Les régions polaires, enjeu de guerre ou de paix ?
Gérard MOTTET
Professeur émérite des universités
Auditeur de l’I.H.E.D.N. (Lyon 85)
Résumé
Introduction

C’est bien à la verticale du Pôle Nord, sans doute, espérons-le pour lui, sur la banquise…, que le personnage du dessin de Plantu, symbole du F.I.G. de 2008, observe la « planète sous tension », et en déduit que son état «  n’est pas fameux ».

Il convenait donc que les régions polaires, australes et surtout boréales, ne soient pas oubliées.

De plus, en général, dans la présentation de l’actualité, dans les atlas, les cartes sont très rarement axées sur les pôles.

Cependant, l’Institut Polaire Français Paul Emile Victor (I.P.E.V.) permet de suivre chaque jour l’état de l’extension de la banquise arctique et donne, de ce fait, quelques perspectives sur les convoitises des états riverains sur les « passages » du Nord-Est et surtout du Nord-Ouest, censés raccourcir les trajets maritimes entre l’Atlantique et le Pacifique.

Le « passage du Nord-Ouest », par le Nord Canada, est présenté comme pouvant éviter le long trajet par le Canal de Panama, éventuellement, pendant l’été de l’Hémisphère Nord.

Au plan géopolitique, l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord ou OTAN, est beaucoup plus préoccupée de ses relations d’influence en Europe, de son rôle en Afghanistan, que de la dernière lettre de son sigle, N, Nord, et oublie un peu que l’Atlantique Nord aboutit à l’Arctique, tant au plan géologique et hydro-climatique que géopolitique et économique.

Il convient donc, après un bref rappel de la situation actuelle des régions polaires australes, de ne pas oublier le rôle essentiel des régions polaires boréales dans les tensions actuelles qui affectent notre planète.

-A- Les régions polaires australes, la « pax scientifica »

De par son passé maritime prestigieux, la France est bien présente dans les mers australes et le continent antarctique. Cette présence est concrétisée, au plan institutionnel, par l’organisation des Terres Australes et Antarctiques Françaises ou T.A.A.F., gérées à partir de St . Denis de la Réunion.

Elle le doit à sa politique commerciale et scientifique depuis le XVIIème siècle, à sa volonté d’organiser la Compagnie des Indes Orientales à partir de Lorient, aux relais insulaires qu’elle a du se ménager sur cette route des Indes avec les escales de Fort Dauphin (Madagascar), l’Ile Bourbon (Réunion), l’Ile de France (Maurice), mais aussi, l’archipel des Crozet, les îles Saint Paul et Amsterdam.

Elle le doit aussi à l’expédition qu’organisa Yves Joseph de Kerguélen de Trémadec en direction de l’archipel qui porte aujourd’hui son nom (1772), qu’il entrevit dans le gros temps, mais où il ne put débarquer.

Elle le doit enfin au contre-amiral Dumont d’Urville et à son second Charles Hector Jacquinot qui, les premiers, le 26 Janvier 1840, mirent le pied sur le continent antarctique, sur la terre baptisée « Adélie », prénom de l’épouse de Dumont d’Urville, prolongée par la « Côte Clarie », prénom de celle de Jacquinot. Ce nom est conservé, même sur les cartes aux toponymes en anglais sous le vocable de « Clarie Coast ».

1840 est une date essentielle pour la science polaire française. Pendant au moins 70 ans, la France oublia cette découverte. Il fallut toute l’énergie du Commandant Charcot et ses expéditions en Antarctique à bord du « Français », pour que cette découverte fût transformée en réelle présence, et en renouveau scientifique.

De ce fait, la France, s’appuyant sur ce passé prestigieux et tous les travaux effectués au XXème siècle, a pu participer ès-qualité à la signature du Traité de l’Antarctique le 1er Décembre 1959.

Par ce traité, les pays signataires s’interdisent l’exploitation des ressources du sous-sol et toute activité de bases militaires, plaçant la recherche scientifique comme base unique de légitimité et présence territoriale.

