L'Andalousie, potager et verger de l'Europe
André Humbert
Université Nancy2
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L'Andalousie verger et potager de l'Europe.


Parmi l'impressionnante flotte de camions espagnols qui sillonnent les autoroutes de l'Europe occidentale et du Nord, une partie appréciable vient des régions productrices d'agrumes et en premier lieu du Levant valentin et murcien. Mais depuis des décennies maintenant, beaucoup de ces lourds transporteurs arrivent de la région autonome la plus méridionale, c'est-à-dire l'Andalousie. En effet, si la région est loin derrière le Levant pour la production des agrumes elle est, en revanche, celle qui inonde les marchés d'Europe, pendant une grande partie de l'hiver, avec ses légumes et certains fruits cultivés de façon intensive et plutôt artificielle. Certaines de ces productions sont bien connues des consommateurs français qui accueillent les premières fraises de la saison, dès le mois de février. Ces fresones sont produites en plein champ ou sous des serres-tunnels dans la partie la plus occidentale de l'Andalousie, entre l'embouchure du Guadalquivir et la frontière portugaise. Un véritable front pionnier agricole a conquis de vastes espaces boisés assez semblables à nos Landes de Gascogne.

Mais les paysages les plus spectaculaires de cette agriculture de contre-saison sont à l'autre extrémité de l'Andalousie, à l'est, dans la province d'Alméria. Dès les années 1960, profitant d'un climat particulièrement bénin et ensoleillé, pendant tout l'hiver, les paysans du littoral ont mis au point une curieuse pratique culturale sur un sol de sable totalement artificiel qui leur permettait de produire, pendant l'hiver, des haricots verts, des tomates et tout un cortège d'autres légumes. Afin de gagner quelques semaines de précocité ils ont, plus tard, développé un maraîchage sous serres dont les bâches de plastique tapissent aujourd'hui des dizaines de milliers d'hectares de plaines littorales et de versants des chaînes Bétiques. Cette agriculture de contre-saison représente une incontestable réussite économique dans une région qui était, il y a un demi-siècle, une des plus archaïques d'Europe occidentale. Cependant, ce succès pour éclatant qu'il soit ne laisse pas de poser le problème de sa durabilité. Fondé sur un usage excessif d'eau le plus souvent souterraine, il entraîne aussi des effets environnementaux indésirables par ce qu'il doit aux intrants agricoles chimiques et à l'usage des couvertures plastiques. La recherche de profit dans un contexte international très concurrentiel a aussi des effets sociaux pervers qui concernent non seulement la main-d'œuvre souvent immigrée mais aussi les petits producteurs surendettés.

Dans la partie centrale de la longue Costa del Sol, dans les provinces de Malaga et de Grenade, les cultures fruitières subtropicales dominent dans les petites vallées abritées ou les adrets très ensoleillés. Ce sont surtout les avocats mais aussi une variété de nèfles (la nèfle du Japon) et un fruit qui a du mal à s'imposer sur les marchés lointains en raison de sa fragilité mais que l'on trouve néanmoins sur nos étals au moment des fêtes : il s'agit de l'anone que les Espagnols appellent chirimoya.

Bien d'autres fruits contribuent à renforcer le rôle de pourvoyeurs des marchés européens de l'Andalousie, que ceux-ci soient produits en hiver ou en été. Si la région possède le plus grand vergers d'oliviers du monde, il est vrai que seule une petite partie de la récolte est vendue sous forme de fruits confits puisque l'essentiel est évidemment transformé en huile qui trouve aussi un débouché important dans les pays européens dépourvus de façade méditerranéenne. En revanche, l'Andalousie s'efforce d'écouler vers l'Europe une partie de sa production d'amandes en dépit de la concurrence d'autres régions de la Péninsule et surtout de celle de la Californie.

Si l'Andalousie a su trouver sa place sur les marchés extérieurs, parfois très lointains, la guerre commerciale est rude et oblige ses producteurs à une adaptation, sans cesse renouvelée, aux exigences de la clientèle. Si les productions principales, celles des fraises et des légumes, ne peuvent guère échapper à la standardisation des productions de masse, en revanche, une "culture" de la qualité s'est développée dans des créneaux plus étroits ou des "niches" culturales plus localisées : on voit fleurir, aujourd'hui, un peu partout, dans la grande région, les Appellations d'Origine Protégées (AOP) ou, moins prestigieuses mais utiles cependant, les Indications Géographiques Protégées (IGP). Les médias publicitaires sont mobilisés pour promouvoir des produits du terroir et les producteurs entreprenants savent faire du Web un outil commercial performant. L'Andalousie était peut-être le mythique Jardin des Hespérides.



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