Les équilibres autour de la mer Caspienne
Pascal MARCHAND
Professeur université Lyon 2
Résumé
La disparition de l'URSS en 1991 a fait passer la Caspienne d'objet de relations bilatérales soviéto-iraniennes, à celle d'enjeu international impliquant cinq pays riverains : l’Iran, la Russie, dont la façade est considérablement réduite par l’apparition de trois Etats nouvellement indépendants, la Turkménie, le Kazakhstan, l’Azerbaïdjan. Dans le même temps, on découvrait en Caspienne d'importantes ressources off-shore en hydrocarbures.

Dans le courant de la décennie qui a suivi, l’espace caspien est devenu une zone d’affrontements plus ou moins marqués entre les intérêts plus ou moins divergents des Etats riverains. Des puissances extérieures, tirant parti de la nouvelle « pluralité géopolitique » résultant de l’implosion de 1991, tentent de s’y immiscer en jouant des rivalités régionales. L’imbrication des échelles de conflits locaux avec des enjeux d’échelle planétaire crée une situation explosive autour de la Caspienne.

Ces tensions internationales médiatisées ne doivent pas occulter les désordres écologiques qui ont très gravement affecté la Caspienne dans les décennies 70 et 80. La stabilisation du niveau du plan d’eau depuis 1995 offre un répit partiel, mais la situation reste fragile et certaines espèces sont toujours en voie de disparition. La mise en place d’instances de régulation inter étatiques serait plus que jamais nécessaire.

I- Or, sur un plan local, la gestion des ressources de la Caspienne est devenue plus complexe maintenant qu’il y a cinq souverainetés politiques riveraines et non plus deux.
a- Les équilibres biologiques demeurent fragiles.

Dans un passé récent, l’évolution de la Caspienne avait alarmé.

Alors que le niveau du plan d’eau paraissait stable, de l’ordre de - 25 m depuis le début des observations en 1830, il a connu une baisse brutale à partir de 1933 : de – 25.75 en 1933, le niveau baissait sans interruption jusqu’en 1940 à – 27,74. Cet effondrement de deux mètres avait été provoqué par une succession ininterrompue d’années de très basse hydraulicité de la Volga qui, à elle seule, assure 80 % de l’approvisionnement en eau de la Caspienne. Après une courte stabilisation, la chute de niveau reprenait, conduisant, par saccades, le niveau du plan d'eau à – 29.03 m en 1977. A ce moment, la Caspienne ne couvrait plus que 371 000 km2, contre 412 000 en 1929 (au niveau – 25.58 m). La rétraction s’était opérée surtout en Caspienne du nord, en grande partie constituée de hauts-fonds (avec 24 % de la surface du plan d’eau, elle ne contient que 0.5 % de son volume)1.

Les grands travaux de régularisation de la Volga, entrepris en 1940, ont contribué à cette baisse, mais de façon modeste. De 1940 à 1982, ils ont stérilisé un volume d’eau d’une centaine de km3 en dessous du niveau des turbines des barrages (« volume mort »). Par ailleurs, à partir de 1968, le développement de l'irrigation a prélevé quelques km3 chaque année2. Ces pertes3 étaient cependant sans commune mesure avec les 3.3 mètres d’eau perdus entre 1933 et 1977 par un plan d’eau d’une surface de 412 000 km2 en 1929, soit une réduction de volume de 1 350 km3.

Dans les années soixante-dix, la conclusion tirée fut qu’on était en présence d’un effondrement structurel du niveau de la mer4. Le phénomène donna corps à un projet de détournement d’eaux des fleuves du nord de la Russie, tributaires de l’Arctique, vers la Caspienne défaillante5, la Volga aménagée fournissant un axe de transit tout désigné. Ce grand projet fut largement à l’origine de la vague de contestation écologique qui, à l’instigation de Gorbatchev, submergea l’URSS en 1987-896 et conduisit à l’ajournement de tous les plans de détournement des eaux en 1987 et 1988.

Il faut dire qu’à partir de 1978, le niveau du plan d’eau avait remonté de façon brutale, atteignant – 26.61 m en 1995, menaçant les installations portuaires récentes, établies en fonction d’un niveau jugé inexorablement voué à la baisse. En 1995, la Caspienne, plus vaste qu'en 1929, couvrait 436 000 km2 ! (Aladin 2004). Depuis le niveau semble stabilisé, variant dans la tranche - 26.5 - 27.5.

La rétraction de 1933-77 fut concomitante de désordres biologiques. Les prises d’esturgeon, source du célèbre caviar, commençaient à décliner, lentement mais inexorablement, à partir de 19797. Ce déclin n’est cependant pas lié aux variations du niveau de la mer. L’espèce est en fait victime de la régularisation de la Volga. Le barrage de Volgograd barre totalement le cours du fleuve à 500 km de la mer depuis 1960. Or, la quasi-totalité des espaces de frayères de cette espèce (substrats caillouteux) se trouvaient à l’amont du cet ouvrage8. Depuis 1960, les différentes espèces d’esturgeons ne disposent plus que d’espaces très réduits, dispersés en Basse-Volga, où les substrats sont essentiellement sableux et limoneux9. La route des frayères étant coupée, c’est la reproduction des espèces qui est menacée et on est donc en présence d’un stock qui s’amenuise. Les mesures adoptées (installation d’un ascenseur au centre du barrage, essais de frayères artificielles) ont échoué. La mise en place d’une dizaine d’usines d’acipensériculture, destinées à organiser la reproduction artificielle des espèces, n’a donné que des résultats très incertains10.

