Quand la mer impose ses marques au continent : la Norvège, née d’une route maritime et nourrie de trois mers pétrolières
Jacques GUILLAUME
Géolittomer
UMR 6554 LETG-CNRS
Université de Nantes
Article complet
Mots clés : Territoires côtiers, cabotage, routes maritimes, transports maritimes, resources halieutiques, plateau continental, hydrocarbures off-shore, développement durable.

Si l’on admet généralement que les influences du monde maritime sont fréquentes et tangibles sur le mince liseré de l’interface littorale, il est plus rare qu’un territoire national tout entier soit modelé par l’ensemble du registre des activités maritimes. Tel est pourtant le cas de la Norvège, incontestable puissance maritime, malgré son éloignement des centres de gravité de l’économie mondiale. Cette nation est effectivement très présente, autant par la pêche, l’aquaculture que le transport maritime, pour lequel elle a réussi à déployer de nombreuses activités industrielles et de services. Il serait difficile de comprendre l’affirmation et la pérennité de ce système socio-économique si l’on ne faisait pas référence au système socio-spatial qui l’a engendré. En effet, il est connu que ce pays est né d’une route maritime, devenue Nord Vei, devenue Norvège. C’est par cette route de cabotage, fréquentée depuis l’époque Viking, que la Norvège s’est réellement affirmée comme un littoral-nation, sorte de formation socio-spatiale qui s’est ensuite consolidée à partir du XIXè siècle grâce à ses propres besoins de circulation intérieure, mais aussi aux opportunités du commerce international. Ainsi, la résurgence de la Norvège en tant qu’Etat indépendant en 1905, se fait au moment où les armateurs de ce pays deviennent d’incontournables prestataires de services pour tous les chargeurs de la planète, alors même que la route intérieure est magnifiée par des services réguliers, au premier rang desquels il faut citer l’Express côtier (1893). Ce symbole de la vie maritime intérieure, même s’il a beaucoup reculé dans le système de transport norvégien, demeure une véritable icône de l’identité nationale. Il est d’ailleurs considéré comme tel par la majorité des touristes étrangers qui le fréquentent aujourd’hui, lui insufflant ainsi une seconde jeunesse.

Mais la démonstration serait très incomplète si l’on n’évoquait pas la richesse pétrolière des trois mers qui baignent ce littoral-nation : mer du Nord, mer de Norvège, mer de Barents. Avec méthode et un grand souci de conserver la maîtrise d’une activité à forte intensité technologique et financière, la Norvège a entrepris d’exploiter les resources de son plateau continental, ce qui lui permet, après 35 ans d’exploitation, de se hisser au huitième rang des pays producteurs de pétrole et au troisième rang des exportateurs, derrière l’Arabie Saoudite et la Russie. Le quart du PIB, plus du tiers des revenus de l’Etat et plus de la moitié des exportations du pays sont ainsi tirés des entrailles des fonds marins (pétrole et gaz). Mais plus que ce bilan qui est à ranger dans le chapitre de l’économie et de la géopolitique de l’énergie, c’est la manière exceptionnelle avec laquelle ce nouveau secteur s’est intégré au système socio-économique et au littoral-nation déjà en place qui mérite toute notre attention.


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