Energie et environnement : le dilemme de l’Espagne
Energie et environnement : le dilemme de l’Espagne
Michel Deshaies Université de Nancy2
 mideshaies@wanadoo.fr
Article complet

proposition de conférence : Energie et environnement : le dilemme de l’Espagne



Depuis les années quatre-vingt, les préoccupations environnementales ont une influence croissante sur la politique énergétique espagnole. Après avoir décidé en 1983 un moratoire sur le nucléaire, l’Espagne s’est engagée dans une politique très volontariste de développement des énergies renouvelables. Elle est l’un des pays au monde ayant la plus forte capacité de production d’électricité à partir des éoliennes; si bien que les aérogénérateurs alignés sur les reliefs de la péninsule ibérique sont devenus en quelques années des éléments caractéristiques des paysages espagnols. D’autres énergies renouvelables comme le solaire, pour lequel l’Espagne possède un fort potentiel, se développent rapidement. Cette politique apparemment exemplaire de réduction de l’impact environnemental de la production d’électricité a en fait des effets très limités. La part des énergies renouvelables dans la production totale (6,5% en 2006) reste très faible et a même régressé depuis 1990, car leur développement est très en deçà de la progression de la consommation d’électricité et plus globalement d’énergie.

En effet, du fait de sa modernisation et de son essor économique depuis les années quatre-vingt-dix, l’Espagne est également l’un des pays de l’Union européenne qui a connu la plus forte progression de sa consommation d’énergie. Avec une augmentation de 50% de ses émissions de gaz à effet de serre depuis 1990, l’Espagne est très loin de remplir l’objectif pourtant peu ambitieux qui lui a été fixé dans le cadre du Protocole de Kyoto. Si l’accroissement de la consommation d’énergie est largement dû au développement des transports routiers, la progression de la consommation d’électricité, qui a doublé depuis 1990, joue aussi un rôle non négligeable dans ce bilan décevant. En effet, une part importante de l’électricité (environ 30%) est produite avec des sources d’énergie polluantes comme le charbon et le pétrole, dont la progression a été forte. En fait, l’essentiel de l’accroissement de la demande d’électricité a pu être satisfait par le développement massif des centrales thermiques au gaz naturel qui est devenu, en quelques années, la première source de production électrique.

Dans l’avenir, l’accroissement de la consommation d’énergie ne pourra que très partiellement être couvert par les énergies renouvelables et supposera le recours de plus en plus massif à des importations coûteuses et polluantes d’hydrocarbures. C’est pourquoi, la levée du moratoire sur le nucléaire est de plus en plus évoquée (par exemple dernièrement par l’ancien premier ministre Felipe Gonzales), afin de relancer une source d’énergie non émettrice de dioxyde de carbone. En effet, malgré le recours aux énergies renouvelables, le nucléaire risque de rester indispensable pour à la fois ne pas trop augmenter les émissions polluantes et ne pas encore accroître une dépendance énergétique déjà extrêmement forte. L’opinion publique espagnole reste cependant très partagée sur cette question à forte symbolique environnementale.


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