La pêche industrielle, dont les prises s’élevaient à 600 000 t dans la période 1913-1930, vit son activité se rétracter à 300 à 450 000 t selon l’année dans la période 1950-1985. Et ce niveau ne fut tenu que parce que la pêche fut massivement transférée sur une espèce dont le seul usage est la production de farine11. Les prises de poissons nobles, qui constituaient 90 % des prises en 1913-30, n’en représentaient plus que 20 % dans les années 80 (Carré, 1978 ; Marchand, 1990). Ces espèces nobles sont dites « semi-anadromes », car adaptées à la vie dans les eaux très adoucies de la Caspienne du nord mais remontant le fleuve pour se reproduire, dans le delta, ou plus en amont12. Toutes étaient frappées par la modification des conditions biologiques provoquées par la régularisation de la Volga : le flux de printemps, 62 % de l’écoulement annuel en avril-juin dans les conditions naturelles, dorénavant retenu en vue de la production hydro-électrique d’hiver, et réduit à 45 % était devenu insuffisant pour submerger une surface suffisante de frayères sur les rives du delta et de la Basse-Volga. La crue « artificielle » organisée par l’Homme13 n’a par ailleurs pas les mêmes caractères que la crue naturelle : rythme de montée des eaux puis de décrue beaucoup plus rapide, réalisation par les turbines du barrage de Volgograd qui propulsent de l’eau froide des profondeurs du lac de barrage. L’instabilité du delta, provoquée par celle du niveau de la mer, à également perturbé les conditions de reproduction des espèces14. Les développements récents, et mal contrôlés du tourisme dans le delta viennent depuis peu ajouter encore un nouveau facteur de perturbation (Ivanov, 2006).

La pollution du plan d’eau par les rejets industriels, également parfois incriminée dans l’effondrement de la pêche, a par contre diminué. Les calculs effectués par Demin (2003, p. 371) montrent que les rejets d’eau usée dans le bassin de la Volga (80 % de l’apport fluvial à la Caspienne et l’essentiel de l’appareil industrialo-urbain à l’époque soviétique) ont culminé en 1970-79 à 25-30 km3 selon l’année. Sur la période 1980-93, ils s’étaient réduits à 22-24 km3. Sur la période 1994-2000, ils se sont encore affaiblis à 18-19 km3. Comme l’avait déjà estimé Koronkievitch (2000), la forte baisse des années quatre-vingt dix témoigne cependant seulement de la panne de l’appareil industriel d’époque soviétique enregistrée pendant cette décennie. La reprise des années 2000 et l’expansion à venir de la production d’hydrocarbures en mer n’incite pas à l’optimisme pour l’avenir (Koronkievitch, 2003).

La remontée du niveau de la Caspienne à partir de 1978 n’a provoqué aucune amélioration pour la pêche. Les espèces étant, comme on l’a vu, affectées dans leurs conditions de reproduction, et ce problème n’ayant pas trouvé de solution, la baisse du volume des prises s’est poursuivie. Dans les années quatre-vingt dix, le phénomène s’est même mué en effondrement. En 1991-95, le volume des prises s’est abaissé à 81 000 t en moyenne (Aladin, 2004, p. 14). En 1996-98, les prises d’esturgeon en Russie sont tombées à 1 100 t en moyenne par an, un chiffre un peu inférieur à celui déclaré par l’Iran, contre 11 000 t en 1989-90 (Annuaire FAO, 1998, p. 162). Les raisons d’un tel effondrement ne sont toutefois pas à chercher du côté de l’hydrologie ou de la biologie mais, plus prosaïquement, du côté de la géopolitique : l’écroulement du volume des prises est simplement le symptôme de celui de la capacité de l’Etat à faire respecter les règles de pêche. Ainsi, les observateurs sur le terrain estimaient-ils au début du siècle, que les prises réelles d’esturgeons étaient dix fois supérieures au volume déclaré si ce n’est plus. Dans le cas du Turkménistan, le volume officiel est de 20 t par an, mais on estime qu’il est en réalité supérieur à 300 t (Aladin, 2004, p. 14). Les esturgeons sont donc plus que jamais menacés d'extinction, frappés dans leurs conditions de reproduction et par le braconnage généralisé.

Le retard de publication des annuaires de la FAO ne permet pas encore de mesurer si la restauration de l’autorité de l’Etat, au moins en Russie, a eu des effets sur les prises après 2002. De toute manière, pour les poissons nobles comme pour les esturgeons, il n’y aura pas d’amélioration tant que les règles de fonctionnement de l’aménagement de la Volga n’auront pas été revues, ce qui est subordonné à la résolution du problème énergétique en Russie (Marchand, 2008).

b-La découverte d'un pactole d'hydrocarbures sous la Caspienne a soulevé par ailleurs un problème inédit : est-elle un lac ou une mer ?