Toutefois, des revendications et des contestations territoriales demeurent entre la Grande Bretagne (guerre des Malouines ou des Falklands), l’Argentine et le Chili, qui superposent leurs revendications. Notamment, au-delà du Détroit de Drake, dans la péninsule antarctique, la Terre de Graham, les îles Biscoe, Argentina, Durville, Joinville, Charcot,la Mer de Weddel, la Mer de Bellingshausen.

Pour le reste de l’Antarctique, la Norvège, s’appuyant sur son passé baleinier, revendique tout le débouché de l’océan Atlantique sur l’Antarctique, l’Australie tout ce qui est en prolongement de sa longue côte Sud, la Nouvelle Zélande tout ce qui se trouve à l’ouest de l’étroit domaine français de la Terre Adélie.

Sont également très présents par des bases scientifiques, les Etats-Unis, la Russie, la Pologne.

De nos jours, à mi-chemin entre la base française Charcot et la base russe Vostok, sur l’inlandsis à haute altitude, la base « Concordia », où travaillent ensemble français, italiens et britanniques, est, comme son nom l’indique, un vrai symbole de paix .

S’il règne cependant et heureusement une réelle « paix scientifique » en Antarctique par le Traité du même nom, ratifié en 1961, valable pour 30 ans et reconductible, cette paix est, en grande partie, l’œuvre du président américain Eisenhower.

En effet, en 1956, inquiets par les travaux effectués par les soviétiques sur leur base de Mirnyi, qu’ils ont pensé être des rampes de lancement de fusées, les américains répliquèrent en dressant en 5 jours une piste d’atterissage à Marble-Point à l’Ouest de leur base de Mac-Murdo, près de l’ice-shelf de Ross. Ce qui était alors en jeu, c’était le contrôle militaire du détroit de Drake. Les préparatifs furent heureusement interrompus dans les deux « camps ».

Le président Eisenhower invita alors les 12 nations présentes en Antarctique, dont la France, à un Conférence sur l’Antarctique, qui déboucha sur un traité qui consacra, en fait, un grand évènement scientifique de la même année, l’Année Géophysique Internationale.

Le Traité de l’Antarctique démilitarisa complètement le continent, mais autorisa cependant l’emploi de personnels et de matériels militaires mais à de seules fins scientifiques .Ainsi des navires océanographiques, dont beaucoup sont gérés par les marines nationales : c’est le cas de la France avec ses deux navires , peints en blanc et non en gris pour bien montrer la différence avec les navires de combat, le « Charcot » et le « Beautemps-Beaupré » du nom du fondateur du corps des ingénieurs – hydrographes au XIXème siècle

- L’article 1er du traité est clair : « Seules les activités pacifiques sont autorisées ».

- L’article 2 stipule : « La liberté de la recherche scientifique dans l’Antarctique et la coopération à cette fin, telles qu’elles ont été pratiquées durant l’Année Géophysique Internationale, se poursuivront ».

Les soviétiques d’alors ont signé le traité « avec empressement », (André Cailleux, Que-Sais-Je, l’Antarctique,1967, p.117).C’est que les bases de fusées prévues étaient, en fait, trop éloignées de l’hémisphère Nord. Ils savaient qu’ils pouvaient espérer mieux à Cuba.

Bref, même si ce traité n’est pas parfait, (ni reconnaissance, ni renonciation de souveraineté des souverainetés nationales sur les bases), il a, au moins le mérite d’avoir eu lieu et d’avoir permis que règne sur ce continent exceptionnel de 12,5 M. de km2, pivot essentiel du système climatique de l’hémisphère Sud, une réelle « pax scientifica », dont il serait bon que l’on s’inspire pour l’Arctique…

Car, en Arctique, les enjeux sont beaucoup plus porteurs de fortes tensions, politiques, territoriales, économiques, stratégiques.

-B- Les régions polaires boréales

Aboutissement des grandes puissances de l’hémisphère Nord, l’océan glacial arctique est devenu un espace économique et géopolitique très sensible.

