Vingt ans après, les géographes se souviennent de la chute u mur de Berlin
Boris GRÉSILLON
Maître de Conférence en géographie Université de Provence
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Dans la nuit du 9 novembre 1989, le Mur de Berlin tombe. Par des brèches ouvertes correspondant aux points de passage entre Berlin-Est et Berlin-Ouest, des dizaines, puis des centaines, puis des milliers d'Allemands de l'Est s'engouffrent à travers le Mur et passent « de l'autre côté », où ils sont accueillis à bras ouverts par les Allemands de l'Ouest en liesse. Cet acte historique n'était pas prémédité. Certes, les « manifestations du lundi » (Montagsdemonstrationen) organisées à Leipzig depuis l'été 1989 avaient commencé à ébranler le régime totalitaire est-allemand. Certes, la grande manifestation de Leipzig le 8 octobre, puis celle de l'Alexanderplatz à Berlin le 4 novembre avaient prouvé aux dignitaires est-allemands la force du mouvement de contestation. Mais Erich Honecker n'avait-il pas proclamé lors des défilés du 1er mai 1989 que le Mur serait là pour mille ans ?

C'était oublier que l'Histoire ne se décide pas qu'entre les murs des ministères ou du Politbüro, mais qu'elle s'écrit aussi ailleurs, en l'occurrence à Moscou, à Washington et à Bonn. En effet, si le peuple est-allemand, uni comme jamais derrière son slogan « Wir sind das Volk ! » (« Nous sommes le peule »), a bien été à l'origine de la chute du Mur de Berlin, celui-ci ne serait peut-être pas tombé si rapidement, ou du moins sans effusion de sang, si les Grands de ce monde, à commencer par le dirigeant de l'URSS Michaïl Gorbatchev et son homologue américain George Bush, en accord avec le chancelier ouest-allemand Helmut Kohl, ne s'étaient pas entendu pour laisser le peuple est-allemand disposer de lui-même et prendre en main son destin. Néanmoins, comme souvent lors des grands événements historiques, il aura fallu un petit grain de sable inattendu pour que la machine s'enraye et que l'improbable se produise. Ce grain de sable, c'est Günther Schabowski, membre du Bureau politique, qui va le créer, lors d'une conférence de presse qui devait être anodine et qui restera mémorable. Le 9 novembre 1989 à 18h53, pressé de questions, G. Schabovsky hésite, puis finit par déclarer que les citoyens est-allemands peuvent se rendre « immédiatement » de l'autre côté de la frontière, en RFA. Très vite, ce sera la ruée aux postes-frontières, au point qu'après de longues minutes angoissantes de face-à-face entre la population et les Vopos (Volkspolizisten, la police) qui hésitent à tirer sur la foule, celle-ci finit par ouvrir des brèches dans le Mur et à passer côté Ouest. L'Histoire est en marche.
En cette fin d'année 1989, les autres régimes socialistes d'Europe de l'Est tombent les uns après les autres, en Hongrie, en Tchécoslovaquie, en Pologne, en Roumanie. Le rideau de fer est démantelé, mettant fin à quarante ans de guerre froide sur le sol européen. Mais nulle part ailleurs qu'à Berlin l'événement ne possède une telle portée symbolique. Car Berlin est un condensé d'histoire allemande et européenne. Par le jeu d'emboîtement des échelles que les géographes affectionnent, on peut affirmer que le 9 novembre 1989 marque à la fois la fin de la division de la ville en deux parties antagonistes, la fin de la coupure entre les deux Allemagne et la fin de la division de l'Europe en deux blocs. Berlin, à travers son mur bien réel, personnifiait la division de l'Europe et la guerre froide. A partir de 1990, la ville va symboliser le « laboratoire de la réunification allemande, mais aussi la « République de Berlin » avec le déplacement de la capitale des bords du Rhin aux rives de la Sprée, et enfin, le rapprochement des deux Europe, qui sera acté le 1er mai 2004 avec l'adhésion à l'Union européenne des huit pays d'Europe de l'Est. Capitale retrouvée dans un continent réuni, Berlin, sans oublier son histoire parfois tragique, tente aujourd'hui de retrouver une certaine normalité. Ce n'est pas le moindre de ses défis.


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