Selon la réponse, le partage des ressources entre riverains s'opère de façon tout à fait différente. Si la Caspienne est une mer, en vertu de la Convention internationale de 1982, chacun des cinq Etats riverains exerce sa souveraineté sur ses eaux territoriales, soit une bande de 12 miles (22.2 km) à partir de sa ligne de côte. Il peut par ailleurs définir une Zone Economique Exclusive (ZEE) de 200 miles (370 km), sur laquelle il dispose de « droits souverains » (ce qui est différent de la « souveraineté ») concernant l’exploitation des ressources naturelles biologiques et du sous-sol. Le problème concernant la Caspienne est que l’étroitesse de la mer ne permettrait pas aux Etats riverains qui se font face de se tailler une ZEE de 200 miles15. La Convention Internationale stipule en ce cas que la délimitation des ZEE se fait par accord entre les parties. Si la Caspienne est considérée comme un lac, sa surface est partagée par accord entre les riverains.

Dès l’implosion de l’URSS, deux thèses se donc sont affrontées à propos de la Caspienne. La thèse « lacustre » prônait un partage du plan d’eau entre riverains. La thèse maritime présentait différentes variantes, qui toutes revendiquaient une « zone internationale » centrale, que tous les riverains pourraient exploiter, au-delà d’une ZEE de 33, 35 ou 45 miles selon la proposition. Les positions des différents Etats ont varié plusieurs fois (sauf celle de l’Iran, toujours partisan de la solution « maritime »), notamment au gré des résultats des prospections géologiques (Saivetz, 2003).

Les espoirs suscités par les estimations américaines du début des années quatre-vingt dix (90 à 200 milliards de barils de pétrole) se sont toutefois révélés infondés16. Les ressources inventoriées à ce jour sont de l’ordre d’une trentaine de milliards de barils (l’équivalent de celles de la mer du Nord), mais très inégalement réparties. Deux gisements « super-géants » se trouvent au large du Kazakhstan (Tenguiz, à la fois continental et off-shore, avec 7 à 8 milliards de barils ; Kashagan, off-shore, avec une dizaine de milliards de barils). Au large de l’Azerbaïdjan, en face de Bakou, s’étend le champ off-shore de Chiraz, avec des réserves de 3 à 5 milliards de barils. Le reste des ressources est divisé en plusieurs champs plus modestes17. En matière de gaz, un seul grand gisement a été découvert, celui de Shah Deniz, au large de l’Azerbaïdjan (700 milliards de m3).

Les discussions entre riverains furent longues et infructueuses. Un dernier sommet, en avril 2002, à Achkhabad, ne déboucha sur aucun accord. Russie et Kazakhstan, ayant identifiée leurs ressources et souhaitant passer à leur exploitation le plus rapidement possible, décidèrent alors de conclure un accord bilatéral de partage de leurs zones selon le principe « lacustre » en mai 2002 (Marchand, 2007b, p. 354). Toute la moitié nord de la Caspienne se trouve de ce fait attribuée : la Russie a reconnu que Kashagan se trouve intégralement en zone kazakhe, le Kazakhstan s’est engagé à expédier le brut de ce gisement par les ports russes.

En l’état actuel, seul le champ de Kashagan est en cours d’équipement mais la mise en valeur a été plusieurs fois repoussée, au grand dam des autorités kazakhes. Le gisement ne devrait entrer en production qu’en 2011, soit déjà un retard de 5 ans sur la date prévue18. Un des problèmes provient de la sous-estimation initiale des difficultés posées par la dérive de la carapace glaciaire qui s’installe sur la Caspienne du nord entre mi-novembre et mi-décembre, pour une durée variable19.

Pour la moitié sud en revanche, Turkménie et Iran (dont les eaux territoriales s’avèrent pauvres en hydrocarbures) s’en tiennent à la thèse « maritime » et refusent de signer un accord avec l’Azerbaïdjan voisin. Comme le gisement de Chiraz et d’autres, se trouvent en partie en dehors des eaux territoriales azerbaïdjanaises, leur mise en exploitation est limitée, sauf à vouloir provoquer de graves incidents avec la marine de guerre iranienne (des accrochages se sont déjà produits).

II- Avec la question des routes d'évacuation des hydrocarbures, on entre dans une seconde échelle, régionale, puis internationale.

  1. Un problème régional, l’exportation des hydrocarbures

Les hydrocarbures caspiens, comme ceux, voisins, d'Asie centrale (pétrole du Kazakhstan et d’Azerbaïdjan, gaz de Turkménie et d’Ouzbékistan) , sont en effet enclavés au coeur de l'Eurasie. En fonction des choix d'infrastructures, ils peuvent s'orienter vers des marchés totalement différents.

Les infrastructures d'époque soviétique les orientaient vers l’ouest, la Russie centrale et, au-delà, l'Europe occidentale. L'augmentation prévisible des volumes liée aux nouvelles découvertes en Caspienne et en Asie centrale impose toutefois de nouveaux tubes et de nouvelles voies.