En effet, il semble que les plateaux continentaux qui y aboutissent recèlent d’importantes réserves d’hydrocarbures et de gaz : il y a déjà longtemps que les U.S.A. exploitent au Nord de l’Alaska les gisements de Prudhoe Bay et Point Barrow, acheminés par oléoduc aérien jusque sur le littoral Pacifique de l’Alaska (Valdez).

De même, la Russie a entrepris de vastes travaux de prospection sur tout son domaine littoral russo-sibérien prolongé par son long plateau continental jalonné de nombreuses îles et archipels. Cet ensemble lui permet, en toute légalité, par la ligne de Z.E.E. des 200 miles, d’affirmer sa souveraineté sur 40% environ du plateau continental péri-arctique. Le tout au-delà des archipels François-Joseph, Severnaïa Zemlia, les îles de la Nouvelle Sibérie, les îles de Long, les îles Wrangel,et ce, de manière continue de la Mer de Barents à la Mer de Behring.

De tous temps, la Russie tsariste, l’Union Soviétique, puis la Russie actuelle, ont fortement affirmé leur souveraineté arctique, en rouvrant chaque année « sa » route polaire pour rejoindre Vladivostok et exploiter le Nord de la Sibérie (nickel de Norilsk).

De ce fait, elle a acquis une forte expérience de la circulation maritime en milieu polaire par la construction de très puissants brise-glaces (brise-glace « Lénine » à propulsion nucléaire p.ex., symbole de la puissance arctique à l’époque soviétique).

De nos jours, des brise-glaces ex-soviétiques ont été vendus à la Nouvelle Zélande et transformés en bateaux de croisières pour de luxueux voyages en Antarctique. De nos jours encore, des croisières, comprenant vol Paris-Moscou-Mourmansk, puis croisière sur brise glaces atomique en direction de la Nouvelle Zemble et le Pôle Nord, sont proposées sur le site Internet « Nouvelle Zemble ».

En 2007, les russes ont organisé une expédition aussi scientifique que politique, avec un brise-glaces le Rossia et un navire scientifique l’Akademik Fedorov. Ce dernier transportait deux bathyscaphes appelés Mir 1 et Mir 2, en référence à leurs historiques stations spatiales.

Fait significatif, l’expédition était commandée par Artour Tchilingarov, à la fois président de l’association russe des explorateurs polaires et vice président de la Douma. Comme si, en France, Jean Louis Etienne était vice président de l’assemblée nationale…au lieu d’être directeur du musée océanographique de Monaco.

A la verticale du Pôle Nord géographique, le 2 Août 2007, année de régression marquée de la banquise arctique, et donc d’accès facile au pôle, les deux submersibles plongeaient à -4300 m. sur la « Dorsale de Lomonosov » et plantaient un drapeau russe, ( blanc, bleu, rouge en bandes horizontales) en titane.

Ils considérèrent immédiatement que cet exploit équivalait à celui des américains mettant le pied sur la lune…

Mais surtout, ce geste politico-scientifique s’inscrivait dans la forte volonté politique de Vladimir Poutine d’affirmer le retour de la Russie sur la scène internationale, retour économique(Gazprom) et géostratégique : le lendemain, 3 Août, l’amiral Vladimir Massorine, commandant la flotte russe en Mer Noire, évoquait, comme par hasard, l’éventualité de rétablir une présence navale russe permanente en Méditerranée jusqu’alors , selon lui , considérée comme une « chasse gardée de la 6ème Flotte américaine depuis la chute de l’URSS ».

Ainsi, dans l’esprit d’un stratège russe, un geste de possession dans l’Arctique a immédiatement des conséquences sur un autre espace de revendication maritime, au Sud de la Russie.

Depuis Pierre le Grand, la Russie a toujours été préoccupée du prolongement de son ampleur continentale en Arctique, en Atlantique, en Méditerranée, en Pacifique.

Le 8 Août du même mois, 2 Tupolev 95 allaient narguer des chasseurs américains au large de la base de Guam, soit disant « pour les saluer ».

La pose du drapeau russe au Pôle Nord s’est immédiatement accompagnée d’un flot médiatique considérable dans la presse russe :

« La Russie est le second exportateur mondial de pétrole ».

