Les transformations récentes de Saragosse et de son environnement métropolitain à la faveur de l’exposition universelle de 2008
Vicente BIELZA DE ORY
Titres universitaires et fonction
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La croissance de la Saragosse préindustrielle s'est toujours faite, de façon compacte, sur la rive droite de l'Èbre où au damier romain se sont ajoutés le labyrinthe musulman puis les quartiers chrétiens sans que l'extension vers le sud ne dépasse la vallée du río Huerva. L'exposition internationale hispano-française de 1908, organisée à l'occasion de l'anniversaire du siège de la cité par l'armée napoléonienne, a été l'occasion d'intégrer à la ville la huerta des berges de cet affluent de l'Èbre.
La première industrialisation de Saragosse, dans la seconde moitié du XIXe s., a été favorisée par sa position stratégique et la présence d'un nœud ferroviaire. Elle s'est appuyée, en effet, sur le réseau ferré autour duquel s'est étalé le tissu industriel et en particulier celui de l'industrie chimique implantée sur la rive droite au sud du grand méandre de Ranillas. Les quartiers ouvriers, comme celui de las Delicias, sont nés autour des gares et au débouché des routes, à l'écart du noyau préindustriel et des extensions bourgeoises qui se sont éloignées de l'Èbre vers le sud.

La seconde phase industrielle favorisée par l'implantation du "pôle de développement industriel", en 1964, a sécrété des zones industrielles au long des routes, en particulier au nord-est (Cogullada, Malpica), à l'ouest (route de Logroño) et au-delà de la zone de l'exposition (?). Mais cette industrialisation qui fit passer la population de Saragosse du quart au demi-million provoqua une forte demande de logements que l'on s'efforça de satisfaire, en 1968, en lançant l'opération dite actur, sur le rive gauche de l'Èbre ; ce programme amorça une expansion résidentielle qui s'est affirmée au cours du dernier quart du XXe s., juste à l'est du périmètre de l'exposition universelle.

La jonction entre la zone centrale dilatée et les quartiers ouvriers se produit dans les années 1970 mais il reste alors à équilibrer et intégrer les deux rives de l'Èbre ; c'est ce qui a commencé à se produire dans les années 1980 avec la multiplication des ponts. Entre le Plan Général d'Aménagement Urbain (pgou) de 1968 et ceux de 1986 et 2002, il y a eu une évolution dans la prise en compte de l'eau ainsi que des berges de l'Èbre et de ses affluents.

L'intégration à la ville du méandre de Ranillas, situé à 2 ou 3 kilomètres du centre, comme espace de l'Exposition, doit être considérée dans le contexte des différents stades de l'évolution urbaine : centre historique préindustriel, phase industrielle de la chimie et du programme actur, sécrétion, enfin, de la période postindustrielle avec le quartier de la gare tgv (ave) au sud du quartier de la chimie. Le problème majeur réside dans la mise en relation avec la rive méridionale où le sol a été utilisé de façon intensive pour l'industrie dans la première moitié du XXe s. et qui avait déjà été reconverti en zone résidentielle dans les années 80 (quartier de la Almozara) mais nullement intégré à l'ensemble urbain par manque de ponts et en raison des obstacles que constituent, vers le sud, le chemin de fer et la voie rapide A-68 pour atteindre le quartier de las Delicias. Le méandre de Ranillas n'est qu'à un kilomètre de la nouvelle gare multimodale et la mise en relation directe des deux nouveaux foyers de centralité, en plus de résoudre le problème de l'intégration des quartiers de l'actur, d'Almozara et de Delicias renforce les synergies de l'ensemble urbain.

Les stratégies urbanistiques et environnementales mises en œuvre avec l'Exposition de 2008 ont contribué à résoudre les problèmes non résolus, déjà signalés, relatifs à l'intégration du cours d'eau dans la ville et celle des zones résidentielles mal reliées au centre.

L'intégration du fleuve à la ville a été réalisée grâce à une stratégie environnementale qui met en relation l'espace urbain et le milieu rural et naturel par le biais d'un "angle de verdure" qui fait pénétrer la "nature" dans la ville. Le méandre – 145 ha - et ses abords constituent un "zone d'intervention de presque 200 ha dans laquelle le méandre devient un parc métropolitain de nouvelle génération avec 120 ha d'espaces libres en plus des 25 ha consacrés à l'exposition proprement dite". Au total, le paysage urbain des rives de l'Èbre a été amélioré de façon considérable avec la réalisation de l'exposition et l'on est ainsi parvenu à intégrer le fleuve à la vie de la ville et à faire en sorte que ses habitants viennent se promener sur ses berges.

