L'immigration aux Canaries : drames et problèmes de fond
Maria Sierra FLÓREZ
Centro de Enseñanza Obligatoria " La Pared" Icod, Tenerife
Article complet
L'immigration illégale aux Îles Canaries constitue un phénomène qui s'intensifie annuellement et dont la gestion est toujours plus complexe. Le petit archipel s'est transformé en un des territoires de plus grande arrivée d’indocumentados (sans-papiers) avec des origines diverses, par voie maritime mais aussi, on le sait moins, aérienne. Il en résulte un grave problème d'accueil et de rapatriement de ces personnes. Depuis le début des années 90, il y a eu des tentatives d'entrée irrégulière de population étrangère selon trois modes ; d'abord, à travers les ports et les aéroports - la voie empruntée par la majorité des immigrés, au moyen de vols transocéaniques d'Amérique Latine ou depuis des connexions avec Madrid ou Barcelone -. La seconde modalité - les « bateaux négriers » - réussissent à introduire une considérable quantité d'illégaux (jusqu'à 300 en un seul transport). La troisième – les « pateras » et « cayucos » qui arrivent aux côtes- est la plus frappante et celle qui, par son rythme d'accroissement, a débordé toutes les prévisions.

Depuis 1994 où la première « patera » est arrivée, les flux ont augmenté constamment. Plus de 99% des immigrants arrivés en « patera » viennent du continent africain. En raison des extrêmes contrôles exercés sur l’étroit de Gibraltar, les routes d'immigration des indocumentados ont choisi l'archipel canarien comme lieu d'entrée au moyen de diverses stratégies. Parmi les immigrants arrivés en « patera » prédominent les marocains, les sierra-léonais et les nigériens. Nous trouvons aussi des citoyens du Ghana, de la Guinée Bissau, du Mali, etc. Quant à l'arrivée par voie aérienne, la Colombie est la république latino-américaine qui a apporté le plus grand nombre d'immigrants en situation irrégulière aux Îles durant les dernières années. Les cubains constituent le second groupe et les équatoriens, argentins et vénézuéliens occupent la troisième, la quatrième et cinquième position. Ces immigrants travaillent comme salariés dans leur presque totalité. La précarité de leur situation illégale les conduit, préférentiellement, au marché de travail de l'économie informelle, principalement dans les communes touristiques qui présentent la plus grande proportion d'immigrants par habitant dans cette situation.

Pendant les dernières années, le niveau de clandestinité de certains courants migratoires a augmenté considérablement, surtout les « pateras » et « cayucos » d'origine africaine. Ces flux d’irréguliers échappent, par nature, aux mécanismes d’observation ainsi qu’aux statistiques établies pour les flux réguliers, de sorte que toute estimation s'avère peu précise. Il est impossible de connaître le total réel des sans-papiers et encore plus la variation en fonction des arrivées réelles et les sorties des provinces canariennes, puisque la situation d'irrégularité elle-même favorise la mobilité de ces personnes. D'autre part, les limites entre la situation de régularité et celle d'irrégularité sont perméables, en produisant une grande variabilité quant au nombre. En outre, tous les déplacements migratoires n’ont pas comme destin définitif l'archipel puisque « l'immigration tremplin » - depuis les Canaries comme point de départ et la Péninsule ou le reste de l'Union Européenne, comme objectif final- est aussi très important aux Îles.

La dimension atteinte par l'immigration illégale, principalement celle qui arrive au moyen de « patera » ou « cayuco », a été à l'origine de grands problèmes d’accueil. La nécessité légale de remettre en liberté ceux qui ont passé quarante jours dans les centres d'internement et qui ne peuvent pas être rapatriés vers leurs pays d'origine, est à la source de conflits croissants. La présence d'un important nombre d'immigrants dans les espaces publics des villes insulaires - qui dorment dans la rue, reçoivent l’aide de la Croix Rouge ou des services sociaux- a conduit à la mise en œuvre de mesures appliquées par les gouvernements régional et national ; un accord avec le Ministère de l'Intérieur a même été signé, afin de déplacer ces personnes vers l’Espagne péninsulaire, quand les centres d'internement de l'archipel seront étouffés par le nombre. D'autre part, la répartition de ces immigrés par le territoire de la région canarienne a produit également de nombreux conflits entre les différentes administrations locales. En raison de cette situation, outre la problématique qu'elle produit, l'immigration illégale se présente comme l’un des principaux casse-tête des autorités régionales et nationales, en arrivant même aux sphères des organismes de l'Union Européenne. Les solutions proposées jusqu'à présent n'ont pas été efficaces ou effectives : c’est pour cela qu’une autre stratégie d'action en coopération avec les pays « émetteurs » s’avère nécessaire.

Au total, et au-delà des clichés télévisuels qui se contentent de mettre en évidence une immigration africaine du désespoir, il existe aux Canaries un problème beaucoup plus profond et mal connu, que nous souhaitons donner à voir aux personnes présentes au Festival International de Géographie de Saint-Dié.


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