de l’olympisme moderne, lancé par le Baron de Coubertin, est centré sur les valeurs de tolérance, d’intégration, de rencontre entre les peuples au travers de confrontations sportives pacifiques, le sport présente à certaines occasions une toute autre image dans les relations internationales. L’actualité récente de la tournée mondiale de la flamme olympique illustre parfaitement comment ce symbole est devenu un enjeu pour des acteurs prêts à le manipuler pour parvenir à leurs objectifs. Il faut dire que le sport présente deux atouts essentiels pour ceux-ci. D’une part, il a acquis une telle visibilité médiatique qu’il est devenu une caisse de résonnance idéale pour faire passer un message ou exposer des revendications ; d’autre part, il contient une charge émotionnelle puissante notamment au travers de l’identification au maillot, à la nation qui en fait là encore un support exceptionnel. De nombreux acteurs ont ainsi depuis le début du XXe siècle intégré les « vertus» du sport notamment dans les relations internationales et plus récemment dans la société.

Cette conférence reviendra dans un premier temps sur la nature du sport et son utilisation possible par différents acteurs. Puis nous illustrerons de manière concrète, les stratégies des principaux acteurs. D’un point de vue méthodologique, l’entrée de l’analyse géopolitique sera utilisée.

  1. Le sport instrumentalisé par les acteurs des conflits

    1. La nature du sport en fait un vecteur de communication idéal

      1. Un produit « universel »

Même si le sport moderne est un produit de la société occidentale, il s’est diffusé au cours du XXe à toute la planète et constitue d’ailleurs un très bon traceur de la mondialisation culturelle (softpower). Toutes les sociétés possédaient des formes plus ou moins ritualisées de pratiques physiques qui ne sont pas pour autant du sport au sens de la conception occidentale. Il a fallu les Britanniques puis l’Occident, pour codifier et diffuser cette pratique culturelle qui intègre notamment la notion de compétition. Le sport moderne s’est aussi construit sur l’idée qu’il était universel. Au travers des institutions internationales, qui le régulaient, il a réussi à imposer une codification universelle : les règles pour jouer au football sont les mêmes dans tous les pays (en tout dans l’expression officielle). Même si tous les sports n’ont pas réussi à se diffuser dans le monde entier, le sport en tant que pratique ludique physique s’est imposé dans toutes les sociétés. Le football est l’exemple le plus accompli d’une diffusion mondiale et donne ainsi raison à l’idéal olympique d’universalité.

L’universalité du sport n’est pas que dans la pratique, elle est aussi présente pour ceux qui le regardent. Le sport ne nécessite pas de langage pour être compris dans ses grands traits. A part quelques uns aux règles plus complexes, tout le monde peut comprendre l’action simplement en regardant. Quand Usain Bolt gagne le 100m des Jeux de Pékin, il n’y a pas besoin de commentaires.

      1. Un spectacle symbolique…

Le sport de compétition est souvent utilisé comme métaphore du combat. Combat contre soit même au travers de la lutte contre le chronomètre, combat contre les autres ou même l’Autre. Cette image est donc facilement utilisable pour des acteurs qui mettent en avant les aspects conflictuels. Dans certains sports, le combat se traduit par une conquête du terrain, là encore métaphore idéale pour traiter des revendications territoriales par exemple. A l’inverse, mais tout aussi utile, le sport d’équipe (surtout) permet d’illustrer la collaboration d’un groupe d’individus et constitue une excellente image du fonctionnement d’une société. Les métaphores sportives sont d’ailleurs très nombreuses dans le management !

Le spectacle sportif contient aussi tous les ingrédients de la tragédie grecque : unicité de temps, d’action et de lieu. Il permet aussi de présenter les principales émotions de la vie : la défaite et ses pleurs, la victoire et sa joie, les accidents associés à la douleur, les imprévus et les capacités d’adaptation … Ce n’est pas pour rien que le sport est souvent désigné comme une école de la vie.

Enfin, le sport induit aussi un classement, une hiérarchisation qui permet de se comparer à d’autres. Qui a pu échapper au tableau des médailles et à son décompte chaque jour dans les médias lors des Jeux de Pékin ?

