Les transformations récentes de Saragosse et de son environnement métropolitain à la faveur de l’exposition universelle de 2008
Vicente BIELZA DE ORY
Catedrático de Géographie Humaine a l’Universite de Saragosse
Résumé
Un des territoires intérieurs de l'Espagne les plus transformés au cours de dernières années est bien celui de Saragosse et de son environnement proche. Cinquième ville d'Espagne par sa population (650 000 hab), Saragosse est dans une situation stratégique au cœur du triangle géoéconomique Madrid-Barcelone-Bilbao. Ses mutations récentes sont dues en grande partie à cette situation privilégiée mise à profit par l'industrie et les activités tertiaires qui ont également bénéficié des projets mis en œuvre à l'occasion de l'exposition universelle de 2008.
Rang Communes Population Aires métropolitaines Population
Madrid 3.155.359 Madrid 5.843.041
Barcelona 1.593.075 Barcelona 4.686.701
Valencia 796.549 Valencia 1.694.970
Sevilla 704.154 Sevilla 1.317.098
Zaragoza 647.373 Málaga 1.074.074
Málaga 558.287 Bilbao 947.581
Murcia 409.810 Asturias 855.199
Las Palmas de Gran Canaria 378.628 Alicante-Elche 710.448
Palma de Mallorca 375.773 Zaragoza 683.763
10° Bilbao 353.173 Las Palmas 616.903
Tableau 1 : Classement des dix premières communes et aires métropolitaines espagnoles en 2005 (Source INE).

Mise à profit d'une situation privilégiée grâce aux nouvelles infrastructures.

Saragosse occupe le centre du quart nord-est de la Péninsule Ibérique à un peu plus de 300 km des principales métropoles espagnoles (Madrid à 322, Barcelone à 312, Valence à 321, Bilbao à 305). Cette partie du territoire rassemble environ 55 % de la population nationale et produit 60 % de son PIB. Cette situation donne à Saragosse une position clé dans le système urbain espagnol à un carrefour de voies reliant le centre de la Péninsule à la façade méditerranéenne et à l'axe cantabrique. (Fig. 1. Carte de situation).

Fig. 1 : Carte de situation

Saragosse a renforcé sa position stratégique grâce aux infrastructures réalisées au cours des dernières décennies ; celles-ci lui permettent d'être mise en relation par autoroute avec Barcelone et Bilbao et par voie express avec Madrid et Valence. Il est donc possible d'atteindre, par voies rapides, en moins de 3 heures, les quatre principaux foyers socio-économiques du pays. Mais les distances ont été encore raccourcies grâce au train à grande vitesse (ave) qui met Madrid (depuis 2003) et Barcelone (depuis 2007) à un peu plus d'heure.

Mettant à profit ces nouvelles infrastructures, ainsi que les transformations de l'aéroport terminées à l'occasion de l'Exposition de 2008, de nouvelles activités industrielles et de services se sont développées: plateforme logistique, nouveaux équipements commerciaux et de loisirs d'origine internationale. La grande disponibilité, à bas coût, de terrains a favorisé l'éclosion de projets d'initiative aussi bien privée que publique qui représentent un important volume d'investissement par habitant.

Saragosse met pleinement à profit sa situation stratégique dans la partie la plus dynamique et la plus développée de la Péninsule. Les Communautés Autonomes de Madrid, du Pays Basque, de la Navarre et de la Catalogne sont celles qui précèdent l'Aragon pour ce qui est du revenu per capita et Saragosse se trouve ainsi à moins de 3 heures de grands centres de production et de consommation qui représentent 25 millions de clients potentiels pour son secteur logistique et une production locale diversifiée jusque là si dépendante de l'industrie automobile.

L'augmentation très forte de la population de la ville au cours des dernières années (presque 13 % depuis 2000), due, en grande partie, aux apports migratoires, est le résultat du gonflement des revenus et de l'emploi. L'Aragon est la Communauté Autonome dont le PIB a connu la plus forte augmentation en 2007 (4,3 % par rapport à 2006) avec un revenu per capita de 26.400 €, soit 1.000 au dessus de la moyenne européenne et le 5e d'Espagne. Plus de 70 000 nouveaux habitants se sont installés dans la capitale aragonaise.