En direction de l’ouest, une des données de base concernant le pétrole est que la voie maritime par le Bosphore est saturée. Le tonnage des tankers qui l’empruntent y est limité en vertu de la convention de Montreux et les autorités turques, pour des raisons de sécurité, ont imposé un pilote et interdit le passage de nuit dans un goulet étroit et parcouru de forts courants. Les délais d’attente pour le passage des tankers se mesurent actuellement en semaines.

Premier à agir pour contourner le goulet d’étranglement du Bosphore, l'Etat américain a donc organisé le financement de l'oléoduc Bakou-Tbilissi-Ceyhan (BTC), acheminant du pétrole azerbaïdjanais vers un port turc de la Méditerranée, en contournant soigneusement Arménie et Kurdistan turc20. Le nouveau pétrole kazakh venu de la Caspienne (Tenguiz et Kashagan) doit quant à lui transiter par les ports russes de la mer Noire (Novorossiisk, Touapse), conformément aux accords russo-kazakhs, et en toute logique géographique. Pour lui, l’obstacle du Bosphore demeure. C’est pour le lever qu’en mars 2007, la Russie, la Grèce et la Bulgarie, ont signé un accord pour la construction d’un oléoduc Bourgas-Alexandroupolis, permettant au brut expédié par Novorossiisk d’éviter le Bosphore21.

En ce qui concerne le gaz, BTC a été doublé en 2007 par un gazoduc, financé par les Etats-Unis, qui relie Bakou à Erzeroum (Bakou-Tbilissi-Erzeroum : BTE). L'objectif serait de siphonner le gaz d'Asie centrale qui transite actuellement à travers la Russie pour gagner l'UE, cette dernière devant réaliser le tronçon Nabucco, entre Erzeroum et l'Europe occidentale. L'alimentation de BTE-Nabucco reste cependant problématique : les USA mettent leur veto à l'implication du gaz iranien,

les ressources azerbaïdjanaises (off-shore inclus) sont trop modestes pour assurer son fonctionnement, et la pose du gazoduc nécessaire pour aller siphonner le gaz de Turkménie est subordonné à un accord sur le partage des fonds entre riverains de la Caspienne. La Russie, qui estime que ces projets ont pour seul objectif d'affaiblir sa position en Asie centrale, n’a par ailleurs pas tardé à contre-attaquer. En 2007, Vladimir Poutine a signé plusieurs accords avec les gouvernements turkmène, kazakh et ouzbek : la Russie financera la rénovation du réseau soviétique qui conduit le gaz vers la Russie, en échange d’une augmentation du prix d’achat22. Le projet américano-européen BTE-Nabucco est actuellement dans l’impasse.

Deux voisins, la Chine et l'Inde, s'intéressent par ailleurs de plus en plus aux hydrocarbures de la région. La Chine a déjà financé la construction de plusieurs tronçons d’un oléoduc traversant le Kazakhstan et capable d’acheminer le brut de Tenguiz vers la Chine. Un gazoduc est prévu sur un itinéraire similaire. En 2005, l’Inde a échoué dans sa première tentative importante d’entrée sur le marché d’Asie centrale mais l’ampleur de l’investissement envisagé alors montre son intérêt23.

b- De l’échelle régionale à l’échelle internationale

Avec la question des routes des hydrocarbures, l'échelle régionale prend une dimension internationale. On voit se constituer un bloc USA, UE , Géorgie, Turquie, dont les actions affermissent progressivement une association entre Chine, Inde et Russie, que l'Iran pourrait rejoindre. Or la Caspienne recèle quelques foyers de tensions explosifs.

1- Les pays riverains de la Caspienne sont liés à des pays extérieurs, soit de leur fait, par des associations d’intégration régionale, soit du fait de l’action de pays extérieurs à la région mais qui cherchent à y exercer une influence (USA, UE).

Ce sont les USA qui ont été à l’origine des recompositions en cours. Plusieurs gouvernements américains ont mis en application la doctrine définie par Zbigniew Brzezinski concernant l’Eurasie, et ce dès 199124. Cette doctrine, comme l’écrit Gérard Chaliand dans la préface de la traduction française de l’ouvrage de Brzezinski paru en 1994 (1997, p. 19) ne vise plus « l’endiguement de la guerre froide, mais le refoulement auquel rêvait, sans y parvenir, Foster Dulles ». Elle prescrit l’intégration dans l’OTAN et dans l’UE de tous les ex pays de l’Est et de toute la partie occidentale de l’ex URSS. Deux pays, dénommés « pivots géopolitiques » sont particulièrement visés, l’Ukraine et l’Azerbaïdjan, ce dernier en raison de sa position sur la Caspienne, en tant que charnière avec l’Asie centrale, objectif plus lointain et moins assuré du mouvement d’encerclement de la Russie. Le Silk Road Strategy Act, adopté par le Congrès des Etats-Unis en 1999 s’inscrit dans cette stratégie. Il vise à favoriser « l’indépendance des pays du Caucase et d’Asie centrale » (face à Moscou) et à créer des axes (un « pont terrestre ») détournant le commerce de ces pays avec l’ouest, qui passe actuellement par le territoire russe de l’ex URSS, vers le trajet de l’antique Route de la Soie aboutissant aux ports turcs (donc à un pays de l’OTAN). L’oléoduc BTC et le gazoduc BTE s’inscrivent dans cette Silk Road Strategy. Le développement de l’assistance militaire à la Géorgie depuis l’arrivée au pouvoir de Mikhaïl Saakachvili, également (ce pays étant un débouché de la Route de la Soie).