      1. … à fort contenu identitaire

Le sport est devenu au cours du temps, un formidable support identitaire et cela à tous les niveaux d’échelle. Du local, illustré par le derby, au mondial, les réflexes identitaires sont constamment présents dans le sport. Le drapeau, l’hymne national ou le maillot servent de support à l’expression d’une identité. D’ailleurs, l’histoire des Jeux olympiques montre bien comment tous ces symboles ont été réintroduits. De plus, les sifflets au cours de la Marseillaise, lors des dernières rencontres contre des équipes du Maghreb au stade de France, et les réactions qui ont suivi (notamment celle du secrétaire d’Etat au sport), illustrent si besoin en était le rôle des symboles nationaux. Les périodes des grandes compétitions internationales sportives sont souvent l’occasion pour une population d’exprimer une forme de nationalisme (souvent bon enfant).

Il faut dire que la construction même du système sportif se base sur les découpages géographiques. Les institutions internationales sportives ont favorisé la grille spatiale de l’époque (Etat-Nation) lors de la mise en place de leurs structures, et depuis elles ne veulent surtout pas se priver du « piment » lié aux rencontres internationales. Il faut en effet un enjeu et battre le voisin est un ressort essentiel de l’intérêt du sport.

      1. Une couverture médiatique toujours plus performante

Le sport a accompagné le développement des médias et surtout de la télévision. Plusieurs premières techniques se sont déroulées à l’occasion de grands événements sportifs. D’ailleurs, les deux événements médiatiques les plus couverts sont les Jeux olympiques et la Coupe du monde de football. Il y avait à Pékin plus de représentants des médias accrédités que d’athlètes …

A l’échelle nationale, la diffusion du sport sur les chaînes de télévision ou les radios est considérable et certains sportifs jouissent d’une aura médiatique que certains hommes politiques (notamment) leur envie …

Le sport présente donc des « atouts » précieux pour qui veut s’en servir afin de faire passer un message d’où son détournement de plus en plus fréquent.

  1. Qui attire des acteurs extérieurs prêts à le manipuler

      1. L’acteur politique

Les atouts présentés ci-dessus intéressent particulièrement le politique et ce à toutes les échelles. La référence au territoire, les valeurs positives portées par le sport, son exposition médiatique, son imbrication forte avec les émotions et enfin son image ludique forte (le sport, cette bagatelle …) font que le politique ne peut pas se préoccuper du sport au risque de manquer des occasions pour sa communication. Rappelez-vous comment nos hommes politiques apprécient d’être photographiés en présence des athlètes nationaux victorieux …

  1. L’acteur médiatique

Cet acteur a un rôle de plus en plus puissant dans le sport car ce dernier est devenu un produit essentiel pour les chaînes de télévision. Il est un produit d’appel qui permet d’afficher une image et d’attirer un public nombreux, quitte parfois à perdre de l’argent. La retransmission des Jeux de Pékin en France par le service publique a créé un déficit de près de 40 millions d’€ (différence entre le coût des droits de retransmission et les recettes publicitaires supplémentaires dégagées lors de l’événement). Facile de compréhension, souvent plein de rebondissements (sauf en Ligue 1 ?), faisant appel à l’émotion (jusqu’au mauvais goût : cf interview de Laure Manaudou après ses échecs répétés par N. Montfort) et au rêve (quel enfant ne s’est pas vu marquer un but), le sport est une pierre angulaire des programmes TV à l’instar des séries.

Le financement apporté par les médias leur donne un pouvoir toujours plus important sur le spectacle sportif. Ces derniers pèsent de plus en plus sur ses règles, soit pour accélérer le jeu et offrir toujours plus d’intensité (tie breack par exemple), ou le rendre plus « télégénique » (le maillot de bain deux pièces est exigé au beach volley et ceux-ci ne doivent pas trop couvrir l’athlète …). Un événement sportif doit aussi se retransmettre en direct à certaines heures pour toucher un maximum de public. C’est ainsi que lors des finales de natation à Pékin, NBC a obtenu qu’elles se tiennent à 9 h, heure locale, pour pouvoir les retransmettre en prime time le soir aux USA.

  1. Les groupes minoritaires

Pour eux, le sport est un des meilleurs supports pour leur communication. Sa médiatisation permet de délivrer un message à une audience considérable à laquelle ils ont peu ou pas accès.

