La réponse aux défis des océans : la coopération internationale entre services hydrographiques
Gilles BESSERO
Ingénieur général de l’armement
Directeur général du SHOM (service hydrographique et océanographique de la marine)
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La disponibilité, la qualité et l’exhaustivité de l’information nautique, ensemble des renseignements sur l’environnement physique maritime nécessaires ou simplement utiles aux navigateurs, conditionnent la sécurité de la navigation maritime. Aucun pays ne pouvant maîtriser à lui seul l’ensemble des mers, les services hydrographiques nationaux ont ressenti dès le 19ème siècle l’obligation de coopérer, ne serait-ce qu’en échangeant leurs documents nautiques. Le souci de l’efficience et le développement continu de la navigation maritime conduisirent à inscrire cette coopération dans un cadre international avec la création du bureau hydrographique international en 1921, devenu organisation hydrographique internationale (OHI) en 1970.

La coopération entre services hydrographiques s’inscrit dans un cadre international défini aujourd’hui par deux textes principaux : la convention des Nations unies sur le droit de la mer de 19821 et la convention internationale pour la sauvegarde de la vie humaine en mer, dite convention Solas (Safety Of Life At Sea)2.

L’OHI est une organisation à caractère consultatif et technique, dont le siège est à Monaco. Elle réunit aujourd’hui 80 Etats membres. Son budget est relativement modeste avec 2,5 M€, consacrés principalement au fonctionnement de son secrétariat permanent (une vingtaine de personnes) et à l’aide au développement des capacités. Elle s’appuie principalement sur la participation active des représentants des Etats membres au sein des différents comités et groupes de travail constitués pour mettre en œuvre le programme de travail adopté par la Conférence hydrographique internationale qui se réunit tous les cinq ans.

L’importance du rôle de l’OHI est reconnue par l’organisation maritime internationale (OMI) et par l’organisation des Nations unies.

La coopération animée par l’OHI comporte trois axes :

Les travaux menés au titre du premier et du troisième axes sont déclinés par grands bassins maritimes au sein de quatorze commissions hydrographiques régionales réunissant les Etats membres de l’OHI riverains du bassin considéré, auxquelles s’ajoute une commission spécifique pour l’Antarctique. Du fait de la répartition de ses collectivités territoriales d’outre-mer, la France a une place particulière dans ce dispositif puisqu’elle est membre de huit de ces instances.

Les progrès réalisés en matière de normalisation des cartes marines au titre du second axe sont pour les navigateurs l’un des bénéfices importants de l’action de l’OHI.

Une transition sans heurt du monde de la carte marine et des ouvrages nautiques sur support papier vers la carte électronique3 et une véritable navigation intégrée (« e-navigation ») constitue aujourd’hui le principal défi auquel l’OHI doit faire face en la matière.

En effet, les cartes électroniques ne sont pas obtenues par simple scannage des cartes papier. Leur constitution et surtout leur validation représentent un travail considérable. Près de sept mille ENC sont actuellement disponibles. Si les grandes routes maritimes et les accès à de nombreux ports sont déjà couverts, des efforts soutenus sont encore nécessaires pour atteindre une couverture satisfaisant l’ensemble des besoins du trafic maritime et répondant aussi aux besoins de sécurité et de protection de l’environnement marin.

1 Article 197.

2 Règle 9 du chapitre V, entrée en vigueur en 2002.

3 ENC : Electronic Navigational Chart


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