Les nouvelles réalisations logistiques, industrielles, tertiaires, résidentielles ou de zones vertes ont doublé la superficie urbaine existant en 2001, dilatant ainsi l'aire métropolitaine;

De la ville compacte préindustrielle à la périurbanisation.

La Saragosse préindustrielle a toujours été une ville de croissance compacte sur la rive droite de l'Èbre ; au noyau romain quadrillé rendu plus désordonné par l'urbanisme musulman, se sont ajoutés des quartiers chrétiens plus ordonnés mais limités dans leur croissance méridionale par le río Huerva (Fig. 2 et Photo 1).


Fig. 2, Cesaraugusta romana


Photo 1. Saragosse: vue vers l'ouest. Le cœur de la ville forme un noyau compact sur la rive droite de l'Èbre (à gauche

La première phase d'industrialisation de Saragosse, dans la seconde moitié du XIXe siècle, favorisée par sa position stratégique sur un carrefour ferroviaire, fut intimement liée au chemin de fer qui attira les usines comme celles de l'industrie chimique au sud du grand méandre de l'Èbre (Ranillas) qui accueillera l'Exposition de 2008. Les quartiers ouvriers, comme celui de Las Delicias sont nés autour des gares ferroviaires, à l'écart du vieux centre préindustriel et des extensions bourgeoises progressant vers le sud en s'éloignant de l'Èbre.

L'Exposition internationale hispano-française de 1908, organisée pour commémorer le siège des armées napoléoniennes, a été l'occasion d'intégrer au sol urbain la huerta de la vallée du rio Huerva en franchissant l'obstacle hydrographique que constituait l'affluent de l'Èbre. (Fig. 3). Mais la partie résidentielle de la ville a continué à croitre au cours de la première moitié du XXe siècle e façon ramassée autour du vieux centre, des quartiers bourgeois et autour des gares pour ce qui est des quartiers ouvriers. 


Fig. 3. Plan de Saragosse, 1908. En rouge, lieu de L'Exposition internationale hispano-française de 1908
Au cours de la première moitié du XXe siècle, les industries se sont surtout concentrées autour de la gare del Arrabal, sur la rive gauche du fleuve et celle de Campo Sepulcro, ainsi qu'aux sorties de la ville au long des routes de Barcelone, de Huesca, de Madrid de Logroño et de Castellón.

La seconde phase d'industrialisation, résultat de la politique franquiste des "pôles de développement" de 1964, s'est organisée autour des axes routiers sous la forme de zones industrielles (polígonos industriales) : au nord-est, sur la rive gauche de l'Èbre, au long de la route de Barcelone (zones de Cogolluda et Malpica) (photo 2); à l'ouest, sur la rive droite, sur la route de Logroño ; dans une moindre mesure, enfin, au long de la route de Castellón (zone de la Cartuja).

Cette industrialisation qui fit passer la population d'un quart à un demi-million provoqua des besoins en logements auxquels on s'efforça de répondre par une opération actur ( Actuation urbanistique urgente) sur la rive gauche de l'Èbre, en 1968. Ce programme provoqua, dans le dernier quart du XXe s. a, une dilatation de l'habitat, juste à l'est de l'emplacement assigné à l'exposition de 2008.(photo 3).

Photo 2 Le "polígono industrial" de Malpica dans le corridor oriental

Photo 3 L'actur vu vers le sud

En 1981, sur l'axe formé par l'autoroute de Logroño, l'installation, à Figueruelas, à 30 km de Saragosse, de l'usine automobile de General Motors (photo 4), mais aussi l'inauguration, a Utebo, à 12 km, de la première grande surface commerciale (hypermarché Alcampo) ont accéléré le phénomène de périurbanisation de la métropole aragonaise vers l'ouest ; ceci d'autant plus, qu'auparavant déjà, des usines dispersées, des zones industrielles et des lotissements d'habitations – légaux ou illégaux – utilisaient l'eau des nappes phréatiques alimentées par les fuites du Canal Impérial (photo 5).