  1. La société civile (association, ONG …)

Cette dernière intègre de plus en plus le sport et ce sous divers angles. Tout d’abord, le sport est devenu un outil pédagogique du « vivre ensemble ». Il est d’ailleurs de plus en plus sollicité comme outil d’intégration ou même de thérapie sociale à la suite de conflits violents. Mais il est aussi utilisé comme vecteur de communication pour affirmer des valeurs.

Le sport est un support de communication pour de nombreux acteurs. Il peut être utilisé pour souligner, parfois renforcer un conflit ou au contraire comme outil d’apaisement des tensions. Dans la seconde partie, nous allons illustrer concrètement les différentes stratégies.

  1. Quelques exemples d’utilisation du sport par les différents acteurs

    1. Le sport une aubaine pour l’Etat

      1. Une communication à destination de deux publics

Pour l’Etat, le sport présente l’intérêt de pouvoir à la fois s’adresser à sa population et aux autres. Les Jeux de Pékin sont un bon exemple de cette double communication.

Pour Pékin, l’obtention des Jeux a été un signal symbolique de son retour au centre de la communauté internationale et du rôle que la Chine veut jouer dans le monde. Les moyens dégagés par le parti communiste, près de 26 milliards $, ont montré l’immensité de l’enjeu pour la Chine. Tout a été mis en œuvre pour que ces Jeux servent à modifier la perception qu’avait le monde de ce pays. Le succès de l’organisation, reconnu de façon unanime, a prouvé que la Chine n’est pas simplement l’atelier du monde mais qu’elle s’est hissée au niveau des meilleurs sur tous les plans. A ce titre, la cérémonie d’ouverture a permis :

Enfin, le succès au tableau des médailles couronne l’effort chinois et symboliquement traduit la transition qui est en train de se dérouler dans le leadership mondial.

Mais les Jeux ont été aussi destinés à délivrer un message au peuple chinois. Leur succès est un succès pour le parti communiste qui a su être prêt à temps, qui a su museler les dissidents et qui a pu développer une campagne « nationaliste » dans le sens où les Chinois ont pu être fiers de leur pays. La cérémonie d’ouverture revenait aussi sur la question des minorités, sujet hautement symbolique après l’agitation médiatique internationale sur le Tibet. Qu’ont vu les spectateurs chinois (plus de 842 millions !!) ? Les 56 minorités amenant le drapeau chinois pour sa levée par l’Armée. Symboliquement, ces minorités sont intégrées puisqu’elles étaient présentes devant le monde entier et elles participent de « plein gré » à l’unité nationale en portant le drapeau et en le remettant à l’armée garante de l’unité nationale.

      1. Les implications de la rencontre sportive

La rencontre sportive permet d’exprimer de façon graduée  une position de l’Etat :

Sur un autre registre, des pays d’obédience musulmane ont décidé d’utiliser le sport pour changer leur image. Certains pays du Golfe ont mis en place une politique sportive agressive pour accueillir des manifestations sportives de prestige (grand prix de formule 1, Jeux asiatiques, Master series, tournois de golf …) et lors de la cérémonie d’ouverture de Pékin, ils ont été plusieurs (Bahreïn, Les Comores, les Emirats arabes unis, les Maldives, l’Iran) à choisir comme porte drapeau une athlète féminine pour atténuer les critiques occidentales sur le statut de la femme. Dans la même veine, les cérémonies d’ouverture des Jeux ont donné lieu à une mise en scène du passé du pays organisateur qui frise la réécriture et montre le poids de la dette contractée vis-à-vis des minorités.

Cette course a donné lieu à toute une série d’excès bien éloignée des valeurs du sport avec notamment le dopage institutionnalisé à l’Est, l’Ouest n’étant pas en reste…

De nombreux pays ont aussi bien assimilé que la visibilité internationale passait par la victoire. Ils ont alors développé des stratégies de niches : la spécialisation dans certaines épreuves a été appliquée avec succès par les pays africains (Maroc, Algérie, Kenya, Ethiopie) dans le demi-fond et le fond en athlétisme, les Caraïbes dans le sprint … Qatar et Bahreïn ont appliqué la même recette mais en récupérant des athlètes de haut niveau de pays africains (essentiellement marocains et kényans) qu’ils ont naturalisé.