La mise en œuvre de la doctrine Brzezinski par les USA (entrée de 3 pays de l’Est dans l’OTAN, puis des pays baltes, prise de contrôle de la Yougoslavie, puis projet d’intégration de la Géorgie et de l’Ukraine) est à l’origine directe de la radicalisation progressive de la politique étrangère russe à partir de 1996. Aujourd’hui, les relations entre Russie et USA ne peuvent plus être qualifiées d’amicales. Il faut souligner que les USA pourraient mener une politique différente. Un autre géopolitologue américain, Saul Cohen (2005, p 1) engage un article sur l’Eurasie par ces mots « La pénétration américaine en Eurasie représente une sérieuse menace pour la stabilité du système géopolitique mondial ». La suite de son article est une critique en règle de la doctrine Brzezinski, « dont la stratégie la plus provocatrice est l’admission de l’Ukraine dans l’OTAN » (p. 6).

L’UE, dès 1995, a quant à elle développé un projet TRACECA (Transport Corridor Europe Caucasus Asia) pour l’assistance technique pour la création d’infrastructures de transport. L’objectif est de « soutenir l’indépendance économique et politique des Etats du Caucase et d’Asie centrale en développant leur capacité d’accéder au marché européen et mondial par des voies alternatives » (Helly, 2001, p. 53). Il s’agit donc clairement de drainer le commerce d’Asie centrale vers le Caucase puis l’Europe en le détournant de ses voies d’époque soviétique qui passent pas la Russie. La nouvelle route est d’ailleurs parfois désignée sous le terme de « Route de la soie ». Nabucco s’inscrit dans cette perspective, mais à part ce projet, l’UE a été beaucoup moins active que les USA autour de la Caspienne, estimant peut-être qu’il y avait des risques de voir la Russie réagir de façon virulente à cette tentative de l’exclure des flux commerciaux eurasiatiques.

L’Azerbaïdjan, qui se trouve donc très sollicité, dialogue avec toutes les parties. Il s’est ouvert sans réticence aux investissements pétroliers américains et tire partie de BTC et BTE. Il accueille volontiers les propositions de l’UE mais garde de bonnes relations avec Moscou. Depuis 1997, il est membres du GUAM (pour Géorgie, Ukraine, Azerbaïdjan, Moldavie) mais cette organisation régionale, qui connaît une existence erratique, alternant phases de sommeil et phases d’activité, n’a guère de contenu pour l’instant.

La Russie, évincée de ce qui était l’empire russe depuis le XIX° siècle, est restée quelques années inerte, avant d’entamer une politique défensive qui commence à prendre un tour plus actif. Son projet de CEI et la nébuleuse d’accords assez lâches qui l’entoure n’a pas de composante spécifiquement caspienne. Même la Communauté Economique Eurasiatique (fondée en 2005 à partir de l’Organisation de Coopération Eurasiatique) reste une organisation très peu contraignante. Elle regroupe la Russie, la Biélorussie, le Kazakhstan, la Kirghizie, le Tadjikistan et l’Ouzbékistan. Elle ne s’étend donc pas sur le sud de la Caspienne : ni l’Azerbaïdjan, ni la Turkménie n’en sont membres. Le volet militaire, l’Organisation du Traité de Sécurité Collective, signé à Tachkent en 2002, qui regroupe les six même pays, plus l’Arménie, n’est pas plus contraignante et ne s’apparente en rien à l’OTAN25.

Une autre organisation à caractère défensif est née en 1996, sur proposition chinoise, le Forum de Shanghaï. Il regroupe la Chine, la Russie, le Kazakhstan, la Kirghizie et le Tadjikistan, groupe auquel s’est agrégé l’Ouzbékistan en 2001. Devenue Organisation de Coopération de Shanghaï, elle compte maintenant quatre membres observateurs (Inde, Pakistan, Iran, Mongolie). L’OCS est expressément destinée à la coopération contre la subversion interne (lutte contre les tendances séparatistes notamment) et la criminalité transnationale, sans exclure la mise en œuvre de grands travaux d’infrastructures26. Selon une source russe autorisée, l’adhésion de la Russie en 1996 a été voulue par Primakov, qui venait de remplacer l’occidentaliste Kozyrev. Comme l’explique une source russe (Nossov, 2008, p. 52), ce choix s’est imposé à la Russie car « l’euphorie des espoirs fondés sur l’établissement de liens forts d’amitié avec l’Ouest s’était dissoute dans l’aggravation brutale des relations russo-américaines. La Russie se trouvait dans un état de déroute économique partiellement provoqué par les recettes inspirées par les USA et le FMI, l’OTAN continuait à s’élargir à l’Ouest ». L’OCS se montre plus actif que l’OTSC. Les exercices militaires communs entre troupes chinoises et russes, en août 2005, près de Taïwan, et au cours de l’été 2007 dans l’Oural ont été très médiatisés. L’OCS, rassemblant la Chine, la Russie et l’Iran, est davanage susceptible de constituer un adversaire de l’OTAN, notamment autour de la Caspienne.

