Du rififi dans les reefers.
Les logiques géographiques des trafics maritimes de produits frais

Éric FOULQUIER
Université de Bretagne Occidentale
L.E.T.G., UMR 6554 du CNRS
Article complet
Depuis une dizaine d’années, une bataille silencieuse fait rage sur le marché du transport maritime des produits frais. Celle qui oppose le monde du conteneur à celui des navires frigorifiques (reefers), le monde des boîtes face à celui des vracs palettisés. De ces deux modes d’expédition logistique différents découle une géographie de flux dont la maîtrise se joue aussi bien sur mer que sur terre.

Sur mer, la puissance et l’appétit des armements conteneurisés tend à prendre progressivement le pas sur une flotte de navires polythermes vieillissante et aux modalités logistiques moins flexibles. Le conteneur s’inscrit sur des réseaux de porte à porte tandis que le vrac palettisé sur des liaisons saisonnières de port à port. L’un s’appuie sur un marché de l’offre, l’autre repose sur la demande. Mais la modernité à un coût. Le conteneur réfrigéré reste un transport cher, et les palettes entassées, pour désuète que paraisse la technique, reste de loin le plus économique, a fortiori pour des produits à faible valeur ajoutée qui naviguent en général du sud vers le nord.

A terre, vracs et conteneurs ne produisent pas les mêmes organisations, ni d’un point de vue spatial ni d’un point de vue entrepreneurial. Car s’il suffit d’une vingtaine de tonnes pour remplir une boîte, plusieurs milliers sont nécessaires à l’affrètement d’un cargo frigorifique. Ainsi, les expéditions en vrac invitent à la concentration des acteurs d’une filière autour de la structure frigorifique bord à quai où les « salades de fruits » s’apprêtent pour le marché mondial. La conteneurisation en revanche autorise les producteurs à jouer la carte de stratégies individuelles avec les risques que cela implique en termes de coût de transport ou de négociation avec les géants de la distribution. Des logiques différentes président à cette segmentation.

Dans cette conférence, nous proposons une présentation de ce vaste marché du frais qui se retrouve tous les jours sur nos tables en n’importe quelle saison grâce à la performance d’un transport maritime globalisé et à des techniques de froid maîtrisées. A partir du cas des agrumes du Bassin de la Plata, nous montrerons dans un second temps que la question mobilise un jeu d’échelles dont le mode d’expédition maritime est la clé.


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