      1. L’utilisation de la victoire ou de la défaite

La victoire de ses sportifs est bien sûr utilisée par l’Etat dans un but de communication interne. Le caractère positif de cette victoire permet à l’Etat de faire ressentir une fierté dans sa population. Au-delà, cette communication peut être instrumentalisée pour illustrer la cohésion nationale ou l’évolution d’un processus d’intégration. Dans toute une série de pays africains composés d’ethnies réunies lors de la colonisation, le sport est devenu un élément essentiel pour prouver l’intégration nationale des différentes communautés (exemple du Cameroun et de ses parcours en Coupe du monde). L’exemple rwandais est particulièrement symbolique. Après le génocide, la première qualification pour la Coupe d’Afrique des nations en 2004 de l’équipe nationale composée de tutsi et d’hutus a été l’occasion pour le pays de fêter ensemble cet exploit. Le sport est parfois un des seuls réels ciments de l’unité nationale.

Récemment en France, la victoire de 1998 a été saluée par toute la classe politique et le slogan black – blanc – beur a été mis en exergue pour montrer la réussite de l’intégration à la française. Les épisodes qui ont suivi quelques années plus tard dans les banlieues françaises ont montré la part de communication liée à ce slogan.

Le sport peut aussi être utilisé pour stigmatiser des ennemis ou des groupes. Bien avant que la guerre éclate en ex-Yougoslavie, certains matchs de championnat entre équipes croates et serbes étaient l’occasion pour les supporters de manifester une hostilité, une haine vis-à-vis de l’autre nationalité. On peut aussi évoquer les tristes réactions de certains supporters à l’encontre des joueurs de couleurs ou d’étrangers sans parler de l’épisode récent de la banderole sur les « Chtis ».

    1. Les groupes minoritaires utilisent le sport espace de communication privilégié

      1. Dénonciation pacifique à violente de leur sort

La fenêtre médiatique incite ces derniers à manifester pour leur cause. Tout le monde se souvient du geste des deux sprinteurs noir- américains aux Jeux de Mexico qui pendant l’hymne national ont brandi leur poing pour protester contre la ségrégation aux USA. Leur geste a été relayé par tous les médias du monde et a fait plus que bien des manifestations. Plus récemment, l’inscription sur le tee shirt d’un message en faveur des Palestiniens par un footballeur égyptien à la Coupe d’Afrique des Nations en 2008 n’est pas passé complètement inaperçu.

On ne peut enfin passer sous silence l’attentat aux Jeux de Munich contre la délégation israélienne qui a eu un retentissement élevé et qui a transformé l’approche de la sécurité sur ces grands événements.

A l’inverse, les athlètes des minorités peuvent être instrumentalisés pour calmer les revendications comme l’Australie l’a bien compris lors des Jeux de Sydney. A cette occasion, Cathy Freeman la coureuse de 400 m aborigène a été utilisée comme symbole d’une Australie « nouvelle » où la cause aborigène aurait été entendue.

      1. Revendication d’une autonomie vis-à-vis d’un Etat 

Le sport est un vecteur important dans les processus de lutte pour une autonomie plus ou moins forte vis-à-vis d’un Etat. Le cas de l’Espagne est un des plus intéressants. Les provinces espagnoles jouissent d’une autonomie certaine face à Madrid. Toutefois les revendications de la Galice, de la Catalogne et du Pays basque sont puissantes et se servent du sport le plus médiatique qu’est le football. Ainsi en 2008, le Parlement espagnol a été le théâtre d’un épisode de la « guerre des maillots ». Les régions espagnoles ont obtenu la compétence exclusive pour la promotion du sport et lors de la déclaration de San Mames, ils ont annoncé que « dans le cadre de cette compétence seront promues la participation de leurs propres fédérations au plus haut niveau de compétition, ainsi que la pleine implication de leurs propres fédérations dans les fédérations internationales ». Suite à cet incident, des députés se sont alors présentés à la tribune revêtus du maillot de leur équipe « nationale ». Plus récemment encore, lors d’une tournée au Venezuela, la sélection basque est arrivée sur le terrain en portant deux banderoles portant le message suivant : « Nous sommes une nation. Nous voulons l’officialisation ».

