Des bobos ou des bébés ? La gentrification du front de mer tôkyôte
Rémi SCOCCIMARRO
Inalco, UMR 5600 Environnement, Ville et Société
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Le retour au centre ville

Le centre ville de Tôkyô, évidé par la pression foncière de l’époque de la Bulle (1985-1991) connaît aujourd’hui un repeuplement remarquable. Ainsi, dans l’aire métropolitaine de la capitale, c’est désormais le département de Tôkyô qui gagne le plus d’habitants, surpassant les départements périphériques et renversant une longue tendance de migrations vers les banlieues. À l’intérieur du département, le phénomène se double d’un repeuplement des arrondissements centraux de Tôkyô et à l’intérieur de ceux-ci, ce sont les trois arrondissements centraux (Chûô, Chiyoda et Minato) qui connaissent le taux de croissance démographique le plus fort.

Nous présenterons les modalités de ce phénomène, de l’échelle nationale au secteur d’arrondissement, en rappelant le contexte chronologique.

La gentrification du front de mer

Ces gains de population accompagnent une rénovation qui a bouleversé la géographie des quartiers centraux de la mégapole, en particulier ceux du front de mer et de ses avancées sur la mer en terre-pleins.

Les apparences, essentiellement la reconversion et la verticalisation galopante du bâti, incitent fortement à inscrire la mutation dans un processus classique de gentrification. Le projet de réhabilitation des vieux canaux du quartier de Nihonbashi, porté par une classe de nouveaux arrivants, prescripteurs urbains demandant une meilleure qualité de vie, entre ainsi tout à fait dans ce cadre.

Pourtant, en particulier sur le front de mer, justement dans les quartiers qui portent littéralement le retour des populations au centre de Tôkyô, le détail de l’aspect concret de la rénovation nous conduira à nuancer et à préciser la nature des phénomènes à l’œuvre.

Repeupler le centre

Cette mutation est en effet d’abord celle d’une repopulation et d’une ré-urbanisation d’un front de mer longtemps délaissé. Grignotant sur les friches industrielles ou tertiaires, l’arrivée de nouvelles populations n’a ainsi pas encore conduit à une marginalisation ou une éviction des classes populaires et âgées qui occupaient traditionnellement ces secteurs de la ville.

Par ailleurs, dans les nouvelles opérations de logement qui ont permis cette repopulation, se met en place une ségrégation spatiale plus horizontale que verticale, à l’origine d’une mixité sociale et générationnelle certaine, qui tranche avec les modèles régionaux et internationaux actuels.

D’autre part, dans certaines parcelles, les taux de fécondité peuvent atteindre les 2,1 enfants par femme. Dans un pays où la fécondité moyenne ne dépasse pas 1,3 et où la population a commencé à décroître, ce n’est pas anecdotique. Sommes-nous en présence d’un modèle local d’aménagement capable, au moins dans les zones mégapolitaines, de relancer la natalité ? À moins que cela ne traduise plutôt une concentration de plus en plus intense, sur Tôkyô et sa mégapole, des éléments les plus dynamiques de l’archipel.

Mots Clés : Tôkyô, centre ville, gentrification, front de mer, rénovation, verticalisation du bâti, fécondité, vieillissement de la population, ségrégation horizontale.
 

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