L’ETA : pourquoi la guerre en Pays Basque
espagnol ? Du nationalisme régional aux conflits ouverts

Barbara Loyer
Maître de conférences, HDR, université de Paris 8
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Divers États européens sont confrontés à des degrés divers à des revendications indépendantistes sur une partie de leurs territoires : Catalogne, Pays basque et Galice en Espagne ; Pays basque, Corse, Bretagne en France ; Ulster ou Ecosse au Royaume-Uni ou la plus improbable Padanie italienne.

Le Pays basque, l’Irlande du nord, la Corse ont vu se développer des groupes terroristes n’hésitant pas à tuer pour faire avancer leurs revendications. D’autres régions comme la Catalogne ont connu le terrorisme indépendantiste, mais celui-ci n’a pas survécu au développement de la démocratie en Espagne. Enfin, on a des cas, comme dans la partie française du Pays basque, où se développent des formes de terrorisme d’intensité variable selon les époques. Actuellement on voit se multiplier les actes de destructions à l’explosif d’agences immobilières ou de résidences secondaires, et il est aléatoire de prédire l’avenir de cette violence.

Au Royaume-Uni, en Irlande du Nord, l’IRA et les milices protestantes ont déposé les armes ; les Ecossais et les Gallois ont obtenu de larges compétences sans conflit majeur. En Espagne, il y a toujours trois mouvements indépendantistes, de Catalogne, du Pays basque, et de Galice, mais seul celui du Pays basque reste embourbé dans une lutte armée meurtrière contre la démocratie elle-même. Les actes de l’ETA et les politiques gouvernementales en réponse à ces actes ont pesé et pèseront encore considérablement sur l’évolution du système espagnol. Pourquoi ces différences ? Pourquoi les bombes dans certaines régions et pas dans d’autres ? Comment interpréter les concepts de démocratie, de peuples et de citoyenneté dans ces situations ?

L’intervention fera le point sur les actions de l’ETA, l’évolution du type et du nombre d’attentats commis en Espagne, ainsi que sur les bases de l’organisation terroriste en France. Elle abordera la question du terrorisme actuel en Corse.

Elle traitera des mécanismes qui ont conduit à la fin de la guerre dans le cas de la Catalogne, avec la disparition du groupe Terra Lliure, et dans celui de l’Irlande du nord.

On se demandera enfin à quoi sert l’ETA pour le mouvement nationaliste basque en général, et si le terrorisme est un frein ou au contraire un avantage pour faire avancer la cause indépendantiste basque. Les élus des différents partis politiques basques rejettent unanimement l’emploi de la terreur, sauf le bras politique de l’ETA ou ses avatars. Cependant le sentiment que l’Espagne n’est pas une démocratie tant que le Parlement n’accorde pas l’indépendance basque nourrit la représentation qu’il existe une juste cause défendue par des moyens erronés. La convergence idéologique entre des nationalistes divergeant seulement sur les moyens d’agir affaiblit singulièrement la capacité de résistance de la société basque toute entière contre le fait qu’on tue en son nom.

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