Ph4 : L'usine Opel-General Motors de Figueruelas

Ph5 : Périurbanisation diffuse dans la vallée de l'Èbre à l'ouest de Saragosse

La soudure du vieux centre et de ses extensions avec les quartiers ouvriers se produit au cours des années 1970, mais à cette époque, il reste encore à rééquilibrer et intégrer les deux rives du fleuve ; c'est ce qui a commencé à être réalisé dans les années 1980 quand se sont multipliés les ponts qui jusqu'alors n'étaient qu'au nombre de deux. (photo 1 et 3).

Du Plan Général d'Aménagement Urbain de Saragosse (pgou) de 1968 à ceux de 1986 et 2002, il y a eu un changement de politique à l'égard de l'eau et des berges de l'Èbre et de ses affluents afin de mieux intégrer le réseau fluvial a la cité, ce qui sera enfin réalisé définitivement avec l'Exposition de 2008.

La structure de la métropole dans les années 1990.

Fig. 4. Le réseau des routes: le maillage intra-métropolitain. Source: Plan de movilidad sostenible de Zaragoza (2006).




Le réseau des routes nationales dans la dépression de l'Èbre a un dessin qui est imposé par le tracé des principales vallées, à l'exception de celle de Madrid. Ces grandes voies forment un nœud, à Saragosse précisément, à la confluence avec l'Èbre du rio Gállego (nord-sud) et du rio Huerva (sud-nord). Ce réseau forme la trame sur laquelle s'appuie le maillage intra-métropolitain permettant l'accès à la ville depuis toutes les communes environnantes de l'aire métropolitaine et dirigeant l'accroissement du tissu périurbain. (Fig. 4)
















La compacité ancienne de la cité, l'environnement physique et les infrastructures existantes ont entraîné la monocentralité et le caractère radial du système urbain de l'agglomération métropolitaine de Saragosse. Au milieu des années 1990 on pouvait distinguer les principales unités fonctionnelles suivantes dans l'aire métropolitaine : (Fig. 5)

  Fig. 5 : Unités fonctionnelles dans l'aire métropolitaine. Source: Directrices de Ordenación Territorial del Espacio Metropolitano de Zaragoza (1996). 

Le poids de la ville centre dans l'aire métropolitaine.

Le nombre d'habitants de Saragosse a été multiplié par six au cours du XXe s. Le phénomène est dû en grande partie à l'absorption par la ville des populations rurales migrantes de la région, principalement au cours des années 1960. Durant les dernières décennies, en dépit d'un accroissement naturel faible, le dynamisme démographique de Saragosse s'est maintenu grâce aux immigrants. En 2009, la capitale aragonaise rassemble plus de la moitié de la population de toute la Communauté Autonome ce qui fait du système urbain aragonais un système macrocéphale, dans lequel le dynamisme socio-économique de Saragosse se transmets plutôt à son environnement périurbain proche qu'aux villes intermédiaires distantes de 50 à 170 km. Cet environnement proche a accéléré son accroissement depuis la fin des années 90 au point que ses communes ont doublé leur population au cours de cette période.

Cependant le phénomène de périurbanisation est tardif en comparaison de certaines autres métropoles espagnoles. Par ailleurs, Saragosse dispose d'un territoire communal de plus de 1 000 km2, ce qui explique que parmi toutes les grandes agglomérations espagnoles elle soit celle qui possède la plus grande part superficielle et le plus grand pourcentage de population, respectivement 42 et 92 %.

Aires métropolitaines Nombre de communes

Superficie totale (km2)

Population totale

Densité (hab/km2)

Poids démographique de la commune centre

Superficie commune centre
(km2)

% de superficie
de la commune centre

Madrid 167 7 393 5 079 844 687 58% 605 8,18%
Barcelona 217 4 592 4 390 025 956 35% 98 2,14%
Valencia 86 2 831 1 466 421 518 50% 134 4,74%
Sevilla 56 6 672 1 349 325 202 52% 141 2,12%
Bilbao 77 1 780 1 031 214 579 24% 41 2,32%
Málaga 26 1 654 700 416 423 74% 394 23,83%
Zaragoza 25 2 548 652 593 256 92% 1.061 41,64%
Tableau 2 : Les aires métropolitaines en Espagne en 1991 et l'importance relative des villes centres en superficie et population. Source INE.