L’agence russe Novosti rappelait immédiatement que « l’Arctique recèle plus de 25% des réserves mondiales de pétrole et de gaz ».

Un autre journal russe affirmait que « les ressources en hydrocarbures du triangle que la Russie a l’intention de baliser sont estimées à 100 milliard de tonnes –équivalent-pétrole, soit ¼ à 1/3 des ressources mondiales avec en plus 80 000 milliards de m3 de gaz »(sic)

Un politologue russe, Alexeï Malashenko, avance le même jour, lui, 136 milliards…

Quant au chef de l’expédition, il affirma d’emblée de manière fort peu diplomatique :    « L’Arctique est à nous, et nous devons y montrer notre présence » (sic).

Ainsi, après les complimente appuyés de Vladimir Poutine, les russes passaient du geste politico-scientifique à la revendication territoriale d’un espace allant de leur Z.E.E. légale jusqu’au Pôle Nord où ils venaient de déposer leur drapeau national.

Puis ils allaient, dans les mois qui suivirent, chercher un justificatif géologique en affirmant que, par leurs relevés, ils pouvaient prouver que la « dorsale de Lomonosov  était une continuité du plateau continental sibérien, donc en territoire russe ».

En utilisant ainsi une donnée géologique, les russes essaient maintenant de justifier la dépose de leur drapeau et donc une extension de leur Z.E.E. au-delà de la situation actuelle qui leur est déjà très favorable.

-C- Données géologiques et géomorphologiques et revendications territoriales.

L’Arctique présente, sur ces deux points physiques structuraux, deux domaines différents :

-1-Au Nord-Ouest immédiat du Spitzberg et du Groenland :

On observe un décalage, par une faille transformante très marquée qui limite le Spitzberg occidental, de la dorsale d’accrétion médio- atlantique, celle qui, plus au Sud, passe au milieu de l’Islande, et sur laquelle , plus au Nord, s’allonge une autre île au volcanisme également actif : Jan Mayen. C’est la « marge de décrochement du Spitzberg »( Lepvier et Geyssant, 1985, « Les grandes structures géologiques, J.Debelmas et G.Mascle,Masson, 1991,p.140)

Cette dorsale d’accrétion décalée à l’est du pôle Nord en domaine océanique arctique est nommée, soit dorsale de Gokkel, soit de Mendeleiev. Elle est qualifiée par Adolphe Nicolas,(Université de Montpellier II), de « dorsale ultra-lente, comme celle de la Mer Rouge, comparable à la dorsale ouest-indienne » (communication personnelle).

De part et d’autre de cette dorsale lente, certes, mais récente, voire sub-active, il y a très peu de chances que se trouvent des réserves d’hydrocarbures, et ce n’est pas là que se situent les revendications territoriales, danoises, norvégiennes et russes.

-2-La dorsale de Lomonosov : controverse et utilisation géo-politique(s.s.) du mot « continental ».

En ce qui concerne la « dorsale dite de Lomonosov », les appétits s’appuient sur une nature géologique un peu différente : selon toujours Adolphe Nicolas et beaucoup d’autres géologues danois, canadiens russes , etc (voir bibliographie annexe) , en effet, cette dorsale « n’en est pas une »car il s’agit plutôt de « la bordure continentale du rift qui a engendré la dorsale de Gokkel »(source id).

Les géologues russes s’efforcent donc d’insister sur cette nature « continentale » de la dorsale de Lomonosov pour justifier l’appropriation territoriale, véritablement géo-politique jusqu’à la verticale du pôle Nord depuis le 2 Août 2008.

La nature géologique moins franchement « médio-océanique » en terme de tectonique des plaques de la chaîne de Lomonosov a donc abouti à jouer sur le mot « continental » pour amplifier la notion initiale de « plateau continental » mieux reconnue dans la législation internationale.

De ce fait, les Canadiens et les Danois, mais surtout les Canadiens revendiquent à leur tour, au vu de cette nature géologique particulière, la même dorsale de Lomonosov, dans la partie de celle-ce qui aboutit à leur propre plateau continental, soit au Nord de l’île d’Ellesmere pour le Canada, soit à l’extrèmité Nord-Ouest du Groenland pour le Danemark.