Le second objectif majeur, celui de créer une nouvelle centralité à quelques kilomètres du centre historique en reliant, par de nouvelles infrastructures viaires en partie déjà projetées, des espaces jusqu'alors séparés, a été réalisé grâce à la construction de deux ponts nouveaux, le Pont Pavillon et le Pont du Troisième Millénaire ; c'est sur ce dernier que passe le périphérique du Rabal, dernier tronçon de la troisième rocade qui donne accès à la station multimodale de Delicias (tgv, trains conventionnels et autocars).

Une des réalisations les plus importantes pour profiter des retombées post-Expo, d'un point de vue urbanistique et territorial, est l'achèvement du réseau principal de communications par le bouclage des troisième et quatrième rocades. La Z-30, projetée il y a plus d'un quart de siècle, est achevée vers le nord avec la rocade du Rabal et par le Pont du Troisième Millénaire vers le sud

La quatrième rocade a été achevée avec la réalisation, sur le périphérique est, entre la route de Castellón (A-68) et la voie rapide de Barcelone (A-2), d'un nouveau viaduc de 400 m de long sur l'Èbre et un faux tunnel de 600 m sous le quartier de Santa Isabel. Le bouclage de la Z-40 est accompagné d'une nouvelle jonction (accès nord) avec la voie rapide de Huesca (7,5 km).

D'autres réalisations remarquables en matière de communications sont la modernisation et l'agrandissement de l'aéroport au sud-ouest de la ville, en prévision de l'accueil des visiteurs de l'Exposition mais surtout de ses nouvelles fonctions en relation avec la création, à proximité, de la plateforme logistique de Saragosse (plaza). Celle-ci est implantée dans un espace où convergent les trois modes : aéroportuaire, ferroviaire de tgv (une seconde gare est projetée) et autoroutier (A-II Madrid-Barcelone et A-68 basco-aragonaise).

L'impact territorial de l'Exposition et de ses réalisations connexes doit être mis en regard des réalisations prévues par les directives territoriales concernant Saragosse aussi bien celles de la Statégie Territoriale Européenne de 1999 (ete) que les Directives Générales de l'Aménagement territorial pour l'Aragon (1998). Les projets de l'Exposition et les réalisations favorisées par celle-ci en matière d'infrastructures respectent les recommandations de l'ete en favorisant le développement d'une métropole régionale qui renforce le polycentrisme du système urbain européen grâce à une meilleure connectivité de ses infrastructures et à la multimodalité. Ils ont aussi amélioré le contrôle d'une croissance urbaine dispersée en créant de nouvelles centralités près du cbd et une meilleure qualité de vie grâce au parc métropolitain et au plan d'aménagement des berges des voies d'eau.

La réalisation des projets de l'Expo-2008, et d'autres encore, comme celui de plaza engagé au sud de la ville, diversifie les bases économiques de Saragosse bien au-delà du secteur de l'automobile ; cette diversification donne à la ville et à la région de meilleures chances dans leur compétition avec d'autres villes et d'autres territoires : ainsi, le secteur hôtelier a multiplié les places offertes au cours des dernières années, facilitant ainsi le tourisme futur, les réunions scientifiques, les foires-expositions, etc.

Les nouveaux projets et leurs réalisations vont aussi dans le sens des Directives Générales d'Aragon de 1998 en ce qui concerne les grandes orientations de ces directives : 1.1. Renforcer la situation de l'Aragon dans son environnement suprarégional, 1.2. Promouvoir la ville de Saragosse, 2.1. Favoriser le développement durable, 2.2. Améliorer la connaissance et la protection de l'environnement naturel, 2.5. Protéger le paysage, 4.1. Structurer le territoire par les axes de communication.

Au niveau suprarégional la situation privilégiée de la métropole aragonaise est mieux mise à profit grâce au développement décisif des infrastructures et des infostructrures qui la mettent en relation avec les métropoles espagnoles ainsi qu'avec les mégalopoles européenne et mondiales.

Au niveau intermédiaire, l'achèvement des deux rocades favorise, en plus d'une meilleure mise en relation, une meilleure organisation du territoire sur lequel s'étale la croissance physique de Saragosse. L'agglomération rassemble 25 communes sur une superficie de 2 515 km2 avec une population de 731 803 habitants en 2007, ce qui correspond à une densité de pratiquement 291 hab/km2. La modernisation de l'aéroport et l'amélioration des communications avec la création de la plateforme logistique (plaza), la construction probable d'une seconde gare tgv signifient aussi une meilleure mise en relation de l'environnement métropolitain avec les systèmes extérieurs.


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