Le Bassin caraïbe : un carrefour maritime ?
Jean-Pierre CHARDON Colette RANÉLY VERGÉ-DÉPRÉ
Professeur des Universités honoraire Maître de conférences
Recteur honoraire IUFM de Martinique
Route du Phare – BP 678
97262 FORT-DE-FRANCE Cedex
colette.ranely@iufm-martinique.fr
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Le Bassin caraïbe, défini comme l’ensemble des territoires qui bordent le Golfe du Mexique et la Mer des Caraïbes, enserre un espace maritime de 4,3 millions de kilomètres carrés qui s’étire sur plus de 4 000 kilomètres. Cette « Méditerranée américaine » située entre l’Amérique du Nord et l’Amérique de Sud se singularise par une dépendance marquée vis-à-vis des États-Unis et de l’Europe occidentale, polarisant les activités économiques et les flux sur la rive états-unienne du Bassin. Dans ce contexte, les échanges maritimes sont révélateurs du fonctionnement de cet espace, à la fois continental et insulaire, avec des ports, outils privilégiés de l’ouverture de ces territoires sur l’extérieur. La densité portuaire, ici élevée, traduit l’éclatement géographique et un fort degré d’extraversion économique.

Dès la colonisation européenne, la fonction portuaire a souvent déterminé la création des villes et a fait des espaces littoraux des interfaces entre le Nouveau et l’Ancien Monde. Le Bassin caraïbe a ainsi été, aux XVIIe et XVIIIe siècles, la périphérie intégrée la plus riche de l’Europe. Le creusement du canal de Panama il y a un siècle, la nouvelle économie-monde lui offrent l’occasion de renforcer sa position de carrefour et de promouvoir des fonctions de transit ; situé, en effet, à proximité des grands flux maritimes mondiaux qui relient les trois pôles de la Triade, le Bassin caraïbe ambitionne de se positionner comme un espace-relais sur les routes maritimes Est-Ouest et Nord-Sud. Dans ce berceau de la conteneurisation, les ports se sont adaptés aux innovations techniques ainsi qu’aux modifications des dessertes induites par l’arrivée, à partir du milieu des années 1980, de puissants armateurs « globaux » qui y ont développé le principe du hub and spoke. La proximité du marché Nord-américain laisse espérer à de nombreux ports de la région la perspective de capter ou de développer de nouveaux trafics et activités logistiques liés au transbordement et à la redistribution de conteneurs. Cette même proximité fait de la Caraïbe le premier bassin de croisière mondial articulé autour des ports de Floride et de San Juan. Une telle évolution contribue à renforcer les inégalités au sein d’un espace déjà morcelé géographiquement, économiquement, politiquement et culturellement. Elle conduit, en effet, à une polarisation des activités portuaires sur quelques plates-formes. Ces ports constituent les nœuds majeurs du système portuaire régional : Kingston (Jamaïque), Freeport (Bahamas) et les ports panaméens permettent ainsi d’illustrer l’impact de ces dynamiques sur les activités portuaires qui évoluent dans un contexte de plus en plus compétitif et sélectif dans lequel les États et territoires de la Caraïbe ont très rarement les moyens de contrôler les flux qui les traversent.


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