Exception faite de la commune de Saragosse, la répartition de la population des différents corridors est assez semblable, chacun possédant un peu plus de 15 %, sauf le couloir occidental qui rassemble 45 % de toute la population périurbaine de la métropole.

Axes/corridors Communes périurbaines principaux Population

Superficie
(km2)

Densité (hab/km2)

% population d'aire périurbaine étudiée
(sans Saragosse)

Norte Villanueva.-Zuera 14 184 479,8 29,6 17,8
Este La Puebla-Alfajarín 16 654 434,1 38,4 20,9
Sur Cuarte-Cadrete-María H. 12 940 128,4 100,8 16,3
Oeste Utebo- Figueruelas 35 741 265,9 134,4 44,9
TOTAL GENERAL 79 519 1308,2 60,8 100
Tableau 3 : Répartition de la population dans les corridores périurbains de Saragosse, en 2008. Source : IAEST.

La densité moyenne de population des corridors est assez basse (60,8 hab/km2). La plus élevée est à l'ouest avec 134 hab/km2 ; l'axe méridional vient ensuite avec 100. Le reste compte entre 30 et 40 hab/km2.

L'Exposition Universelle de 2008 et ses effets urbanistiques et territoriaux.

La pratique de réhabilitation des fronts d'eau appliquée comme remède à la crise des années 1970 dans les vieux ports a été reprise, deux décennies plus tard, dans les expositions postmodernes, comme modèle d'aménagement urbain et de développement territorial. Nous examinons ici les conséquences spatiales de cette pratique appliquée à Saragosse, en 2008, qui a beaucoup à voir avec celle expérimentée à Lisbonne en 1998.

L'Exposition de Saragosse (photo 6), installée dans un grand méandre de l'Èbre, celui de Ranillas, a été conçue comme une nouvelle centralité urbaine symbolisée et dominée par la "Tour de l'Eau". C'est un grand parc métropolitain qui associe intimement la rivière à la ville et met en relation des secteurs d'habitat d'origines différentes établis sur des terrains préindustriels et industriels. Cette intégration a été facilitée par l'achèvement des rocades autoroutières (la troisième et la quatrième) qui améliorent les liens entre les quartiers périphériques et avec le périurbain de Saragosse. De même le train à grande vitesse (ave) et l'aéroport favorisent une plus grande intégration de la ville au système urbain espagnol et européen.


Ph6.L'Expo de 2008 et gare multimodale Delicias


Ph7.La sortie sud-ouest de Saragosse et la nouvelle plateforme logistique (plaza)

L'intégration à la ville du méandre de Ranillas, avec l'Exposition, situé à 2 ou 3 km du centre, doit être considérée dans le cadre de l'histoire urbaine de Saragosse avec ses faciès préindustriel (le centre historique), industriel (chimie au sud et actur à l'est) et postindustriel (quartier de la gare tgv, au sud du quartier de la Chimie) (photo 6).

Le problème majeur réside dans la mise en relation de la rive nord du fleuve avec la rive sud où l'espace a été utilisé de façon intensive pour l'industrie dans la première moitié du XXe s. puis déjà converti en zone résidentielle dans les années 1980 (quartier de la Almozara) mais nullement intégré à l'ensemble urbain par manque de ponts et en raison des obstacles que constituent, vers le sud, le chemin de fer et la voie rapide (A-68). Le méandre de Ranillas n'est qu'à un kilomètre de la nouvelle gare multimodale et la mise en relation des deux nouveaux pôles de centralité, en plus de résoudre le problème de l'intégration des quartiers de l'actur, d'Almozara et de Delicias, renforce les synergies de l'ensemble urbain.

Les stratégies mises en œuvre avec l'Exposition de 2008 ont contribué à résoudre des problèmes non résolus jusque là, relatifs à l'intégration du cours d'eau à la ville et à celle des zones résidentielles mal reliées au centre.

