«Les routes maritimes,
le réseau qui a lié l’histoire du Monde»

Christian GRATALOUP
Professeur à l'université Paris VII-Denis-Diderot
Article complet
La construction du niveau mondial, dans la longue durée, s’est faite d’abord par les routes maritimes. Ce n’est que tardivement que la mondialisation a connectée les régions les plus enclavées de l’intérieur des masses continentales. Au contraire, les vieilles routes terrestres, dont la plus célèbre est le faisceau de voies nommées « route de la soie », se sont progressivement nécrosées, à partir du XVIème siècle, mortellement concurrencées par les chemins océaniques. Au XXème siècle, la mer triomphe de la terre, attirant toujours plus d’activités et de peuplement sur les littoraux.

Mais l’étendue océanique sépare autant qu’elle unit. L’outremer se différencie et s’émancipe. La densification des réseaux terrestres équilibre les voies maritimes. On peut discerner, dans les dynamiques du début du XXIème siècle, des tendances à redonner à espaces éloignés des mers et devenus des angles morts leurs rôles évanouis de carrefour. L’exemple le plus net est l’Asie centrale. On retrouve un basculement dont la Méditerranée donne un autre exemple, maritime cette fois : de Mare Nostrum le cœur du monde Romain est devenu une limite civilisationnelle, un front formalisé en frontière continentale ; mais, aujourd’hui, l’Euroméditerranée est un projet qui remet la mer au centre.

L’alternance permanente dans les rôles de barrières et de traits d’union de la terre et de la mer est au cœur de l’histoire mondiale. Notre cartographie historique qui privilégie les masses terrestres et traite trop souvent l’étendue maritime comme un espace bleu et indifférencié doit être rééquilibrée. L’appel historique du grand large est synonyme de construction du Monde.

Grataloup.c@wanadoo.fr


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