Les régions polaires, enjeu de guerre ou de paix ?
Gérard MOTTET
Professeur émérite des universités
Auditeur de l’I.H.E.D.N. (Lyon 85)
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  On ne peut conduire une réflexion géographique d'ensemble sur le maintien de la paix sans y inclure les régions polaires, australes et boréales.

  Les régions polaires australes sont, pour l'instant, encore relativement préservées par les clauses et l'esprit de la Conférence de l'Antarctique de 1959 et le traité ratifié en 1961 par les 12 pays concernés.La France, outre sa présence scientifique en "Terre Adélie" sur ses bases et sa participation au projet franco-italien et européen "Concordia" au pôle Sud géographique, assume, avec le patrouilleur austral "Albatros", et les TAAF, la surveillance d'une ZEE de 2 millions de km2 dans les mers australes (Crozet, St.Paul, Amsterdam, Kerguelen,Terre Adélie), bien qu'ayant oubliée la "Côte Clarie" , du prénom de l'épouse de l'amiral Jacquinot compagnon de Dumont d'Urville en Antarctique en 1840 et découvreur de celle-ci, juste après l'escale et le baptème de la "Terre Adélie".Pourtant la "Clarie Coast" figure sur les atlas de langue anglaise...

 L'Océan Glacial Arctique, quant à lui,entouré de grandes puissances continentales, est l'objet de bien des convoitises, aiguisées, de plus, par les perspectives de circulation qu'offre le "changement climatique global".

 Ainsi, le 2 Août 2007, la presse russe salue, avec emphase, "l'exploit" de son expédition polaire au cours de laquelle deux bathyscaphes plantent un drapeau russe par 4300m de fond, à la verticale du pôle Nord sur la "dorsale Lomonossov", revendiquant alors celle-ci comme"prolongement" du plateau continental russo-sibérien.La réaction de la communauté internationale, politique et scientifique a été alors très discrète.Pourtant, un premier examen de la carte géologique (1990, UNESCO, CGMW, BRGM) au 1/25 000 000) de l'Arctique montre immédiatement que cette dorsale, même si elle s'appelle "Lomonossov" n'est, au plan structural, que le prolongement en domaine géologique arctique de la dorsale d'accrétion médio-atlantique,celle-ci ayant été décalée, au Nord du Spitzberg, par un jeu de "transforming faults", vers le N.E. du Groenland.Et que, de ce fait, le pôle Nord géographique se situe ,au strict plan géologique, sur le flanc éocène,voire paléocène, "canadien et "groenlandais" de cette dorsale.Une dorsale d'accrétion dans une situation réellement médio- océanique, de plus, ne saurait être assimilée à des fins territoriales et politiques à une marge continentale! Animée par une forte volonté politique de contrôler le maximum de domaine arctique à son profit, la Russie a créé une confusion, à des fins économiques et géostratégique évidentes, sur la nature géologique des fonds océaniques de l'Arctique central.

   Le 10 Août 2007, très préoccupé par ailleurs par un éventuel et rapide déglacement du "Passage du Nord-Ouest", le gouvernement canadien répliquait en annonçant la création d'une "base de rangers" et d'un port en eaux profondes à Resolute Bay et Nanivisik, pour réaffirmer sa "souverainté" sur les îles, les détroits et les eaux de son vaste débouché océanique arctique.

   Le 6 Décembre 2007, le Contre-Amiral Olivier Lajous, Commandant le Centre de l'Enseignement Supérieur de la Marine Nationale,après avoir rappellé son vif intéret pour le thème du FIG de 2008 et le parrainage du "La Fayette" par la Ville de St.Dié, nous confirmait publiquement que cette volonté de la Russie de "territorialiser" l'Arctique s'inscrit à l'encontre de la volonté de la France et de la communauté internationale, de conserver à cet espace sensible qu'est l'Arctique, en surface comme en profondeur, son statut international.

  Conclusion :

  Il importe donc aux géographes, océanographes et géologues de suivre de très près, toutes les recherches et initiatives politiques et stratégiques qui se déroulent dans les espaces polaires, notamment arctiques, et d'y justifier scientifiquement leur internationalisation, afin d'éviter une dangereuse "territorialisation" des détroits, des fonds océaniques, et le lent "grignotage" des eauxinternationales par les puissances à vaste débouché maritime.Pour servir la paix de ces espaces qu'il serait grave d'oublier.Car l'avenir de la paix se joue aussi, sur, et dans les océans.

                      (1)  :  Gérard Mottet, pr.émérite de l'Univ. de Lyon, membre de la Société Géologique de France, membre à vie de la Société de Géographie, Commandant de Réserve ( 28ème Groupe Géographique de Joigny).

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