L'intégration du fleuve à la ville a été réalisée grâce à une stratégie environnementale qui met en relation l'espace urbain et le milieu rural et naturel par le biais d'un "cône de verdure" qui fait pénétrer la "nature" dans la ville. Le méandre (145 ha) et ses abords constituent une "zone d'intervention de presque 200 ha dans laquelle le méandre devient un parc métropolitain de nouvelle génération de 120 ha d'espaces libres en plus des 25 ha consacrés à l'exposition proprement-dite". Au total, le paysage urbain des rives de l'Èbre a été amélioré de façon considérable avec la réalisation de l'exposition et l'on est ainsi parvenu à intégrer le fleuve à la vie de la ville et à faire en sorte que ses habitants viennent se promener sur ses berges.

Le second objectif majeur, celui de créer une nouvelle centralité à quelques kilomètres du centre historique en reliant, par de nouvelles infrastructures viaires en partie déjà projetées, des espaces jusqu'alors séparés, a été réalisé grâce à la construction de deux ponts nouveaux, le Pont Pavillon et le Pont du Troisième Millénaire ; c'est sur ce dernier que passe le périphérique du Rabal, dernier tronçon de la troisième rocade qui donne accès à la station multimodale de Delicias (tgv, trains conventionnels et autocars).

Une des réalisations les plus importantes permettant de profiter des retombées post-Expo, d'un point de vue urbanistique et territorial, est l'achèvement du réseau principal de communications par le bouclage des troisième et quatrième rocades. La Z-30, projetée il y a plus d'un quart de siècle, est achevée vers le nord avec la rocade du Rabal et par le Pont du Troisième Millénaire vers le sud.


Fig. 6. L'achèvement des courroies autoviarios III et IV: la connectivité périphérique des quartiers et l'environnement
La quatrième rocade a été achevée avec la réalisation, sur le périphérique est, entre la route de Castellón (A-68) et la voie rapide de Barcelone (A-2), d'un nouveau viaduc de 400 m de long sur l'Èbre et un faux tunnel de 600 m sous le quartier de Santa Isabel. Le bouclage de la Z-40 est accompagné d'une nouvelle jonction (accès nord) avec la voie rapide de Huesca.

D'autres réalisations remarquables en matière de communications sont la modernisation et l'agrandissement de l'aéroport au sud-ouest de la ville, en prévision de l'accueil des visiteurs de l'Exposition mais surtout de ses nouvelles fonctions en relation avec la création, à proximité, de la plateforme logistique de Saragosse (plaza) (photo 7). Celle-ci est implantée dans un espace où convergent les trois modes : aéroportuaire, ferroviaire de tgv (une seconde gare est projetée) et autoroutier (A-II Madrid-Barcelone et A-68 basco-aragonaise).


L'impact territorial de l'Exposition et de ses réalisations connexes doit être mis en regard des réalisations prévues par les directives territoriales concernant Saragosse aussi bien celles de la Stratégie Territoriale Européenne de 1999 (ete) que les Directives Générales de l'Aménagement territorial pour l'Aragon (1998). Les projets de l'Exposition et les réalisations favorisées par celle-ci en matière d'infrastructures respectent les recommandations de l'ete en favorisant le développement d'une métropole régionale qui renforce le polycentrisme du système urbain européen grâce à une meilleure connectivité de ses infrastructures et à la multimodalité. Ils ont aussi amélioré le contrôle d'une croissance urbaine dispersée en créant de nouvelles centralités près du cbd et une meilleure qualité de vie grâce au parc métropolitain et au plan d'aménagement des berges des voies d'eau.

La réalisation des projets de l'Expo-2008, et d'autres encore, comme celui de plaza engagé au sud de la ville, diversifie les bases économiques de Saragosse bien au-delà du secteur de l'automobile ; cette diversification donne à la ville et à la région de meilleures chances dans leur compétition avec d'autres villes et d'autres territoires : ainsi, le secteur hôtelier a multiplié les places offertes au cours des dernières années, facilitant ainsi le tourisme futur, les réunions scientifiques, les foires-expositions, etc.

