Comment sortir des guerres civiles africaines ?
Roland POURTIER
Professeur Université Paris 1
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Depuis quatre décennies, les guerres civiles endeuillent l’Afrique subsaharienne, entravant son développement. A peine un foyer de guerre est-il éteint qu’un autre s’allume. La sécession du Katanga en 1960 ne fut qu’un signal d’alarme. La guerre du Biafra (1967-1970) et son million de victimes ne fut que la première d’une longue série : Angola, Mozambique, Sud-Soudan, Zaïre, Congo, Rwanda, Ethiopie, Liberia et Sierra Leone, à nouveau Congo, Somalie, Darfour…terrible litanie que la « communauté internationale » ressasse dans son impuissance. Et si la guerre avait fini par être admise, non comme une fatalité, mais comme une nécessité ? Et si l’on retrouvait dans ces conflits une réponse aux désordres démographiques d’une Afrique en mal de transition ? Le nombre des victimes des guerres africaines depuis un demi-siècle est probablement équivalent à la ponction de quatre siècles de traite atlantique…

Ces questions liminaires doivent être posées si l’on s’interroge sérieusement sur les conditions d’une sortie de guerre durable. Les médias ont depuis les années 1960 fait leurs choux gras du « tribalisme », tare congénitale ou commode deus ex machina dont la principale qualité est de donner des réponses avant d’avoir posé les questions de fond. Les guerres civiles ne se résument pas à des affrontements ethniques. Elles sont toujours multidimensionnelles. Leur compréhension appelle une analyse croisée des données structurelles et des dynamiques des divers acteurs impliqués. Une telle réflexion, illustrée par quelques conflits contemporains, pose plus de questions qu’elle n’apporte de réponses ; elle peut du moins ouvrir quelques pistes pour comprendre la fréquence des guerres civiles et les défis que pose le retour à la paix dans le contexte global de sous-développement de l’Afrique Noire.

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