Sur le plan commercial, la Russie, qui travaille à la construction d’un complexe portuaire très important en mer Noire, à Taman, près de Novorossiisk, s’apprête à lancer d’autres travaux en vue de la réalisation concrète d’un axe eurasien qui court-circuiterait la « Route de la Soie ». Il s’agit d’établir une liaison navigable à grand gabarit entre Caspienne et mer Noire, soit en reformatant le canal Volga-Don, soit en créant un nouvel axe à travers la dépression du Manytch. Selon la variante, l’axe aurait une capacité de 45 à 70 millions de tonnes (Kisin, 2008). Il est à noter que ces projets, qui posent tous des problèmes environnementaux, vont ressusciter les alarmes sur les questions de préservation du milieu dans et autour de la Caspienne

2- La Caspienne est par ailleurs entourée de foyers de tensions explosifs.

a-A l’exception de l’étroit littoral de l’oblast d’Astrakhan, le Daghestan constitue l'essentiel de la façade caspienne de la Russie. Cette république autonome de Russie de 50 300 km2, est souvent considérée comme une poudrière où cohabitent difficilement une cinquantaine d'ethnies rivales. Le groupe avar y domine la vie politique locale en vertu de sa courte prépondérance ethnique. Le recensement de 2002 y a été particulièrement tendu : plusieurs groupes réclamaient leur séparation de la catégorie « avar », trop large à leur goût, ce qui aurait menacé les élites en place, des groupes ont par ailleurs enregistré des croissances démographiques tellement invraisemblables que suspectes. Les Darguines, qui auraient pu supplanter les Avars en tant que première nationalité, sont ainsi passés de 353 348 représentants au recensement de 1989, à 510 156 à celui de 2002, soit un taux d’accroissement de 44.4 % en 13 ans et demi. Leur « effort » n’a toutefois pas été couronné de succès puisque les Avars passaient, eux, de 544 016 à 814 473, soit un taux d’accroissement de 49.7 %. On comprend dans ces conditions que les données du recensement de 2002 soient considérées avec circonspection27.

Compte tenu de ces réserves, le Daghestan compterait 2.6 millions d’habitants au recensement de 2002 (contre 1.8 en 1989). A plusieurs reprises il a failli être entraîné dans le conflit tchétchène voisin. Actuellement, il tire partie de ce conflit, sa capitale, Makhatchkala, étant devenue l’une des deux plaques-tournantes à partir desquelles transitent les relations légales ou non de la Tchétchénie avec l’extérieur (Vendina, 2007).

b- De nombreux regards extérieurs convergent vers l’Azerbaïdjan, indépendant depuis 1991. La Russie qui y conserve une base radar garde une certaine influence auprès des élites du pays, formées à l’époque soviétique et depuis l’indépendance, le nombre de migrants azerbaïdjanais travaillant en Russie a doublé (pour s’en tenir au chiffre officiel, sous-estimé)28, même s’ils n’y sont pas toujours bien accueillis.

L'Iran a quant à lui toujours porté un regard condescendant sur l'indépendance de l'Azerbaïdjan, qu'il considère comme une de ses provinces arrachée par les tsars au début du XIX° siècle. Toute la région frontalière, centrée autour de Tabriz, est presque entièrement peuplée d’Azéris. Cette forte minorité azérie, 15 à 20 % de la population de l’Iran (Hourcade, 1998), est bien intégrée, et fournit traditionnellement un important encadrement administratif et militaire au pouvoir de Téhéran. L’Iran surveille toutefois attentivement sa province, également frontalière du Kurdistan. Il s’était vivement inquiété en 1989-90 lorsqu’à la suite de la chute du mur de Berlin, des mouvements spontanés de rapprochement s’étaient produits de part et d’autre de la frontière entre les deux pays.

La Turquie considère, elle, que l'Azerbaïdjan fait partie du monde turcophone, c'est-à-dire de sa zone d’influence. Elle participe donc, avec la Géorgie pro-américaine, au blocus imposé à l'Arménie, qui s'est emparée du Nagorny Karabagh, province de l'Azerbaïdjan peuplée d'Arméniens, ainsi que du corridor de Latchine29. L'Arménie ne peut survivre que parce que son quatrième voisin, l'Iran, inquiet d'une collusion turco-azérie susceptible de générer des idées séparatistes dans sa province azérie, assure son approvisionnement, notamment en énergie. On est donc en présence d’alliances singulières : l’Azerbaïdjan et la Turquie, Etats musulmans sunnites, assiègent, avec l’aide d’un pays chrétien, la Géorgie, l’Arménie, chrétienne, soutenue quant à elle par un Etat musulman intégriste, l’Iran chiite. L’Arménie est par ailleurs soutenue par la Russie, qui entretient dans ce pays un contingent militaire dans ce pays30.