Les nouveaux projets et leurs réalisations vont aussi dans le sens des Directives Générales d'Aragon de 1998 en ce qui concerne les grandes orientations de ces directives : 1.1. Renforcer la situation de l'Aragon dans son environnement suprarégional, 1.2. Promouvoir la ville de Saragosse, 2.1. Favoriser le développement durable, 2.2. Améliorer la connaissance et la protection de l'environnement naturel, 2.5. Protéger le paysage, 4.1. Structurer le territoire par les axes de communication.

Au niveau suprarégional la situation privilégiée de la métropole aragonaise est mieux mise à profit grâce au développement décisif des infrastructures et des infostructrures qui la mettent en relation avec les métropoles espagnoles ainsi qu'avec les mégalopoles européenne et mondiales.

Au niveau intermédiaire, l'achèvement des deux rocades favorise, en plus d'une meilleure mise en relation, une meilleure organisation du territoire sur lequel s'étale la croissance physique de Saragosse. L'agglomération rassemble 25 communes sur une superficie de 2 515 km2 avec une population de 731 803 habitants en 2007, ce qui correspond à une densité de pratiquement 291 hab/km2. La modernisation de l'aéroport et l'amélioration des communications avec la création de la plateforme logistique (plaza), la construction probable d'une seconde gare tgv signifient aussi une meilleure mise en relation de l'environnement métropolitain avec les systèmes extérieurs.

L'espace économique actuel des corridors métropolitains.

L'Exposition et les réalisations d'infrastructures ont provoqué, au cours de la dernière décennie, le doublement de la surface urbanisée dans l'espace métropolitain de Saragosse et ceci, principalement en raison de nouvelles extensions industrielles, de services ou de logistique sur les axes les moins dynamiques lors des phases précédentes d'industrialisation, c'est-à-dire ceux du nord, du sud-ouest et du sud-est. Cependant, aujourd'hui encore le corridor est-ouest de l'Èbre domine par la longueur du continuum construit d'usines et d'habitat (50 km d'Alfajarín à Figueruelas), celui qui s'étire du nord au sud sur seulement 30 km dans les vallées du Gállego et de la Huerva. (Fig. 7)

Nuevos suelos Industriales y
logísticos

Polígonos industriales y logísticos

Fig. 7 L'espace économique actuel des corridors métropolitains. Source: Atlas de la ciudad. Zaragoza 2009.

Le segment oriental du corridor est-ouest est celui qui s'est industrialisé le plus activement dans les années 1960-70, à l'initiative de l'État mais cette occupation s'est intensifiée dans les années 90 et, avec ses 588 ha, il concentre aujourd'hui 74 % des surfaces occupées par les usines et zones industrielles et fournit 52 % des emplois industriels de l'aire métropolitaine (photo 2). Aujourd'hui saturée, cette partie du corridor a peu progressé depuis le début du XXIe s.

Si l'industrialisation du segment occidental de l'axe est-ouest a débuté aussi dans les années 60 et 70, son dynamisme date surtout des années 80 avec le dédoublement de la route (A-68) et l'implantation de l'usine automobile Opel-General Motors à Figueruelas (photo 4). Le tissu industriel s'est alors densifié avec des entreprises de sous-traitance de GM et toute une série de commerces (hypermarchés, chaînes d'ameublement et d'équipement des ménages) dans la partie la plus proche de la ville (photo 8).


Ph 8.Le corridor de la route de Logroño, à l'ouest de la ville


Ph 9 : Le technopôle de recyclage López Soriano, au sud-est de Saragosse

Sur l'axe sud toute une série d'équipements nouveaux et en particulier les voies rapides et de contournement mais aussi de grands travaux d'adduction d'eau et d'assainissement ont favorisé le développement d'espaces industriels denses entre le cours de la Huerva et la nouvelle voie rapide dite mudéjar. Ces implantation se prolongent de façon discontinue, plus au sud jusqu'à Muel et même beaucoup plus loin jusqu'à Cariñena.

