«Pollution des côtes par les hydrocarbures : le risque accident, les conséquences et le traitement des pollutions».
Paul FATTAL
IGARUN – Nantes
Géolittomer – Nantes
LETG – UMR 6554 – CNRS
paul.fattal@univ-nantes.fr
Résumé
La communication aborde le thème de la pollution des côtes par les hydrocarbures en trois temps :
  1. le premier temps, concerne l’analyse des risques accidents à l’échelle globale.

Lorsqu’on s’interroge sur la part des entrants dans le milieu, on se rend compte que les pollutions accidentelles ne sont pas les plus importantes en termes de volume et de quantité, venant derrière les apports continentaux et atmosphériques. Par ailleurs, les petites pollutions, inférieures ou égales à 700 tonnes, sont les plus nombreuses et déversent dans le milieu des quantités totales qui sont supérieures à 50%.

Les facteurs qui jouent pour augmenter le risque accident sont : l’âge du navire, les erreurs de navigation ou humaines et les conditions de mer. Il existe aussi d’autres facteurs amplificateurs comme, par exemple, la relation prévisible entre flux de transport et le risque accident. Comme ces flux sont variables dans le temps, on assiste, au fil de la demande, à un glissement des risques notamment vers la zone Asie/Chine, là où elle se fait aujourd’hui plus importante. A l’échelle globale d’analyse, étudier le risque sans aborder le niveau de préparation des sociétés ou la part que prend le droit pour réduire le risque constituerait une lacune. En effet, de récentes études réalisées par l’ITOPF ont montré que la préparation à une crise pouvait réduire de manière significative le risque. De même le droit international public (prévention de l’accident) et privé (indemnisation de l’accident) participent aussi à une réduction des risques qu’il faut nuancer, car il existe des freins comme par exemple la relative lenteur pour la mise en place de navires à double coque ou l’extrême opacité qui existe pour rechercher les véritables responsables des dommages.


  1. Lorsqu’une marée noire survient les impacts sont d’abord directs. Ils concernent les milieux et les habitats mais aussi de nombreuses activités associées aux usages de la mer. Dans l’environnement naturel, de nombreux facteurs jouent et affectent la faune et la flore. Ainsi, la nature du polluant, sa toxicité, la durée d’exposition, et les conditions hydrométéorologiques et/ou de température nous permettent de dire qu’il n’y a pas une marée noire type mais des marées noires différenciées qui nécessitent des réponses distinctes. Les impacts sur le vivant dépendent de la durée et de la fréquence d’exposition, ainsi que de la capacité qu’ont les populations, peuplements et espèces à résister à une pollution. Schématiquement, les espèces benthiques sont plus sensibles que les pélagiques mobiles. Par ailleurs, en fonction de la période où survient l’accident, les impacts ne sont pas les mêmes. Enfin, le stade du cycle biologique, ou encore les réserves des individus sont autant de facteurs importants. Multiples sont les effets sur le vivant : du simple engluement à des nécroses en passant par la baisse de fécondité ou la modification des comportements des espèces, ils peuvent aller jusqu’au niveau létal.

Le temps nécessaire pour qu’un écosystème retrouve une nouvelle forme d’équilibre (résilience) est très variable. Certains zones réputées à très forte sensibilité, comme les marais littoraux, ont des temps de résilience qui peuvent aller jusqu’à 25 ans, alors que des zones battues et de faible sensibilité ont des délais courts : de 2 à 6ans.

Les dommages socio-économiques sont eux aussi de types directs et indirects. Ainsi, est qualifié de directs les coûts de nettoyage des côtes ou ceux de la restauration des littoraux. Les effets indirects sont les dommages aux ressources marines, au tourisme, aux aménités et à la biodiversité. Et aux économistes de distinguer valeur d’usage et de non-usage. S’il est facile d’évaluer les coûts directs d’une marée noire, toute autre est la question de l’évaluation des coûts indirects qui fait appel à des modèles d’évaluation qui sont souvent considérés comme « conceptuels » au regard de la réalité des indemnisations.


  1. Lorsqu’on traite une pollution par les hydrocarbures, les opérations de nettoyage sont d’inégales qualités. Menées à la hâte, elles peuvent entraîner des effets indirects comme l’enfouissement du polluant mais aussi l’érosion accélérée des côtes sableuses ou rocheuses ainsi que d’importantes perturbations des marais maritimes fragiles. Ces effets étudiés sont à mettre en relation avec d’autres facteurs comme la gestion des crises. En effet, chaque acteur impliqué dans la gestion de la crise, qu’il soit institutionnel ou pas est porteur de déficits susceptibles d’amplifier des effets négatifs. En effet, certaines structures ou individus qui interviennent sur le théâtre d’une pollution sont porteurs de déficits culturels, organisationnels, managériaux, susceptibles de réduire l’efficacité de l’intervention, voire de produire des effets inverses.

On peur évaluer la vulnérabilité des littoraux aux pollutions par les hydrocarbures en intégrant des descripteurs environnementaux et socio-économiques. Cette vulnérabilité passe souvent par la réalisation de cartographies à vocation opérationnelles ou synthétiques. Mais au-delà de ces indicateurs, il existe d’autres facteurs de la vulnérabilité des côtes aux pollutions par les hydrocarbures qui sont plus compliqués à représenter. Ils ne sont pas uniquement liés à la nature des hydrocarbures ou à l’exposition des côtes… mais aussi à des facteurs comme la perception ou le niveau de préparation des sociétés à ce type d’évènement.



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ffs