Les pourparlers sont au point mort, mais l'Azerbaïdjan affirme régulièrement son intention de recouvrer sa souveraineté sur le Nagorny Karabagh, et attend l'argent du pétrole pour reconstituer son armée. Il aura l'appui de la Turquie. Il est alors est douteux que l'Iran reste sans réactions. Or la Turquie est membre de l’OTAN, pacte dont l’article 5 prévoit qu’une attaque contre un de ces membres est une attaque contre tous les membres… Le conflit entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan, pour être actuellement gelé, n’en est pas moins potentiellement extrêmement dangereux.

Les hydrocarbures caspiens se trouvent donc placés au milieu d'une véritable poudrière. Cinq Etats, l'Arménie, l'Azerbaïdjan, l'Iran, la Russie et la Turquie, peuvent considérer que leurs intérêts vitaux sont en jeu dans cette région. La présence d'hydrocarbures a amené des impérialismes extérieurs (USA, UE, Chine) à s'immiscer toujours plus dans ces conflits régionaux.

L'imbrication complexe de facteurs ethniques, religieux, nationaux, et d'intérêts pétroliers, menace un équilibre très fragile, dans lequel un dérapage local est susceptible, par effet de domino, d'enclencher une réaction en chaîne. Toutefois, les pays de la région sont certes rangés dans des organisations économiques et militaire, mais ce n’est pas le cas de tous (Iran et Turkménie restent à part) et ces organisations n’ont pas encore un fonctionnement très strict. On ne peut donc pas encore les classer en camps irréductiblement hostiles. Il y a donc encore un espace pour la négociation politique. L’entrée d’un pays riverain dans l’OTAN pourrait être un premier pas dans la cristallisation d’alliances.

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1 Au niveau – 28 m, quand la Caspienne couvre 376 000 km2, 18 000 des 90 000 km2 de la Caspienne du nord présentent des profondeurs inférieures à un mètre (Baïdin, 1986, pp. 10-13).

2 Sur l’irrigation dans le bassin de la Volga, consulter Marchand, 1990, livre2, 1° partie, 1° chapitre.

3 Les prélèvements pour irrigation dans le bassin ont été estimés à 12 à 15 km3 selon l’année entre 1971 et 1978, à 18 à 21 km3 entre 1979 et 1987, avant de décroître rapidement. Ils sont inférieurs à 9 km3 depuis 1997 (Demin, 2000, p. 745). Il faut souligner qu'une partie de cette eau revient cependant au fleuve par les réseaux de drainage des périmètres irrigués.

4 Pourtant, dans leurs synthèses des travaux soviétiques sur l’évolution future du niveau de la Caspienne, Chiklomanov (1976) comme Ghiorghievskii (1978), montraient que la plupart annonçaient une remontée prochaine du niveau. Avec le temps, on est frappé par la justesse des travaux d’époque soviétique. Le niveau de la Caspienne a en effet stagné à son point le plus bas en 1977 et 1978. Or, Chliamin, en 1962, avait prévu une baisse jusqu’en 1975, puis une remontée (jusqu’en 2030) ; Smirnov, en 1966, avait prévu un point bas en 1976-80, puis une remontée ; Afanasiev, en 1967, prévoyait une baisse jusqu’au milieu des années soixante-dix.

5 Pour les détails du projet et ses évolutions, consulter Marchand, 1984, ou 1990, 2° partie, chapitre 3.

6 Développements dans Marchand, 1989 et 1990, livre 2, 1° partie, 3° chapitre.

7 Marchand, 2007a, p. 63 ; Développements dans Marchand, 1990, livre 2, 1° partie, 3° chapitre.

8 Khorochko (1973) a réalisé la seule synthèse scientifique des travaux sur les frayères d’esturgeons dans la Volga avant régularisation. Cette étude montre que les données à ce sujet étaient très fragiles : la plupart des informations signalaient la présence d’esturgeons mais ne rapportaient pas d’observation directe de frayères. Khorochko rappelait par ailleurs que les expéditions menées en 1920, 1930 et 31 par l’Académie des sciences en vue de localiser les frayères n’avaient pas réussi à en identifier une seule. Avec de grandes réserves, en retenant les lieux où les observations d’individus étaient assez nombreuses et fréquentes, il a établi une carte des frayères « vraisemblables », aboutissant à une surface de 3 390 ha de frayères avant le barrage du fleuve.

9 La surface estimée des frayères résiduelles varie beaucoup : 415 ha pour Viechtchev (1983, p. 766), 260 pour un travail collectif de 1981 (Pokatnaïa …, p. 122). Une réévaluation récente l’estime à 372 ha (Viechtchev, 2000, p. 548). Par ailleurs, le potentiel de frayères dans le fleuve Oural serait de 1 700 ha (Mousatov, 1981, p. 72). Toutefois les reproducteurs sont beaucoup moins nombreux dans ce fleuve que dans la Volga et ces espaces ne sont en eau que si le fleuve un volume annuel d’écoulement de 5 km3, ce qui n’est pas toujours le cas. Il existe également de modestes frayères dans la Koura et le Terek (Kazantchieïev, 1981).