Au nord, un dynamisme récent a gagné l'amont de la vallée du río Gállego autour de Huesca, la capitale d'une des trois provinces de l'Aragon. A 70 km de Saragosse le technopôle Walqa procure 500 emplois et une plateforme logistique occupe 118 ha. Même si la partie intermédiaire de la vallée est encore bien vide et surtout occupée par un périmètre moderne d'irrigation, néanmoins, la mise en relation des deux pôles urbains par une voie rapide devrait contribuer à étoffer ce corridor septentrional qui près de Saragosse possède déjà plusieurs zones industrielles, une "Cité des Transports" et une zone consacrées aux industries aéronautiques.

Deux autres axes peu développés jusqu'à ces dernières années sont en train d'émerger pour étoffer l'étoile des corridors actifs de la métropole aragonaise. Le premier suit, au sud-est la route de Castellón-de-la Plana. Le dédoublement de cette voie (A-68) et l'implantation d'un énorme "technopôle de recyclage" est en train de faire émerger ce territoire périurbain jusqu'ici remarquable surtout par ses paysages agraires exprimant toute l'aridité de cette partie du bassin de l'Èbre (photo 9).

La sortie sud-ouest de la ville, c'est-à-dire en direction de Madrid, n'a pas connu le développement foisonnant et précoce du couloir de l'Èbre. Cependant les choses on changé récemment avec la modernisation de l'aéroport entrepris à l'occasion de l'exposition et surtout avec l'impressionnante plateforme logistique (plaza) de quelque 1 300 ha installée à l'extrémité même des pistes de l'aéroport (photo 7). En réalité la fonction logistique est accompagnée d'une importante activité industrielle, commerciale et même de loisirs : ce ne sont pas moins de 300 entreprises qui sont regroupées là donnant du travail à 12 000 employés et, peut-être à 30 000 à moyen terme (photo 7). C'est au long de cette route aussi que se trouve la foire exposition de Saragosse (feria de muestras) et, plus loin, sur la commune de la Muela, une zone industrielle de presque 300 ha (Centrovía). En fait, la périurbanisation de la capitale se diffuse aujourd'hui au long de l'autoroute de Madrid jusqu'à une cinquantaine de kilomètres et même jusqu'à Calatayud distante de plus de 80 km. Cette petite ville des Monts Ibériques possède une gare de tgv qui la rend attractive et très accessible : elle possède maintenant une zone industrielle et surtout un terrain de golf qui n'est qu'à une heure de Madrid et à beaucoup moins de Saragosse.

Le dynamisme de Saragosse n'a certes pas attendu la préparation de l'Exposition Universelle pour se manifester. Depuis longtemps, la ville a su mettre à profit les avantages que lui procure sa position de carrefour dans le grand couloir de l'Èbre. Les voies de communication ont joué un rôle essentiel mais le développement de l'époque contemporaine s'est fait de façon parfois anarchique sans que soient toujours résolus les handicaps liés, en particulier, à la dissymétrie de la ville par rapport au fleuve. Jusqu'à une date récente la séparation entre les deux rives n'avait pas été résolue de façon satisfaisante. C'est sans doute la vertu essentielle de l'Exposition de 2008 d'avoir mis véritablement l'Èbre au cœur de la ville en créant une nouvelle centralité et en favorisant l'achèvement des grandes infrastructures routières facilitant l'intégration métropolitaine et ouvrant de nouveaux espaces à l'activité économique.

Commentaires des Photos. (A. Humbert, mai 2009)

1 : Saragosse : vue d'ensemble vers l'ouest.

Longtemps dissymétrique, l'évolution a été rééquilibrée, dans les années 1970, par la création de la "ville nouvelle" de l'actur qui s'étale aujourd'hui sur la rive gauche. Les relations entre les deux parties de l'agglomération ont été longtemps difficiles. Elles se sont améliorées de façon considérable avec la multiplication des ponts qui apparaissent particulièrement bien sur cette vue.

2 : Le "polígono industrial" de Malpica dans le corridor oriental.

L'axe de l'Èbre a été un des premiers à recevoir les activités qui nécessitaient des moyens de communications proches. A l'est de la ville, au long de la route – puis de l'autoroute – de Barcelone, des zones industrielles ont occupé les anciens terroirs irrigués. Elles couvrent aujourd'hui des surfaces considérables et sont prolongées par des ensembles résidentiels, comme celui de Santa Isabel que l'on aperçoit à l'extrémité ouest de la zone.

