L’îLE MAURICE OU COMMENT SURMONTER LE HANDICAP DE L’INSULARITé ?
Emmanuel GRÉGOIRE
Directeur de recherche IRD
UR 105 « Savoirs et développement »
Article complet
Depuis son accession à l’indépendance (12 mars 1968), l’île Maurice a connu un développement économique remarquable faisant d’elle un nouveau pays industriel. Qualifiée parfois de « tigre de l’Océan Indien », l’île est un des rares pays africains si ce n’est le seul à s’être extrait de la liste des pays les plus pauvres de la planète pour rejoindre celle des pays à revenu intermédiaire : en 2006, le rapport du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) relatif au développement humain classe ainsi Maurice à la 74ème place sur 179 pays. Une telle réussite interpelle : comment ce micro Etat perdu au milieu de l’Océan Indien, faiblement peuplé (1.250.000 habitants) et sans ressources naturelles ni minières est-il parvenu à surmonter avec succès le handicap de l’isolement qu’engendre l’insularité et plus encore à s’insérer dans les grands circuits d’échanges internationaux ce que peu d’îles en développement est parvenu à faire ?

Un bref rappel historique montrera que la position géographique de Maurice a de tout temps constitué un atout favorable : autrefois placée sur la route des Indes, elle est désormais une étape sur les grandes voies maritimes qui relient l’Inde et surtout la Chine à l’Afrique orientale et australe d’où la création (1992) d’un port franc situé à proximité de la capitale Port-Louis. Il venait compléter l’installation, au début des années soixante-dix, d’une zone franche industrielle. Basée sur l’industrie textile dont les articles sont exportés vers l’Europe et les Etats-Unis par la mer, elle connut le succès à partir des années quatre-vingt au point de devenir un des piliers de l’économie nationale aux côtés des « traditionnelles » exportations de sucre et du tourisme. Ce dernier doit aussi son spectaculaire essor à la mer qui a doté l’île de vastes plages de sable blanc bordées d’un lagon aux eaux limpides qui attirent plus de 900.000 visiteurs chaque année (15.000 en 1968), les Mauriciens ayant su habilement mettre en valeur le littoral. Enfin, la mer a permis le développement de tout un secteur de pêche industrielle, le pays bénéficiant d’une Zone économique exclusive (ZEE) de près de deux millions de km2 riche en thons, l’Océan Indien renfermant des stocks importants alors qu’ils atteignent des niveaux alarmants dans l’Atlantique.

La mer comme espace maritime, touristique et halieutique a donc joué un rôle décisif dans le développement du pays et son insertion dans la mondialisation. Avec sa population culturellement très diversifiée, elle constitue sa principale richesse et atout dans l’avenir. Mais la mer n’est pas seulement pour les Mauriciens un espace économique, c’est aussi un espace de souveraineté nationale enjeu d’un vif contentieux avec la Grande-Bretagne. Bévue dans le processus de décolonisation, celui-ci porte sur l’archipel des Chagos détaché de l’île Maurice au moment de l’Indépendance pour être rattaché aux Territoires britanniques de l’Océan Indien (BIOT) afin d’être loué à l’armée américaine qui fit de l’île de Diégo Garcia une puissante base aérienne et navale stratégique dans son dispositif régional. La Haute Cour de justice de Londres a plusieurs fois donné raison aux Mauriciens dans leur volonté de récupérer l’archipel et ses zones de pêche. Mais, le droit s’imposera-t-il aux intérêts géopolitiques et militaires des « Ogres » américains et britanniques en les restituant au « Petit Poucet » mauricien simple point sur la carte du monde ?


haut de page

ffs