BARCELONE, CAPITALE ET MÉTROPOLE
Gérard DOREL
Ancien professeur de géographie à l'Université Paris I - Sorbonne
Inspecteur Général de l'Éduation Nationale (honoraire)
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On présentera cette grande agglomération de trois millions d’habitants qui est non seulement une des toutes premières métropoles méditerranéennes, sinon la première si on fait abstraction de Milan, mais aussi le cœur battant, la capitale politique et culturelle d’une Catalogne qui aspire à un statut de nation dans le cadre d‘une Espagne qui retrouve une structure plurinationale qui fut la sienne avant les Bourbons.

Grande métropole économique, Barcelone et ses satellites urbains du Barcelonès ( Sabadell, Tarrasa ) constituent le premier foyer productif espagnol : l’industrie textile qui fit leur fortune initiale a laissé place à un tissu industriel très diversifié né en deux temps, celui des décennies d’après guerre ( construction automobile notamment ) relayé aujourd’hui par un port qui est le second d’Espagne, celui de la période contemporaine dominée par les hautes technologies appuyées sur un terreau universitaire de premier ordre. Mais plus que l’industrie, c’est naturellement les services qui portent l’économie métropolitaine, services à l’échelle d’une zone d’influence qui, ouverture européenne oblige, dépasse largement les vieilles frontières nationales et s’étend jusqu’aux villes de l’Occitanie française.

Mais Barcelone se veut plus encore la capitale d’une nation qui compte six millions d’habitants, une nation et plus seulement une région aux compétences bridées, pour ne pas dire meurtries par une Espagne centralisatrice trop longtemps incarnée par un régime franquiste ankylosé. La démocratie retrouvée en 1975 a permis de redonner à la Catalogne ses vieux droits, dont l’adoption récente du nouveau statut qui remplace celui de 1979, est le symbole éclatant.

Capitale politique, elle est le siège de la « Generalitat » le gouvernement autonome, logé au cœur du vieux « barri gothic » dont les compétences sont très larges, depuis l’enseignement jusqu’à l’ordre public en passant par l’aménagement du territoire, les équipements collectifs et – fondamental pour les Catalans – la culture. Barcelone s’est doté des attributs d’une capitale culturelle et a construit ou rénové depuis un quart de siècle un nombre impressionnant de palais, de musées, de salles de spectacles dévolus aux arts catalans. Cette frénésie nationale se lit spectaculairement dans le paysage de la ville qui mobilise ses moyens, ses mécènes et tous ses talents dans ce qu’il faut considérer comme le grand projet identitaire catalan.

Cette évolution triomphale s’est accompagnée d’une poussée démographique exceptionnelle largement portée par un mouvement migratoire continu depuis des décennies. Ses vagues successives, andalouses hier, maghrébine et latino-américaine aujourd’hui, sont venues nourrir une ville qui n’a pas fait grand chose pour les accueillir. Tissu urbain ancien sur-densifié, quartiers dégradés de « l’Eixample » ( extensions planifiées au 19ème et début du 20ème siècles ), bidonvilles immenses sur les pentes de Monjuig, grands ensembles collectifs à la périphérie collés aux grandes pénétrantes autoroutières au sud et au nord disputant aux usines un espace étriqué coincé entre le port et la cordillère littorale.

Le défi a finalement été relevé et la ville et son agglomération ont engagé un formidable travail de reconquête urbaine qui a fait de Barcelone une ville certes très dense mais désormais mieux ordonnée. Les grands travaux liés aux JO de 1992 ont dynamisé cette entreprise. La ville s’est doté de grands équipements collectifs mais aussi, symboliquement, a retrouvé son accès à la mer en créant un front d’urbanisation littorale qui est un des mieux réussis du genre.

Les grands travaux contemporains poursuivent cette quête de modernité architecturale et urbanistique qui est une constante de Barcelone. L’arrivée prochaine du TGV en provenance de France et de Madrid entraîne des travaux gigantesques d’aménagement des gares mais aussi de « l’Eixample » sous lequel passeront les voies du TGV. A l’entreprise de reconquête du littoral des années 1990 succède celle du réaménagement des quartiers nord-est de la ville où Nouvel vient de signer un geste architectural spectaculaire.

La périphérie n’est pas en reste, les vieilles villes industrielles se redessinent, préservent parfois leur patrimoine industriel en lui redonnant de nouvelles fonctions urbaines. Mais globalement les contraintes des sites, les « coups partis », la compétition pour un espace réduit où s’imposent les grands équipements de transport et les zones d’activités font le lit de la spéculation immobilière et laissent une impression de désordre qui contraste avec le bel ordonnancement urbain de la capitale.

Classique constat au demeurant qui est celui que l’on peut faire presque toujours dans ces agglomérations européennes dont le cœur est occupé par une capitale prestigieuse mais accapareuse…

Pris dans les doux filets d’une « Andalouse de Barcelone » il fréquente et vit cette ville de Barcelone depuis 1967. Il a pu observer en amoureux de la ville et en géographe quatre décennies de changement qui ont bouleversé Barcelone et ses périphéries.

Je pense présenter ma conférence sous la forme d’une projection commentée de documents, structurée autour des trois thémes qui charpentent la présentation ci-dessus : métropole économique, capitale catalane, défis urbanistiques.

Je prendrai un stick où je mettrai le texte de la conférence. Il me faudra donc sur place un video projecteur équipé de power point.


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ffs