3 : L'actur vu vers le sud.

Cette véritable "ville nouvelle" planifiée est la grande réalisation urbanistique du dernier quart du XXe siècle. Ses relations avec la rive gauche de l'Èbre se sont beaucoup améliorées ave la multiplication des ponts. L'axe principal aboutit dans la vieille ville, non loin du Pilar dont on voit les tours sur la gauche du pont.

4 : L'usine Opel-General Motors de Figueruelas.

A une trentaine de kilomètres du centre de Saragosse, l'usine automobile a pu s'installer à l'aise, au début des années 1980, à la confluence des vallées de l'Èbre et du Jalón, près de l'autoroute Barcelone-Bilbao et non loin de l'aéroport. Les industries de sous-traitance ont trouvé place dans le corridor périurbain occidental un des plus encombré de la métropole aragonaise (voir photo 8).

5 : Périurbanisation diffuse dans la vallée de l'Èbre, à l'ouest de Saragosse.

La Vega de l'Èbre exploitée grâce aux eaux phréatiques dont sont gorgées les alluvions ne possédait autrefois, en dehors de villages qu'un semi de fermes dispersées, les torres. Aujourd'hui, une périurbanisation diffuse s'est propagée de part et d'autre de l'autoroute de Logroño, sous la forme de lotissements plus ou moins constitués, de résidences secondaires reprenant parfois le vieil habitat, de modernes fermes d'élevage ou de petits établissements industriel. Cette vue prise vers le sud-est montre un secteur de la vega proche de l'aéroport dont on devine les pistes avec, à leur extrémité la vaste zone d'activité de plaza (voir photo 7).

6 : L'Exposition de 2008 et la gare multimodale de Las Delicias .

Sept ou huit mois après la clôture de l'exposition, le méandre de l'Èbre qui l'a accueillie a été débarrassé de toutes les installations temporaires. Un certain nombre d'édifices restent en place, cependant, en guise de témoignage de l'événement et pour perpétuer l'union nouvelle de la ville et du fleuve. Dans ce qui est devenu un vaste parc urbain subsiste notamment, le phare de l'Expo, la Tour de l'Eau, et le pont-pavillon qui franchit la rivière et donne accès à la gare de Las Delicias.

7 : La sortie sud-ouest de Saragosse et la nouvelle plateforme logistique (plaza).

La radiale sud-ouest est restée longtemps assez peu pourvue en activités. Seule la foire exposition (au premier plan) avait trouvé quelque avantage à se localiser à la fois près de la route de Madrid et de l'aéroport. La situation a changé radicalement au cours des dernières années avec la modernisation de l'aéroport (sur la gauche) et l'installation d'une vaste plateforme logistique à laquelle sont associés des activités de production et de services ainsi qu'un important centre commercial (au second plan).

8 : Le corridor de la route de Logroño, à l'ouest de la ville.

En direction de l'ouest, au long de l'autoroute de Logroño, le corridor de l'Èbre s'est étoffé rapidement surtout après l'installation de l'usine automobile Opel-General Motors à Figueruelas. Des usines, des ateliers, de grandes surfaces commerciales se sont agglutinés là profitant à la fois des commodités de circulation, de la proximité d'un donneur d'ordres important et aussi de la moindre pression réglementaire et fiscale imposée par les municipalités rurales de la vega.

Photo 9 : Le technopôle de recyclage López Soriano, au sud-est de Saragosse.

Cet angle mort du vaste territoire municipal de Saragosse vient de trouver sa vocation industrielle avec l'ouverture de nouvelles voies de communication rapides. Cet immense "polígono" est censé accueillir des industries de valorisation des déchets. Seule une petite partie est actuellement occupée mais le lotissement de la plateforme est réalisé ainsi qu'une partie de la voierie. Cette zone industrielle est installée, à l'emporte pièce, dans un paysage rural caractéristique des terroirs non irrigués de la dépression. Ces "champs" en forme de feuille de fougère, appelés ici, vales, témoignent de la médiocrité du support agricole, formé de badlands et surtout de l'aridité du climat (300 mm/an).

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ffs