10 Pour une analyse détaillée, Marchand, 1990, livre 2, 1° partie, 2° chapitre.

11 Une clupéonelle, la « kilka » (Clupeonella delicatula caspia).

12 L’inventaire des frayères de ces espèces a été réalisé dans les années trente, juste avant la régularisation de la Volga. L’une des deux espèces qui représentaient l’essentiel des prises au début du XX° siècle, l’alose, utilisait comme zone de frai principale, le cours de la Volga entre Kamychin et Samara (Frantsouzov, 1941). Le barrage du fleuve à Volgograd à partir de 1958 leur en a barré l’accès. Dès 1966, la pêche à l’alose fut interdite, mais cette mesure ne permit pas d’empêcher sa quasi disparition.

Pour l’autre espèce, le « vobla » (gardon de la Volga), les frayères étaient situées entre Volgograd et Kamychin, mais l'espèce a toutefois réussi à retrouver quelques frayères en Basse-Volga.

Pour toutes les espèces, un inventaire des frayères a été réalisé au début des années 80 (Fedorovitch, 1983). Leur surface est estimée à 30 à 60 000 ha dans le champ d’inondation Volga-Akhtouba, entre Astrakhan et Volgograd. Avec ses frayères estimées à 800 000 ha, le delta de la Volga est donc la principale zone de reproduction des espèces semi-anadromes. C’est l’espace de frayères essentiel pour les carpes, brèmes, brochets, sandres et silures qui se sont adaptées à la vie en Caspienne du nord et qui constituent aujourd’hui l’essentiel des prises de poissons nobles après la chute de celles de gardons et d'aloses.

NB : Le gardon et la brème sont des poissons très estimés en Russie. Fumés et séchés, ils accompagnent très bien la bière.

13 Développement dans Marchand, 1990, livre 2, 2° partie, chapitre 2.

14 De 1817 (première cartographie détaillée) à 1978, le delta avait presque triplé de surface, passant de 3 335 à 8 870 km2 . L’essentiel de la progression s’était faite de 1933 à 1978. De 1978 à 1998, la surface s’est rétractée à 7 990 km2 (Aïboulatov, 2003, p. 39). Avec une définition plus étendue de l’avant-delta, Krasnodjon (2005, p. 752), trouve une rétraction plus importante, de 10 187 km2 en 1975 à 9 095 km2 en 1995.

15 La largeur du plan d’eau varie entre 196 et 435 km selon l’endroit (Tchitcherina, 2004, p. 299).

16 Ces estimations faramineuses sont contemporaines de la décision de Washington de transférer le gros des forces américaines d’Allemagne vers la Yougoslavie et les pays voisins.

17 En l’état des investigations au début des années 2000, seules les eaux iraniennes n’avaient pas fait apparaître de ressources nouvelles (fait géologique ou insuffisance de prospection ?), comme le montre les cartes publiées par l’International Center for Caspian Studies en 2002 (bibliog.). Depuis, les russes ont inventorié dans leur zone au moins un « géant » pétrolier de plus de cent millions de t de réserves, le gisement de Filanovskyi (Sagers, 2006, p. 538).

18 Les Echos, 8-2-2008.

19 D’après les observations récentes, la couverture de glace perdure 1 mois et demi à deux mois, les années d’hiver clément, mais trois à quatre mois lors des hivers sévères. La croûte de glace peut atteindre jusqu’à 80 à 90 cm par endroits (Tchitcherina, 2004, p. 305).

20Les compagnies pétrolières américaines ont refusé de financer un projet jugé non rentable. C’est la compagnie britannique BP qui est venue au secours du gouvernement américain (Haddaji, 2003, p. 17). Celui-ci a organisé le financement par la BERD et par la Banque Mondiale (Minassian, 2007, p. 115). Inauguré en mars 2005, mais la première cargaison n’a été chargée à Ceyhan qu’en mai 2006 (Les Echos, 29-5-2006).

21Déchargé dans le port bulgare de Bourgas, le pétrole sera transféré dans l’oléoduc qui le conduira au port grec d’Alexandroupolis, où il pourra être chargé dans des tankers beaucoup plus importants que ceux qui empruntent le Bosphore. Prévu pour 2009, l’oléoduc aura une capacité de 30 millions de tonnes.

22 Les Echos, 10-5-2007, 21-12-2007 et 28-12-2007.

23 Le groupe indien ONGC offrait trois milliards de $ pour l’acquisition d’un groupe opérant au Kazkhstan (le concurrent était le groupe chinois CNPC). Les Echos, 19-8-2005

24 Notamment William Clinton et Madeleine Allbright, les gouvernements Bush, mais surtout le second, avec Condoleeza Rice

25 Détails sur le mode de fonctionnement de ces organisations dans Light, 2006.

26 Détails sur le mode de fonctionnement dans Facon, 2006.

27 Analyse sur ce point dans Marchand, 2007b, chapitre 9.

28 Marchand, 2007a, pp.30-31.

29 Sur ce conflit, consulter Thual, 2003. Sur la situation caucasienne en général, Minassian 2007.

30 Une brigade blindée et une escadre de chasse, soit environ 4 000 hommes, une centaine de chars (« Russian military bases », 2007)


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