Beyrouth, entre guerres et reconstructions
Éric Verdeil
Chargé de recherche au CNRS, laboratoire Environnement Ville Société. Université Lyon
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Beyrouth est l’icône médiatique par excellence de la ville en guerre. Avec la guerre menée par Israël au Liban durant l’été 2006, Beyrouth a retrouvé son statut de ville martyre, avec ses carcasses d’immeubles calcinés, ses décombres poussiéreux parsemés de jouets d’enfants et de files de réfugiés fuyant les dégâts. La quinzaine d’années de reconstruction urbaine après le conflit civil (1975-90) a été mise entre parenthèses et une nouvelle reconstruction, dans la banlieue sud de la capitale, occupe désormais le devant de l’actualité.

L’objet de cette conférence est de proposer d’abord une mise en perspective de ces reconstructions successives. L’enjeu est de proposer une réflexion sur les ruptures et les continuités dans l’acte de planification des reconstructions, à travers plusieurs entrées : le temps de la conception, celui de la décision, celui de la mise en œuvre et des bifurcations qu’elle subit en étant confronté au temps politique et social, dans le cas de Beyrouth en particulier, ce temps politique et social est celui des guerres renouvelées qui transforme en même temps l’organisation physique et social de l’espace urbain (destructions, migrations de population) et les rapports de pouvoir, donc l’expression des intérêts et la scène des acteurs.

Le premier temps de la conférence sera consacré à l’exhumation de la mémoire des reconstructions manquées de 1977 et 1982-83, effacées des tablettes par la reprise des combats. Pourtant, les initiatives prises alors n’ont pas été sans conséquences pour la reconstruction menée sous l’égide de Rafic Hariri, à partir de 1991, qui constitue un deuxième temps d’analyse. Il s’agit ainsi d’une réflexion sur le lien entre les destructions, les politiques urbaines – notamment les projets de reconstruction- et l’espace urbain, en tant que lieu de déploiement de stratégies concurrentes, en montrant le lien entre les effets spatiaux des destructions et des conflits, les stratégies reconstructives et la reconfiguration sociale et politique de l’agglomération.

Le cadre d’analyse tiré de cette mise en perspective historique permettra de questionner le bilan de la guerre de 2006 et les stratégies de reconstruction qui s’observent à sa suite. Après un bilan des dégâts et une présentation des projets en cours, il s’agira de lire les tentatives actuelles de reconstruction de la banlieue sud de Beyrouth. A cet égard, la lecture proposée articulera un éclairage sur le débat entre plusieurs options techniques (reconstruction à l’identique, occasion de modernisation), un décryptage des enjeux politiques et sociaux du conflit entre le Hezbollah et le gouvernement libanais, et une analyse, plus familière dans les médias occidentaux, de la géopolitique régionale. Ainsi, un débat s’est engagé entre des urbanistes et universitaires, relayés par la municipalité de Haret Hreik, la localité détruite, réputée proche du Hezbollah, et les instances dirigeantes de ce dernier. Alors que les premiers promouvaient une option modernisatrice pour un tissu urbain en partie produit par l’illégalité, le Hezbollah a imposé une reconstruction à l’identique avec l’objectif d’un maintien sur place des populations qui constituent sa clientèle politique. En effet, ce parti chiite est engagé dans un bras de fer plus large, dans lequel il reçoit notamment le soutien financier, politique et militaire de l’Iran, face au gouvernement libanais. Le financement de la reconstruction constitue un point de désaccord majeur entre les acteurs.

Cette conférence s’appuiera d’une part sur notre thèse de doctorat portant sur Une ville et ses urbanistes : Beyrouth en reconstruction (2002) ; et d’autre part sur les matériaux récoltés à l’occasion de plusieurs missions au Liban en 2007 et 2008. Elle sera notamment illustrée par des plans et des photos de l’opération en cours.

Eric Verdeil chargé de recherche au CNRS, laboratoire Environnement Ville Société de l'université de Lyon a publié deux ouvrages, coordonné deux dossiers dans des revues, signé plus d’une vingtaine d’articles de revues à comité de lecture et de chapitres de livres. Une bonne part de cette production porte sur le Liban et traite sinon du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord.

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ffs