On assiste donc à une véritable compétition territoriale en Arctique central, compétition exacerbée par les fontes estivales assez marquées de la banquise depuis quelques années (travaux de l’IPEV, site Internet Damoclès p.ex.).

La controverse devient ainsi politico-climato-géologique…

C’est ainsi que, le 10 Août 2007, le gouvernement canadien, autant préoccupé de la dépose du drapeau russe au pôle Nord que du déglacement estival très marqué du « passage du Nord-Ouest », réplique en annonçant la création d’une « base de rangers » et d’un port en eaux profondes à Resolute Bay et Nanivisik pour réaffirmer sa  «souveraineté » sur les îles, les détroits et les eaux de son vaste débouché océanique arctique. Parallèlement, il décide la construction de 4 brise-glaces, mais il faut bien reconnaître que, dans ce domaine, son expérience est loin de celle des Russes. Mais, bien que se disant officiellement « non préoccupé » par l’initiative russe, une nouvelle politique arctique canadienne se dessine.

Ainsi, l’Atlas du Canada et toute sa recherche et diffusion cartographique, lorsqu’on l’interroge sur la nature géologique de la chaîne de Lomonosov, dans la partie aboutissant à son plateau continental, répond que  «  la question est du ressort du Ministère des Affaires Etrangères »… (sic).

D’une manière générale, le gouvernement canadien a fortement réagi à l’initiative russe d’Août 2007.Le ministre canadien des affaires étrangères a estimé que cette mission russe avec ce drapeau déposé à la verticale du pôle Nord géographique, était «  une manœuvre digne du XVème siècle »…

Le Danemark, pour le Groenland, a, lui aussi, mobilisé ses chercheurs, mais, en finale, c’est lui qui a pris l’initiative d’une «  conférence de conciliation », d’esprit plus scientifique que politique.

Cependant, un an après l’évènement d’Août 2007, la Russie confirme sa revendication d’une plus grande part des ressources du sous-sol arctique. Ainsi, en Septembre 2008, Nicolaï Patrouchev déclare aux Nations Unies : « L’arctique doit devenir la base principale des ressources stratégiques de la Russie ». On ne peut être plus clair…Car, au même moment, les géologues russes déclarent que « les réserves pétrolières de l’Arctique s’élèveraient à 9 à 10 milliards de tonnes-équivalent-pétrole ».

Il semble donc que, depuis le geste russe d’ Août 2007, les autres puissances riveraines de l’Arctique intéressées par cette « dorsale de Lomonosov aient toutes donné une interprétation plus « continentale » qu’ « océanique » de celle-ci, à leur profit respectif pour la mieux rattacher à leur propre plateau continental.

De sorte que l’on ne sait plus si c’est la géologie qui dicte la politique ou l’inverse.

Et maintenant, ce sont trois puissances, Russie, Canada, et Danemark qui « continentalisent » la dorsale de Lomonosov.

Quant aux Etats-Unis, ils semblent chercher à limiter les revendications canadiennes sur le futur « passage du Nord-Ouest », au cas où celui-ci deviendrait opérationnel. Il est vrai qu’ils ont beaucoup à faire dans le monde, y compris aussi en Mer Noire et ailleurs.

Au strict plan géomorphologique, ce que l’on sait de la « dorsale de Lomonosov », « talus relativement abrupts, séparés par un canyon », laisse plus à penser à une classique dorsale d’accrétion qu’à une bordure de rift continental. D’autant qu’au-delà de celle-ci, en direction du détroit de Behring les fonds arctiques s’approfondissent nettement.

Il ne conviendrait donc pas que la géologie soit asservie aux appétits économiques et politiques.

Et encore moins la géomorphologie : cette discipline, elle aussi doit être prise en compte autant que la géologie, afin que soit réellement et clairement définie la nature du terme de « continental » quand il s’agit d’en définir l’usage dans le cadre des fonds océaniques.

Conclusion.