    1. La responsabilité des institutions sportives

      1. La géographie sportive

Il faut insister sur le fait que les institutions sportives internationales ne sont pas totalement innocentes et que par leur utilisation du droit de reconnaissance elles peuvent nourrir la dynamique des revendications autonomistes. En effet, à force de vouloir étendre leur influence à toute la planète et dans une course pour être le sport le plus diffusé, ces fédérations ont tendance à reconnaître des territoires plus ou moins autonomes. Cette reconnaissance est alors réutilisée par les autonomistes ou les indépendantistes. Le fait que l’équipe « nationale » basque rencontre des équipes comme celle du Brésil en match amical amène une reconnaissance implicite.

      1. La tentation diplomatique

Le Comité international olympique s’est plusieurs fois engagé dans des initiatives diplomatiques en les justifiant par l’application de sa charte. Un des épisodes les plus importants fut le boycott sportif de l’Afrique du Sud, une autre initiative a été de faire défiler les deux Corées lors de la cérémonie d’ouverture à Sydney notamment. Au-delà d’une image symbolique forte, la diplomatie olympique apporte peu et montre le réel pouvoir du sport. Je ne parle même pas de la trêve olympique.

      1. Une lutte contre le nationalisme ?

Le cérémonial sportif maintient la présence des drapeaux et des hymnes lors des rencontres internationales. Lors des Jeux olympiques, et plus particulièrement en athlétisme, tous les athlètes victorieux réalisent un tour de piste en portant le drapeau national. Les Jeux de Pékin ont été l’occasion de voir comment cet ingrédient du nationalisme est toujours présent et même renforcé. Je ne parle même pas des commentaires des journalistes sportifs qui sont parfois au delà de la limite.

    1. La société civile utilise aussi le sport

      1. Le trajet de la flamme olympique : médiatisation d’une revendication

Les Jeux de Pékin ont été les premiers Jeux à subir une vraie campagne de presse d’envergure menée par des ONG (Reporter sans frontière, Amnesty international, …). Déjà, Green Peace avait exercé des pressions lors des derniers Jeux en insistant sur les paramètres écologiques et en réalisant des campagnes de presse. Mais à l’occasion du parcours de la flamme olympique nous avons assisté à une très bonne campagne médiatique menée par des professionnels de l’information. Le sport et sa vitrine médiatique ont été utilisés pour développer des revendications sur le Tibet et les droits de l’homme et de la presse.

      1. Le sport comme processus d’intégration

Le sport est ainsi utilisé par les acteurs dans le versant tendu des conflits, mais il est ambivalent. Il est aussi sollicité pour ses vertus « curatives ».

La société civile utilise aussi le sport dans une dimension de thérapie sociale. Au niveau international, la Fifa participe activement avec des ONG locales à l’utilisation du football pour faire revivre des enfants ou des adultes ensembles après des crises particulièrement aiguës. C’est le cas du Libéria où la guerre civile a laissé des traces indélébiles (dont les enfants soldats) et où les parties de football permettent de resociabiliser les enfants.

A une autre échelle, le sport est aussi utilisé comme outil d’intégration dans les sociétés. Il est parfois le «dernier recours » quand les autres politiques ont échoué. La réussite du sportif noir américain aux USA est presque caricaturale au regard du taux de pauvreté ou du pourcentage de noirs américains en prison. En France, l’utilisation du « Black, blanc, beurs » pour montrer l’intégration à la française a fait long feu. On peut d’ailleurs s’interroger sur la position du sport dans les quartiers difficiles. Serait-ce le dernier recours quand tout a échoué ? C’est parfois un peu l’impression que donnent certains discours.

Le sport spectacle a conquis une telle place dans la société qu’il attire de nombreux acteurs prêts à l’instrumentaliser. Créé dans la dernière moitié du XIXe, le sport est dans un premier temps complètement ignoré. Il faut attendre l’après première guerre mondiale pour voir les Etats commencer à s’y intéresser dans le cadre des relations internationales (exclusion des vaincus aux Jeux d’Anvers, financement d’Etat pour la préparation d’équipes nationales) et les années trente pour que les gouvernements totalitaires s’en emparent et en fassent un élément de leur politique internationale. Le sport a ainsi basculé peu à peu dans le cadre des relations internationales. Sa médiatisation croissante a renforcé son poids et la situation particulièrement tendu de la Guerre froide a permis aux deux blocs de transposer de manière symbolique la lutte sur le terrain du sport.

Depuis d’autres acteurs tentent aussi de s’approprier les valeurs du sport, son image positive pour s’en servir dans des conflits qui sont bien éloignés des pratiques sportives.

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