Les enjeux du Pacifique
Patrice Cosaert
Professeur émérite
Université de La Rochelle

Article complet




L’aire pacifique et ses enjeux




Patrice Cosaert

Professeur émérite de géographie

Université de La Rochelle


Proposition de conférence

Festival international de géographie

Saint-Dié-des-Vosges 2009




Dans le cadre général de la mondialisation, nous avons assisté, au cours des dernières décennies, à une recomposition des espaces qui s’est exprimée pour l’essentiel par un déplacement du centre de gravité des activités économiques planétaires de l’aire atlantique à l’aire pacifique. Les pays riverains de l’océan Pacifique qui concentrent la part la plus conséquente de la population mondiale (41,6 %), sont désormais à l’origine du pourcentage le plus élevé des richesses produites (environ 51,4 % du PIB mondial en 2007)1.

L’aire pacifique dont il est question ici ne doit évidemment pas être réduite au seul océan qui lui donne son nom et qui en constitue le cœur. Elle ne se limite pas non plus à la seule « Asie-Pacifique », c'est-à-dire à l’Asie orientale des géographes. L’aire pacifique est beaucoup plus vaste. Elle unit désormais en un seul ensemble économique les deux rives du Pacifique, de plus en plus complémentaires, et l’immensité de l’océan lui-même. Les ressources de ce dernier ne sont certes pas négligeables, quoique menacées par les pollutions et le changement climatique, mais l’océan permet d’abord des échanges de plus en plus nourris grâce aux progrès de la navigation et à toutes ces innovations technologiques qui réduisent, voire suppriment, les contraintes spatiales et compriment l’espace-temps.

Le principal facteur d’intégration de l’aire pacifique réside dans l’accroissement considérable des échanges de biens entre les deux rives de l’océan et, partant, dans le développement des liaisons maritimes, des ports et des flottes. Le processus de rapprochement entre les différents pays repose aussi sur une intensification des activités de services (dont le tourisme) et la multiplication des contacts entre les hommes (en particulier grâce aux Chinois de l’étranger) qui permet un enrichissement réciproque des cultures. Il est indéniable que ce mouvement s’est accéléré par suite de la montée en puissance de la Chine et de l’intérêt croissant qu’a représenté celle-ci dans la division internationale du travail. Il convient également de noter qu’en participant aux deux aires, atlantique et pacifique, les Etats-Unis bénéficient d’un avantage qui ne manque pas de contribuer à pérenniser leur hégémonie.

Il ne faut cependant pas se méprendre : l’aire pacifique ne constitue pas au sens strict un nouveau centre du monde. D’abord, s’agissant d’un espace essentiellement maritime, son milieu se retrouverait (géométriquement parlant) en plein océan ! Ensuite, les pôles d’activités majeurs étant situés sur les rivages, le centre de commandement de tout le système se retrouve complètement excentré et implanté sur une rive ou sur l’autre. La répartition des densités de population nous inciterait à le positionner en Asie du Nord-Est, compte tenu du poids humain de la Chine. Au plan de la richesse produite, le choix de la rive américaine ne s’impose pas, par contre, avec la même évidence en dépit de la puissance des Etats-Unis : nous nous retrouvons plutôt face à un duopôle composé de deux centres, un centre nord-américain et un centre nord-asiatique, qui apparaît lui-même éclaté entre Japon et Chine. L’un et l’autre de ces centres disposent d’une périphérie méridionale, ce qui nous permet de dire que l’aire pacifique (comme l’aire atlantique) s’inscrit dans une dialectique centres-périphéries présentant un double système spatial méridien, le système Est-Pacifique caractérisé par une influence ancienne mais toujours active des Etats-Unis sur l’Amérique latine, et le système Ouest-Pacifique marqué par une attraction nouvelle des pays pleinement développés de l’Asie du Nord-Est (Japon, Corée du Sud, Taiwan) sur les pays émergents de l’Asie du Sud-Est et même de plus en plus sur l’Océanie, avec cependant ici la présence de l’énorme Chine qui participe en fait un peu des deux en raison de ses contrastes internes.


Concernant l’avenir de l’aire pacifique, les termes du débat se poseraient, nous semble-t-il, de la façon suivante :

1 / les Etats-Unis peuvent-ils continuer à assurer un leadership, même relatif, sur l’ensemble de l’aire pacifique, en s’appuyant comme par le passé sur un Japon politiquement et militairement dépendant, mais économiquement et financièrement puissant ?

2 / la Chine, dont la montée en puissance ne doit pas être surestimée (son PIB, inférieur à celui du Japon, représente encore moins du quart de celui des Etats-Unis), peut-elle parvenir à s’entendre avec le Japon et les autres pays émergents de l’Asie orientale pour, sinon supplanter les Etats-Unis, du moins contrebalancer leur influence ?


Deux stratégies concurrentes (mais pas exclusives l’une de l’autre) s’affrontent dès lors pour organiser, structurer et rendre plus efficace l’intégration en cours de l’aire pacifique que tous souhaitent, parce que tous espèrent en tirer profit : celle qui privilégie une entente entre les seuls Asiatiques, et l’autre qui fait également place aux Etats-Unis et à leurs partenaires du continent américain et de l’Océanie.



Modalités techniques :il serait souhaitable que je puisse disposer d’une salle équipée d’un matériel de projection classique me permettant d’illustrer ma conférence de quelques cartes et schémas que j’amènerai dans une clé USB. A défaut, un simple rétro-projecteur pourrait suffire, mais me prévenir dans ce cas afin que je réalise les transparents…

1 Il est cependant bien évident que ces données sont à manier avec précaution puisque l’Amérique du Nord (Etats-Unis, Canada et Mexique) participe à la fois à l’aire pacifique et à l’aire atlantique et représente à elle seule 29,3 % du total mondial.


haut de page

ffs