Ressources marines et géopolitique de Clipperton :
Quels enjeux pour la France ?

Christian JOST
Directeur du CEGUM, Professeur université de Metz
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Dans ses vœux adressés à l’Outre-Mer le 13/01/2009 au Musée Historique de la Marine à Paris, le Secrétaire d’Etat à l’Outre-Mer, Yves Jégo, a évoqué l’avenir de Clipperton en disant que l’on ne pouvait laisser la ZEE de Clipperton pillée par les pêcheurs Mexicains, que cette île ne pouvait rester « sous cloche » dans un seul souci écologique et que ce territoire devait être valorisé.

A 1280 km des côtes mexicaines, Clipperton (9km²) confère en effet à la France une souveraineté sur 435 000 km² d'océan, soit une superficie égale à 80% du territoire de la métropole. Cette possession ultra marine est ainsi le cinquième territoire français d'outre-mer par son extension et se place au premier rang pour la surface maritime rapportée à la surface terrestre.

Les enjeux y sont multiples et la pression exercée sur les ressources de la zone va croissant. La ZEE se situe au coeur d'une des régions les plus riches au monde en thonidés et en nodules polymétalliques. Si en 1988 on estimait à 20 000 tonnes les prises par an, ce sont aujourd’hui entre 50 000 et 100 000 tonnes de poissons qui sont prélevés par des bâtiments usines coréens et japonais et par des flottilles de pêche des états d’Amérique centrale. Par ailleurs, la couronne corallienne, fermée et continue sur douze kilomètres, entoure un lagon en train de mourir, aux eaux douces en surface, sulfurées et salées en profondeur, dans lesquelles les rares poissons encore observés au milieu du XXe siècle ont aujourd’hui disparu faute de renouvellement des eaux depuis les années 1850 de sa fermeture naturelle.

Si la zone marine est pillée et appauvrie en espèces, l’écosystème terrestre connaît lui aussi un bouleversement écologique qui tend à le ramener au stade de désert que l’île était au XIXe siècle. Ses deux cent hectares supportent pourtant la plus grande colonie au monde de fous masqués (Sula dactylatra) et onze millions de crabes terrestres (Gecarcinus planatus Stimpson). Ces derniers ont dévoré toute la couverture herbacée qui avait pu se développer après l’introduction en 1897 de porcs, seuls prédateurs et contrôleurs de la démographie des crabes jusqu’en 1858, année de leur élimination.

Seul atoll du Pacifique nord-oriental, sa position près de l’Equateur lui donne un atout essentiel pour le suivi des vols d’Ariane 5, pour des projets spatiaux du futur sur lesquels travaille déjà le CNES, mais aussi pour la surveillance des routes maritimes dont celles de la drogue. Inhabitée. L’île est cependant fréquemment utilisée par des pêcheurs, des contrebandiers, et des touristes d’aventure, qui accélèrent la dégradation de son fragile environnement.

L’île de Clipperton est un cas d’école permettant de faire comprendre la fragilité des milieux îliens et océaniques, les luttes interspécifiques et le rôle de l’homme dont l’impact massif sur les ressources marines est catastrophique, mais qui a été et peut encore être salvateur pour les écosystèmes terrestre et lagonaire en permettant un retour à la vie.

A l’encontre des idées reçues et de certains projets, la sauvegarde des espèces et des ressources de cet oasis marin unique au monde, passerait donc par une occupation permanente permettant une surveillance de la zone pouvant permettre une réhabilitation et une régénération des écosystèmes terrestre, lagonaire, corallien et océanique. Cette implantation humaine est à l’étude, mais dépendra des résultats de l’évaluation en cours des ressources et de celle de l’intérêt des armateurs français pour venir pêcher dans la ZEE de Clipperton s’ils y trouvent un havre hauturier et une base de surveillance. D’un grand intérêt scientifique, notamment pour l’étude des relations océan atmosphère et du changement global, pour celle des migrations d’espèces ou encore pour l’étude de la tectonique des plaques. Clipperton doit cependant aussi être une base scientifique et, au moins en partie, une réserve de la biosphère.

Autant denjeux et de défis qu’il convient de relever et de concilier pour répondre aux convoitises d’autres nations sur ce territoire isolé.

CEGUM Centre de recherches en Géographie, UFR S.H.A, Université Paul Verlaine – Metz, Île du Saulcy BP 30309 – 57006 METZ Cedex 1 Tél : 03 87 54 70 34 Fax 03 87 31 50 68

Mail : Christian.jost@univ-metz.fr Site du CEGUM : www.cegum.univ-metz.fr




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