L'OCÉANIe : continent ocÉan ?
(une approche pluridisciplinaire)

Fabrice ARGOUNES, Luc VACHER et Sarah MOHAMED-GAILLARD *
Résumé
Cette présentation qui pourrait s’inscrire dans le cadre des "parcours pédagogiques" s’appuie sur le réflexion menée dans le cadre de la réalisation d’un Atlas de l’Océanie aux éditions Autrement.

Nous vous proposons de présenter quelques problématiques centrales dans le cadre de la réflexion sur cet espace et qui peuvent alimenter une réflexion pédagogique plus large.

Le premier questionnement concerne la définition même de l’espace océanien. Quelles en sont les limites ? qu’est ce qui le défini ? comment se construit et évolue la définition de cet espace ? Qu’est ce qui justifie son statut de continent ?
Cet espace du Pacifique que les géographes Antheaume et Bonnemaison ont qualifié de gigogne recouvre en effet de nombreuses inscriptions spatiales variant en matière de géométrie et d’échelle.
Si certaines définitions prennent en compte la dimension économique distinguant des petits états du Pacifique Sud et des grandes puissances du Bassin Pacifique, la plupart placent l’homme au centre de la définition. L’histoire, l’anthropologie et la linguistique permettent alors de distinguer un espace des Océaniens. Cet espace regroupe l’Australie des Aborigènes et des Torres Strait islanders et les îles traditionnellement occupées par des populations d’origine papoue et austronésienne allant de Hawaii à l’île de Pâques en passant par la Nouvelle-Zélande. L’évolution de la définition de l’espace peut se comprendre dans l’apparition et la pérennité des termes qui le définissent (Grand Océan, Mers du Sud, Pacifique Sud, Océanie, Australie, Australasie, Austronésie, Polynésie, Mélanésie, Micronésie…). Le statut de continent de cet espace constitue un autre aspect important de sa réalité, l’Océanie est en effet présente dans le système de désignation des continents que celui-ci soit pensé à 5,6,7 continents. Comprendre la reconnaissance continentale de cette aire essentiellement océanique nécessite la prise en compte des domaines insulaires qui en font, peut être, un espace moins marqué par la rupture que les autres océans.

Nous pouvons ensuite engager une réflexion sur la place de l’Océanie dans le monde. Comment cet espace s’articule avec le reste du monde ? Comment certains de ces archipels s’intègrent dans des systèmes politiques et économiques extra-océaniens ? Quel sens donner aux limites marines qui structurent cet espace et au maillage qui en découle ?
On peut évoquer le paradoxe qui consiste à présenter régulièrement le Pacifique comme « nouveau centre du monde » tout en percevant l’Océanie comme une périphérie, une marge, voir un « trou noir ». Le maintien de la France et des Etats-Unis dans la région pose la question de l’intégration de tout ou partie de cet espace dans d’autres systèmes (régions ultrapériphériques européennes, diversité des statuts des territoires américains dans le Pacifique). Enfin la question de la nature des frontières est un élément important. En effet, la plupart des limites entre états et territoires concernent la rencontre de ZEE et ont une existence matérielle bien floue pour des entités n’ayant souvent pas les moyens de les surveiller. D’ailleurs, les cartes régionales prennent souvent de grandes libertés pour représenter ces limites, le justifiant par le manque de lisibilité des délimitations officielles.

L’enjeu des Zones Économiques Exclusives, permet de proposer une dernière piste, celle de l’océan comme richesse et comme contrainte. Comment gérer les communications, exploiter des ressources dans des espaces océaniques aussi vastes ? Comment organiser le contrôle et la surveillance d’espaces marins convoités pour leurs richesses ? Quels enjeux et quelles tractations peuvent entourer la gestion de ces ressources pour des États en quête de reconnaissance politique et d’appui financier ? Quelle place occupe dans ces logiques, la dimension environnementale ?
La faiblesse des moyens humains, financiers et politiques de ces états et territoires océaniens ainsi qu’une extrême disproportion entre la surface terrestre et la zone océanique relevant de leur autorité complique la mise en œuvre d’éventuelles réponses à ces questions.

* Présentation des auteurs de l’Atlas d’Océanie

Fabrice ARGOUNES est politologue et chercheur en Relations Internationales. Il est membre du laboratoire de recherche SPIRIT-CNRS de l’Institut d’Etudes Politiques de Bordeaux et enseignant en histoire des institutions et science politique à l’université Paris 13 – Nord. Il est spécialiste de la politique étrangère de l’Australie et de la Nouvelle-Zélande au sein de l’aire Asie-Pacifique. Il est l’auteur de plusieurs articles et ouvrages, dont Géopolitique de l’Australie, dans la collection Géopolitique des États du monde, aux éditions Complexe, en 2006.

Sarah MOHAMED-GAILLARD est historienne. Elle est, depuis 2006, maître de conférences à l’Institut National des Langues et Civilisations Orientales (INALCO) où elle enseigne l’histoire de l’Océanie. Ses travaux portent à la fois sur l’histoire des relations de la France avec ses territoires d’Océanie et les enjeux régionaux et internationaux du Pacifique Sud. Elle a soutenu, en 2005 à l’Université Paris IV-Sorbonne, une thèse dirigée par Georges-Henri Soutou, intitulée à « La politique de la France dans le Pacifique Sud de 1946 à la fin des années 1990 ».,

Luc VACHER est géographe. Il est maître de conférences à l’Université de La Rochelle où il assure depuis 2001 le cours de géographie de l’Océanie. Ses recherches, menées au sein de l’Unité mixte de Recherche Littoral Environnement et Sociétés (LIENSs) CNRS-Université de La Rochelle, traitent du développement du tourisme dans les espaces périphériques en particulier dans le nord de l’Australie. Il a publié de nombreux articles sur le tourisme australien et anime le réseau Australie.recherche.fr. Il est responsable du laboratoire de cartographie (CTIG) de l’Université de La Rochelle.


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