Il est donc urgent de réaffirmer le statut international de l’Arctique central, « patrimoine commun de l’humanité » et de limiter strictement les eaux territoriales des états riverains aux 200 miles de la Z.E.E.

C’est aussi l’avis du contre-amiral français Olivier Lajous, qui, alors Commandant le Centre d’enseignement Supérieur de la Marine nationale, l’a affirmé à Sens le 6.12.2007.

Selon sa pertinente formule : « il serait dangereux de « territorialiser l’Arctique ». Et cela au motif que la  dorsale de Lomonosov  est de nature géologique plus « continentale » qu’ « océanique », ce que ne prouve pas du tout l’analyse géomorphologique.

Il est impératif de conserver à cet espace très sensible qu’est l’Arctique, en surface comme en profondeur, son statut international.

Il est encore plus impératif de ne pas se contenter de la notion d’ « eaux internationales » de surface, mais d’y ajouter la notion géologique de « fonds océaniques internationaux ».

Il y a donc lieu de définir et d’imposer par les Nations Unies une véritable notion de Zone Economique Internationale complétant celle de Zone Economique Exclusive, et limitant celle-ci.

Mais en plus, les problèmes géologiques, glaciologiques, environnementaux, climatiques de l’Arctique sont tels qu’il convient, au plus vite, de mettre en place un Traité de l’Arctique, analogue de but et d’esprit, au traité de l’Antarctique.

C’est, avec le Professeur Pierre Pagney qui a bien voulu s’y joindre, l’appel solennel que nous lançons, au cours du F.I.G. de St. Dié 2008, d’autant que ce Festival coïncide avec l’Année Polaire Internationale.

Pour servir la Paix, la Paix par la Géographie, notre seul but.

Orientation bibliographique initiale :

- Aubert de La Rüe (E)-Les terres australes, « Que Sais-je », P.U.F., 1953.
- Cailleux A.- L’Antarctique, «  Que Sais-Je », P.U.F. 1967, 124 p.
- Debelmas J. et Mascle G.-Les grandes structures géologiques, Masson, 1991, 299 p.
- Dove D.- A geophysical survey of the Mendeleev ridge, processing steps and interpretation,81st Annual meeting of the Pacific section (8-10 May 2006)
- George P.- Les régions polaires, coll. A. Colin, 1950, 204 p.
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Heezen B.C. and M.Ewing- The Mid-Oceanic Ridge and its extension through the Arctic Basin , Geology of Arctic, Univ. Toronto Press, pp. 622-642, 1961.
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Jokat W., Uenzelmann N.G., Kristoffersen , Rasmussen T.M.- Lomonossov Ridge, a double-sided continental margin, Geology, Boulder 20, pp. 887-890, 1992.
- Le Pichon X et Pautot G.-Le fond des océans « Que Sais-Je », P.U.F., 1976, 125 p.
- Nicolas A .- Les montagnes sous la mer, éditions BRGM, 1990, 187 p.
- Pagney P.- Le climat, la bataille et la guerre, L’Harmattan, 2008, 314 p.
- Srivastava S.P. and Tapscott C.R.- Plate kinematics of the North Atlantic in The geology of North America edited by P.R.Vogt and B.E. Tucholke, The Geological Society of America, Boulder, 1986, pp.379-404.
- Sweeney J.F. Weber J.R. and Blasco S.M.- Continental ridges in the Arctic Ocean , Tectonophysics 89, pp. 217-237, 1982.
- Tessensohn F. and Piepjohn K.- Eocene compressive deformation in the Arctic Canada, North Greenland and Svalbard and its plate tectonic causes, Polarforschung, 68, 2000, pp. 121-124.
- Weber J.R. and Sweeney J.F.- Reinterpretation of morphology and crustal structure in the central Arctic Ocean Basin , journal of Geophysical Research 90(B1) 1985, pp. 663-677.

Cartes et Atlas :

- Carte géologique du monde, CCGM-UNESCO réédition BRGM 2000 3 feuilles, échelle : 1/25 000 000
- Atlas Géopolitique des Espaces Maritimes- Ortolland D. et Pirat J.P. Editons Technip, 2008


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